La CGT toujours contre la démocratie syndicale

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Pat
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La CGT toujours contre la démocratie syndicale

Messagepar Pat » 20/02/2008 - 23:57

Chronique économique, syndicale et sociale
— La CGT toujours contre la démocratie syndicale
Les communistes de la CGT continuent, partout où ils le peuvent, à tenter d'empêcher le développement d'organisations syndicales concurrentes. A l'important Centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle de Kerpape, près de Lorient (700 salariés), ils avaient contesté, au début de 2007, la désignation d'un délégué syndical de l'UNSA. Certes, celle-ci avait aussitôt saisi le tribunal d'instance, mais la contestation de la CGT l'avait empêchée de présenter des candidats lors des élections professionnelles de janvier.
Après avoir un temps traîné les pieds, le tribunal a enfin rejeté la demande de la CGT et l'a condamnée à verser 300 euros de dédomagement à l'UNSA. La représentativité de celle-ci au Centre de Kerpape se trouve donc confirmée. Il n'empêche que son syndicat, qui compte un nombre d'adhérents au moins égal à celui de la CGT, devra attendre les prochaines élections pour faire élire ses délégués du personnel.

— Les deux visages de la CGT
Certains commentateurs s'étonnent de voir la CGT ici se montrer réformiste, signer des accords, négocier avec le gouvernement et le patronat de façon constructive, et là faire preuve de sectarisme, de démagogie et de violence. C'est méconnaître la nature actuelle de la configuration, qui a changé depuis une dizaine d'années.
Elle a toujours compté en son sein des syndicats et des fédérations inflexibles, et d'autres qui le sont moins. Lorsque les communistes la dirigeaient d'une main de fer, ces différences n'apparaissaient guère, la direction imposait un ordre de marche auquel toute la structure se soumettait, sous peine d'exclusion pour des motifs divers.
L'éclatement de l'URSS et la disparition de l'internationale communiste ont changé tout cela. Le Parti communiste, n'étant plus dirigé par le Kremlin, a perdu de son homogénéité et la CGT aussi. Elle compte donc aujourd'hui des syndicats et des fédérations dont le réformisme longtemps dissimulé se réaffirme et d'autres qui restent figées dans la lutte de classe. Ainsi s'explique qu'ici on négocie et on signe des accords tandis que là on paralyse sans crier gare les aéroports et les chemins de fer, par exemple. Telle Janus, la CGT d'aujourd'hui montre ses deux visages.

— Le projet d'accord sur le marché du travail est loin des objectifs fixés par le gouvernement
Signé par quatre confédérations syndicales sur cinq, l'accord sur le marché du travail intervenu entre les partenaires sociaux ne pourra qu'être transposé à peu près tel quel dans le projet de loi du gouvernement. Il est pourtant assez éloigné des objectifs que leur avait fixés le Premier ministre dans son document d'orientation du 18 juin dernier.
Ainsi, on y lisait la nécessité d' « encourager l'initiative et la mobilité (des salariés) en garantissant le transfert des droits (de ceux-ci) lors des changements de situation ». Or, l'accord conclu limite dans le temps ce transfert des droits et il ne pourra intervenir que si le nouvel employeur le veut bien; il ne portera au surplus que sur le droit à la formation.
François Fillon voulait aussi « développer les procédures alternatives à la saisine du juge ». Dans le nouveau mode de rupture du contrat de travail de gré à gré défini par les partenaires sociaux, cette rupture, appelée « conventionnelle », ne privera pas le salarié du droit au procès.
Le Premier ministre voulait que le droit du travail soit simplifié par la réduction du trop grand nombre de contrats existants. Il fallait, expliquait-il, « lutter contre la segmentation du marché du travail en redonnant une cohérence d'ensemble aux différents contrats ». A la place de la simplification attendue, les partenaires sociaux ont inventé un contrat de travail supplémentaire, le « Contrat à durée déterminée et à objet défini », plus long et plus complexe que le CDD normal.
Enfin, le document d'orientation de François Fillon demandait qu'en matière d'indemnisation du chômage, la répartition des rôles soit revue. Le régime de solidarité devait être financé par l'Etat et celui de l'assurance-chômage par l'UNEDIC. Au surplus, il fallait redéfinir la notion d'offre d'emploi valable qu'un chômeur ne pourrait refuser durablement sans perte de ses droits aux allocations. Les négociateurs de l'accord se sont bornés à prévoir de « mieux indemniser les allocataires pour des durées plus courtes » et ils ont reporté au printemps la réponse aux demandes du chef du gouvernement.
On est donc loin des objectifs initiaux visés par celui-ci et l'on voit mal comment il pourrait les proposer à nouveau.
Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel
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17/02/08

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Re: La CGT toujours contre la démocratie syndicale

Messagepar Pat » 31/05/2008 - 0:04

Chronique syndicale avril 2008
— La réforme des ports —
Une fois de plus les pouvoirs publics tentent d'enrayer le déclin des ports français par rapport à leurs concurrents européens. Le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau l'a répété, l'unité de commandement sur les terminaux portuaires est une nécessité reconnue par tous. Pour cela, les gestionnaires des terminaux doivent disposer de l'ensemble des moyens de manutention et exercer sur cette activité une autorité réelle et permanente.
La Fédération nationale des ports et docks de la CGT s'y oppose toujours et entend qu'à la différence des dockers, qui dépendent du secteur privé depuis la réforme de 1992, les grutiers continuent à dépendre des établissements publics que sont les sept ports autonomes (Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux et Marseille). Pourquoi cette opposition ? Parce que dans les ports autonomes, c'est la CGT qui contrôle les recrutements, les horaires et l'activité, et qu'elle ne veut pas y renoncer puisque cela lui donne la possibilité de bloquer le trafic portuaire et d'imposer ses vues.
On l'a bien vu voici quelques semaines encore, quand nombre de navires n'ont pu soit accoster, soit prendre la mer pendant 24 heures, la CGT ayant décidé une grève… qu'elle menace de renouveler si Dominique Bussereau ne renonce pas à sa réforme.
Tant que le gouvernement ne se décidera pas à affronter ouvertement la CGT (ne serait-ce qu'en la privant des subventions publiques dont, comme les autres confédérations syndicales, elle a besoin pour survivre puisque Moscou de l'aide plus), nombre de réformes qui conditionnent notre croissance économique ne pourront être mises en œuvre.

— La CGT et l'UIMM —
Lors du 38e congrès de la fédération CGT de la métallurgie, tenu récemment à Lyon, Bernard Thibault a violemment attaqué l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) pour les subventions qu'elle a versées à diverses organisations, notamment syndicales. Une affaire « intolérable », s'est-il écrié, « un scandale patronal sans précédent », ajoutant : « La CGT doit contribuer à faire la lumière et à briser l'omerta. »
Le secrétaire général de la CGT ne manifestait pas une telle indignation lorsque la direction de sa confédération percevait d'importantes subventions occultes, d'origine soviétique, versées en espèces par des agents du KGB, comme l'ont révélé les archives soviétiques. En échange de quoi la CGT devait approuver la politique de l'Union soviétique, notamment l'invasion de l'Afghanistan par l'Armée rouge…
C'est précisément pour équilibrer les aides financières que recevait la partie de notre mouvement syndical contrôlée par le Parti communiste que l'UIMM intervenait à son tour, et d'autres avec elle sans doute. Mais cela, Bernard Thibault, soi-disant devenu indépendant du Parti communiste, ne le concède pas. Pour lui, sur ce sujet l'omerta est de rigueur.

— Les effectifs syndicaux réels —
Officiellement, on ne connaît pas le nombre réel des salariés affiliés aux différents syndicats, y compris ceux de ces derniers qui sont membres d'une confédération, ce qui n'est pas le cas de tous. Deux chercheurs indépendants et dont la compétence est reconnue, Dominique Labbé et Dominique Andolfatto, ont tenté voici quelques années d'y voir clair. Les données qu'ils avaient recueillies contredisaient fortement les chiffres avancés par les confédérations.
Ainsi, quand la CGT annonçait officiellement 720.000 adhérents, nos deux chercheurs ne lui en attribuaient que 523.800. Le chiffre de 803.000 de la CFDT était ramené à 447.100 et celui de Force ouvrière, de 800.000 à 311.350.
Aujourd'hui, le pourcentage des salariés affiliés à une organisation syndicale a continué à baisser, tombant de 25% en 1950 à quelque 7% aujourd'hui, et même à bien moins dans le secteur privé.
Même flou s'agissant du financement des syndicats, qui, depuis la loi Waldeck-Rousseau de 1884, ne sont pas tenus de déposer leurs comptes comme c'est le cas pour toute autre personne morale. Nos deux chercheurs ont calculé qu'à elles toutes, les cinq confédérations officielles percevraient de l'Etat, d'une manière ou d'une autre, quelque 600 millions d'euros par an. A quoi s'ajoutent les personnels mis à leur disposition : 40.000 postes de fonctionnaire, a calculé Dominique Andolfatto.
Que malgré cette situation les pouvoirs publics se montrent incapables de surmonter l'opposition de certains syndicats aux réformes qui s'imposent en dit long sur la faiblesse de nos gouvernants.
Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel
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Re: La CGT toujours contre la démocratie syndicale

Messagepar Pat » 31/05/2008 - 0:11

Chronique syndicale mai 2006
— La CGT toujours jugée trop dépendante du PCF —
Chaque année la direction de la CGT fait procéder à un sondage d'opinion sur son image auprès de ses membres. Elle en a publié le résultat dans « La Nouvelle Vie Ouvrière » du 14 avril.
A la question : « Pour gagner de l'influence, que devrait faire, en priorité, la CGT ? », 43 % ont répondu : « Etre plus à l'écoute des salariés » et « Trouver de nouvelles solutions à la crise ». Mais 34 % ont répondu : « Se couper de toute influence politique ».
Après seulement viennent : « Etre plus combative » (28 %), « Etre plus réaliste dans les négociations » (27 %), « Etre plus unitaire » (26 %), « Faire plus de place aux femmes » (24 %), « Se démocratiser » (16 %)…
Il existe donc toujours à la CGT une forte demande pour que la confédération prenne en compte d'abord les intérêts des salariés, ce qui, aux yeux de beaucoup de ses adhérents, n'est donc pas le cas ; pour qu'elle présente des propositions constructives plutôt que ses habituelles critiques systématiques ; et pour qu'elle se coupe enfin du Parti communiste – preuve que beaucoup de ses membres ne la considèrent toujours pas comme une confédération indépendante.

— Déception des adhérents CFDT passés à la CGT —
Au cours des derniers mois, des membres de la CFDT opposés à la direction de leur confédération sont, on le sait, passés à la CGT. Cela n'a pas été sans heurts ni désillusions. Dans la tribune de discussion ouverte par « Le Peuple » (12 avril) avant le 48e congrès de la CGT, on a trouvé trace de ce désappointement, décrit ainsi par un militant cégétiste d'IBM-France, Paul Desaigues :
« Début 2006, plus de 100 syndiqués de la CFDT IBM décident de s'organiser dans la CGT… Ils déclarent choisir la CGT pour pouvoir continuer le syndicalisme de défense des revendications assis sur un travail de terrain dont ils ont l'habitude…
« Mais alors que les stratégies de relation avec les salariés semblent similaires, modalités et conceptions de vie syndicale se révèlent différentes sur des points essentiels… Le rapport qu'ils ont l'habitude de structurer avec les salariés n'est pour autant pas identique à celui que nous visons… »
Il ne doit en effet pas être de tout repos de passer d'une organisation syndicale dotée d'une culture démocratique à une confédération dirigée par des communistes. C'est ce qui explique que bon nombre d'ex-militants CFDT ralliés à la CGT quittent celle-ci peu après et sont ensuite perdus pour l'action syndicale.

— … Sans relais politique, l'action syndicale trouve sa limite » —
Les tentatives, sincères ou non, peu importe, de la direction de la CGT pour rénover l'action de celle-ci suscitent l'opposition de responsables parfois haut placés dans la hiérarchie de la confédération. Certains d'entre eux regrettent même le temps où le Parti communiste fixait ouvertement l'orientation de celle-ci.
Dans « Le Peuple » du 12 avril, Laurent Langlard, secrétaire général du syndicat CGT d'EDF-GDF de Lille, s'est ainsi exprimé à propos des documents d'orientation diffusés par la direction confédérale pour préparer le congrès de Lille :
« La lecture des documents d'orientation m'a laissé sur ma “faim”… “L'esprit révolutionnaire”, cette volonté affichée de changer la société, et la nécessité de la lutte des classes ne sont plus ouvertement proclamés. Si cela est dû à la volonté de créer les conditions du rassemblement syndical et que pour cela il faudrait montrer une CGT plus “soft”, c'est dangereux et malsain… A court terme, cela risque de nous faire perdre notre âme… Que se passera-t-il si demain nos valeurs sont diluées ?… »
Comment préserver ces « valeurs » ? Le camarade Langlard livre sa recette :
« Si pendant longtemps notre CGT a été accusée d'être la courroie de transmission du parti communiste, à tort ou à raison (même s'il est bon que la raison l'emporte !), il faut bien avouer que l'absence de perspectives politiques nous laisse un peu orphelins, car sans relais politique l'action syndicale trouve sa limite. »
Langlard veut évidemment parler de l'action syndicale telle que les communistes la conçoivent toujours.

— Une réforme toujours mal acceptée —
Parmi les principales critiques émises contre la direction confédérale au sein de la CGT figurait, on le sait, le projet de réforme du système des cotisations. Dans la tribune de discussion ouverte avant le congrès de Lille par « Le Peuple » (12 avril), on relevait celle de Rubens Bardaji, membre de l'Union nationale des affaires sociales CGT :
« Ce projet de réforme, très largement contesté au 47e congrès confédéral, revient – dans une forme aggravée – à l'ordre du jour du 48e congrès… Le système proposé prive les organisations constitutives de la CGT – unions départementales et fédérations – de la possibilité de décider avec leurs syndicats, c'est-à-dire dans leurs instances démocratiques, des moyens dont elles doivent disposer pour mener leur activité… Le projet de réforme des structures de la CGT, également proposé au vote du 48e congrès, va dans le même sens. »
Rubens Bardaji avait raison, mais tel était précisément l'objet des deux réformes proposées au vote du 48e congrès : ôter aux structures de base de la CGT la possibilité d'agir de leur propre chef, démocratiquement, de façon que seule la direction confédérale, toujours bien tenue en main par les communistes, oriente l'action de la confédération.

— Comment Fidel Castro s'empara des syndicats cubains —
Aux syndicalistes occidentaux visitant Cuba, une question vient souvent à l'esprit : comment la Confédération des travailleurs cubains (CTC), riche d'une tradition libertaire, a-t-elle pu tomber sous la coupe de Fidel Castro, au point de ressembler aujourd'hui à ce qui tient lieu d'organisation syndicale dans les autres dictatures communistes ?
Dans le n° 85-86 de la revue « Communisme » (*), intitulé « Cuba, un univers totalitaire », le professeur d'histoire Antonio Annino apporte la réponse. Lorsque, par un coup d'Etat, Fulgencio Batista s'empara du pouvoir le 1er mars 1952, il promulgua une loi donnant à son gouvernement la responsabilité de nommer les dirigeants syndicaux. Or, explique Antonio Annino, une fois que Fidel Castro eut chassé Batista et pris sa place, il s'accommoda de cette situation, si bien que :
« … après la chute de Batista, le syndicat ne changea pas de régime mais demeura sous le contrôle direct du gouvernement, comme le démontre encore le fait que les vieux statuts batistiens restèrent en vigueur. »
Ainsi :
« Le ministre du Travail et la CTC purent continuer la tâche de nommer les commissions électorales chargées de rédiger les listes des candidats et de désigner les collèges. Comme par le passé, donc, le gouvernement continua à contrôler le syndicalisme et ses mécanismes électoraux. »
En d'autres termes, la dictature de Castro se borna à prendre la suite de la dictature de Batista.
Quel rôle jouèrent alors les responsables syndicaux ? Certains, qui croyaient naïvement aux promesses de Castro, exposèrent quelques revendications salariales. Ils déchantèrent vite. « Castro le dit explicitement le 16 septembre 1959 au cours de son intervention lors des travaux du Conseil national de la CTC, quand pour la première fois il critiqua ouvertement la ligne revendicative de la direction syndicale : la priorité n'était pas les salaires, mais le soutien de la production… »
Ainsi, un an après son accession au pouvoir, Fidel Castro assignait déjà à l'organisation syndicale cubaine la tâche dévolue aux syndicats dans toute dictature communiste – la même qu'aujourd'hui encore en Chine continentale, au Vietnam, en Corée du Nord…
Chronique économique, syndicale et sociale
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06/04/06

(*) La revue « Communisme », dirigée par Stéphane Courtois, est éditée par L'Age d'Homme, 5 rue Férou, 75006 Paris. N° 85/86, 204 p., 22 euros. Tél.: 01 55 42 79 79.
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Re: La CGT toujours contre la démocratie syndicale

Messagepar Pat » 25/07/2008 - 13:48

LA CGT N'EST PLUS CE QU'ELLE ETAIT !

« Des militants sous le charme », « ouverture », « démocratie et transparence », les médias, en particulier financiers, ne tarissent pas d'éloges à l'occasion du 47e Congrès de la CGT. Bernard Thibault, son secrétaire général communiste, une constante depuis près de soixante années, est célébré comme un réformiste, modernisant l'esprit de son organisation. Que cache un tel traitement de l'information ? La stratégie de la CGT plaît du côté du MEDEF. Or, sur le terrain, le discours violemment antipatrons des cégétistes n'a pas changé. Alors, que se passe-t-il ?

La CGT est la première organisation syndicale de salariés, malgré tous les efforts depuis des décennies de la CFDT pour la rejoindre et la dépasser. En décembre dernier, elle était en tête aux prud'homales. A l'occasion de tous les conflits sociaux, son sigle et ses militants apparaissent au premier rang. La logique aurait voulu que cette confédération, dont la direction est sous contrôle communiste depuis 1945, pâtisse de l'effondrement électoral du PC. Il n'en a rien été. Thibault peut donc, semble-t-il, se réjouir, et les attentions dont il est l'objet de la part d'Ernest-Antoine Seillière, le président du grand patronat, ne seraient par conséquent que la reconnaissance de la représentativité de son organisation.

Le grand écart de Bernard Thibault
Les apparences trompent. Sur les 28 millions de personnes actives en France, la CGT, selon ses propres dires, n'en réunit que 685 000, y compris une fédération nombreuse de retraités, et à condition de ne pas regarder de trop près le règlement des cotisations. On est très loin de la CGT de 5 millions d'adhérents de l'après-guerre.
De plus, il y a une forte disproportion entre les adhérents dans le public et dans le privé. Le résultat des prud'homales doit tenir compte d'une énorme proportion d'abstentionnistes qui relativise l'impact cégétiste. Sa première place doit plus aux erreurs et aux outrances des confédérations rivales qu'aux mérites de Thibault. Tous les combats prétendus en faveur de la défense de l'emploi menés par la CGT ont été autant de défaites cuisantes. En dépit de sa jactance, la CGT n'a jamais empêché la fermeture d'aucune entreprise. En fait, sa tactique de surenchères a accéléré les liquidations, et incité à beaucoup de délocalisations. Un concurrent redoutable a surgi pour elle sur son flanc marxiste : le syndicat trotskiste SUD, qui lui a taillé des croupières dans le secteur public.
Pourtant, la CGT est non seulement ménagée, mais même promue par les médias, et garde des moyens financiers importants. Ils ne proviennent pas des adhérents, en déclin accentué, mais des entreprises, surtout celles regroupées par le MEDEF, de l'Etat, des régions, des départements et des grandes villes, sous forme de subventions. Cet état de fait est toutefois fonction de l'implantation de ce syndicat dans les secteurs essentiels de l'économie, et Thibault en est conscient. Il sait qu'il doit faire le grand écart : offrir un visage rassurant et des services appréciés au grand patronat, tout en conservant ses militants les plus convaincus, marxistes purs et durs. A Montpellier, c'est l'exercice auquel il s'est livré pendant le congrès. Avec des ficelles parfois très grosses. Ce qui a déplu à certains de ses délégués.

Malaise patent
Le rapport de Thibault n'a été approuvé que par 75 % des mandats. Pour une organisation habituée à des scores soviétiques de plus de 90 %, c'est une nouveauté, que Thibault a su exploiter du côté des médias. Il y a cependant un malaise patent à la CGT. Des critiques se sont élevées contre l'absence de clarté de la direction face aux licenciements et aux fermetures d' entreprises. Sur le plan international, la CGT ne conteste pas la mondialisation, qu'elle fait semblant de condamner en France. Tout en la réprouvant au nom des principes, elle joue le jeu de l'économie financière, en couvrant des opérations de produits de placement de son sigle. Sur les retraites, Thibault s'est surpassé en double jeu. D'un côté, il appelle à la mobilisation contre les projets du gouvernement Raffarin. De l'autre, il fait plus qu'insinuer que la CGT va « évoluer », et a brouillé les cartes en mélangeant astucieusement les problèmes public/privé, pour faire accepter après le congrès une partie des projets Raffarin. Afin de rattraper les militants qui se défieraient, il a fait rentrer un élément extrémiste, adepte du syndicalo-terrorisme, dans le Bureau confédéral. Ce qu'il a masqué en éliminant quelques vieux communistes au profit de marxistes new look.

Ce congrès en trompe l' œil aura au moins entendu une vérité, exprimée par une déléguée de base, qui est parvenue à lancer : « Nous en avons assez de ces professionnels de la contestation et de ces militants qui ne connaissent rien à la vie des usines et se conduisent en dictateur dans leur syndicat.» Les partisans de Thibault, visés, ont habilement été les premiers à applaudir. Il n'empêche qu'une double vérité avait été énoncée.

Alexandre MARTIN National Hebdo du 10 au 16 avril 2003
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