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LE SYNDICAT DU PC S'ENGAGE DANS LA MONDIALISATION

Publié : 26/11/2007 - 17:08
par Pat
Le 48e Congrès de la CGT à Lille, devant 1001 délégués, n'a pas été ce qu'en attendaient les médias. Son secrétaire général, Bernard Thibault, ne s'est pas focalisé sur la " victoire " contre le gouvernement Villepin dans l'affaire du Contrat Première Embauche. Il a surtout lancé une double offensive contre son opposition : l'une à usage interne, le contrôle renforcé des finances de la CGT, l'autre sur le plan international, " l'unification du syndicalisme mondial ". Sans avoir convaincu tout le monde dans son organisation, il a consolidé son autorité. Avec en vue le renforcement de l'influence cégétiste auprès du pouvoir politique, au prix de l'abandon d'intérêts primordiaux des salariés français.
Thibault depuis son dernier congrès , à Montpellier en 2003, avait enregistré de cinglants échecs, et ses succès s'avéraient inavouables. Parmi ses défaites, la réforme des retraites, à laquelle il voulait s'opposer, et qui est passée, ainsi que l'ouverture du capital EDF, qu'il réprouvait publiquement. Le plus grave camouflet qu'il avait subi a été le NON au référendum sur la Constitution européenne, alors qu'il avait cherché, en pure perte, à empêcher la majorité de ses camarades de lutter pour le rejet. Ses succès n'étaient pas de nature affichables. Dans plusieurs conflits spectaculaires, il s'est entendu plus ou moins discrètement avec les gouvernements UMP, contre des éléments des fédérations professionnelles CGT impliquées. Tel fut le cas à la SNCM, en particulier.

Pas de triomphalisme

Thibault a pour principal challenger syndical la CFDT, qui s'efforce de lui ravir la première place aux élections professionnelles. La CGT conserve, avec à peu près un quart des électeurs, la tête, mais de peu. Thibault affirme représenter 711 049 adhérents, chiffre non vérifiable, et qui comprend à tout le moins une proportion importante de retraités, et de membres non à jour de cotisation, c'est-à-dire plus ou moins fantômes. L'objectif proclamé en 2003 était de parvenir à 1 million d'encartés. Or, les effectifs de l'époque atteignaient, selon Thibault, 685 000. Le ratage est complet. Le Congrès de Lille a à nouveau fixé ses ambitions à 1 million de cégétistes. y parviendra-t-il ?
Dans le contexte de la capitulation de Chirac / Villepin / Sarkozy sur le CPE, on pourrait être tenté de le croire. Cependant, même si le rôle de la CGT durant ce deuxième trimestre a été essentiel, Thibault a évité tout triomphalisme devant ses délégués, et il n'a pas insisté au sujet de la « seconde bataille »que le PS et les étudiants marxistes voudraient voir démarrer dès maintenant, à savoir la demande d'abrogation cette fois du Contrat Nouvelle Embauche. Sur ce plan, il a déçu ses supporters. Thibault est un pragmatique. Le PC, qui longtemps détermina sans états d'âme la ligne de la CGT, outre qu'il n'est plus le parti des masses, et encore moins celui des ouvriers, est aujourd'hui divisé en plusieurs tendances qui se combattent. Et le syndicat trotskiste SUD fait de la surenchère sur la CGT. Le marxiste Thibault doit donc frayer sa voie autrement. Et en envisageant toutes les hypothèses. Par exemple_cas actuel_de louvoyer avec un gouvernement dit de droite. Au lieu d'engager une guerre totale contre les privatisations, il fait« avec », et sa souplesse est récompensée par le maintien de la position privilégiée de la CGT à EDF, Gaz de France, et ailleurs.

Au service des financiers mondialistes

On en arrive là, par certains aspects, au problème essentiel du financement de la CGT, en tant que confédération, à savoir le chapeau national de milliers de syndicats de divers types (professionnels et interprofessionnels). Officiellement, du côté des cotisations, qui sont partagées avec les diverses structures, la CGT a déclaré un déficit de quelques centaines de milliers d'euros (les subventions de l'Etat, importantes, sont gérées en dehors du contrôle du Congrès de la CGT). L'argent étant le nerf de la guerre, Thibault souhaitait depuis longtemps restructurer au profit de sa direction le partage des cotisations. Son opposition, qui ne l'estime pas assez révolutionnaire à son goût, lui avait barré la route en 2003. Cette fois-ci, Thibault l'a emporté avec 63 % des mandats.
Dans les autres domaines, ila triomphé avec de 75 à 80 % des suffrages. Sa réélection était acquise d'emblée. Thibault la doit au torpillage du CPE. Paradoxalement, il a pourtant été moins hargneux contre le gouvernement Villepin que la CFDT de Chérèque ou le syndicat FO de Mailly.
Des opposants ont remarqué à Lille qu'il acceptait en fait les licenciements, cherchant seulement à les « aménager »; Leur sens critique n'a néanmoins pas vu que, par sa formule de« l'unification du syndicalisme mondial » (première étape : la coopération de la CGT au syndicalisme européen), il acceptait la mondialisation, et tout ce qui en découle, délocalisations, désindustrialisation, précarisation, assistanat... Thibault vendu au capitalisme ? Pas du tout. En ayant l'air de jouer « le progrès », et en devenant le complice des grands financiers, Thibault s'engage dans la politique du pire, la révolution mondiale par le triomphe _momentané _ du capital financier. Tant pis pour les salariés français, sacrifiés à cette utopie.
Alexandre MARTIN : National Hebdo 2006