Posté par jeromemoreno : le 19 avril 2009
Le 5e Sommet des Amériques se déroule du 17 au 19 avril 2009 à Port of Spain, capitale de l’île caribéenne de Trinidad et Tobago. Réunissant 34 pays américains et caribéens, ce Sommet inter-continental semble marquer un infléchissement dans la politique étrangère des USA vis à vis de l’Amérique latine. Outre une coopération renforcée avec le Mexique et la Colombie contre la criminalité organisée et le trafic de drogue, les USA cherchent à normaliser leurs relations diplomatiques avec Cuba et le Vénézuela.
USA-Cuba : vers un réchauffement des relations diplomatiques ?
Après des années de guérilla révolutionnaire dans la zone montagneuse de Sierra Maestra, Fidel Castro s’empara du pouvoir et chassa le dictateur pro-américain Fulgencio Batista (1901-1973). Dès ses débuts, la dictature castriste fut totalitaire et reçut l’assentiment de Moscou. Les USA rompirent leurs relations diplomatiques en 1960 et l’année suivante décrétèrent l’embargo commercial contre Cuba. De nombreux cubains hostiles à la dictature marxiste-léniniste de Castro s’exilèrent aux États-Unis. Ces réfugiés cubains choisirent majoritairement de s’installer en Floride.
Les relations américano-cubaines se dégradèrent profondément sous le mandat présidentiel du républicain G.W. Bush (2001-2009). Fortement influencé par les officines néo-conservatrices, le méthodiste Bush décida de partir en croisade contre “l’axe du mal”. Ainsi, l’administration américaine imposa de sévères restrictions sur les transferts d’argent ou les voyages familiaux des américains d’origine cubaine. Lundi 13 avril 2009, Barack Obama leva l’ensemble de ses restrictions si bien que 1,5 million d’américains d’origine cubaine peuvent désormais effectuer des transferts d’argent vers leurs familles ou voyager pour rendre visite à leurs proches restés sur l’île.
D’après un sondage, 70 % des citoyens américains approuvent ce changement d’orientation diplomatique de leur pays vis à vis de Cuba. Mardi 14 avril, Fidel Castro qui dirigea l’île d’une main de fer pendant 48 ans (1959-2007) a jugé ces mesures “positives” mais “minimales”. Jeudi 16 avril lors d’un déplacement au Vénézuela, Raoul Castro a annoncé publiquement sa volonté d’ouverture politique et se déclare prêt à entamer des négociations multiples avec les USA (”droits de l’homme”, liberté de la presse et prisonniers politiques). Après 48 ans d’embargo commercial des USA et une désastreuse gestion économique collectiviste, Cuba est littéralement exsangue si bien que Raoul Castro n’a guère d’autres choix que de tenter un rapprochement diplomatique avec l’oncle Sam aussi honni soit-il.
En réalité, ce réchauffement géopolitique américano-cubain s’amorça dès avril 2009 avec la visite officielle de 7 législateurs Démocrates à la Havane. Lors de ce court séjour cubain, ces officiels américains rencontrèrent le nouveau dirigeant Raoul Castro et son demi-frère Fidel qui exprimèrent leur volonté de négocier avec la nouvelle administration Obama et de normaliser leurs relations diplomatiques bilatérales. Responsable en chef de de cette délégation américaine, Barbara Lee avait annoncé que le moment était venu d’ouvrir un dialogue politique avec Cuba. Mais évidemment, ce dialogue ne sera pas à sens unique et Cuba devra montrer sa bonne volonté pour un changement politique, voire démocratique.
Bien que la question cubaine ne figurât pas sur l’agenda officiel du 5e Sommet des Amériques, Barack Obama l’a abordée avant même l’ouverture de cette rencontre inter-américaine. Vendredi 17 avril lors de sa première visite officielle en Amérique latine, Obama a exprimé sa volonté d’amorcer une “nouvelle relation” avec Cuba qui de son côté doit effectuer d’importants changements d’ordre politique.
En réalité, Obama a subi une pression politique croissante de l’ensemble des pays d’Amérique centrale et latine en faveur d’un net infléchissement de la politique nord-américaine à l’égard de Cuba. À propos du contentieux cubain, on a d’ailleurs assisté à un consensus assez exceptionnel entre les différents pays latino-américains décidés à demander la levée de l’embargo commercial des USA sur l’île. Même le Mexique, dirigé par le très conservateur catholique Felipe Calderón défend la politique conciliatrice à l’égard de Cuba.
Sur la question cubaine, Barack Obama et son ambitieuse secrétaire d’État Hillary Clinton sont exactement sur la même longueur d’onde. Enfin, les USA ont décidé de négocier directement avec Cuba sans l’entremise d’un pays médiateur. Après un demi-siècle de relations tumultueuses entre les États-Unis et Cuba, on assiste au début d’un revirement géopolitique majeur dans les Caraïbes. Pour l’instant, il est néanmoins hasardeux de se livrer à de quelconques pronostics et à une analyse politique même si Barack Obama essaie de donner une image plus positive de son pays sur le plan diplomatique.
USA-Vénézuela : premiers pas conciliants de Chavez et d’Obama
Début avril 2009, le président vénézuelien Hugo Chavez a exprimé sa volonté d’améliorer les relations diplomatiques entre son pays et les États-Unis. Farouche opposant du Nouvel Ordre Mondial ultralibéral et américanisé, Hugo Chavez se montre favorable à l’émergence d’un monde multipolaire, constitué de blocs homogènes et de nations souveraines affranchis de la tutelle atlanto-sioniste. Comme Chavez entretient d’excellentes relations diplomatiques et économiques avec la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres nations du Proche et Moyen-Orient, le manichéen G.W. Bush l’avait désigné comme un membre de “l’axe du mal”.
Très proche de son compère bolivien Evo Morales, le 11 septembre 2008 Hugo Chavez avait décidé d’expulser l’ambassadeur américain de Caracas vers les USA en signe de solidarité avec la Bolivie qui avait également congédié l’ambassadeur US de la Paz vers les USA. Logiquement, il s’ensuivit une rupture de relations diplomatiques entre Caracas et Washington. Avec le changement présidentiel intervenu en janvier 2009, Hugo Chavez commença timidement à manifester une volonté d’ouverture politique à l’égard de la nouvelle administration démocrate d’Obama.
Vendredi 17 avril quelques instants avant l’ouverture officielle du 5e Sommet des Amériques à Port of Spain, Barack Obama et Hugo Chavez se longuement serré la main tout en échangeant des sourires non affectés. Après l’agressivité quasi-pathologique de Bush, cette chaleureuse poignée de main constitua un symbole politique majeur.
Samedi 18 avril avant une entrevue capitale avec Hillary Clinton, Hugo Chavez a effectué un autre geste de bonne volonté en offrant à Barack Obama l’ouvrage “les veines ouvertes de l’Amérique latine” de l’auteur uruguayen Eduardo Galeano. Le choix de cet œuvre littéraire est destiné à améliorer la compréhension de Barack Obama pour le continent latino-américain.
Lors de son entretien avec Hillary Clinton, le président vénézuelien a longuement évoqué sa volonté de normaliser les relations diplomatiques avec les États-Unis. Ce rapprochement passe nécessairement par la nomination de deux nouveaux ambassadeurs. Lors d’une allocution prononcée sur la télévision d’État vénézuelienne, Hugo Chavez a confirmé le contenu positif de son entretien avec la secrétaire d’État américaine.
Après son entretien fructueux avec Hillary Clinton, Hugo Chavez s’est adressé à plusieurs journalistes présents à Port of Spain. Il leur a indiqué qu’il avait nommé un candidat pour le poste d’ambassadeur à Washington. Il s’agit de Roy Chanderton, ancien ministre vénézuelien des Affaires étrangères et actuel ambassadeur auprès de l’Organisation des États Américains (OEA). Cet organisme inter-continental, qui assure les différents “Sommets des Amériques”, regroupe l’ensemble des nations du continent américain à l’exclusion notable de Cuba.
À l’instar de Cuba, il est encore prématuré d’effectuer une analyse politique ou de se lancer dans des pronostics géopolitiques hasardeux. Cependant, tout observateur extérieur constate un début de revirement diplomatique des USA à l’égard du sous-continent latino-américain. En dépit de la persistance de sérieuses divergences en politique internationale, les nations caribéennes et latino-américaines qui furent particulièrement affectées par la crise systémique mondiale, cherchent à se rapprocher des États-Unis afin d’essayer de trouver conjointement des solutions viables et durables pour opérer un rapide redressement économique.
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Géopolitique : bilan du 5e Sommet des Amériques
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