Géopolitique : zoom sur le Xinjiang entre Occident et Orient

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Pat
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Géopolitique : zoom sur le Xinjiang entre Occident et Orient

Messagepar Pat » 03/06/2009 - 11:50

Marche de l’Eurasie continentale au cœur de l’Asie Centrale, la région autonome du Xinjiang recèle d’immenses réserves naturelles en gaz et pétrole. Carrefour entre l’Occident et l’Orient, le Xinjiang possède une fabuleuse histoire (géo)politique, commerciale et religieuse. Partie intégrante de la Chine, le Xinjiang subit une déstabilisation politique provoquée par des séparatistes extrémistes et islamistes. Le Xinjiang constitue un enjeu géopolitique majeur puisque d’un côté, la Chine défend son intégrité territoriale et que de l’autre les États-Unis soutiennent ouvertement les indépendantistes ouïghours extrémistes et islamistes.

Xinjiang : aperçu géographique et économique
Avec le Tibet, la Mongolie intérieure, le Guangxi (sud, limitrophe du Viet-Nam) et le Ningxia (minorité musulmane des Hui), le Xinjiang constitue l’une des cinq régions autonomes de la Chine. Avec une superficie de 1.626.000 km2 et 5.400 km de frontières extérieures, le Xinjiang occupe un sixième du territoire chinois.
Politiquement et administrativement, le Xinjiang est entouré par le Tibet au sud, les provinces chinoises de Qinghai et Gansu au sud-est, par la Mongolie extérieure à l’est et la Russie (Sibérie) au nord et enfin à l’ouest par le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et la partie du Cachemire contrôlé par l’Inde. Enfin, le Xinjiang assure l’administration de l’Aksai-Chin, zone stratégique revendiquée conjointement par la Chine et l’Inde qui le considère comme partie intégrante de l’État de Jammu et Cachemire.
Avec une population de 1.600.000 habitants, Ürümqi est la capitale du Xinjiang. Situé à environ 2.500 km de la mer la plus proche, Ürümqi est la ville la plus continentale de la planète.
Sur un plan géographique, le Xinjiang apparait au premier abord comme un territoire ingrat à la fois montagneux et désertique. Son altitude minimale est située à 155 m sous le niveau de la mer et son altitude maximale est de 8.611 m à la frontière du Cachemire.
Le Bassin du Tarim est un immense bassin fluvial de 400.000 km2 en grande partie désertique. Cette zone de dépression est entourée par de hautes chaînes de montagne : Tian Shan au nord, Pamir à l’Ouest et Kunlun au sud (limitrophe avec le Tibet). La majeure partie de ce bassin est occupée par le Désert de Taklamakan dont l’amplitude thermique oscille entre -40° et +50°. Avec ses 337.000 km2 de sable et des dunes de 40 mètres, cette étendue inhospitalière surnommée “le Désert de la Mort” est le 3e désert au monde après le Sahara et le Kalahari en Afrique australe. Long de 2.030 km, le fleuve Tarim le traverse d’ouest avant de disparaitre dans les eaux salées du marécage Lop Nor. Particulièrement isolé, Lop Nor fut le théâtre de 45 essais nucléaires chinois entre 1964 et 1996. 23 essais nucléaires (dont le dernier en 1980) furent réalisés dans l’atmosphère.
Néanmoins, le Bassin du Tarim comprend de nombreuses oasis dont la plus remarquable est Tourfan ou Turpan, réputé pour ses raisins secs et étape incontournable pour l’ancienne route commerciale de la soie. En raison de sa géologie complexe, le Xinjiang recèle d’immenses réserves en charbon, gaz et pétrole. D’ailleurs au printemps 2009, des géologues miniers du Xinjiang avaient découvert dans le Lac Aidin près de Tourfan une immense réserve carbonifère. Le Xinjiang abrite la plus importante production de pétrole en Chine.
L’imposante chaîne de montagne Tian Shan borde au nord et au nord ouest le Désert de Taklamakan. Situé à la frontière sino-kirkhiz, son sommet de 7.439 m est dénommé Jengish Chokusu par les kirghiz et Pic Pobedy par les russes.
Avec une superficie de 380.000 km2, le Bassin de Dzoungarie se compose de zones semi-désertiques et tempérées dans la partie septentrionale du Xinjiang. Bordé au nord par la chaîne de l’Altaï, au sud par le Tian Shan et à l’est par le Désert de Gobi, ce bassin géologique aride abrite dans sa partie centrale le Désert de Dzoosotoyn Elisen (48.800 km2) où se situe le point du globe le plus éloigné de la mer (2.600 km).

Xinjiang : aperçu historique, religieux et ethnique
* Disparus depuis plus d’un millénaire, les Tokhariens et les Kouchans étaient des peuples indo-européens colonisateurs, d’abord nomades puis sédentarisés au Ier et IIe Siècle de notre ère dans le Bassin du Tarim. Après avoir établi leur royaume autour de l’actuel Kashgar, les Kouchans introduisirent l’écriture brahmi et une langue indienne dans l’administration locale puis favorisèrent la diffusion du Bouddhisme en Asie centrale grâce à la Route de la Soie. Ces peuples indo-européens, au cœur des échanges commerciaux sous l’Antiquité entre l’Occident et l’Orient, contribuèrent à l’épanouissement du gréco-bouddhisme en Asie centrale et jusqu’à l’actuel Xinjiang.
* La Route de la Soie débutait en Méditerranée orientale à Antioche (Turquie près de la frontière syrienne) et s’achevait en Chine centrale à Xian (Shaanxi). Cette artère commerciale prospéra notamment sous l’Empire romain. Sur cette route, les marchands transportaient et échangeaient des étoffes (laine, lin), des épices, des pierres précieuses et des produits très onéreux (ambre, laque, ivoire, verre, corail). Lorsque les caravanes arrivaient depuis Xian dans le Xinjiang, elles contournaient le Désert de Taklamakan par le nord et le sud, donnant naissance à deux itinéraires distincts qui se rejoignaient à Kasghar. De là, les caravanes s’élançaient sur les pistes à travers les hautes montagnes d’Asie centrale (Pamir, Hindu-Kush, Karakorum, Cachemire) pour accéder en Perse ou en Inde. Situées à proximité du Désert de Taklamakan et des montagnes du Tian Shan pour le Nord et le Kunlun pour le Sud, ces oasis constituaient des comptoirs commerciaux où les marchands venus d’Orient, d’Asie centrale et d’Occident s’échangeaient les denrées si convoitées. Véritables agglomérations urbaines, ces comptoirs étaient fréquentés aussi bien par des commerçants, des pèlerins, que par des militaires, des espions et des criminels. Cette artère commerciale stratégique entre l’Occident et l’Orient favorisa la pénétration en Chine de religions étrangères : le bouddhisme, le nestorianisme (voir ci-dessous), le judaïsme, le manichéisme (syncrétisme religieux perse) et enfin l’Islam, durablement installé dans la Chine de l’Ouest (Xinjiang, Gansu, Qinghai et Xian). En raison de sa longueur marquée par une géographie hostile, des amplitudes thermiques extrêmes et une insécurité permanente (conflits, criminalité), les denrées atteignaient des prix exorbitants. À la fin du Moyen-Âge, les occidentaux cherchèrent un itinéraire commercial de substitution par voie maritime. Après le développement européen de la sériciculture (industrie de la soie), la Route de la Soie fut progressivement abandonnée au cours du XVe Siècle.
* Parmi ses multiples minorités ethniques, le Xinjiang abrite des populations turques et/ou turcophones. Il faut savoir que la Turquie actuelle octroie la nationalité turque à l’ensemble de ses populations de souche turque et turcophones installées en Asie centrale et dans le Xinjiang ce qui inclue naturellement les Ouïghours. Par conséquent, si par malheur la Turquie entrait prochainement au sein de l’Union Européenne, en plus de la population résidant dans l’actuelle Turquie soit 80 millions d’habitants presque exclusivement musulmans, les turcophones musulmans d’Asie centrale et du Xinjiang seraient également habilités à entrer, à résider et à travailler au sein de l’UE !
* Selon le dernier recensement connu, on dénombre 8.68 millions d’Ouïghours soit 45 % de la population du Xinjiang. Population turcophone presque exclusivement de confession musulmane sunnite, les Ouïghours ont naguère joué un rôle crucial dans les échanges commerciaux entre l’Occident et l’Orient. Malgré une période historique et économique fastes, les Ouïghours durent lutter contre l’expansionnisme agressif des nombreuses ethnies turques, ce qui les obligea à se placer sous la protection des populations mongoles. En introduisant durablement l’Islam au Xe et XIe Siècle, cette poussée d’ethnies turques renversa ce protectorat ouïghour-mongol.
* Septième empereur de la dynastie Han (206 avant J.C et 220 après J.C), Wudi régna de 141 à 87 avant J.C. Cet empereur conquérant repoussa les limites de l’Empire chinois jusqu’au Bassin du Tarim aux confins de l’actuel Kirghizistan. Les Chinois se heurtèrent rapidement aux Kouchans mais également à des populations proto-turques (Xiongnu). XIIIe dynastie chinoise (618-907), les Tang installèrent au VIIe Siècle des gouverneurs militaires afin de mieux contrôler le Xinjiang. En 751 après J.C près de la rivière Talas dans l’actuel Kazakhstan, les armées Tang de l’Empire chinois furent littéralement écrasées par les troupes musulmanes composées d’Arabes, de Tibétains et d’Ouïghours. Par conséquent, cette victoire musulmane de 751 facilita la pénétration de l’Islam dans le Bassin du Tarim, ce qui provoqua la fuite progressive des Bouddhistes dans l’actuel Tibet. De même, cette date est également capitale car durant 1.008 ans les chinois seront absents du Xinjiang jusqu’en 1759 avec la conquête mandchoue qui marqua la fin du royaume ouïghour du “Turkestan oriental”.
* Patriarche de Constantinople de 428 à 431, Nestorius (381-451) développa une doctrine hérétique dénommée nestorianisme (coexistence distincte de la nature divine et humaine dans le Christ). Malgré sa condamnation par Cyrille d’Alexandrie en 431 lors du 3e concile œcuménique d’Éphèse, le nesorianisme se diffusa très rapidement dans l’Orient chrétien et en Perse. Le nestorianisme pénétra en Chine dès 635 sous la dynastie Tang puis en Mongolie. Au VIIe Siècle, on trouve même un évêché nestorien autour du port commercial de Barus sur la côte nord-occidentale de Sumatra (Indonésie). Le nestorianime fut également présent sur la côte occidentale de l’Inde entre Bombay et Kerala. Néanmoins en raison de leur isolement géographique et théologique, les nestoriens se fondront inexorablement au sein de la société et culture chinoises. Malgré la sympathie de quelques lettrés chinois, dès le milieu du IXe Siècle ils seront en butte à l’hostilité impériale décidée a pourchasser les “religions barbares”. Pourtant, le christianisme nestorien imprégna longtemps et profondément les ouïghours au Xinjiang. En 1289 le khan mongol de Perse Arghoun envoya en ambassade auprès des rois capétien Philippe le Bel (1285-1314) et anglais Édouard Ier (1272-1307) le moine ouïghour Rabban Sauma avec une lettre envisageant une attaque conjointe contre les Mamelouks. De même, un évêché nestorien existait encore au XIVe Siècle à Kasghar, alors capitale historique du Xinjiang. Enfin, le nestorianisme connut son apogée à partir de 1260 avec la fondation de l’Empire mongol par le célèbre conquérant Gengis Khan. Plusieurs princesses mongoles de son entourage étaient nestoriennes dont la mère de Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan et fondateur de la dynastie sino-mongole Yuan (1271-1368). Le nestorianisme avait complètement disparu de Chine au XVIIe Siècle.
* La dynastie mandchoue des Qing (1644-1912) conquit en 1759 le royaume ouïghour du “Turkestan oriental”. La première “occupation” mandchoue qui dura 63 jusqu’en 1862, fut ponctuée de 42 révoltes ouïghours. Après le dernier soulèvement, les mandchous furent chassés tandis que se constitua un nouveau royaume ouïghour indépendant, reconnu par l’Empire ottoman, la Russie et le Royaume-Uni. Néanmoins, les britanniques s’inquiétèrent de l’expansionnisme oriental de la Russie et encouragèrent la Chine à reconquérir le Xinjiang. Financée par les banques britanniques, la reconquête mandchoue du Xinjiang fut fructueuse en 1876. Immédiatement incorporé à l’Empire chinois, ce vaste territoire fut érigé en province sous le nom de Xinjiang le 18 novembre 1884. Après le renversement de la dynastie Qing lors de la révolution nationaliste de Sun-Yat-Sen en 1911, le Xinjiang resta dans le giron chinois. Administré par des “seigneurs de guerre” despotiques, le Xinjiang connut des révoltes successives et infructueuses. En raison de l’établissement de colons Han (ethnie majoritaire en Chine) et de l’expropriation des paysans, une révolte se produisit en 1931. Cette période confuse marqua un tournant politique majeur avec l’établissement éphémère de deux Républiques indépendantes (1933-1934 puis de 1944-1949).
* Durant l’hiver 1932-1933, les oasis du Bassin du Tarim sont en insurrection permanente si bien que la capitale provinciale Ürümqi se retrouva totalement isolée. Les insurgés forment une opposition politique hétéroclite (rebelles locaux soutenus par des seigneurs de guerre voisin, musulmans turcophones, réformistes du courant Jadid, musulmans conservateurs et traditionalistes anti-communistes du sud du Xinjiang). Profitant de l’affaiblissement politique (contestation des nationalistes du Kuomintang et insurrection communiste de Mao Zedong) et de la dislocation territoriale (invasion japonaise du Nord-Est de la Chine en 1931 et formation le 18 février 1932 de l’État fantoche du Mandchoukouo dirigé par le “dernier empereur” Puyi), les insurgés ouïghours proclament en novembre 1933 la République Islamique du Turkestan Oriental. Selon sa constitution, cette république islamique se fondait sur la charia même si de nombreux réformateurs du Jadid participaient au gouvernement. En cherchant à se soustraire conjointement à la tutelle chinoise et à l’influence soviétique, cette république islamique signa son arrêt de mort. Finalement, le régime sera renversé le 6 février 1934 par un seigneur de guerre manipulé par les Soviétiques.
* La seconde République du Turkestan Oriental (RTO) fut proclamée en 1944 dans trois districts du Nord du Xinjiang. Avec l’influence des Soviétiques et la tolérance du Kuomintang affaibli, les ouïghours exercèrent une administration semi-autonome sur ce territoire durant 5 ans (12 novembre 1944-20 octobre 1949). Signalons un crime de guerre commis par les communistes. Invités par Mao à une conférence à Pékin, le 24 août 1949 cinq dirigeants de la seconde République du Turkestan Oriental (RTO) prirent un avion à Almaty (capitale politique de l’actuel Kazakhstan alors sous le joug de l’URSS de Staline). Le 3 septembre 1949, l’URSS informe officiellement la Chine que les 5 dirigeants de la RTO sont morts sur le coup lors d’un accident d’avion survenu près du lac Baïkal. Après l’effondrement du régime soviétique en 1991, d’anciens dirigeants du KGB affirmèrent qu’en réalité les 5 dirigeants ouïghours avaient été assassinés fin août 1949 conformément à un accord conjoint entre Staline et Mao Zedong. Avec la victoire du communiste Mao sur le nationaliste Tchang Kaï-Chek le 1er octobre 1949, l’Armée Populaire de Libération (APL) entra et occupa le Xinjiang qui fut de nouveau intégré à la Chine. Peu après son incorporation, le territoire du Xinjiang fut redécoupé et amputé (de 1.828.000 à 1.626.000 km2) au profit des provinces voisines de Qinghai et Gansu. Après une révolte ouïghoure infructueuse face à l’APL en 1954, la province fut transformée le 1er octobre 1955 en une Région autonome de la Chine.

Géopolitique : séparatisme, islamisme et ingérence US
Selon le dernier recensement de 2004, le Xinjiang compte 19.630.000 habitants ce qui représente une densité moyenne de 11,83 hab/km2. Sur les 23 millions de musulmans chinois, le Xinjiang en compte un peu plus de 11 dont 8,68 millions d’Ouïghours. Figurant parmi les 56 nationalités “ethniques” officiellement reconnues en Chine, les Ouïghours représentent 45 % de la population totale du Xinjiang. Une infime minorité d’Ouïghours vit à Pékin et dans la province méridionale de Hunan. En dépit des rapports alarmistes des “droits de l’hommistes” occidentaux, leur population augmente à chaque recensement. En 1990, on dénombrait 7.214.431 Ouïghours et en 2000 leur population s’était fortement accrue avec 8.399.393 habitants. Parmi les 2,4 millions de musulmans restants, on relève les Kazakhs (7%), les Hui (5 %), des Tadjiks, Kirghizs, Ouzbeks et Tatars.
Représentant environ 41 % de la population du Xinjiang, les Han (ethnie majoritaire en Chine) forment la composante essentielle des non-musulmans de la région autonome. Avec la conquête mandchoue des Qing aux XVIII-XIXe Siècle, les Han furent encouragés à s’établir comme colons dans l’immense Xinjiang. Depuis 1949, leur nombre s’accroit régulièrement dans les zones rurales et urbaines du Xinjiang. Malgré des conditions climatiques extrêmes, les Han pratiquent l’agriculture dans les zones protégées par les tempêtes de sable. Dans les agglomérations urbaines, ils occupent des postes de fonctionnaire et de cadre. Comme naguère pour les Français d’Algérie, ils sont victimes d’ostracisme et de jalousie malgré leur contribution essentielle au développement économique du Xinjiang. La capitale Ürümqi, siège du gouvernement autonome du Xinjiang, compte 75 % de Han parmi ses 1.600.000 habitants. Comme pour le Tibet montagneux et isolé, l’ambitieux projet des “autoroutes rurales” est destiné à désenclaver la région autonome et à accélérer son récent essor économique. De nombreuses oasis, sièges de bourgs semi-ruraux et de petites agglomérations urbaines, souffrent encore de leur isolement par rapport aux grands axes routiers. Par conséquent, il faudra beaucoup de temps au Xinjiang (comme pour le Tibet) pour qu’il rattrape son retard économique par rapport aux provinces maritimes.
Parmi les deux points noirs du Xinjiang figurent les 45 essais nucléaires entre 1964 et 1996 autour du marécage salé de Lop Nor. En raison de la présence permanente de populations ouïghoures et de conditions de sécurité dérisoires, voire inexistantes au départ, on assista à une logique prolifération de cancers, de malformations à la naissance et de décès prématurés. Outre l’inévitable pollution radioactive et le désastre écologique, les essais nucléaires ont ravivé la colère et l’hostilité des ouïghours envers les chinois. De même, les plus importants camps de travail (Laogaï) furent construits dans le Xinjiang. Ils sont prioritairement destinés aux criminels les plus endurcis. Néanmoins, des dizaines de criminels réussissent annuellement à s’en évader et sèment la terreur dans les villages avoisinants. Après leur libération, tous les criminels ont l’obligation de résider au Xinjiang.

Signalons que après 1949 un grand nombre d’Ouïghours a quitté le Xinjiang pour émigrer. Actuellement, 300.000 Ouïghours vivent dans le Kazakhstan (capitale Almaty). Comme la Turquie octroie la nationalité turque à l’ensemble des populations de souche et/ou turcophones d’Asie centrale et du Xinjiang, 10.000 ouïghours ont décidé de se fixer en Turquie. On compte une poignée d’activistes extrémistes et séparatistes au sein de cette population immigrée en Turquie. D’autres se sont fixés aux États-Unis, en Australie, en Arabie-Saoudite. En Europe, des immigrés ouïghours se sont logiquement installés en Allemagne qui abrite déjà une nombreuse immigration turque. En raison de leur politique libérale en matière d’asile, la Suisse et la Norvège ont accueilli des ouïghours.
Comme pour les Tamouls immigrés à Paris, cette diaspora ouïghoure est loin de se cantonner à des activités purement culturelles. Avec la complicité d’associations immigrationnistes et/ou droits de l’hommistes, certains immigrés ouïghours continuent de se livrer ouvertement à des activités séparatistes et extrémistes. La forme politique varie selon les pays et continents.
La plus ancienne organisation politique “le Comité pour le Turkestan Oriental” est basée à Almaty. Constituée à l’origine par des insurgés ouïghours actifs sous la 2e République du Turkestan Oriental entre 1944 et 1949, cette organisation aurait récemment renforcé ses activités politiques depuis sa base kazakh. Ancien dirigeant indépendantiste, Aysa Beg s’était réfugié en Turquie après l’incorporation du Xinjiang à la Chine en 1949. Qu’elles soient officiellement culturelles ou officieusement activistes, les premières associations ouïghoures ont émergé en 1965 en Turquie. Basé à Munich (Bavière, Allemagne du Sud), le Congrès Mondial des Ouïghours (DUK) se présentait jusqu’en 2004 comme l’unique institution représentative. Bénéficiant de la mansuétude des autorités gouvernementales américaines, le “Gouvernement en Exil du Turkestan Oriental” fut fondé en grande pompe le 19 septembre 2004 à Washington. Cette institution fantoche, qui s’est même dotée d’une constitution traduite en 4 langues (anglais, turc, chinois, japonais), prône officiellement un régime parlementaire et prétend assurer la direction du gouvernement lors d’une hypothétique indépendance du Xinjiang. Derrière ce masque affiché de modération, perce un activisme extrémiste qui correspond aux aspirations radicales de la jeune génération d’immigrés ouïghours. On remarque que, les USA qui prétendent fallacieusement combattre le “péril islamiste” au Moyen-Orient et en Asie centrale, protègent sur leur propre sol de véritables organisations extrémistes et islamistes. Signalons que les relations politiques entre le Congrès Mondial des Ouïghours (DUK) qui ne reconnait pas ce “gouvernement ” en exil sont conflictuelles et très difficiles.
En ce qui concerne le Xinjiang intérieur, l’activisme ouïghour extrémiste et islamiste s’est manifesté à la fin des années 1980 avec l’assouplissement relatif du régime communiste. Parmi ces activistes, figurent de nombreux jeunes ouïghours délinquants et toxicomanes pour certains d’entre eux. Faiblement instruits et manipulés par des dignitaires “religieux” fondamentalistes, ces “jeunes” recherchent avant tout les affrontements violents avec la police. Même si certains groupuscules comptent une poignée d’activistes utopistes avec une vague conscience politique, ceux-ci constituent d’abord le repaire de criminels et trafiquants plus ou moins “islamistes”. Néanmoins, les violentes émeutes ethniques des années 1990 correspondent à une réislamisation en cours au Xinjiang et en Asie centrale.
Afin de contrebalancer une propagande “droit-de-l’hommiste” à sens unique, signalons qu’actuellement la Chine compte 30.000 mosquées en fonctionnement et que durant la période communiste, la religion musulmane fut la moins persécutée par rapport aux autres car la Chine désirait conserver de bonnes relations diplomatiques avec les pays musulmans du Proche et Moyen-Orient. Même si des Corans furent brûlés dans de grands autodafés publics lors de la “Révolution Culturelle” de 1966 à 1976, la Chine s’est plutôt montrée bienveillante à l’égard des musulmans en autorisant les pèlerinages annuels à la Mecque (Arabie Saoudite) et en accédant à leurs multiples revendications (enseignement, bannissement du porc) dans les districts où ils sont majoritaires.

Examinons maintenant les prétextes de ces émeutes ethniques : le soulèvement “populaire” d’avril 1990 à Akto fut provoqué par le refus des autorités chinoises de construire une énième nouvelle mosquée et celui du 5 février 1997 à Guldja démarra la veille de Ramadam avec l’arrestation de 30 dignitaires fondamentalistes, provoquant des violences urbaines commises par 600 “jeunes” ouïghours et des représailles à l’encontre des Han. Enfin, divers actes criminels se sont déroulés au Xinjiang en août 2008 sur fonds de Jeux Olympiques à Pékin. Quatre jours avant l’ouverture grandiose des JO, le 4 août 2008 un poste de police est attaqué à Kashgar par des terroristes qui tuent 16 policiers.
Parmi la multitude de groupuscules terroristes, séparatistes et islamistes, deux se sont récemment faits connaître au Xinjiang et jusqu’en Occident :
* Qualifiée de “Hamas du Xinjiang”, la “Jeunesse du Foyer du Turkestan Oriental” forme une organisation extrémiste et islamiste dont le but final est l’obtention de l’indépendance totale du Xinjiang. Ce groupuscule criminel constitué à l’origine de jeunes aventuriers plus ou moins marginaux, revendique environ 2.000 membres dont les plus fanatiques ont été entraînés à la guérilla dans des camps militaires afghans.
* Considéré comme organisation terroriste par la Chine, le Pakistan, le Kazakhstan, les USA et l’ONU depuis 2002, le Mouvement Islamique du Turkestan Oriental (ETIM selon le sigle anglais) comprend essentiellement des extrémistes et islamistes ouïghours. Son fondateur et dirigeant fut abattu par l’armée pakistanaise le 2 octobre 2003. La coopération sino-pakistanaise contre le terrorisme islamiste s’est nettement renforcée après les attentats du 11 septembre 2001. Le but de l’ETIM est l’obtention de l’indépendance totale du Xinjiang ainsi que la création d’un État islamiste en Asie centrale. Au Xinjiang, ces terroristes capturent des otages chinois (Han) torturés dans des conditions atroces. Leur exécution fait l’objet de vidéos complaisamment diffusées sur internet.
Outre le Pakistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan coopèrent avec la Chine dans la lutte contre le terrorisme islamiste en Asie centrale. Ces trois pays ont extradé vers la Chine de dangereux criminels et séparatistes islamistes ouïghours. En revanche, les États-Unis jouent un rôle plus trouble qui s’apparenterait presque à une certaine complaisance à l’égard du séparatisme islamiste en Asie centrale. Comme nous l’avons vu, les organisations terroristes ouïghoures sont polymorphes et autarciques. Néanmoins, une infime minorité d’extrémistes ouïghours est allée s’entrainer à la guérilla en Afghanistan. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Américains ont arrêté 22 terroristes ouïghours qui s’entrainaient dans les camps afghans attribués à Ben Laden. Ces 22 criminels furent transférés par les américains dans leur base militaire de Guantanamo. Malgré les demandes d’extradition réitérées par la Chine, les USA préfèrent les garder chez eux sous prétexte que le Xinjiang est la seule province à condamner communément à la peine capitale et à exécuter les prisonniers politiques. Cette attitude ambigüe surprend d’autant plus que dans de nombreux États les USA pratiquent également la peine de mort contre les criminels endurcis. Comme pour la Guerre d’Indochine (1946-1954), celle d’Algérie (1954-1962), ou le Kosovo en 1999, on remarque que loin de “protéger” l’Occident contre le communisme et l’islamisme, les USA appuyaient et continuent de soutenir ouvertement des séparatismes hier marxistes et aujourd’hui islamistes.
Malgré la menace du séparatisme extrémiste et islamiste des Ouïghours les plus radicalisés, le Xinjiang profite de son statut de région autonome au sein de la Chine pour amorcer un développement économique. Carrefour historique, religieux, commercial et économique aux marches de l’Eurasie continentale, le Xinjiang continue d’être une vaste zone tampon (voire un far west pour certains) entre l’Occident et l’Orient.
Posté par jeromemoreno : le 3 juin 2009
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