Nous sommes tous étrangers, presque partout". Tel est l'intitulé de l'exposition visible à la Maison du département jusqu'au 5décembre. Cette programmation regroupe deux thèmes, deux façons d'observer l'immigration.
"Je suis né en Algérie et je vis en France depuis 40 ans… Je suis partie des Comores, il y a plus de trente ans pour venir travailler en France... Ma femme et mes quatre enfants sont restés là-bas". À travers ses photographies, Sylvie Fraissard donne à voir, à comprendre, grâce à des témoignages, la construction des identités des personnes immigrés. L'artiste et reporter a choisi de ne pas donner de visage aux personnages dont elle enregistre un morceau de vie quotidienne.
"Pour présenter le caractère fantomatique de ces immigrés qui mal dans leurs logements sont mal dans leurs vies", selon Cathy Pascal, agent de médiation de l'exposition. En parallèle, l'Institut du Monde Arabe apporte une vision historique de l'immigration. Il présente des chiffres clés, les grands flux d'émigrants, les raisons politiques, économiques, sociales et culturelles de ces mouvements de population d'un pays vers un autre.
Chapeautée par le musée de la résistance de Fontaine- de-Vaucluse et mise en oeuvre dans le cadre d'une programmation de l'éducation citoyenne à l'envergure nationale, cette exposition vient compléter deux années de travaux. La première en faisant part de l'actualité dans le monde, l'an dernier, en posant un regard contemporain sur la Shoah. Le choix d'investir l'exposition au sein de la Maison du département n'est pas anodin. "L'objectif est d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas l'habitude de se rendre dans les musées", explique l'agent de médiation.
Après s'être exposée à Carpentras, la programmation a été présentée à Orange et suivra son chemin vers le musée de la résistance de Fontaine-de-Vaucluse.Pratique Jusqu'au 5décembre à la maison du département des cantons d'Orange. De 10h à 12h et de 14h30 à 18h tous les jours sauf le week-end.
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La libre circulation du travailleur
L'homme de 42 ans était arrivé à Orange en 1988. Il avait donc 20 ans et avait des attaches familiales en France. Durant toutes ces années, il travaillait. Le 2octobre dernier, suite à une infraction banale au code de la route, la police nationale l'interpelle. En situation irrégulière et en attente d'une réponse de la décision du recours administratif qu'il avait lancé contre sa reconduite à la frontière, il avait été gardé à vue, puis libéré.
En février dernier, son avocate avait lancé une procédure d'annulation de refus de naturalisation. Isabelle Vinstock s'était basé "sur l'accord d'association signé en 1963 entre la communauté européenne et la Turquie qui permet la libre circulation des travailleurs. Ratifié par la France". En août devant l'absence de réaction, elle a estimé être face à un rejet implicite. Elle a donc présenté le dossier au tribunal administratif. C'est cette démarche qui réveille la mémoire de l'administration sur la situation de son client.
La préfecture émet un arrêté de reconduite à la frontière à l'encontre du ressortissant turc. Le 1er octobre, le préfet ordonne de mener l'homme vers le centre de rétention de Marseille. L'avocate fait alors appel au tribunal administratif pour traiter en urgence ce dossier. "L'arrêté de la préfecture n'était pas motivé, l'accord sur la libre circulation du travailleur n'avait pas été pris en compte", argumente-t-elle. Début novembre, la police nationale est venue chercher ce ressortissant turc à son domicile de Fourchevieilles afin de le reconduire à la frontière.
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70 demandes de naturalisation par an
"La mairie d'Orange compte une moyenne de 70 demandes de naturalisation par an", explique Xavier Magnin le directeur du cabinet du maire. Depuis le début d'année, 60 dossiers ont été déposés au service des étrangers. Sur toutes ces demandes, une dizaine n'aurait pas une issue favorable.
"C'est peu", commente le directeur du cabinet. Jusqu'en 1987, la procédure se déroulait à l'Hôtel de Ville, le maire donnait alors un avis. Aujourd'hui, le dossier est instruit directement par la préfecture. Puis "le délai est de trois ans pour savoir si l'obtention de la nationalité française est accordée".