La retraite à 70 ans : nécessité nationale ou gigantesque leurre ?
✑ LES députés français ont adopté, le 4 novembre, par 315 voix contre 217, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009, le "PLFSS". Les groupes UMP et du Nouveau centre ont voté pour. Les groupes socialiste, le PC et les Verts ont voté contre ce texte que le Sénat a commencé à examiner le 12 novembre. Rien là que de très banal sauf que ce projet de loi prévoit la fin de la mise à la retraite d'office à 65 ans à partir de 2010.
❏ L'AMENDEMENT FURTIF DE LA TOUSSAINT
Un amendement de l'UMP Denis Jacquat, voté dans la nuit de la Toussaint par les députés de la majorité et qui vise officiellement selon son auteur à offrir aux salariés la possibilité de totaliser plus d'annuités ou d'améliorer leur pension, réserve en effet la possibilité aux salariés qui le souhaitent de prolonger leur activité au-delà de 65 ans. L'on pourra travailler dans le privé jusqu'à 70 ans (contre 65 ans aujourd'hui et 60 ans avant la loi Fillon de 2003) sans que l'employeur puisse vous mettre d'autorité en retraite. Il suffira une fois par an de faire connaître son intention de poursuivre ses activités. Dans la fonction publique, les règles vont être aussi modifiées. Il n'y aura plus de « retraite couperet » avant 65 ans.
Toutefois, à la différence du privé, les fonctionnaires ne pourront pas prolonger leur activité au-delà de 65 ans. Enfin, dans les régimes spéciaux, la réforme entrée en vigueur le 1er juillet stipule que les agents ne sont plus mis à la retraite automatiquement à 50 ans (conducteurs SNCF) ou 55 ans (autres cheminots), services actifs EDF et GDF). Les députés ont également adopté le recul de la limite d'âge à 65 ans pour les personnels navigants à partir de janvier 2010. Les pilotes ou copilotes pourront s'ils le veulent exercer jusqu'à 65 ans (contre 60 ans aujourd'hui), à condition que pour chaque vol seul un des pilotes soit âgé de plus de 60 ans, selon le texte de l'amendement adopté. Pour les hôtesses et stewards, la limite d'âge passera de 55 à 65 ans. Les personnels navigants commerciaux pourront à partir de 55 ans demander à bénéficier d'un reclassement au sol. « En cas d'impossibilité pour l'entreprise de proposer un reclassement dans un emploi au sol, le contrat de travail est rompu », précise l'amendement adopté, qui a aussitôt entraîné des menaces de grève à Air France - où certains syndicats réclamaient cependant cette mesure, permettant à leurs adhérents et aux proches de ceux-ci de profiter plus longtemps des avantages offerts par la compagnie.
❏ CONDAMNATION A GAUCHE ET CHEZ LES SYNDICATS
Mais dans l'ensemble, les réactions ont été très vives, tant à gauche que dans le monde syndical. Pour le Parti communiste, le gouvernement, par cette réforme, est en train de « repousser insidieusement l'âge de la retraite à 70 ans ». Même son de cloche au PS, dont le porte-parole Julien Dray a demandé au gouvernement le retrait de ces dispositions surprenantes « alors que Nicolas Sarkozy répète depuis quelques semaines qu'il entend remettre partout des règles pour refonder le capitalisme », et chez les Verts qui, dénonçant cet « allongement insidieux » de la durée légale du travail, estiment que la mesure va à contre-courant de la réalité. L'âge moyen de départ effectif à la retraite est actuellement à un peu plus de 57 ans, du fait de la politique des entreprises, rappellent-ils. Le groupe des sénateurs communistes, républicains et citoyens a annoncé qu'il déposerait un amendement pour supprimer la mesure qui s'inscrit « dans la continuité de la politique de casse des retraites initiée par M. Fillon » qui, en 2003, alors qu'il était ministre du Travail et des Affaires sociales, avait porté à 40 ans d'annuités la période nécessaire pour jouir d'une retraite de plein droit. Les syndicats doutent également de l'efficacité de la mesure. « Voilà le type de décision politique qui est prise aujourd'hui et qui va complètement a contrario de ce qu'il convient de faire » a commenté le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. Le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, a jugé pour sa part l'amendement « tout à fait contre-productif dans le contexte actuel ».
❏ DIVISION DANS LE MONDE PATRONAL
Plus étonnante, au moins à première vue, est la réaction hostile des petits patrons. « Imposer le maintien d'un Salarié jusqu'à 70 ans contre la volonté de son employeur, c'est ouvrir la porte à toutes les dérives » explique ainsi la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) qui souhaite que « le dispositif adopté par les députés soit rééquilibré pour tenir compte de la réalité de la vie des entreprises ».« Il pourrait y avoir une amicale pression du salarié sur son employeur, le salarié étant prêt à partir mais en discutant des conditions financières de ce départ. Si l'employeur lui dit non, le salarié va dire, alors je reste ! » confie aux Echos J .-E. du Mesnil, secrétaire général de la CGPME.
Tout différent est l'avis du MEDEF. Représentant les entreprises de plus grande taille, sa présidente Laurence Parisot, a salué la possibilité de travailler jusqu'à 70 ans, « premier pas historique, occasion de faire changer le regard de tout le monde sur le travail des seniors, avancée pour faire comprendre que travailler plus longtemps n'est pas forcément un drame, mais le plus souvent une opportunité ». Preuve que le MEDEF ne défend pas forcément les mêmes intérêts que les petits entrepreneurs !
❏ ALLONGEMENT DE LA DURÉE DE LA VIE
Que penser de cette polémique ? On peut tout d'abord regretter que cette réforme ait été votée nuitamment, en catimini, à la veille de la Toussaint. Il eût été plus digne que le gouvernement assumât directement sa décision plutôt que d'utiliser l'artifice d'un amendement parlementaire déposé par un député agissant probablement sur ordre. Ce n'est sûrement pas redonner du lustre au Palais-Bourbon que de se comporter de cette manière. Mais ce n'est pas une nouveauté : pour le vote de la loi antirévisionniste en 1990, le gouvernement socialiste de Michel Rocard avait préféré procéder par le biais d'une proposition (et non d'un projet) de loi émanant d'un député communiste, Jean-Claude Gayssot, lui aussi télécommandé.
Quant au fond du débat, s'il n'était pas piégé, disons qu'a priori il ne serait pas forcément choquant de permettre aux gens qui le veulent, qui en ont la santé, les compétences et la possibilité de travailler plus longtemps. Au reste, l'âge effectif du départ à la retraite est beaucoup plus élevé chez nos voisins européens que chez nous : en Allemagne il faut attendre 65 ans pour faire valoir ses droits et Angela Merkel pense fixer un nouveau cap à 67 ans. En Grande-Bretagne, l'âge a été repoussé de 65 à 68 ans. L'Italie envisage elle aussi de faire le grand bond en passant de 57 à 61 ans. Plus généralement les pays du nord de l'Europe ont engagé des réformes dès les années 1990 pour repousser l'âge légal du départ en retraite mais, à la différence de la France, ces pays ont une longue tradition de travail tardif.
Par ailleurs, on ne peut nier le phénomène massif de l'allongement de la durée de la vie. Comme aime à le répéter Jean-Marie Le Pen, depuis plusieurs décennies, les hommes gagnent en moyenne un trimestre par an. Et il est vrai qu'une société ne peut durablement fonctionner si la plupart des retraités vivent pendant des décennies entières et perçoivent pendant tout ce temps des pensions. On voit parfois des personnes de très grand âge ayant bénéficié d'une retraite pendant une période aussi longue que celle de leur activité rémunérée. C'est dire que la révolution sociologique que nous connaissons et qui présente certes bien des avantages n'est pas sans conséquences sur l'équilibre financier de la nation. Cela dit, il n'est pas sûr que cet allongement de la durée de la vie, incontestable jusqu'ici, se poursuive. Petrus Agricola est ainsi convaincu que la multiplication des cancers dus notamment aux pollutions chimiques de toutes sortes, à une très mauvaise alimentation, que la drogue de diffusion massive dans les jeunes générations, que les effets toxiques de beaucoup de nouvelles technologies conduiront à moyen ou long terme à une stagnation puis à une diminution de l'espérance de vie. D'où la difficulté de légiférer sans connaître ce que nous réserve l'avenir.
❏ VOLONTARIAT OU OBLIGATION ?
Par ailleurs, l'argument du gouvernement et de l'UMP selon lequel il n'y a pas lieu de s'inquiéter car la réforme se fait exclusivement sur la base du volontariat est loin d'être convaincant. Car du fait de la diminution du pouvoir d'achat, de l'augmentation du coût de la vie, beaucoup de salariés seront obligés de continuer à travailler après 65 ans même sans en avoir envie s'ils ne veulent pas être dans la misère. Alors qu'il est souvent difficile de vivre décemment avec son salaire, comment faire avec une pension par définition plus modeste ?
De plus, ce report de la retraite d'office à 70 ans est insupportable pour beaucoup de métiers dont la pénibilité est avérée et qui sont physiquement ou nerveusement très usants. C'est le cas bien sûr des métiers manuels mais aussi de beaucoup d'emplois dans l'industrie, l'enseignement, le secteur des services où l'on demande une grande productivité et où la pression exercée est un évident facteur de stress et d'usure. Etre vendeur en hypermarché est un métier très dur, très exigeant. Etre hôtesse de l'air où il faut sans cesse être debout, subir d'épuisants décalages horaires ne l'est pas moins. Mais même pour des métiers dits intellectuels, passé un certain âge, si l'on a certes le précieux avantage de l'expérience, il n'est pas sûr qu'on ait toujours le dynamisme, la lucidité, la réactivité, l'attention, la capacité d'adaptation et de remise en cause nécessaires à la bonne marche d'une entreprise. C'est sans doute ce que craint la CGPME lorsqu'elle condamne l'obligation pour un entrepreneur de garder un salarié qui le désire jusqu'à 70 printemps, même si celui-ci n'est manifestement pas au mieux de sa forme.
De surcroît, au moment où le chômage en général et celui des jeunes en particulier recommence à augmenter, il peut paraître paradoxal d'allonger la période d'activité des seniors. Comme il est à craindre que cette réforme ne s'inscrive dans un processus graduel, de démantèlement de la retraite. Car non seulement l'on n'a de cesse d'augmenter la durée des annuités nécessaires pour bénéficier d'un taux plein (37 ans et demi naguère, 40 ans aujourd'hui, 41 ans en 2012), mais de plus l'on tend à reculer l'âge de la cessation d'activités (60 ans puis 65 puis 70). Et rien ne dit que l'on s'arrêtera là, l'avenir des pensions étant des plus aléatoires. C'est d'ailleurs la crainte légitime des Français qui, selon un sondage CSA pour Le Parisien du 10 novembre, se disent à 66 % (80 % pour les sympathisants de gauche) contre l'amendement Jacquat car il « entraînera à terme la remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite ». 31 % seulement des personnes interrogées approuvent la réforme qui n'obtient un soutien majoritaire que chez les plus de 75 ans.
❏ LE POIDS DE L'IMMIGRATION
Car, de toute façon, c'est une illusion de croire, comme on l'entend parfois, que ce seront « les jeunes immigrés qui paieront nos retraites ». D'abord parce que beaucoup sont inactifs et vivent, parfois très bien, d'une économie parallèle. De plus, 95 % des allogènes entrant en France n'ont pas de contrat de travail d'après les travaux du pourtant très politiquement correct Patrick Weil. Ensuite parce que, par définition, ceux d'entre eux qui sont clandestins ne cotisent pas. Enfin parce que les immigrés de la première voire de la deuxième génération sont déjà à la retraite et leur présence (plusieurs centaines de milliers perçoivent des pensions et vivent en maisons de retraite - l'une d'elles vient d'être inaugurée à Barbès) est un coût supplémentaire pour la nation.
C'est dire que toute mesure significative visant les retraites mériterait un débat national approfondi, d'amples explications, la mise sur la table de toutes les données et non un vote nocturne en catimini qui, inévitablement, incite à douter des bonnes intentions du gouvernement, dans ce domaine comme d'ailleurs dans tant d'autres.
✍ Jérôme BOURBON. Rivarol du 14 novembre 2008
retraite à 70 ans: nécessité nationale ou gigantesque leurre
Re: retraite à 70 ans: nécessité nationale ou gigantesque leurre
Je veux bien travailler jusqu'à 70 ans si on on cesse de faire venir des immigrés.
Sinon, on ne fait que prendre les places de plus de travailleurs français plus jeunes.
Sinon, on ne fait que prendre les places de plus de travailleurs français plus jeunes.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
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