Voilà à peine plus d'un siècle, les députés français se votaient une retraite sur mesure, dorée sur tranches. Depuis, aucune réforme ne l'a écornée. Passe le temps, les avantages de nos élus demeurent.
Si l'on vous dit : « 1905 », vous me répondrez probablement : « séparation de l'Église et de l'État » ! Certaines dates, dans l'Histoire, sont effectivement indissociables d'un fait, ou d'un traumatisme particulier. Néanmoins, cette année-là, les parlementaires si prompts à se débarrasser de l'Église ont oublié de voter, également, la séparation de leurs intérêts personnels d'avec l'État et le Trésor public... C'est en effet à cette époque que, profitant sans doute de l'émoi général suscité par leur loi révolutionnaire, ils se sont auto-attribué, ni vu ni connu, un régime de retraite en tous points exceptionnel. Régime pour lequel ils se sont curieusement révélés, une fois n'est pas coutume, très conservateurs et qui est toujours en vigueur, aujourd'hui, dans la moindre de ses dispositions... Ainsi, au bout d'un seul mandat - cinq petites années - un député perçoit-il 1550 € de retraite par mois (hors majorations familiales). C'est-à-dire l'équivalent de la retraite moyenne perçue par un retraité du privé après une carrière complète (40 annuités). Belle leçon d'égalité républicaine ! Après deux mandats, la pension est doublée : 3100 € et, ainsi de suite, jusqu'à un maximum de 6230 € par mois.
Avec une telle générosité, il est évident que le régime des parlementaires offre un rendement sans équivalent. Pour 1 € cotisé, le député retraité perçoit, en moyenne, 6 €. Une véritable aubaine puisque, dans les régimes de droit commun, les affiliés reçoivent généralement, suivant leur profil, entre 1 et 2 € par euro cotisé. Ainsi suffit-t-il à un ancien député de seulement trois ans, sept mois et douze jours de retraite pour récupérer l'intégralité de ses cotisations. Le reste, c'est cadeau !
Des pensions garanties, quelle que soit la conjoncture
La question se pose de savoir comment un tel "miracle" financier est possible, tout spécialement en ces temps de crise. La réponse tient en un mot : l'impôt. En effet, les cotisations des députés étant très loin de couvrir l'ensemble des dépenses, nos élus s'octroient sans vergogne, chaque année, une subvention de plusieurs millions d'euros (55,6 millions en 2007). Résultat : 88 % de leurs retraites sont à la charge des contribuables. Charité bien ordonnée...
Mais le plus inouï, dans cette affaire, c'est que la retraite des parlementaires est totalement garantie. Les intéressés ne se satisfont donc pas d'avoir de grasses pensions... Ces dernières, véritables « avantages acquis », leur sont versées à un montant fixe, quelle que soit la conjoncture. Si les fonds viennent à manquer, un simple trait de plume dans les registres comptables de la questure de l'Assemblée suffit à augmenter, jusqu'à satiété, la subvention. Pas mal dans la conjoncture actuelle ! Pour mémoire, dans les régimes de droit commun, le niveau des retraites subit une érosion irréversible du fait du choc démographique. Les députés, très largement responsables de la dénatalité française, ont donc pris grand soin de se mettre à l'abri des conséquences économiques de leur politique perverse. Bel exemple de démocratie !
Enfin, aussi généreuse soit-elle, les députés se contentent très rarement de leur retraite parlementaire. A cette pension, s'ajoutent généralement d'autres retraites rondelettes, grâce aux fonctions que nos élus ne cessent de cumuler : retraite de fonctionnaire, retraite de maire, retraites de conseiller régional et de conseiller général. Sans oublier que certains sont souvent passés par le Sénat ou le Conseil économique et social, dont les régimes de retraite s'avèrent tout aussi généreux que celui des députés !
Pierre Brionne monde & vie 21 février 2009
La retraite des députés en chiffres
Entrée en vigueur du régime : 1905
Nombre de cotisants : 577
Nombres de pensionnés : 2004 (y compris les veuves)
Durée moyenne cotisée : 7 ans
Montant moyen de la pension : 2400 € net par mois
Coût annuel des pensions : 63,2 millions €
Source : Sauvegarde des Retraites
Les retraites dorées de nos parlementaires
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