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Les "grèves"

Publié : 25/11/2007 - 16:30
par Pat
Les grève contre des décisions d'une autorité politique sont par définition des grèves illégales. Du moins elles l'étaient, jusqu'à la récente et incroyable décision de la Cour de cassation qui les légitime...
La grève, qui est du reste« un mode obsolète de règlement des questions du travail », comme le souligne Jean-Marie Le Pen, manifeste un conflit entre des salariés et leur employeur. Elle ne peut être licite que si l'employeur est susceptible de répondre aux revendications des salariés. Lorsque les grévistes s'opposent à une décision du gouvernement, la grève est illégale puisque l'employeur n'a pas prise sur cette décision et que, même s'il le voulait à tout prix, il est dans l'impossibilité de satisfaire la revendication.
C'est le cas notamment des grèves à la SNCF. Le gouvernement a décidé (du moins c'est ce qu'il dit) de réformer les régimes spéciaux de retraite. La direction de la SNCF n'y peut absolument rien.
On ajoutera que la grève est ici, en outre, illégitime sur le plan moral. Le régime de retraite des cheminots compte 165 000 cotisants pour plus de 300 000 pensionnés. il y a donc près de deux fois plus de retraités que d'actifs, et cela parce que les cheminots prennent leur retraite à 55 ans, à 50 ans pour les agents de conduite.
Et l'on ose nous affirmer qu'après 50 ans on n'est plus apte à conduire un train. Sans doute à cause du travail pénible qui consiste à mettre sans cesse du charbon dans la machine ... Résultat : l'Etat (le contribuable) verse chaque année une subvention, qui ne cesse de monter et atteint cette année 2,77 milliards d'euros (bien : milliards) .
Cela donne la juste mesure de l' énorme imposture de ce que répondent les grévistes aux Français qui aimeraient avoir un service. public des transports qui rende service au public: « Au lieu de contester nos prétendus privilèges, vous feriez mieux de manifester pour obtenir les mêmes avantages que nous. »ils oublient seulement de préciser où on trouvera les centaines de milliards d'euros qui permettront à tout le monde d' avoir un régime spécial...

La révolution des petits vieux

Quant aux prétendues« grèves » des étudiants, ce ne sont pas du tout des grèves, puisqu'il ne s'agit pas de salariés qui portent une revendication concernant leurs salaires ou leurs conditions de travail. Il ne s'agit d'ailleurs que de coups de force d'activistes gauchistes qui jouent à la révolution, en persécutant l'immense majorité étudiants qui veillent étudier.
Quelques milliers d'énergumènes s'agitent et bloquent des facultés, sur 14 millions d'étudiants, et l'on parle doctement de « mobilisation » ...
Ils soutiennent les cheminots et manifestent dans les gares, ils veulent l'abandon de la franchise médicale et le retrait de la loi sur l'immigration, ils souhaitent que les mouvements débouchent le 20 novembre sur une« grève générale »...
Convergence des luttes, alliance des intellectuels et des ouvriers; grand soir ... Toute la mythologie marxiste-léniniste est là.
Ces damnés de la fac ne veulent pas de l' autonomie (de la « privatisation » ... ) des universités, tandis que les damnés des chemins de fer défendent leurs privilèges en matière de retraite, et que les damnés de la fonction publique ne veulent rien perdre de leurs privilèges de fonctionnaires ...
C'est la révolution des petits vieux de la maison de retraite ...
Sarkozy avait annoncé la rupture.
On voit ici aussi qu'il n'y a aucune rupture. Tout continue comme avant. La rupture, ce serait d'affirmer haut et fort que tout cela est illégal et qu'on va faire respecter la loi. Et qu'on la fasse en effet respecter.
Et qu'on n'imagine pas que cela changera quand la loi sur le service minimum entrera en vigueur. Car cette loi ne prévoit aucun service minimum. C'est un des leurres de la prétendue « rupture ». Elle ne prévoit que quelques contraintes dans la préparation à la grève, et en cas de poursuite de la grève au-delà d'une semaine.
Mais comment pourrait-on dire la vérité sur les grèves illégales, quand on a volontairement omis de la dire depuis si longtemps ?
La dérive est telle qu'elle a même atteint la Cour de cassation. Cette institution, qui devrait être l'ultime rempart quand il s'agit de dire le droit, en est venue à déclarer légale la grève politique, au mépris non seulement du droit mais du simple bon sens. C'était le 23 octobre dernier. La Cour de cassation, par un arrêt qui fera forcément jurisprudence, a cassé l'arrêt rendu le 21 mars 2006 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui déclarait illégale la longue grève dans la Régie des transports de Marseille à l'automne 2005.
La Cour juge que« la défense du mode d'exploitation du réseau des transports urbains constituait, pour les employés de la RTM, une revendication d'ordre professionnel et que les capacités de l'employeur à satisfaire les revendications des salariés est sans incidence sur la légitimité de la grève ».

C'est Ubu

En première instance, puis en appel, la justice avait constaté que le motif de la grève ne pouvait pas être résolu par la direction de l'entreprise puisqu'elle avait pour origine une décision de la communauté urbaine de Marseille, et que par conséquent cette grève était politique, donc illégale. (Il s'agissait d'une délégation de service octroyée à un opérateur privé pour ouvrir l'exploitation du futur tramway.)
Ce jugement et cet arrêt allaient de soi. Il est à noter que les syndicats, qui connaissent bien le droit de grève, avaient parfaitement intégré cette question dans leurs préavis. Ils avaient indiqué quatre motifs de grève, dont trois étaient professionnels. Mais il était évident que ces motifs avaient été ajoutés « artificiellement », comme l'avaient constaté le tribunal, puis la cour d'appel. .
La Cour de cassation ne revient , d'ailleurs pas sur ce point. Elle se focalise précisément sur la question de la grève politique : elle décide que le fait que la direction ait ou non la capacité de satisfaire les grévistes n'a pas d'incidence sur la légalité de la grève.
Il devient donc légitime de déclencher une grève contre une décision du gouvernement et contre une loi votée par le Parlement. Les syndicats n'ont plus besoin de se cacher derrière des revendications professionnelles artificielles. Ils peuvent déclencher impunément des grèves ouvertement politiques. Des grèves légales contre un employeur qui n'a d'autre choix que d'appliquer la loi.
Par cet arrêt, la Cour de cassation permet aux syndicats de contester les lois de la République, de faire pression, par la grève, pour abolir des lois votées par les représentants du peuple français.
Ce n'est plus l'état de droit, c'est Ubu.
Yves.Daoudal : National Hebdo nov 2007. daoudal@fr.oleane.com