Le train et le métro ne marchent pas à l'essence, on n'y débraye pas moins régulièrement. Petit aperçu des avantages de ces champions de la grève.
Au cœur de la grève qui perturbe, année après année, la rentrée scolaire, au cœur des grèves à répétition qui secouent l'année civile, les transports publics tiennent une large place. Malgré l'agacement et la colère croissante (nonobstant l'interview du gogo de service, pas en grève lui, qui comprend et excuse tout) des usagers, fatigués du véritable parcours du combattant que représente alors le trajet pour se rendre au bureau ou à l'usine. Sans compter qu'il faut ensuite rentrer chez soi. Et malgré aussi la promesse de service minimum... qui, il est vrai, s'accorde mal avec le droit de grève.
Car, quelles que soient les raisons avancées à la SNCF, à la RATP ou chez les aiguilleurs du ciel pour justifier telle ou telle grève, l'usager, moins favorisé, bénéficiant de moins d'avantages sociaux, ne peut manquer de s'interroger : que leur faut-il de plus ?
Ainsi, à la SNCF - entreprise à capitaux publics, faut-il le rappeler ? - l'âge d'ouverture du droit à la retraite est de 50 ans et 2 mois pour les agents de conduite, de 55 ans et 1 mois pour les cheminots sédentaires. Alors qu'il est - actuellement - de 61 ans et 9 mois dans le régime général.
Avantage aussi dans le mode particulier du calcul du montant de la pension de retraite. A la SNCF, celui-ci est en effet calculé sur la base des six derniers mois de traitements ; alors que dans le cas du régime général, le calcul se fait sur les 25 meilleures années pour le régime général, et sur l'ensemble de la carrière pour les complémentaires Agirc-Arrco.
Par ailleurs, le taux de cotisation des hommes du rail n'est que de 7,85 % hors primes - contre 10,35 % pour le salarié ordinaire.
Il y a ensuite les primes : prime de fin d'année, prime de parcours ou prime TGV, prime de « salissure » qui a remplacé, en 1974, la prime de charbon ; elles arrondissent confortablement (puisqu'elles vont parfois jusqu'à le doubler) le salaire des cheminots.
Si les 145 000 cheminots ne sont pas fonctionnaires, puisque la SNCF est devenue, depuis 1983, un Etablissement public à caractère industriel et commercial, ils n'en bénéficient pas moins d'un statut particulier similaire, dans les avantages dont nous n'avons esquissé que les principaux, à celui de leurs collègues de la fonction publique - et même un peu plus généreux.
20 % de syndiqués à la SNCF
A la RATP, la situation est semblable. Selon le rapport de la Cour des comptes publié fin 2009, le salaire annuel brut à la RATP a augmenté de près de 19 %, entre 2001 et 2007. On peut noter en outre que le temps de conduite effectif quotidien est de 2h50, soit, en tenant compte de la présence, 4h13 de travail total par jour. Un agent RER conduit 449 heures par au à Paris, quand son homologue allemand atteint 1217 heures à Berlin.
Côté retraites, un conducteur de métro prend la sienne à 50 ans, dès la vingt-cinquième année de service, (contre 61 ans en moyenne dans le secteur privé) ; et la subvention de l'Etat à la caisse des personnels de la RATP atteint quasiment 60%.
En résumé, l'employé de la RATP, tous services confondus, travaille 7,5 ans de moins en moyenne que le salarié du privé, ses cotisations vieillesse sont inférieures de 40 %, mais ses pensions sont supérieures de 65 % !
En ce qui concerne enfin les contrôleurs aériens, les chiffres ne sont pas moins impressionnants.
Un récent dénombrement a recensé 4 113 contrôleurs aériens en France, contre 1700 en Allemagne, 1650 au Royaume-Uni, et 1600 en Italie.
Leurs avantages sont similaires à ceux relevés à la SNCF et à la RATP. En 2002, dans son rapport sur le contrôle de la navigation aérienne, la Cour des comptes évaluait le temps de présence à une moyenne de 20 à 24 heures de tenue de poste effective, pour un salaire mensuel oscillant entre 4000 et 8000 euros (primes comprises). Côté retraites, entre autres avantages : une limite d'âge de départ fixée à 57 ans.
Les politiques semblent toutefois commencer à trouver cette situation, sinon intolérable, du moins exagérée, puisque, à la fin de l'année dernière, devant la Commission des Finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, rapporteur général, donnait l'exemple suivant du RER A : « Aujourd'hui, une grève sévit précisément sur cette ligne. Pour ce qu'on m'en indique, les dispositions relatives au service minimum n'y sont pas respectées : entre neuf heures trente et seize heures trente ou dix-sept heures, si des rames circulent entre Nation et Etoile, les banlieusards ne se voient plus proposer aucun service ! Ne parlons pas des conditions de transport aux heures de pointe : une rame sur deux seulement circule. »
Et il s'interrogeait : « (...) quelle est l'appréciation du président de la RATP au regard de la qualité du service ainsi que du service minimum ? Quelles sont les pertes prévisibles pour l'entreprise du fait de cette grève ? Quelles pénalités lui seront imposées par le STIF (...) ? » Questions on ne peut plus normales quand les deniers publics sont en cause. La réponse, semble-t-il, tarde à venir... ce qui s'explique sans doute par le taux de syndicalisation des cheminots, relativement important : l'Institut supérieur du travaille chiffre, pour la SNCF, à 20 %, quand il ne dépasse pas 5 % dans le secteur privé ! Ce qui semble expliquer, en définitive, qu'à elles seules et exception faite des administrations publiques, la SNCF et la RATP cumulent en moyenne plus de la moitié des grèves.
Olivier Figueras monde & vie. 20 septembre 2010.
Près de 200 000 journées de travail perdues à la SNCF
Combien coûtent à la collectivité les grèves dans les transports publics ? Quelques indications permettent, non pas de l'évaluer, mais de s'en faire une idée : le dernier rapport de la Commission des comptes des transports de la nation recense ainsi, en 2009, à la RATP 80 grèves représentant l'équivalent de 22 000 journées perdues, et à la SNCF 431 grèves, soit 187 000 journées perdues. En avril dernier, le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, déclarait : « Une grève, ça coûte 20 millions d'euros par jour ». Sans compter les coûts induits, notamment pour les entreprises du secteur privé. Et il ne s'agit là que de grèves sectorielles. Rappelons accessoirement que la SNCF perçoit 13 milliards d'euros de subventions annuelles de l'Etat...
SNCF et RATP : le train-train des grèves
- Prodeo
- Décédé
- Messages : 9209
- Inscription : 25/03/2006 - 8:52
- Localisation : La Défense - Royaume de France
- Contact :
Re: SNCF et RATP : le train-train des grèves

« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.
« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité
