L’Amérique perd, Poutine joue et gagne

Tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d'influence sur des territoires et les populations qui y vivent.
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25492
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

L’Amérique perd, Poutine joue et gagne

Messagepar Pat » 24/10/2008 - 21:23

La Tribune libre
Comme je le disais cet été, la victoire russe dans le Caucase est un retournement historique sans équivalent depuis la première guerre du golfe.
Les États-Unis ont joué à l’hyperpuissance depuis vingt ans, mais ce numéro est en train de s’achever. Tout comme s’achève la mythologie matricielle d’une économie déconnectée de la réalité et de la production de biens ou de matières premières. S’imaginer qu’un système puisse fonctionner comme le pense les anglo-saxons uniquement sur des services, et que ce château de cartes repose sur la hausse des actifs mobiliers et immobiliers relève de la gnose. Il est vrai que l’omniprésence du poker et Las Vegas dans la culture occidentale contemporaine ont poussé les esprits incultes à se précipiter dans ce vacuum intellectuel. L’idée aussi que l’on pouvait survivre ad libitum en vampirisant l’épargne mondiale pour financer des guerres incroyables était aussi inepte. C’est là que comme d’autres commentateurs américains je pariais il y a peu sur l’avènement de ce monde post-américain grâce à Bush, qui l'a réalisé en dix ans : ce que ni Staline, ni Hitler, ni Mao, ni De Gaulle auraient rêvé. Les Arabes en profiteront pour créer leur monnaie du golfe, qui mettra fin à la virtualité pathétique du billet vert, la Chine vendra ses pacotilles à des pays solvables, et Poutine ne perd pas une minute pour avancer ses pions. Lui ne règne pas sur du virtuel, lui règne sur le plus grand pays du monde, le plus riche de matières premières et d’énergies. Et Poutine tient la clé de l’océan arctique, qui sera le prochain eldorado de l’ère de l’effet de serre. Ce retour de l’Hyperborée sur fond de réchauffement global (que les républicains américains ont été idiots au point de nier) a un parfum post-apocalyptique auquel nous devrons nous habituer, dans ce décor de science-fiction qui va être celui de nos enfants.
C’est ainsi qu’après avoir mis au pas les matamores géorgiens, Poutine et son fidèle président ont vertement réprimandé l’Ukraine, qui comprend tout de même une population de 17 millions de Russes. Et voir le pays de Gogol et de Boulgakov entrer dans l’OTAN avait de quoi donner le vertige. Timouchenko l’occidentale a déjà retourné sa veste, et l’on parle déjà de nouvelles élections en Ukraine.
Pour le reste, Poutine ne prend plus de gants : il est en conflit ouvert avec qui le veut, il remet en cause les versions officielles du 11 septembre 2001, il envoie sa flotte rassurer le Venezuela de Chavez, il arme le Hezbollah ou l’Iran, enfin il est prêt à sauver de la faillite l’Islande, pièce maîtresse de l’échiquier nord-atlantique, victime elle aussi du cataclysme financier occidental. Après tout, si l’OTAN se mêle de ce qui se passe en Géorgie ou en Afghanistan, on ne voit pas ce qui empêcherait la Russie de s’occuper de l’Islande ou de la Barbade…
On enterre toujours trop vite la Russie. Ivan le terrible était donné perdant face aux Tatars ou aux Hongrois ; il a finalement gagné. Pierre le Grand a commencé par perdre face aux Suédois ; il a finalement gagné. Hitler comme Napoléon ont vu leurs armées fondre comme neige au soleil après avoir conquis la moitié de la Russie d’Europe. C’est que la Russie comme l’empire romain, comme le saint empire est un véritable empire, et les empires ont la vie dure.
La question qui se pose maintenant, à l’heure de l’écroulement de la matrice nord atlantique, est de savoir ce que fera l’Europe. Suivra-t-elle la volonté de De Gaulle et de tant d’autres avec lui ? Tout l’y pousse, sa décrépitude, ses besoins en gaz et en pétrole, et pour les plus intelligents, le lien racial et culturel, la logique géopolitique eurasiatique, la lutte contre l’islamisme, la complémentarité germano-russe entrevue par Bismarck et dont la disparition au XXe siècle nous aura presque exterminé. Il est vraisemblable d’ailleurs que c’est d’Allemagne plus que de la France en pleine implosion politique, économique et culturelle, que viendra le langage de la raison. Les prochaines années verront ainsi le choc entre l’Europe naissante et l’occident atlantéen, entre les joueurs d’échecs et les day-traders.
Nicolas Bonnal http://www.philipperanda.com/index.shtml
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Revenir vers « Géopolitique »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité