Il sera déterminé en grande partie par la décision que prendra le successeur de Bush,en maintenant ou en retirant les troupes américaines. Mais quelle que soit la décision le pays sera dans une situation catastrophique.
L'Irak: est toujours un canard sans tête. Les Américains ont imposé un système fédéral avec un président potiche et un premier ministre qui ne dispose que d'un pouvoir apparent. Tout est censé reposer sur les 18 gouverneurs de province, mais certains comme Al Anbar, à Ninive, ne gouvernent rien dans le chaos général.
Les Américains ont voulu imposer une représentation politique communautariste sur le modèle libanais. Ce dernier n'a jamais fonctionné et son avatar irakien non plus.
En août dernier, 17 ministres sur 37 ont démissionné et il n'y a plus eu de gouvernement. L'ambassadeur américain a dû user de la carotte et du bâton pour qu'ils reprennent leur poste. On a donc des ministres à éclipses qui claquent la porte pour revenir ensuite.
Dans un rapport au Congrès, le contrôleur général du GAO écrit que le gouvernement irakien ne fonctionne pas. Il n'y a pas de majorité au Parlement irakien. Les députés font du nomadisme entre majorité et opposition. Certains groupes, sadristes ou allaouistes, quittent l'Assemblée et le Premier ministre Al Maliki doit intervenir pour les faire revenir.
Avec des intérêts communautaristes antagonistes, comment mener une politique?
Ainsi, le sort de Kirkourk dans le nord du pays est toujours en suspens depuis deux ans. Le rattacher au Kurdistan satisferait les Kurdes mais provoquerait la colère des Sunnites et des Turkmènes. Une récente loi de réhabilitation des baassistes a satisfait les sunnites et provoqué la colère des Kurdes et des Chiites.
Prolifération de milices
La prolifération de milices antagonistes symbolise l'impuissance du pouvoir tout en le discréditant et donne lieu à des alliances inattendues.
L'Armée du Madhi a envoyé des troupes à Kirkouk pour soutenir les Turkmènes contre les Kurdes. A Bassorah, au sud de l'Irak, le gouverneur est sadriste et le chef de la police badriste, mais ils font cause commune contre la milice la plus puissante de la ville, le Hezb al Fadillah de l'ayatollah Yaacoubi (une dissidence de l'Armée du Madhi). A Bagdad chacun attend avec crainte le moment inéluctable où les milices du réveil et celles de l'Armée du Madhi entreront en conflit. Quelle sera alors l'attitude des forces régulières? Et qui se chargera de désarmer ces milices?
Cette situation à la libanaise engendre une explosion de la criminalité : vols, enlèvements crapuleux, règlements de comptes, etc. qui contribuent à l'aggravation de l'insécurité et paralysent toute activité économique normale. Il existe bien une brigade anti-enlèvements, mais elle ne compte que 50 policiers pour tout l'Irak !
Conséquence de l'inconsistance du pouvoir, la corruption sévit à tous les échelons. Récemment, le Washington Post a publié une lettre ouverte de 12 capitaines, basés en Irak: "Beaucoup de routes, de ponts, d'écoles et d'hôpitaux sont dans un état déplorable. Les Irakiens ayant accès à l'eau potable sont moins nombreux qu'avant la guerre ... L'incapacité des gouvernants est aggravée par une corruption galopante ... Beaucoup d'entre nous ont été les témoins de détournements de fonds destinés à la reconstruction par des responsables politiques et militaires irakiens. Les sabotages et la prévarication ont un impact désastreux sur l'industrie pétrolière ... La corruption profite à des généraux peu scrupuleux ainsi qu'à divers intérêts qui entreront inévitablement en conflit après notre départ".
Corruption généralisée
Cette corruption à tous les niveaux entraîne une impunité générale. Le précédent ministre de la Défense était accusé d'avoir détourné 800 millions de dollars, mais cela ne l'empêche pas de vivre en liberté à Amman (Jordanie).
Comme s'ils voulaient démontrer que les autorités irakiennes étaient des fantoches, les Américains se conduisent en occupants ostensibles.
Ainsi, près de l'aéroport de Bagdad, là où il n'y avait rien il y a quatre ans, une nouvelle ville de 40 000 personnes est sortie de terre, entourée de plusieurs dizaines de kilomètres de murs de béton. Il n'y a que des aviateurs, des militaires, et des employés venus d'Asie. Les Irakiens y sont interdits de séjour.
Au centre de Bagdad, il y a la zone Verte, également interdite aux Irakiens.
Depuis décembre dernier, il y a un nouveau no mans land. Il s'agit de la nouvelle ambassade américaine. Le complexe ceinturé d'un mur de 3 mètres d'épaisseur pour arrêter les camions bombes et dont l'accès ne peut se faire que par six portes blindées, a été conçu pour fonctionner en autarcie complète. Son emprise est de 42 hectares (plus que la cité du Vatican) et il comprend 21 bâtiments et 6 blocs d'habitation, dont la résidence de l'ambassadeur de 4 900 mètres carrés, ainsi qu'une caserne de Marines, une de pompiers, une centrale électrique, une école, un complexe nautique, des restaurants, etc.
Avant, le personnel de l'ambassade pouvait effectuer tout son séjour en Irak sans sortir de la zone Verte. Aujourd'hui, il n'a même plus besoin de sortir de l'ambassade. Pour construire ce bunker, les Américains ont fait appel à des ouvriers venus d'Inde, du Pakistan et des Philippines. Aucun Irakien n'y a travaillé. L'ambassade a coûté la bagatelle de 1,3 milliard de dollars et son fonctionnement annuel est estimé à 1,2 milliard de dollars. Tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne est importé des USA et du Koweit. Conclusion de l'International Crisis Group: "la présence de cette ambassade massive est perçue par les Irakiens comme une indication précise sur qui exerce réellement le pouvoir dans le pays".
En octobre 2007, Sarkozy recevant le président irakien Jalal Talabani a souhaité un " Irak fort, uni, démocratique et réconcilié avec lui-même ". Un vœu pieu! Par ailleurs, il a déclaré " vouloir encourager les entreprises française à s'installer en Irak " , alors que toutes les sociétés étrangères ont déjà pris la fuite ...
Et ce ne sont pas les récentes menaces de l'Armée islamique en Irak contre la France, accusée d'être devenue un satellite des USA, qui vont encourager les investisseurs ...
Jean ROBERTO : National Hebdo février 2008
QUEL AVENIR POUR L'IRAK?
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