On se félicite au gouvernement de la signature apposée par la CGT au bas de l'accord sur la réforme de la négociation collective et sur la représentativité des syndicats. « La CGT évolue vers le réformisme, elle devient un interlocuteur valable, elle continue à s'éloigner du Parti communiste », explique-t-on avec satisfaction.
En réalité, si la CGT a signé cet accord, c'est parce qu'il affaiblit, voire condamne à la disparition des organisations syndicales plus petites qu'elle, certes, mais qui la concurrençaient car avec elles des réformes pouvaient être négociées et signées. Lorsque ces organisations auront été écartées de la négociation collective, voire éliminées, la CGT ne manquera pas de réapparaître selon son vrai visage : celui d'une confédération dont les rouages essentiels sont solidement tenus en mains par des militants communistes figurant parmi les plus intransigeants, adeptes de la lutte des classes et de l'affrontement permanent avec les chefs d'entreprise et les pouvoirs publics.
N'en a-t-on pas déjà un avant-goût avec la façon dont la Fédération des ports et docks de la CGT rejette la réforme de la manutention portuaire voulue par le gouvernement ?
— Méconnaissance du mouvement syndical —
Pour émettre des jugements pertinents sur le mouvement syndical français, encore faut-il le connaître, et encore faut-il que, lorsque les médias traitent ce sujet, ils le fassent convenablement. C'est loin d'être le cas.
Ainsi « Le Figaro » du 30 avril a consacré toute sa page 2 à la CGT, présentée comme faisant « sa révolution ». Y figure un tableau des principales dates marquant l'évolution de la confédération, qui fête ses 113 ans cette année. On y apprend que la Charte d'Amiens signée en 1906 traite de « la lutte des classes » (alors que cette expression n'y figure même pas). La scission communiste du début des années 1920 qui donna naissance à la CGTU n'est pas mentionnée. Non plus que la réunification de 1935. Non plus que la nouvelle scission de 1939, marquée par l'exclusion des communistes qui approuvaient le pacte germano-soviétique, prémice au déclenchement de la guerre. Non plus que la réunification intervenue en 1942…
Quant à laisser entendre que la CGT d'aujourd'hui serait la continuation de celle qui fut créée en 1895… C'est plutôt Force ouvrière qui peut revendiquer cette filiation, tandis que l'actuelle CGT n'apparaît que comme la reconstitution de la CGTU.
Mais c'est là une subtilité qui échappe aux commentateurs d'aujourd'hui.
Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel
© Polémia
05/05/08
Représentativité syndicale : pourquoi la CGT a signé
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité
