Allocations familiales: Nouvelle attaque contre les familles
Et nouveau couac gouvernemental… Mercredi soir, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, faisait savoir à Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, que « rien n’était prévu » quant au projet de retarder la majoration des allocations familiales au 14e anniversaire de l’enfant cadet et des suivants qui y ont droit, pour lequel un décret était annoncé depuis l’automne. Et Chatel s’était empressé, à la demande de Mme Morano, de le faire savoir à la presse, comme en atteste une dépêche très complète de l’AFP datée de mercredi à 19 h 35. Une vingtaine de minutes passent. Et vlan ! démenti. L’AFP (à 19 h 56), sous l’intitulé « urgent », répercute le communiqué de Matignon annonçant la parution du décret « dans les tout prochains jours », pour une entrée en vigueur dès le 1er mai.
Mais à quoi jouent-ils ?
Où est leur urgence ?
Eh bien, par petites touches et dans le plein respect des exigences européennes, dans un bouleversement de fond de ce qui reste de la politique familiale française, afin de favoriser à tout prix le travail des femmes. Qui passe, nécessairement, par une réduction du nombre de familles nombreuses, puisque c’est à la troisième naissance qu’une proportion importante de mères quittent le travail salarié.
Le couac s’explique sans doute par l’hostilité d’une part des élus UMP à ce démantèlement, eux qui vivent toujours sur la promesse électorale de Sarkozy de faire verser les allocations familiales dès le premier enfant. Cette promesse-là dort dans les cartons, comme beaucoup d’autres, tandis que l’amputation effective du pouvoir d’achat des familles se poursuit.
Concrètement, il s’agira, dès le 1er mai, de faire disparaître la majoration des allocations de 33,84 euros aujourd’hui versée dès le 11e anniversaire du deuxième enfant, portée à 60,16 euros à 16 ans, par une majoration unique de 60,16 euros à 14 ans. Manque à gagner par an, jusqu’à ces quatorze ans : 406,08 euros. Supplément annuel, entre quatorze et seize ans : 315,84 euros. Au total, sur la période, le manque à gagner atteindra 583,56 euros par enfant à partir du deuxième enfant, le premier n’ayant toujours rien…
Selon la Caisse nationale des allocations familiales, les économies engendrées s’élèveront à 138 millions d’euros ; à long terme, rétorque l’Union nationale des associations familiales, outrées, cette nouvelle spoliation des familles atteindra 250 millions d’euros.
François Fillon s’en est expliqué mercredi soir dans un communiqué, qui retient d’ailleurs d’autres chiffres (quelqu’un est-il au courant, dans ce gouvernement ?) : 33,51 euros à 11 ans, 59,57 à 14… « Il ne s’agit en aucun cas pour l’Etat de faire des économies sur les dépenses de la branche famille », a-t-il assuré. La preuve ? « Dès le 1er mai, l’allocation pour garde d’enfants sera majorée », afin que le « reste à charge » pour les familles employant une assistante maternelle ne soit plus que de « 50 euros ».
Bref, le gouvernement mise tout sur l’aide aux femmes qui travaillent, afin qu’elles continuent à travailler. Et de nouvelles mesures sont à prévoir en la matière : les analystes rappellent que l’objectif de « droit de garde opposable » en fin de législature reste à l’ordre du jour, et exigera des mises de fonds énormes.
Si bien que l’annonce, mercredi, par Christine Lagarde de la parution dans quinze jours d’un rapport sur l’« évaluation » des « niches fiscales », au nombre desquelles on compte le quotient familial et les réductions d’impôts pour l’emploi de personnel à domicilie (une aide précieuse pour les familles très nombreuses qui peuvent y prétendre !). Les allocations familiales coûtent 12 milliards, le quotient familial 13 milliards. Le beau gisement !
JEANNE SMITS
(Source: www.present.fr)
Kevin
