La soupe du Monde pour Fini Gianfranco Fini, le leader de l'Alliance nationale italienne, qui se verrait bien chef du gouvernement transalpin et dont le parti exerce le pouvoir dans de nombreuses grandes villes, fait ce qu'il faut pour l'obtenir en s'assurant la bienveillance des lobbies déterminants. Lui qui avait reçu le Mouvement social italien des mains de Giorgio Almirante, compagnon de Mussolini, a condamné expressément le fascisme. Puis il a gommé de son programme toute revendication identitaire, toute réflexion sur l'immigration. Mais cela ne suffisait pas tout à fait. Alors il a rompu avec le Front national. Mais comme, après les dernières régionales, on s'est mis à parler ici et là de la dédiabolisation du parti de Jean-Marie Le Pen, il vient d'en remettre une louche dans un grand article paru dans Le Monde daté du 26 juin 1998, intitulé : Pourquoi nous avons rompu avec le FN.
Il écrit notamment : « Pour nous, l'impossibilité de définir des valeurs communes avec le Front national a déterminé la rupture de tous les contacts à la fin de 1989, c'est-à-dire au moment où M. Le Pen a signé une entente avec les Republikaners allemands de M. Schonhuber. » On notera que la véritable pomme de discorde se situait à l'époque sur la question (épineuse) du Haut Adige-Tyrol du Sud, zone frontalière litigieuse que les nationalistes italiens et autrichiens se sont toujours disputée. Et pas sur la question des valeurs. Celles que M. Fini définit aujourd'hui pour siennes font partie de celles que défend le FN. D'ailleurs, Gianfranco Fini le sait bien. Il sait très bien aussi que ses mines effarouchées de fausse vierge ne correspondent à aucune réalité horrible et que le Front national n'est pas le parti raciste, antisémite et xénophobe qu'il suggère : en 1988, au congrès de Nice, lorsqu'il vient donner l'accolade à celui qui lui apparaissait alors comme un maître, et qui allait faire un carton à la présidentielle, les déclarations censément horribles sur le "détail" avaient déjà eu lieu depuis plusieurs mois. Il en était donc consciemment solidaire.
Mais, aujourd'hui, le fumet du pouvoir est trop fort pour ce grand lévrier courant.
NH SEMAINE DU 2 AU 8 JUILLET 1998