syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

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syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 10/11/2007 - 23:57

Audition d’un consultant en entreprise et d’un praticien du syndicalisme

Malaise dans les services publics, réforme des régimes spéciaux de retraite, grèves dans les transports et l’énergie, round de négociations sociales tous azimuts, affaire des caisses noires de l’UIMM… les syndicats français sont au cœur de l’actualité cet automne. Mais qui sont-ils ? Que représentent-ils ? Les médias peuvent-ils en parler librement ? Deux spécialistes apportent leur éclairage pour mieux saisir, derrière l’écume des faits, la réalité ontologique d’un (petit) monde en crise.

I. Les grandes caractéristiques du syndicalisme français

Le paysage syndical français est une exception en Europe.
Ses principales caractéristiques sont les suivantes :

1. Il a toujours été historiquement faible, surtout dans le secteur privé.
2. Le taux de syndicalisation s’est largement effrité depuis 20 à 30 ans. Comme il n’existe pas de données scientifiques, les estimations les plus convenues avancent le chiffre de 6 à 7%, voire 7,2% selon l’étude la plus récente financée par la DARES (1). En fait, la réalité est plus cruelle encore : si les fonctionnaires et assimilés sont encore syndiqués à plus de 10% (notamment du fait d’une gestion « paritaire » des carrières), le taux de syndicalisation chute à 2 à 3% maximum dans le privé. Surtout, cette syndicalisation est passive : 1 syndiqué sur 2 ne paie pas son timbre (cotisation) une fois sur deux.
3. Le financement du syndicalisme français est problématique : il est à la fois insuffisant et opaque.
4. Le paysage syndical est particulièrement émietté : au-delà des cinq « grandes » centrales syndicales (CGT, CGT-FO, CFDT, CFE-CGC et CFTC) existent de nombreux syndicats catégoriels (par branches et métiers), souvent plus puissants que les centrales, ainsi que de nouveaux syndicats (SUD notamment), qui sont en train de conquérir la réalité du pouvoir syndical sur le terrain.
5. Les grands syndicats subissent une profonde crise de légitimité de leurs prises de position, et ce pour trois raisons cumulatives :

1. L’affadissement de leurs discours (qui explique en partie l’émergence de syndicats alternatifs comme SUD) ;
2. La fonctionnarisation de leur personnel (les permanents syndicaux sont des professionnels, hommes de dossiers mais pas de terrain, dans la mesure où ils sont, souvent depuis de nombreuses années, totalement déconnectés du monde de l’entreprise) ;
3. Le cumul des mandats (ce cumul fournissant leurs moyens d’existence aux personnels permanents), qui entraîne la confusion des rôles et donc des discours.

C’est pourtant ce syndicalisme à bout de course qui est toujours renforcé comme interlocuteur, à la fois par le patronat et surtout par les différents gouvernements successifs, de quelque bord qu’ils soient.

II. Le paysage syndical comme matrice et système de pouvoir

La « phénoménologie » du syndicalisme français fait apparaître des points saillants qui sont autant de paradoxes :

1. Une origine anarcho-syndicaliste (« Seule la lutte paie » – ce qui n’est pas faux au regard de la façon dont ont été arrachées les grandes mesures sociales en France…), mais en contradiction avec la sociologie syndicale actuelle (les ouvriers sont aujourd’hui les moins syndiqués, quand les cadres se syndiquent de plus en plus).
2. Une « fonctionnarisation » de la représentation syndicale, qui s’explique en grande partie par la mainmise des fonctionnaires sur les postes de permanents, et ce dès l’échelon régional des organisations, et qui n’aide pas à la prise en compte de nouveaux défis, des nouveaux enjeux, au premier rang desquels la montée en puissance de « l’Europe sociale » qui se fait aujourd’hui sans la France.
3. Une tradition de suivisme à l’égard des partis de gauche (et du seul PCF pendant longtemps) alors que les grandes avancées libérales ont été effectuées par la gauche au pouvoir (du « tournant de la rigueur » en 1982/83 à l’instauration des 35h qui a institutionnalisé à la fois la flexibilité du travail et la maîtrise drastique de son coût dans les grandes entreprises).

Le syndicalisme français est ainsi un enjeu politique, au sens électoral du terme. C’est ce qui explique toute la technique mise en œuvre actuellement par Nicolas Sarkozy – le mouvement brownien appliqué au social – au travers de la « sur-sollicitation dialectique » des syndicats : en noyant ces derniers sous les sujets et donc les réunions de négociation, il recherche des résultats symboliques pouvant faire écho à ses engagements de campagne (par exemple sur la représentativité). Mais il ne s’agit pas de réformer le monde syndical en profondeur – sans doute parce que c’est impossible en l’état actuel.

Quels sont les principaux freins ?

Tout d’abord l’archaïsme des modes de fonctionnement.
Cela rejoint la question du financement du syndicalisme : reposant encore sur la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 (2) qui interdit le contrôle et donc la saisie des comptes des syndicats, il participe de l’opacité et donc de la défiance dont souffrent aujourd’hui tous les syndicats.
Cela rejoint aussi la question de la représentativité : reposant cette fois sur un arrêté ministériel de 1966, qui confie à la « bande des cinq » grandes centrales (CGT, CGT-FO, CFDT, CFE-CGC et CFTC) issues peu ou prou de la Seconde Guerre mondiale, un triple monopole :

1. de négociation et donc de signature d’accords ;
2. de financement par le biais des subventions publiques ;
3. de présentation aux élections professionnelles (3).


Jusqu’à présent la question de la représentativité n’a pas été tranchée. La jurisprudence l’a progressivement altérée, mais le « droit d’opposition » instauré par la loi Fillon de 2004, censée en corriger les aspects les moins démocratiques, s’est révélé totalement inapplicable (4).

Quels sujets sont dès lors réellement en négociation ?
Ceux qui sont les plus consensuels :

1. la notion de pénibilité ;
2. le droit à la formation ;
3. l’égalité hommes/femmes ;
4. la sécurisation des parcours professionnels…


Dans la situation actuelle, et au regard de ce qui est réellement mis sur la table des négociations, Sarkozy et Fillon peuvent sans doute imposer leurs vues à des syndicats affaiblis. Mais aucun observateur ne sait ce qu’ils veulent réellement. Le savent-ils eux-mêmes ?
Trop de tabous subsistent.

III. Le syndicalisme, un sujet tabou : une explication par les syndicats de presse

Une des explications plausibles de la persistance des non-dits sur la réalité du syndicalisme français tient sans doute à la place institutionnelle extraordinaire, au statut exorbitant (au regard du droit commun) que celui-ci a acquis dans les médias. Ces derniers s’expriment en effet toujours avec d’infinies précautions sur ces sujets, et ce malgré l’existence avérée de scandales d’une tout autre ampleur que ceux qui ont pu éclabousser le monde politique.

La chape de plomb imposée à la presse s’explique par un certain nombre de mécanismes.

1/ Le statut des journalistes.
Encadré par les articles L 761-1 à L 761-16 du Code du travail, il prévoit deux privilèges extraordinaires :

1. Des avantages codifiés (au même titre que les artistes, auteurs, mannequins…), instaurés pour protéger les journalistes des pressions, mais qui les rend de fait intouchables ;
2. Une convention collective parmi les plus protectrices, et qui s’applique partout de façon corporative, tout le temps, et de façon uniforme – pour un localier de province traitant de faits divers ou de sports comme pour un journaliste politique sur les plateaux de TF1 !
3.

S’ils sont « intouchables », les journalistes en tant que caste sont en fait comparables aux Brahmanes de la civilisation hindoue : les droits acquis ne s’appliquent qu’à eux seuls au sein des entreprises de presse, ce qui tend à concentrer les inévitables pressions (professionnelles, organisationnelles, salariales…) sur les autres travailleurs de ces entreprises, à savoir les cadres et employés, techniciens qui se voient appliquer une convention collective différente (5), les ouvriers quant à eux étant protégés par une convention collective tout aussi corporative que les journalistes, ce qui explique les problèmes de diffusion et de rentabilité de la presse quotidienne française.

2/ La « commission arbitrale des journalistes ».
Cette instance a pour objet de déterminer le montant des indemnités à verser aux journalistes licenciés pour faute grave (et à ceux qui ont plus de quinze ans d’ancienneté). Il s’agit d’un faux tribunal mais d’une véritable juridiction d’exception apparemment paritaire mais où un magistrat « choisi » possède une voix prépondérante, d’autant plus inquiétant pour le patron de presse que le « minimum syndical » garanti par la convention collective précitée est déjà d’un mois d’indemnité par année d’ancienneté, et que ce tarif s’ajoute à celui fixé par les prud’hommes qui peuvent également, et en complément, être saisis par des journalistes licenciés. Sans parler des différentes clauses opposables (de cession, de conscience, etc.) qui contribuent ainsi à rendre économiquement impossible, sauf négociation préalable et sur des bases confortables pour le journaliste concerné, le renvoi de celui-ci par son employeur.

La seule existence de cette commission, « paritaire » et unique dans le monde économique et social français, explique le fort taux de syndicalisation des journalistes hexagonaux, très nettement supérieur à celui des autres salariés.

Les nombreux syndicats de journalistes, très marqués à gauche, voire à l’extrême gauche, participent ainsi activement de l’édification d’une corporation qui se représente comme « assiégée » mais bénéficie en fait d’une protection inégalée.
Ce tropisme permet tous les dérapages, comme l’attestent deux exemples parmi d’autres :

1. Les « sociétés de journalistes » (ou « sociétés de rédacteurs »), associations de fait donc ne bénéficiant pas en droit de la personnalité morale, peuvent s’opposer à des choix strictement managériaux (et ne manquent pas de le faire – cf. les exemples récents avec « France Soir », « Le Monde », « La Tribune » et « Les Echos »…) : au prétexte de « garantir l’indépendance des journalistes, notamment face aux éventuelles pressions des actionnaires », ce sont ainsi de véritables soviets qui sont reconnus dans les sociétés de presse ;

1. Les journalistes ne manquent pas non plus d’imposer leurs vues, ou plutôt leurs intérêts, en dehors des murs de l’entreprise qui les emploie. Ainsi en 1997, alors que le Parlement débattait de la suppression des avantages fiscaux accordés à certaines professions, les journalistes ont fait pression sur chaque député, en les menaçant de boycott, de silence médiatique (donc de mort politique), s’ils n’excluaient pas leur profession de cet insupportable égalitarisme fiscal. Et ce fut évidemment efficace, sans que personne, en tout cas relayé par la presse, ne puisse s’en offusquer…

La presse française est indubitablement malade de son syndicalisme. C’est pourquoi elle ne parle pas du sujet qui est pourtant celui du moment (et depuis un moment déjà) : à savoir que la France est malade de son syndicalisme. Et accessoirement de sa presse…



© POLEMIA
Octobre 2007


(1) Cette étude universitaire, conduite par les chercheurs Dominique Andolfatto (maître de conférences en sciences politiques à Nancy-Université) et Dominique Labbé (IEP de Grenoble) est intitulée « Les Syndiqués en France 1990-2006 ». Les auteurs ont travaillé sur les nombres d'adhérents officiels des confédérations syndicales, en les confrontant à d'autres données (estimations d'adhérents par branche professionnelle, résultats aux élections, etc.). Ils en arrivent à des effectifs d'adhérents sensiblement inférieurs aux chiffres officiels : environ 525.000 pour la CGT (contre quelque 710.000 officiellement), 450.000 à la CFDT (contre 800.000), 310.000 à FO (contre 800.000), 105.000 à la CFTC (contre 140.000), 80.000 à la CFE-CGC (contre 160.000), 135.000 à l'Unsa (contre 300.000), 120.000 à la FSU (contre 165.000) et 80.000 à Solidaires (contre 90.000). Il y aurait donc, au final, 1,9 million de syndiqués, dont 200.000 retraités, ce qui situe à 7,2% le taux de syndicalisation. Révélée par« Liaisons sociales Magazine » puis par « Le Figaro » du 06/09/2007, cette étude a été présentée une première fois par ses auteurs à la DARES en 2006, puis actualisée et renvoyée au centre de statistiques du ministère de l'Emploi au printemps 2007 qui ne l'a pas encore diffusée. Il faut dire que les derniers chiffres officiels fournis par la DARES, organisme gouvernemental, estimaient à plus de 8% le taux de syndicalisation en France (« Mythes et réalités de la syndicalisation en France », octobre 2004).
(2) L’extrême libéralité de la loi Waldeck-Rousseau autorisant la création libre de « syndicats professionnels de patrons et d’ouvriers » s’explique par la mauvaise conscience républicaine : il aura fallu en effet plus d’un siècle pour faire oublier l’affront de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 qui, en interdisant les corporations et le compagnonnage d’Ancien Régime, a livré, au prétexte de garantir la « liberté d’entreprendre », les ouvriers au bon vouloir de leurs employeurs.
(3) Le monopole n’existe officiellement qu’au 1er tour des élections professionnelles. Mais des élus au 2nd tour qui ne représenteraient pas l’un des cinq syndicats monopolistiques ne servent à rien car ils n’ont aucun droit de négociation et de signature d’accords. Sauf à avoir recours au juge, mais avec les aléas que cela suppose : les différents syndicats étiquetés « FN » (FN-Police, FN-RATP, etc.) ont tous été déboutés dans les années 1990, quand des syndicats SUD ont pu localement se voir reconnaître le privilège de représentativité par certaines juridictions.
(4) Selon cette loi, est valable un accord signé par des syndicats représentatifs mais qui n’aurait pas été contesté sous 8 jours par des syndicats représentant plus de 50% des salariés aux dernières élections professionnelles…
(5) En l’espèce, ces conventions peuvent également être très protectrices : comme le sont celles des « ouvriers du livre »…
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Messagepar Pat » 16/02/2008 - 19:19

Les apparatchiks marseillais
QUAND SYNDICAT RIME AVEC MAFIA
Une CGT omniprésente sur les ondes, un leader débordé par sa base, des syndicalistes au comportement mafieux et une ville_Marseille_qui, de grèves en grèves, semble totalement occupée à se saborder. À qui profite le crime ?
La grève de la SNCM (provisoirement) terminée après que les marins eurent voté à bulletin secret la reprise des activités, le trafic maritime entre le continent et la Corse est reparti en fin de semaine. Pour cette première traversée, le Pascal Paoli avait embarqué 10 passagers, l'autre ferry 23. Pas besoin d'être un fin économiste pour calculer le rendement.
Ces trois semaines de grève, nous dit la dépêche AFP (16/10), " ont laissé l'entreprise exsangue ". Ce dernier conflit aura en effet coûté" 4,5 millions d'euros alors que la SNCM a connu en 2004 une "année noire" avec un déficit de 29,7 millions d'euros (pour un chiffre d'affaires de 193,5 milions d'euros, de -10,9 % par rapport à 2003) ". Une bagatelle, en somme. Les repreneurs veulent " à peu près tout revoir " dans le fonctionnement de l'entreprise, estimant que" la mise en œuvre du plan de reprise va prendre techniquement environ deux mois et demi ", le temps d'informer le comité d'entreprise, de réunir un CA, convoquer une assemblée générale des actionnaires, etc. Côté CGT, syndicat majoritaire à la SNCM, on déclare que" le combat continue". Explication du secrétaire CGT du CE : " On est à un nouveau départ qu'on va négocier très chèrement ".

Charité bien ordonnée commence par la CGT

On en est là lorsque le Parisien publie, lundi matin (17/10), un papier fort bien documenté sur les pratiques véritablement mafieuses des personnels de la SNCM. On y apprend que " marins et syndicats se partageaient depuis des lustres et en toute illégalité une partie importante de l'argent des ventes à bord (tabac, alcool, restauration, produits dérivés ...) effectuées pendant la traversée entre le Continent et la Corse. Certains d'entre eux, paraît-il, n'hésitaient pas non plus à prélever leur dîme sur les stocks de vivres de la compagnie : charcuterie, salaisons, viande, poisson, boissons ... se retrouvaient ainsi discrètement soustraits au moment des embarquements ". La chose était connue de longue date. D'ailleurs, l'ancien patron de la SNCM, invité sur le plateau du 13 h de France 2, en ce lundi, n'a pas démenti. Il a au contraire "confessé" la complaisance des pouvoirs publics et donc la sienne -, prêts à toutes les compromissions en échange de la paix sociale. On voit le résultat !
C'est le rapport d'audit commandé par les repreneurs qui a révélé l' ampleur de l'escroquerie, escroquerie qui venait également abonder les comptes des syndicats, bénéficiaires eux aussi des ventes dissimulées et d'un trafic institutionnalisé sur la location des cabines. Comme le dit un haut fonctionnaire au Parisien :" Pendant de nombreuses années, les ventes à bord ont ainsi financé de nombreuses caisses noires marseillaises et corses, puisque c'était le contribuable qui payait, tout le monde y trouvait son compte ".
Si le crétin de contribuable autrement dit vous et moi - était ignorant de ces pratiques mafieuses, l'Etat, lui, savait parfaitement ce qu'il en était. Mais" alors que le conflit battait son plein ", les pouvoirs publics" ne souhaitaient surtout pas ébruiter l'affaire ", nous dit le quotidien. Une affaire qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la brillantissime gestion des comités d'entreprise de l'EDF par la même CGT ...

Bernard Thibault, ultime joker de Villepin ?

La CGT reste donc, pour le citoyen de base, un épais mystère. Plus que la CGT, d'ailleurs, c'est son omniprésence qui est mystérieuse. Voilà en effet un syndicat dont le pouvoir de nuisance n'est plus à démontrer, qui plus est minoritaire dans le monde du travail, et dont chacun aura remarqué qu'il bénéficie d'un temps d'antenne quasi permanent et d'une couverture médiatique sans aucune proportion avec sa réelle représentativité. Quelle en est la raison? Qu'est-ce qui peut bien justifier d'un traitement publicitaire d'une telle ampleur ?
Un papier de notre confrère Valeurs actuelles (14/10), titré" Villepin et Thibault sont dans un bateau ", apporte là-dessus un éclairage intéressant, laissant à entendre qu'il y aurait bien, in fine, convergence d'intérêt entre le gouvernement et le leader de la CGT.
S'agissant de la SNCM, on sait que le Premier avait reçu Bernard Thibault en tête à tête. Les deux semblaient parvenus à une entente" laissant espérer une sortie de crise sereine et rapide ", dit notre confrère. Leurs concessions réciproques présentaient en effet " l'avantage de marginaliser le Syndicat des travailleurs corses (STC) qui n'attend que le dépôt de bilan de la SNCM : les nationalistes pourraient alors l'acheter à vil prix avec des capitaux "sortis du maquis" ", comme l'a clairement dit Talamoni. C'était compter alors sans l'entêtement de Jean-Paul Israël, délégué CGT des marins de la SNCM, car celui-ci" fait partie des opposants au secrétaire général , au sein de la centrale ".
Car Thibault est un homme contesté qui, en 1999, " a hérité d'un syndicat malade, plombé par sa soumission au Parti communiste ". En 1975 , la CGT comptait encore 1,8 million d'adhérents pour seulement 700 000 aujourd'hui." Elle syndique moins de 2 % des salariés du commerce ou de la métallurgie, qui figure pourtant parmi ses bastions historiques ". La tutelle du PCF" sourcilleuse mais confortable "s'étant envolée," plus rien n'assure la cohésion de la myriade d'organisations que rassemble la confédération ". Au bout du compte, il n'y a" rien de moins centralisé que la centrale ... et rien de plus hostile à la réforme que ses cadres ", écrit notre confrère. A cela s'ajoutent" des rivalités internes "difficiles à gérer : " le "patron" de la CGT ne parvient plus à contrôler ses troupes ", notamment la CGT de Marseille qui campe en permanence sur une ligne dure.
A ce jeu, Thibault fait figure de modérateur. Aussi bien, son éviction au prochain congrès" changerait la donne syndicale : une victoire des "conservateurs" signifierait un durcissement de la centrale de Montreuil". Le Premier ministre, alors," ne pourra pas relancer le dialogue social comme il en a l'intention, ni gérer certains dossiers sensibles, comme l'ouverture au privé du capital d'EDF, sans s'assurer de la neutralité de la CGT".
Le gouvernement miserait ainsi sur la CGT comme un "moindre mal", tant il est vrai que ce n'est pas du côté de Sud, des alter-mondialistes et autres nationalistes corses qu'il pourra trouver à s'appuyer.

TOPOLINE National Hebdo octobre 2005
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Candide
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Messagepar Candide » 16/02/2008 - 19:28

C'est après la deuxième guerre mondiale que les principaux syndicats se sont implantés dans notre pays.
Leur action a toujours été partisane et n'a probablement peu été perçue comme effectivement destinée à organiser un vraie force de négociation.

Le syndicalisme est pourtant un rouage essentiel pour le fonctionnement des négociations dans le monde du travail. Pourtant, peu de gens peuvent se reconnaitre dans des syndicats qui ne représentent plus qu'eux même et qui sont sur la défensive pour protéger leurs prés carrés.

Tous ce système devrait être remis en question, mais aucun gouvernement politiquement correct ne s'y attaquera jamais. La paix sociale est à ce prix il parait.

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Messagepar Pat » 20/03/2008 - 16:52

Chronique syndicale mars 2008

— Désaccords internes à Force ouvrière —

Les 14 et 15 février, le Comité confédéral national (CCN) de la CGT-Force ouvrière s'est réuni à Biarritz. A cette occasion, les désaccords internes qui caractérisent aujourd'hui la confédération sont apparus en pleine lumière.

Ainsi, la récente signature, par le bureau confédéral de FO, ainsi que par la CFDT, la CGC et la CFTC (mais pas par la CGT), de l'accord sur la modernisation du marché du travail a fait l'objet de vives critiques. « C'est une véritable attaque contre la classe ouvrière », s'est exclamé un intervenant. Une déléguée de l'Union départementale du Finistère a ajouté qu'elle « mettait en demeure le secrétaire général de respecter les statuts confédéraux et donc de consulter le CCN pour avoir un véritable débat ».

Ce à quoi Jean-Claude Mailly (secrétaire général de FO) a répliqué que c'est toujours le « bureau confédéral qui décide de ratifier ou non les accords » – en oubliant toutefois qu'il le faisait la plupart du temps débat après débat au CCN.

En fait, chacun avait compris que si Jean-Claude Mailly et son second Jean-Christophe Le Duigou ont en la circonstance enfreint les règles habituelles de la confédération, c'est qu'ils craignaient que le CCN ne ratifie pas un accord que Le Duigou, très influent au bureau confédéral, s'était engagé, auprès du gouvernement, à faire adopter. En échange, estimait-on, de l'avantage personnel que celui-ci lui a promis : sa prochaine nomination au poste très lucratif de conservateur des hypothèques, générateur au surplus d'une retraite dorée.

— La représentativité des syndicats en question —

Les discussions sont âpres entre partenaires sociaux pour déterminer quels sont les syndicats représentatifs et lesquels ne le sont pas.

Plusieurs critères sont envisagés :

– les effectifs (mais comment compter les adhérents puisque les chiffres avancés ne sont pas contrôlables ?) ;
– l'activité (va-t-on la mesurer en comptabilisant le nombre de tracts qu'ils distribuent et de grèves qu'ils déclenchent ?) ;
– le respect des valeurs républicaines et l'indépendance (mais tous se disent attachés à ces valeurs et comment envisager, le cas échéant de les contredire ? Aucune confédération ne s'en attribue autant que la CGT, dont les liens avec le Parti communiste subsistent, comme chacun sait).

Le patronat a donc suggéré d'y ajouter l'audience, c'est-à-dire les résultats obtenus lors des élections professionnelles auxquelles pourraient se présenter aussi des candidats indépendants des syndicats officiels, les pourcentages étant en outre calculés par rapport aux inscrits et non aux seuls votants. Cette proposition est évidemment apparue inacceptable aux yeux des syndicats en place, qui s'affirment toujours comme seuls représentatifs. Ils l'ont donc dénoncée comme une attaque directe à leur encontre.

La négociation engagée à ce sujet risque donc de ne pas aller très loin.

Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel
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06/03/08
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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 03/06/2008 - 22:42

Modernisation des syndicats : la représentativité au secours de la légitimité
Les syndicats sont en colère, ils menacent le gouvernement. Qu’ont-ils à lui reprocher si ce n’est d’appliquer une politique pour laquelle il a été élu dans le respect des règles de nos institutions ? Car il faut reconnaitre que le gouvernement agit enfin, après quelques mois de flottements, et il agit sur de nombreux fronts. Dans le cadre de la réforme universitaire en cours, les universités peuvent désormais créer des fondations pour récolter les fonds privés nécessaires à leur modernisation ; les IUFM sont sur la sellette ; les 35h sont en sursis… Le processus de réformes est enfin engagé et c’est bien ce qui déplait aux syndicats.
Cependant, les syndicats ne sont plus dans leur rôle quand ils s’érigent en opposition face à un gouvernement désigné par le peuple. Il revient aux partis d’opposition de proposer une autre politique, d’en tirer un programme de gouvernement et de convaincre les électeurs. La politique est l’affaire des partis politiques et non des syndicats. C’est dire si la réforme du « dialogue social » est une priorité. C’est aussi un chantier ouvert par le gouvernement. En effet, les négociations menées par les partenaires sociaux sur la « représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme » ont abouti le 9 avril dernier à la définition d’une « position commune ». Cette dernière résulte de la volonté de mettre en évidence des critères de représentativité ce qui conduit à poser la question des modalités de financement des syndicats.
Sur le fond, il ne s’agit nullement de remettre en cause l’existence du syndicat mais de contester la légitimité de son fonctionnement quasi-monopolistique. Il existe des syndicats aux USA, au Japon, en Espagne ou en Angleterre, mais ces mêmes pays sont rarement bloqués par la grève qui devrait être l’arme ultime et non préventive. La rente de situation aboutit rarement à l’efficacité : c’est vrai en matière de production de biens et services mais c’est aussi vrai en matière de production de dialogue social. En France, les organisations syndicales bénéficient d’une rente fondée sur une représentativité décrétée et non éprouvée. De la même manière qu’un journal doit vivre de ses lecteurs s’il veut être véritablement représentatif d’une opinion réelle, un syndicat doit vivre de ses adhérents s’il veut être véritablement représentatif de revendications réalistes. Comme le talent ou l’autorité, comme la valeur ou la performance, la représentativité ne peut ni se figer dans les règlements ni se décréter. Si l’on admet ce principe, la mise à jour de critères de représentativité devient une étape inévitable. C’est à cette condition que les syndicats retrouveront une crédibilité.
De toute façon, le statu quo n’est plus tenable. Le monde syndical tourne en vase clos. Les taux de syndicalisation sont parmi les plus faibles du monde industrialisé et pourtant les syndicats officiels monopolisent la rue dans un jeu de blocages incessants et de grèves répétitives qui tiennent lieu de « dialogue social » alors qu’ils sont l’antithèse du dialogue. Cette politisation extrême du syndicalisme français est probablement le résultat de cette perte de représentativité elle-même résultant d’une déviation des rôles. Les syndicats se doivent d’être des acteurs de la vie des entreprises, avec le but fédérateur à tous ses acteurs : le succès de la « maison commune » que constitue l’entreprise. Les syndicats actuels ont tendance à faire de l’entreprise le théâtre de la lutte des classes de la même manière que les révoltés de mai 68 voulaient faire de l’université le foyer de la révolution permanente.
Quand une entreprise coule ou quitte le territoire, tout le monde est perdant : les clients n’ont plus de produits, les actionnaires perdent leurs capitaux et les salariés perdent leur emploi. Mais le succès de l’entreprise se joue dans un dialogue permanent entre les acteurs de l’entreprise, lesquels se doivent d’être représentés par des corps intermédiaires crédibles et efficaces. Dans ce jeu complexe et quasi-quantique de la régulation microéconomique, l’Etat se doit d’être le plus neutre possible, se contentant de rappeler les règles de conduite qui s’appliquent à tous. En l’absence d’un tel dialogue, c’est le conflit permanent qui se joue dans la rue et aboutit aux mesures d’urgence qui ne sont jamais les plus réfléchies.
Le monde universitaire souffrait lui-même de ce mal terriblement gaulois. Les étudiants sont représentés par des syndicats issus d’élections dont les taux de participation ne dépassent pas 5 % parmi la population estudiantine. Dans tous marchés, lorsque l’offre est rationnée et qu’elle ne satisfait pas le consommateur, alors le consommateur boude le produit. On ne peut tout de même pas le forcer à acheter un produit qu’il n’apprécie.
Il en va de même du monde syndical : il se doit d’être plus ouvert pour écouter les attentes réelles des salariés comme des dirigeants d’entreprises, surtout dans l’univers des petites et moyennes entreprises où personne ne peut se payer le luxe du moindre conflit qui devient vite fatal à tous.
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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 06/06/2008 - 15:38

LE FINANCEMENT DES SYNDICATS
Sur la chaine 5, un coin du voile a été soulevé le 25 mai. Un syndicaliste CGT a cassé le morceau. Les syndicats ne vivent qu’avec 15 à 20 % des cotisations ; le reste vient d’ailleurs. A la CGT, il y a depuis dix ans 5 fois moins d’adhérents et cinq fois plus de permanents. Alors ?
Les billets distribués en grande quantité par Gautier-Savagnac sont venus sur le tapis. Le CGT a bien dit que, lors des négociations sur les 35 heures, des syndicalistes s’étaient vu offrir contre leur signature des avantages pouvant aller jusqu’à tripler leur salaire annuel : notes de frais bidons, heures supplémentaires fictives et autres gracieusetés.
Il paraît que depuis l’éclatement de l’affaire UIMM certains ne dorment plus tranquille.
Notre humble avis est que toute cette horreur va être enterrée par le pouvoir et qu’ils vont retrouver le sommeil : le vrai danger pour ce pouvoir est que les chercheurs et les curieux viennent regarder de près du coté politique.
http://www.libeco.net/magazine.htm
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JCL31
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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar JCL31 » 06/06/2008 - 15:43

Pat a écrit :LE FINANCEMENT DES SYNDICATS
Sur la chaine 5, un coin du voile a été soulevé le 25 mai. Un syndicaliste CGT a cassé le morceau. Les syndicats ne vivent qu’avec 15 à 20 % des cotisations ; le reste vient d’ailleurs. A la CGT, il y a depuis dix ans 5 fois moins d’adhérents et cinq fois plus de permanents. Alors ?
Les billets distribués en grande quantité par Gautier-Savagnac sont venus sur le tapis. Le CGT a bien dit que, lors des négociations sur les 35 heures, des syndicalistes s’étaient vu offrir contre leur signature des avantages pouvant aller jusqu’à tripler leur salaire annuel : notes de frais bidons, heures supplémentaires fictives et autres gracieusetés.
Il paraît que depuis l’éclatement de l’affaire UIMM certains ne dorment plus tranquille.
Notre humble avis est que toute cette horreur va être enterrée par le pouvoir et qu’ils vont retrouver le sommeil : le vrai danger pour ce pouvoir est que les chercheurs et les curieux viennent regarder de près du coté politique.
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QUELQUES UNES DES POMPES A FINANCES DES CONFÉDÉRATIONS SYNDICALES

1 - COTISATIONS DES ADHERENTS
Chiffres 2005
Les grandes confédérations ne savent pas défendre les salariés, mais elles savent trouver du pognon.
CFDT : 19,5 ME (Millions d’euros), soit 50 % du budget,
CGT : 3,9 ME, soit 34 % du budget,
FO : 14 ME, 40 % du budget,
CGC : 4 ME, 40 % du budget,
CFTC : 2 ME, 20 % du budget.

2 - ELUS LOCAUX
Les élus locaux sont génréreux avec les syndicats.Quelques exemples : CG (Conseil Général) d’Île-de-France : 1 ME pour les syndicats franciliens (en 2004). CG du Pas-de-Calais : 12 200 E pour le congrès de l’UNSA. Région PACA : 45 000 E pour les syndicats du Conseil économique et social régional, plus 22 867 E pour le congrès de FO à Marseille. Mairie de Paris : avantages et nature (locaux) à la CGT (en 1999), 1,5 ME. Pour la CFDT, aide aux frais de logement : 699 723 E. Pour FO : 40 000 E de frais de déménagement...

3 - TAXES FORMATION
0,75 % de la collecte globale des OPCA (collecteurs de l’argent de la formation par branche) soit 19 ME est distribué entre syndicats de salariés et de patrons. De plus, chaque OPCA peut redistribuer encore 0,75 % de sa collecte aux partenaires sociaux de sa branche. Les organismes de formation peuvent être directement liés aux centrales syndicales : CFPTS (formation technique du spectacle), créé par la CGT, est financé par AFDAS (OPCA du spectacle). Son président, J. Voisin est secrétaire général CGT du spectacle. FORMECOS de FO est lié avec l’OPCA du bâtiment, tandis que REFE (formation informatique) est présidé par Alain Gil, également secrétaire général de la CFDT francilienne.

4 - SUBVENTIONS PATRONALE
Axa donne à chaque salarié un chèque pour le syndicat de leur choix (de 38 E pour les employés, 45 E pour les cadres). Le Crédit lyonnais, Ibis, Casino ... versent une dotation annuelle à leurs syndicats. Renault a versé en 2000 exactement 91 470 E aux Fédérations syndicales de la métallurgie. Onet, Giraudy, le Conseil supérieur du notariat finançaient la CFDT. Macif, AG2R, Médéric, Malakoff, MV4, Total, Aventis... arrosent les journaux des centrales syndicales.

5 - ETAT
Le Ministre du travail a versé, en 2003, 36 ME aux organisations syndicales (en incluant l’UNSA). Les services du Premier ministre, 2 ME aux syndicats de la Fonction publique. De plus, 4 500 agents de la fonction publique sont déchargés d’activité pour raison syndicale.

6 - MISES A DISPOSITION
EDF offre 85 000 heures à la Fédé CGT Énergie. La RATP compte une quarantaine de permanents syndicaux, plus des détachés auprès des confédérations. La SNCF totalise 178 permanents. A la CGT, 7 élus du bureau confédéral seraient rétribués par leur boîte d’origine.

7 - TAXES DIALOGUE SOCIAL
Selon l’accord du 12 décembre 2001, 0,15 % de la masse salariale des entreprises de moins de 10 salariés alimente le développement du dialogue social, soit 1 ME pour les confédérations, plus 4 ME à répartir entre les partenaires au niveau des branches.

8 - PARITARISME

La CRI (caisse de retraite) finançait, depuis 1995, 25 permanents syndicaux. La CPAM de Paris mettait 16 agents à disposition de syndicats et de mutuelles. L’UNEDIC, AGIRE, ARRCO, CNAM, CNAV, AGEFIPH versent chaque année 50 000 E aux confédérations qui siègent dans leur CA. Certains organismes comme l’UCANSS, l’UNEDIC, versent une subvention comprise entre 250 000 et 400 000 E par an.

9 - EUROPE
Des sigles hermétiques, comme Aqual, Leonardo, Lignes budgétaires B3 4000, 4002, 4003, Fond Interrégional ... sont autant de sources financières pour les syndicats. La commission co-finance jusqu’à 80 % des projets sur le dialogue social européen, etc. Exemple : en 2003, la CGT empoche 83 854 E d’aide à la négociation pour le statut européen de Suez.

10 - COMITES D’ENTREPRISE
Leurs moyens alimentent souvent les organisations syndicales en faisant vivre les organisations “amies” : SYNTEX pour la CFDT, SECAFI ALPHA pour la CGT. Les C.E. sont financés par 0.02 % de la masse salariale.

...... SANS COMPTER LE RESTE...

Ces quelques éléments ne sont qu’un aperçu des sommes versées, car il est pratiquement impossible de connaître l’ensemble des subventions versées par les collectivités territoriales, ainsi que par les organismes en tout genre, les structures discrètes ou carrément occultes qui viennent abonder le trésor syndical. Toutes les structures organiques, de la simple section d’entreprise jusqu’aux structures internationales en passant par les UL, UD, UR, fédérations et confédération sont touchées par ce jeu. Aucune de ces structures ne pourrait survivre si elle n’avait que les cotisations des adhérents qui deviennent de plus en plus marginales dans le budget. La survie des syndicats dépend de l’État, des politiques, des patrons. Les logiques opportunistes, de pouvoir, d’intérêt personnel, de lucre... poussent les arrivistes à s’accaparer les bonnes places syndicales. Couplé au recul des adhésions, cela aboutit à accélérer l’intégration et le jeu partenarial... dont dépendent d’ailleurs les subsides des bureaucraties syndicales. Celles-ci, censées défendre les intérêts des travailleurs, n'ont qu'un but défendre d'abord les leurs !!!!
S'ajoute a cela l'actualité avec les révélations du jour, par une personne proche de l'IUMM qui précise qu'une certaine parti de l'argent détourné l'était au bénéfice des syndicats.
Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses.
La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère
Argumentum ad nauseam
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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 26/09/2008 - 21:53

Syndicats : un nouveau statut mais toujours moins d'adhérents
AUJOURD'HUI, la représentation « sociale est éclatée, elle est fondée sur des critères obsolètes et sur un mode de fonctionnement inadapté », déclarait Nicolas Sarkozy le 28 septembre 2007. Encore une réforme en perspective! Du coup, une commission rassemblant syndicats et patronat a planché pendant trois mois pour aboutir le 10 avril (à deux heures du matin i) à un accord qui devra être ratifié par les instances des intéressés avant la fin de ce mois. Ensuite, ce sera au Parlement d'intervenir.
BEAUCOUP DE BOUTIQUES, PEU DE CHALANDS
Avant d'étudier les modalités de cet accord, il faut revenir en arrière et faire un bilan, à partir d'études et de rapports tel celui qui a été publié dans Histoire et Liberté (les Cahiers d'Histoire Sociale) sous le titre « L'indispensable mutation du syndicalisme fiançais » (1). Au départ il y a le fait qu'après 1945, le syndicalisme a été monopolisé par cinq centrales (la CGT, la CGT-FO, la CGC, la CFTC puis la CFDT, celle-ci née dans les années 1960 d'une scission de la précédente), dont la référence était « leur attitude sous l'Occupation ». Prière de ne pas rire... Ce qui n'a pas empêché, à la suite de scissions diverses, que d'autres syndicats soient apparus comme l'UNSA en 1993 et plus récemment SOLIDAIRES (1998), regroupement de SUD et d'autres organisations gauchistes.
Il y a donc le choix. Et malgré cela, toutes les informations concordent, notamment les résultats des élections professionnelles, tous les syndicats réunis ne représentent que 10 % des salariés du public et 5 % des personnels du privé. Dans le public, il y a les bastions (là, on monte à 20 % et plus). Ce sont les transports (SNCF, RATP), La Poste, la Police, l'Enseignement. Secteurs pourtant très protégés même si tous leurs salariés ne sont pas forcément des nantis comme l'aurait dit un jour l'excellent M. Barre.
FINANCEMENTS OCCULTES
Autre point sensible : le financement des syndicats, auquel l'on ne pouvait toucher en raison d'une loi qui remonte au XlXe siècle et jouant également pour les syndicats patronaux comme l'UIMM (Union de la Métallurgie, ancien Comité des Forges). En principe, ce sont les adhérents qui financent avec leurs cotisations mais, on l'a vu, ils sont de moins en moins nombreux. Comme sa rivale la CFDT, la CGT, qui fut jadis un mastodonte dépassant cinq millions d'adhérents, est tombée très en-dessous du million, au point qu'elle essaie désespérément d'élargir sa "base" avec les clandestins : c'est sous sa houlette que depuis le 15 avril, dans toute l'Île-de-France, des centaines de travailleurs sans-papiers ont débrayé pour faire reconnaître leurs "droits".
Les cotisations ne représentant même pas la moitié des trésoreries, d'où vient le reste ? Eh bien, d'un peu tout le monde. Sans doute des syndicats patronaux et notamment de l'IUMM, mais surtout du cochon de payant : à savoir l'Etat (ministères, etc.), les régions, les départements. Pour EDF (cas désormais célèbre), par la ponction sur votre facture de sommes qui alimentent son Comité des œuvres sociales (actuellement poursuivi en justice avec Bernard Thibault, mais le procès traîne).
Autre source de revenus : les fameux « mis à la disposition », tous ces permanents détachés de leur poste officiel pour faire marcher la machine administrative de leur syndicat - 10 000, paraît-il, pour la seule CGT. Scandaleux paradoxe : à la limite, un syndicat pourrait de nos jours perdre tous ses adhérents mais continuer d'exister.
LA GRÈVE, DROIT... ET DEVOIRS
« Les syndicats : A quoi servent-ils ? » s'interrogeait Le Choc du Mois en février. A entretenir la « démocratie sociale » par des accords dans les entreprises, certainement. Mais surtout à déclencher pour des motifs de plus en plus corporatistes des grèves empoisonnant la vie des usagers - voir les débrayages sauvages à la Poste, ruineux pour des Journaux qui, comme le nôtre, dépendent du bon acheminement des exemplaires aux abonnés, ou encore ce qui s'est passé dans les transports à la fin de l'année 2007 dans la région parisienne.
La grève est certes un «droit sacré» intouchable et garanti par la Constitution mais elle doit aussi en échange respecter la «liberté du travail», ce qui n'est pas le cas pour les grèves surprises et les piquets de grève illégaux que des hommes de gauche comme Edouard Daladier en 1938 et Jules Moch en 1947-48 firent sauter en lançant contre eux les forces de l'ordre. Mais fi de ces procédés "fascistes" ! Maintenant l'Etat et le Patronat ont recours à des arrangements entre "amis" comme l'a montré la «fluidité sociale» que pratiquait l'IUMM grâce à ses Caisses noires qui lui valent aujourd'hui tant d'ennuis mais dont ont abondamment profité les dirigeants syndicaux qui n'ont plus grand-chose à voir avec les héroïques et pauvres syndicalistes révolutionnaires des débuts. Le «gros patronat» n'est d'ailleurs pas le seul à « fluidifier les relations sociales », l'Etat ne le lui cède en rien. La preuve : rappelons la récente, flatteuse et très payante (entre 9000 et 18 000 euros par mois selon Le Parisien) sinécure offerte à l'ex-numéro deux de la CGT et spécialiste des retraites Jean-Christophe Le Duigou : le voici conservateur des hypothèques à Corbeil-Essonnes, poste « réputé parmi les mieux payés de la République » et que certains syndicalistes n'hésitent pas à qualifier de « cadeau du gouvernement Fillon », en remerciement des bons offices du camarade Le Duigou dans la fin du conflit sur la réforme des retraites.
LE FN, PREMIER PARTI OUVRIER DE FRANCE
L'un des chapitres des Cahiers d'Histoire Sociale porte sur « Vote politique et sensibilité syndicale ». En analysant des sondages sur les diverses et récentes élections politiques, on trouve la confirmation que la fameuse« classe ouvrière» n'a jamais été monolithique et qu'il y eut toujours dans ses rangs une partie non négligeable d'ouvriers conservateurs (sur le plan des mœurs), patriotes, voire nationalistes et même xénophobes. Il n'est donc pas étonnant que ceux qui sont syndiqués aux grandes centrales, CGT incluse, aient pu avoir des sympathies pour le Front national- cf. les chiffres en pourcentage des présidentielles de 1995 et de 2002, ceux de 2007 étant plus difficiles a utiliser, mêlant droite et extrême droite. A notre imprimerie des Marais, le chef d'atelier, ancien milicien condamné à mort et toujours royaliste, n'était-il pas membre du très communiste Syndicat du Livre ? Et n'est-ce pas ce prolétariat national que drague éhontément aujourd'hui André Gérin (RIV. du 4 avril) qui brigue le secrétariat général du PC"F" contre Marie-George Buffet ? Jean-Marie Le Pen n'avait pas tort en qualifiant le FN de « premier parti ouvrier de France » et il n'était donc pas insensé de fonder des syndicats FN. Même si cela demandait une certaine expérience, et la tactique de l'entrisme (chère aux trotskistes) aurait été, a long terme, plus efficace. Le Choc raconte « cette courte épopée syndicale lepéniste » qui se heurta aux hurlements et aux menaces de l'extrême gauche syndicale et a la réserve (voire à la lâcheté) des syndicats installés.
En 1996, Dominique Perben, ministre de la Fonction publique (sous Juppé) puis Jacques Toubon ministre de la Justice en 1997 s'arrangèrent pour pratiquement interdire les syndicats pro-FN. Argument : « ils étaient l'émanation d'un parti ». Comme si la CGT avait rompu tout lien avec le Parti communiste, comme si la LCR n'avait pas ses entrées à FO et autres SUD ! A propos de Perben confessons d'ailleurs notre joie maligne à l'annonce du coup de pied au derrière reçu par lui lors des élections municipales à Lyon. Les électeurs frontistes n'ont pas eu la mémoire courte ...
LES NOUVELLES RÈGLES DU JEU
Selon l'accord du 10 avril, seuls les syndicats «légalement constitués» et respectant les «valeurs républicaines» (une trouvaille !) auront le droit de se présenter au premier tour des élections professionnelles. Ce qui élimine d'emblée les non-syndiqués. Or, il faut savoir qu'aux élections des comités d'entreprise en 2002, ces non-syndiqués talonnaient la CGT avec presque 23 % des suffrages. Aux futures élections de ces comités, il faudra pour être reconnu obtenir au surplus « 10 % des suffrages valablement exprimés ». Un couperet qui a été abaissé à 8 % pour les PME à la suite de vives protestations, notamment de la CFTC et de FO. Et - toujours aussi subtil-, ces accords, pour être validés, devront être signés par des syndicats ayant obtenu ensemble 30 % des suffrages. Mais à condition qu'ils ne rencontrent pas l'opposition des syndicats ayant recueilli la majorité des suffrages - comprenez la CGT et la CFDT ainsi promus gardiens du temple.
Pour le financement de tous les syndicats (y compris patronaux), les cotisations des adhérents devront « représenter la principale partie ». La principale, pas la seule. La porte reste donc ouverte à beaucoup d'autres aides, officielles ou occultes. Mais l'Etat veillera à la « transparence financière ». Vraiment? Comme a conclu un observateur averti (mais anonyme) dans Le Figaro-Economie du 11 avril : « On garde le méchant mou (la CGT), le gentil qui signe les accords (la CFDT), on zigouille FO et la CFTC. » Et d'autres. Il ne faut donc pas s'étonner que ces accords en suspens soient critiqués et refusés par l'UNSA qui, aux dernières nouvelles, veut fusionner avec la CGC (Cadres), par le syndicat patronal (petites entreprises) UPA, par SOLIDAIRES qui crie à l'étranglement et n'est pas dépourvu de moyens directs pour perturber le consensus établi.
Du rififi en perspective !
D'autant qu'à la fin de cette année auront lieu les élections prud'homales. Les dernières remontent à 2002. Plus de 16 millions d'inscrits avaient été appelés aux urnes - il y eut 5 millions de votants seulement. Le taux d'abstention avait été de 69 %. Sans commentaires ...
Jean PARLANGE. Rivarol du 25 avril 2008
(1) N° 33. 125 pages. 13 €. Revue (trimestrielle) de la Bibliothèque d'Histoire Sociale des Hauts-de-Seine. 4 avenue Benoît-Frachon, 92023 Nanterre Cedex.
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Trahison syndicale : CFDT MEDEF, même combat

Messagepar Prodeo » 07/12/2008 - 12:23

Trahison syndicale : CFDT MEDEF, même combat

Par Étienne, jeudi 20 novembre 2008 à 12:37

Témoignage direct de TRAHISON SYNDICALE pour ceux qui se font encore des illusions sur la CFDT.

Compte rendu de la rencontre discrète, organisée le 27 mars 2007, entre le leader de la centrale et le cercle patronal « ETHIC », dirigé par Mme Sophie de Menthon.

Extrait du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés » (Fayard), p 125 :
Jacques Cotta a écrit :
« Quelques jours après le petit-déjeuner en compagnie de deux cents membres d'Ethic et de François Bayrou, mon téléphone sonnait. On me demandait si je désirais participer à un remake, cette fois-ci au Cercle interallié et en compagnie de François Chérèque. Le leader de la CFDT face à des patrons déterminés à la veille de la présidentielle sur des thèmes sociaux, politiques et économiques ne pouvait laisser indifférent. Mais une mauvaise surprise m'attendait, la veille dudit petit-déjeuner: un contre-ordre fut donné dans des termes qui ne pouvaient qu'aiguiser ma curiosité:

- Sophie de Menthon vous fait dire que si cela ne tenait qu'à elle il n'y aurait pas de problème, mais c'est M. Chérèque qui pose comme condition l'absence de tout journaliste.

- Même en demeurant discret ?

- Même, nous sommes désolés. Il nous a dit que c'était une condition absolue à sa venue.

Le lendemain matin, je décide de passer outre. Je gravis les marches du Cercle interallié, passe le petit perron de l'entrée surmonté d'une imposante et néanmoins gracieuse marquise, ignore un valet de pied en jaquette noire et gilet rouge et pénètre dans le petit salon réservé pour le leader de la CFDT. Étonnement de la secrétaire d'Ethic préposée aux badges, air confus de ma part, incompréhension feinte pour obtenir enfin l'autorisation de m'installer dans un coin de la salle avec engagement strict de ne pas piper mot.

Devant une assistance très réduite comparée à celle venue assister à la prestation du leader de l'UDF, Sophie de Menthon accueille l'invité:

- Cher François Chérèque, c'est un grand plaisir. Mais laissez-moi vous dire, à vous qui avez eu par le passé le courage de soutenir des réformes difficiles, que je déplore l'absence de la presse. Vous auriez dû au contraire médiatiser au maximum cet événement, vu l'importance de votre discours.

- Merci de m'accueillir. Et commençons donc par la presse. J'ai demandé à ce qu'elle ne soit pas présente car j'ai décidé de vous parler franchement, sans détour, directement. Entre nous, sans journalistes, ce sera plus simple !

- Pour nous confier des secrets ? plaisante la salle.

Je connaissais la connivence qui peut exister entre les partenaires sociaux. «Les réunions à répétition rapprochent», dit-on. Mais là, il s'agit de tout autre chose. François Chérèque promet le discours de la vérité comme s'il se trouvait dans une réunion de famille qu'il ne faudrait pas perturber.

Durant une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT réserve à ses hôtes très satisfaits un discours des plus politiques. «L'économie est poussive» et «le premier des problèmes concerne l'investissement» car nous «n'avons pas décliné les objectifs de Lisbonne».

- Plus clairement ? demande Sophie de Menthon.

- Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de l'assurance-maladie, de la santé, des hôpitaux n'ont pas été accomplies.

En une phrase, François Chérèque fait siennes l'ensemble des mesures qui ont pesé dans le vote négatif du peuple français le 29 mai 2005. Mais qu'importe, la salle communie.

Il aborde ensuite «l'organisation du marché du travail», «l'existence de la précarité», mais aussi d'une «trop grande rigidité pour les entreprises». Il dénonce le développement de la sous-traitance comme «facteur d'augmentation des inégalités».

- D'inégalité pour qui? demande un curieux dans la salle.

J'attends une réponse syndicale. Surprise !

- Pour les petites entreprises, répond du tac au tac le leader de la CFDT. Je me tourne vers mon voisin de table :

- Je croyais qu'il parlait des employés. Pour un syndicaliste il est assez ouvert, non?

- Oui, mais si les entreprises ne vont pas bien, les employés non plus. Ce qui compte, c'est l'entreprise, et lui, il a compris !

Au micro, François Chérèque en est à la dénonciation de « la culture du conflit », condamne « la CGT qui pousse à la grève dans les ports de Marseille », ou « FO qui fait la loi chez les communaux », « la nécessité d'y imposer une CFDT qui aujourd'hui y a des problèmes ».

- Comment ? questionne Sophie de Menthon.

- Par tous les moyens !

- Je suis troublée, vous reprenez nos positions, que nous exprimons publiquement, intervient la présidente d'Ethic.

Galvanisé, Chérèque annonce la nécessité de « faire évoluer le contrat de travail », de ne « pas opposer la flexibilité à la rigidité », de réaffirmer « l'attachement à l'Europe » alors que « nous avons mis le drapeau bleu blanc rouge le jour anniversaire du traité de Rome, ce qui était lamentable ».

- Reste la méthode ? demande Sophie de Menthon.

Alors le président de la CFDT parle de « représentativité ». Il a déjà rencontré à plusieurs reprises « les conseillers de Sarkozy et le candidat lui-même » avec qui ils sont « plutôt tombés d'accord ». Il faut « reconnaître les syndicats dans les entreprises », et non plus au niveau national indépendamment des élections à la base.

- Atomiser l'interlocuteur, c'est ça qu'il faut, me glisse à l'oreille mon voisin attentif.

François Chérèque, comme s'il lui répondait en écho, développe l'exemple de Renault. « S'il n'y a pas de licenciement », c'est uniquement parce que « les ouvriers prennent aujourd'hui les jours qui correspondent aux 35 heures de 2008 ». À l'inverse, à Sandouville, « la production est à flux tendu », donc « ils font 42 heures par semaine ».

- En discutant à la base, la flexibilité s'organise et s'impose d'elle-même.

- Pourquoi, avec ce discours, êtes-vous au premier rang dans les manifestations ?

- J'ai manifesté contre le CPE car le ministre avait été ridicule dans la forme. Mais sur le fond, nous sommes bien sûr d'accord pour revoir le contrat de travail.

Dans la salle on est au bord de l'applaudir.

- Votre différence n'est pas assez marquée avec la CGT, insiste Sophie. Même si Thibault est assez positif, il existe des possibilités de débordement.

- Sur le terrain, c'est parfois compliqué, mais plus on va vers l'entreprise, je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela. Prenez l'accord Bosch sur le temps de travail. II y a 200 accords du même type, mais personne n'en parle. Laissons les choses se faire dans les entreprises, il y a une adaptation !

- Vous avez des priorités ?

- La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux. Puis reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI, c'est trop paralysant. Donc redistribuer vers l'assurance chômage qui sera plus sollicitée. Enfin, la sous-traitance, dossier difficile...

- Pas tant que cela, intervient un des vingt membres d'Ethic installé dans la salle.

- Si, par exemple, prenez Airbus. À vous je le dis : l'État n'a pas à mettre un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été fait à Boeing! Augmenter et développer la sous-traitance et mettre tout cela en concurrence.

- Mais vous y êtes arrivé sur les retraites ? C'était bien plus chaud, non ?

Le leader syndicaliste en serait presque à bicher.

- Vous accepteriez d'être ministre du Travail de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal ?

- Non, je suis beaucoup plus utile à la place que j'occupe. Je peux faire de la pédagogie. Ségolène a compris sur les retraites, par exemple, et elle n'est plus pour l'abrogation de la loi Fillon. En mettant la gauche face à ses contradictions, on aboutit au discours de Villepinte où la candidate socialiste fait de la dette sa priorité et reconnaît l'économie de marché. Mais pour cela, il faut être là où je suis.

- Puisqu'on est entre nous, vous voterez pour qui ?

- Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre l'extrême droite ou l'extrême gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité, elle serait sans aucun doute d'accord. D'ailleurs, l'extrême gauche a aussi fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.

- Vraiment ?

- Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux, vous savez !

Dans la salle on s'esclaffe.

- Vous voyez bien le mal que j'aurais eu si la presse avait été présente.

- Pour qui voteriez-vous donc ? insiste Sophie de Menthon.

- Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.

- En privé ?

- Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va très bien. On s'y met dès juillet.

Sourire de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle. »

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Vulgaire ? Hum... peut-être... Et ce que font les barons voleurs aux salariés, ce n'est pas vulgaire, c'est quoi ?
En plus de se laisser trahir, voler et violer sans résister, les salariés sont priés de rester polis...


C’est simplement à vomir.

Alain le disait parfaitement :

la vigilance ne se délègue pas.

J’ajouterai :

Sans tirage au sort, c’est la loi du plus fort, (et tu mérites ton sort).

Ce sera ma prochaine banderole...

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que ceux qui disent qu’on est des veaux, contents d’aller à l’abattoir en plus (les sondages pour le gouvernement remontent) ont vraiment raison.

:o(
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.
« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.

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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 01/06/2009 - 19:58

La CFDT, ou le syndicalisme-carpette

De révolutionnariste en 1968, la CFDT, trois décennies plus tard, s'est muée en syndicat au service du gouvernement en place, quel qu'il soit. Sa patronne, la «tsarine» Nicole Notat, a triomphé au dernier congrès. Et la CFDT déclare être la plus puissante confédération syndicale de France. Replacées dans le contexte des réalités sociales françaises, les choses prennent un tout autre aspect.

Notat, une fois le 44e congrès de la CFDT derrière elle, avait de quoi être satisfaite. D'ordinaire, ce genre d'événements se déroulait, chez les syndicalistes ex-chrétiens, dans le chaos, les pleurs et les grincements de dents. En mars 1995, au 43e congrès, Notat avait été carrément mise en minorité. Sans manipulation éhontée des statuts, elle n'aurait pu sauver son poste de secrétaire général. Cette fois-ci, tout s'est déroulé sans accrocs. La «tsarine» a été réélue a l'unanimité.

Le syndicat de la mondialisation
Où donc sont passés les fameux «moutons noirs» (on devrait plutôt parler de moutons rouges), les trotskistes, anarchistes et revenants de maoïsme, spécialité de la CFDT ? Que sont devenus ces militants cédétistes qui, en novembre 1995, chassaient par la force Notat d'une manifestation parisienne ? Ils n'ont en fait pas été ralliés, ils sont ailleurs pour la plupart, à SUD, syndicat concurrent. Le problème n'est donc pas résolu, il s'est déplacé, et Notat, contrairement aux apparences, n'en est pas débarrassé. Il n'empêche, les conditions idylliques du déroulement de son congrès renforcent la cote d'amour de la CFDT auprès du patronat des multinationales et du gouvernement. Toute la ligne de Notat s'articule sur la mondialisation, qu'il convient de faire avaler aux salariés français. Au nom du «modernisme», du «réalisme», du « partage des richesses », de la « lutte contre l'exclusion », de nombreuses revendications classiques sopt abandonnées ou dénaturées.
Ce qui plaît beaucoup à Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF (ex-CNPF), chantre patronal de la mondialisation. Lequel compte sur l'influence de Notat du côté de la CGT, afin d'amener le syndicat à direction communiste à jouer le jeu de « l'adaptation du syndicalisme au XXle siècle ».
On aurait pu croire que Notat allait payer cher ses complaisances envers Chirac et Juppé au moment où les socialistes s'emparaient de Matignon. D'une part, elle a su se faire pardonner par de nombreuses complaisances, d'autre part, Jospin et Aubry ont besoin d'elle chaque jour un peu plus, face à l'échec de leur politique sociale. L'inféodation de la CFDT au pouvoir en place lui rapporte des dividendes intéressants. Cependant, cette servilité peut devenir dangereuse, en cas de remous politiques.
Ce dont Notat se targue le plus, ce sont ses 725 000 adhérents, qui feraient de la CFDT le premier syndicat de salariés en France. Bien que martelé par tous les médias ce chiffre est invérifiable, le fichier CFDT n'étant pas du domaine public. Il est troublant de constaIter que la CFDT, aux élections prudhomales de 1997, obtenait 1 220 000 voix contre 1 600 000 à la CGT, Le seul véritable atout de la CFDT réside dans les relations qu'elle entretient avec des syndicats nouveaux comme l'UNSA ou le groupe des Dix, qu'elle pourrait coiffer. Voire dans sa capacité à vassaliser la CFTC, qui s'était pourtant maintenu contre elle en 1964. Par ailleurs, la CFDT est, avec SUD, la confédération la plus systématiquement hostile au FN, ce qui lui procure un soutien enthousiaste de la part des grands médias, et d'importants subsides de la Commission européenne.
René-Louis DUVAL

Une dérive malsaine
Le n°2 de la CFDT, Jean-René Masson, la quitte pour devenir conseiller social à l'ambassade du Maroc, c'est-à-dire diplomate. Tel avait déjà été le cas de Jean Kaspar, prédécesseur de Nicole Notat à la tête de la CFDT, qui avait obtenu un poste de même type à Washington, D'autres syndicats recasent de cette façon leurs dirigeants écartés ou fatigués, ou à «récompenser». La dépendance des confédérations de salariés par rapport aux gouvernements, qui détiennent la clé des nominations diplomatiques, s'en accroît d'autant. La prétendue «indépendance» des syndicats tourne de plus en plus à la farce.

National Hebdo du 24 au 30 décembre 1998
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Re: syndicalisme français:état des lieux et forces en présences

Messagepar Pat » 16/07/2009 - 21:31

Corruption des syndicats, l’enquête qui dérange

Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont viennent de faire paraître « L’Argent noir des syndicats », une enquête fouillée et documentée qui met à jour (et à mal) les pratiques douteuses des organisations syndicales. Edifiant. Depuis sa sortie, les langues se dénouent dans le monde syndical et viennent corroborer les nombreux témoignages qui ne manquent pas d’instruire un dossier lourd, très lourd. Mais loin d’être une charge, les auteurs, syndicalistes chevronnés, proposent des solutions pour que les syndicats, à l’instar des partis politiques naguère, soient financés en toute transparence et qu’ils soient vraiment représentatifs.
Dans le cadre des RDV de l’Agora, nous vous présentons un extrait de "L’Argent noir des syndicats" suivi d’une interview vidéo de Jean-Luc Touly.

La paix sociale a-t-elle un prix ? Si oui, quel est-il ? Réponse dans L’Argent noir des syndicats. Les lecteurs d’Agoravox connaissent bien Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe de Mongermont. Le premier est philosophe et journaliste et a notamment publié Profession corrupteur ainsi que L’Eau des multinationales (voir également le blog Association pour le contrat mondial de l’eau) avec Jean-Luc Touly qui est, à l’instar de Christophe de Mongermont, un syndicaliste de haut vol.

Tous trois sont membres de l’association Anticor qui s’efforce de lutter contre la corruption. Ensemble, ils viennent de faire paraître L’Argent noir des syndicats, un ouvrage salutaire qui, s’il met en avant certaines pratiques douteuses en vigueur dans le monde syndical, propose aussi des solutions pour en sortir…

Dès sa sortie, L’Argent noir des syndicats a suscité de nombreux débats au sein des différentes organisations. En évoquant les dérives des Comités centraux d’entreprise dans le privé comme dans le public - « d’une manière générale, quels que soient les secteurs économiques, la bonne entente qui règne entre les CE et les directions est notable dans les grandes entreprises » -, en soulignant combien étaient étouffées par les grandes centrales elles-mêmes les revendications des syndicalistes intègres, centrales qui, en outre, n’hésitent pas à utiliser l’argent de la formation à d’autres fins que ce à quoi il est destiné, en pointant l’absence (voulue) de représentativité dans des secteurs entiers du monde du travail (le nettoyage, par exemple) et dans de nombreux autres cas, ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, en particulier à ceux qui confondent syndicalisme et sinécure.

Le lecteur ne s’étonnera plus, après cette lecture, que les organisations dites représentatives ne soient plus à la pointe du combat social (un seul exemple : les retraites) ces dernières années. Au nom du réformisme, celles-ci abandonnent la lutte. En réalité, elles sont anesthésiées par une manne financière censée "fluidifier les relations sociales", selon l’expression des patrons de l’UIMM. C’est par cette affaire abracadabrantesque des caisses noires de l’Union des industries des métiers de la métallurgie, bras armé du Medef que l’histoire commence. Elle est loin d’être terminée.


Extrait de L’Argent noir des syndicats, par
Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe Montgermont.


« … Pourquoi les fédérations syndicales chez EDF ne bougent-elles pas sur la réforme des régimes spéciaux de retraite qui concerne pourtant au premier chef tous les salariés de cette vaste entreprise ? Pourquoi le projet de privatisation les laisse-t-il aussi passives ? Pourquoi les voit-on si peu réagir de façon générale alors que le taux de syndicalisation leur donne une puissance de feu considérable ? L’historien du mouvement ouvrier qui nous souffle quelques réponses adopte une attitude curieuse : il veut bien nous parler, commenter les évolutions des grands syndicats et exprimer des critiques acerbes, mais à la condition qu’on taise son nom.

Encore un. « Je travaille régulièrement pour l’un de ces syndicats, cela me nuirait beaucoup. Le jour où ce syndicat ne me fera plus vivre, je m’afficherai sans problème, quoique je ne veuille pas non plus apparaître comme quelqu’un qui crache dans la soupe alors que je m’en nourris. Et nous faisons aussi plein de choses positives, il ne faut pas réduire l’activité des syndicats aux dérives, certes nombreuses et graves, mais... » Un large sourire illumine son visage. Non, il ne crachera pas dans la soupe en public, mais il fulminera en catimini pendant plusieurs heures contre les abus et les pratiques scandaleuses qui se sont multipliés sous l’étiquette des grandes organisations syndicales, tout particulièrement dans les fiefs publics...

Et il rappelle que « l’ensemble des comités d’entreprise mériteraient tous d’être contrôlés de près. C’est la première condition pour que les syndicats retrouvent un peu leur liberté de parole et d’action. Dans la mesure où les caisses d’activités sociales servent à arroser les syndicats, comment attendre de ces derniers la moindre indépendance quand il faut se mobiliser ? »


Etienne Deschamps, juriste du syndicat CNT Nettoyage d’Île-de-France, apporte des précisions : « La corruption de syndicalistes est une pratique qui s’est développée depuis vingt ans dans ce secteur. C’est un syndicalisme de soumission. Il touche quasiment tous les syndicats. Les délégués qui ne jouent pas ce jeu font l’objet d’une répression patronale très dure ».

On nous explique par ailleurs que la CGT Nettoyage, qui dépend curieusement de la Fédération ports et docks, est très soutenue par le patronat. Les publicités dans les bulletins syndicaux illustrent la qualité de leurs relations. Ce n’est pas illégal, bien sûr, mais on peut comprendre ceux qui s’en étonnent. « Une façon de “tenir” les représentants du personnel, poursuit le juriste syndical, est de leur attribuer des petits avantages.

Promotion pour devenir chef, voiture de fonction, double salaire (au nom de deux boîtes de nettoyage), tout est bon, même l’obtention de logements par le 1 % patronal. Les DRH ne demandent pas nécessairement à l’heureux bénéficiaire d’abandonner son mandat, c’est plus fin que cela : ces avantages impliquent "spontanément" une forte baisse du niveau de revendication. On le constate alors par touches successives : au début, le délégué du personnel vient un peu moins aux réunions, puis plus du tout.

Ensuite, ses camarades nous expliquent qu’il délaisse certains dossiers urgents ou qu’il ne s’occupe plus guère de son travail syndical. Pire, qu’il minimise les problèmes des salariés. Enfin, on apprend qu’il a déménagé après avoir obtenu un appartement plus grand, mais sans vraiment s’en vanter. Ce sont souvent des indices forts. Tous les syndicats sont touchés. Le nôtre n’est pas à l’abri non plus de ces tentations ».
© Editions Fayard
Vidéo de Jean-Luc Touly, co-auteur de L’Argent noir des syndicats, interviewé par Olivier Bailly
http://www.dailymotion.com/video/x5ocbh ... -noir_news

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Messagepar Pat » 19/08/2010 - 20:57

Des comptes très opaques La paix sociale a un prix un milliard d'euros

Jamais les syndicats n'ont eu aussi peu d'adhérents et jamais ... ils n'ont eu autant d'argent : ils dépenseraient chaque année un milliard d'euros ! Dont les trois quarts ne proviennent évidemment pas des cotisations. L'État, comme les entreprises, alimentent les caisses, libèrent du temps syndical. Les salariés y gagnent peu. La paix sociale beaucoup ...
Le numéro 2 du Medef, patron de la très puissante Union des industries et métiers de la métallurgie (UlMM) pris la main dans le sac, retirant des fonds en liquide pour les verser... aux syndicats ! L'affaire Gauthier-Sauvagnac, débutée au mois d'octobre dernier et en cours d'instruction, est tombée à point pour tempérer quelque peu leurs ardeurs belliqueuses. Et pour cause ! Il est assez difficile de prétendre à l'indépendance, quand on se laisse graisser la patte par son interlocuteur privilégié... Certes, les responsables confédéraux ont nié ; mais combien de Français les croient-ils ? Le bon peuple y trouve, au contraire, une confirmation de ce qu'il savait déjà : les syndicats font partie intégrante du système et en « croquent » en veux-tu, en voilà !

Dispensés de payer l'impôt et de publier leurs comptes !
La question récurrente de leur financement est, du coup, redevenue d'une brûlante actualité. Philippe Cochet, député UMP du Rhône, a déposé une proposition de loi visant à imposer plus de transparence ; et la commission Attali s'est aussi emparée du sujet. Le parlementaire et la commission s'accordent sur la nécessité d'obliger les syndicats à tenir une comptabilité précise. Si elle aboutissait, cette réforme introduirait une révolution dans le Landerneau social : car la loi Waldeck-Rousseau de 1884, qui régit encore ces organisations professionnelles, les dispense à la fois de payer l'impôt et de publier leurs comptes !
Comme le confirmait, dans un rapport remis au gouvernement en mai 2006, Raphaël Hadas-Lebel, président de section au Conseil d'État : « Le financement des organisations syndicales est caractérisé par une grande opacité : aucun document public ou administratif porté à notre connaissance ne présente de synthèse des ressources financières des syndicats en France, ni même des mécanismes de financement. » Dès lors, il est impossible de connaître exactement l'ensemble des fonds que perçoivent les syndicats, ni leur origine.
Reste une certitude, déjà soulignée par une enquête du Nouvel Observateur publiée en février 2002 : « En vingt ans, le syndicalisme français a perdu la moitié de ses troupes. Et pourtant jamais les centrales n'ont été aussi riches. » En effet, le taux de syndicalisation parmi les salariés français est aujourd'hui inférieur à 8 %. En regard, selon Dominique Labbé, chercheur, spécialiste du syndicalisme, la CGT disposerait de 10 000 permanents ; la CFDT de 8 000 à 10 000 ; Force ouvrière, de 7 000 ; la CGC et la CFTC de 3 000 chacune. Au total, une trentaine de milliers d'emplois à temps plein. Qui paie ?
Certainement pas les cotisations des adhérents. La CFDT, seule centrale à publier des comptes sur internet, avance le chiffre de 65,11 millions d'euros de cotisations perçues et prétend, comme chaque année, qu'« en 2006, cotisations et autres ressources internes assurent près des trois quarts du budget confédéral ». Des affirmations battues en brèche par les experts : pour Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail (IST), les cotisations des syndiqués couvrent au maximum 20 % des ressources des syndicats.

Le trou de la Sécu n'est pas perdu pour tout le monde
Pour le reste, les organisations font leur miel dans des champs très différents : à la manne qu'elles recueillent contribuent l'État, les collectivités territoriales, le Conseil économique et social, les organismes sociaux, les organismes de formation professionnelle, les entreprises privées...
Tout est bon pour remplir la gamelle syndicale ! « Les subventions publiques, les prélèvements sur les organismes paritaires et les avantages tirés des "droits syndicaux" constituent les trois sources principales auxquelles s'abreuvent les syndicats », écrivait Guillaume Desanges dans un article paru clans Valeurs actuelles le 19 octobre dernier. Exemples à l'appui : au chapitre des subventions, en 2005, le ministère du Travail a octroyé quelque 29 millions d'euros à l'ensemble des centrales. Le ministère de l'Agriculture distribue une dizaine de millions aux syndicats agricoles. Le ministère du Budget octroie aux organisations professionnelles quelque 300 millions d'euros, sous forme d'abattements fiscaux, exonérations d'impôt et déductions des cotisations syndicales du revenu imposable...
Au total, combien l'État met-il au pot ? « Si l'on met bout à bout toutes ses subventions, c'est au bas minimum 472 millions d'euros qui passent chaque année de la poche des contribuables aux caisses des syndicats, » estimait en mai 2002 le mensuel Capital, dans un dossier consacré à « L'Argent secret des syndicats ». Il n'y a guère de chance que ce chiffre ait diminué.
Côté Sécu, retraites et formation professionnelle, le gâteau est d'autant plus tentant que la gestion paritaire permet d'y accéder facilement. À elle seule, la Direction générale du Travail attribue chaque année 30 millions d'euros aux centrales, au titre de la formation des syndicalistes. Et Capital constatait déjà en 2002 que « les caisses de retraite et la Sécu prélèvent sur les cotisations une bonne cinquantaine de millions d'euros pour les syndicats. » Le fameux « trou » n'est pas perdu pour tout le monde... Encore ne s'agit-il sans doute là que de la partie émergée de l'iceberg.
Organismes de droit privé cogérés par les centrales et le patronat, les caisses de retraite complémentaires ont besoin de l'accord des syndicats pour prélever des cotisations sur les feuilles de paye des salariés. Elles font donc assaut de séduction pour s'attirer les bonnes grâces des organisations : subventions couvrant les « frais de paritarisme », achat de pages de publicité dans la presse syndicale ou de stands dans les congrès, rémunération de « conseillers techniques » ou de permanents syndicaux, fourniture de matériel informatique, etc.
Les organisations syndicales (et patronales... ) complètent ces gains en recourant à quelques « trucs » : par exemple en trafiquant les justificatifs ouvrant droit aux subventions octroyées par les caisses de retraite au titre de la formation de leurs administrateurs, ou en ponctionnant les cotisations salariales...
Les avantages liés aux « droits syndicaux » concernent en particulier les locaux et moyen matériels qu'entreprises et administrations sont tenues de mettre à la disposition des syndicats, mais aussi et surtout les délégations de personnel, les emplois détachés, décharges de service et autres autorisations d'absence. Selon l'Institut supérieur du Travail, 20 000 emplois équivalent temps plein sont payés par le secteur public, ce qui représenterait une « aide » de plus de 500 millions d'euros par an ! La SNCF mettrait à la disposition des syndicats quelque 1700 cheminots, l'Éducation nationale 2 500 personnes, et le ministère de l'Intérieur, pas moins de 1 400 agents, soit un policier sur cent. Parmi les « stars », Jean-Claude Mailly, le patron de FO, est payé par la Sécu, et Bernard Thibaut salarié par la SNCF.

Pour 750 millions d'euros, t'as la paix sociale !
Les entreprises privées ne sont pas en reste. Mise à disposition des syndicalistes de Laguna (Renault), gains d'ancienneté, congés supplémentaires et heures sup (Véolia), fournitures de véhicules de fonction, avec cartes d'essence et de péage (Eiffage) : les exemples cités par Capital dans une « Enquête sur l'argent noir des syndicats » publiée en décembre 2007 ne laissent entrevoir qu'une faible partie de la réalité. L'affaire Gauthier-Sauvagnac permet de mieux l'appréhender : une caisse noire de 600 millions destinée aux bonnes œuvres en faveur des salariés grévistes et des entreprises victimes de conflits sociaux, 18 à 20 millions d'euros en liquide tirés entre 2000 et 2007 pour servir « au financement de différents organismes qui font partie de notre vie sociale », a indiqué l'ancien patron de l'UIMM. Qui dit mieux ?
D'autres sources de financement viennent encore gonfler la tirelire. Au Conseil économique et social, par exemple, siègent 67 syndicalistes (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC et Unsa) qui abandonnent leur indemnité (entre 2 838 et 3 129 euros nets mensuels) à leur syndicat. Par ce biais, les six organisations concernées se partagent, au prorata du nombre de leurs conseillers, une manne comprise entre 2 282 000 et 2 516 000 euros par an. Les Comités interprofessionnels du logement (CIL), cogérés par le patronat et les syndicats, et financés par le 1 % logement, absorbent en « frais de fonctionnement » un tiers du 1,3 millions d'euros qu'ils récoltent annuellement. Une partie de cette somme alimente les caisses des syndicats et du patronat.
Les Comités d'entreprise apportent aussi leur écot au financement des fédérations. L'affaire de la Caisse centrale d'activités sociales (CCAS) d'EDF, en 2003, a illustré les dysfonctionnements auxquels donne prise ce système. Totalement contrôlé par la CGT, le comité d'entreprise d'EDF est financé sur les factures payées par les consommateurs. Disposant d'un budget de 400 millions d'euros, il emploie 3 500 permanents. L'enquête diligentée après la révélation des tripatouillages de la CGT et du PCF par le nouveau directeur de la CCAS a fait état d'emplois fictifs, de surfacturations de contrats passés avec des sociétés complices, de subventions distribuées à des organismes amis, du financement de la sono de la campagne présidentielle de Robert Hue en 2002, etc.
Et la liste est loin d'être exhaustive. Capital pose le problème de fond : les dépenses totales des syndicats sont estimées à un milliard d'euros ! Leurs ressources officielles, entre les cotisations, les subventions et la vente des produits dérivés, ne dépassent pas 250 millions. Il faut bien trouver le reste (750 millions d'euros donc !) quelque part...
Or. l'écart entre les ressources considérables des syndicats et la minceur de celles provenant des cotisations des adhérents a des conséquences sur l'esprit même du syndicalisme. « Cela a conduit à une professionnalisation des activités syndicales, à la multiplication des postes de permanent (alors même que le nombre des adhérents s'effondrait), à la perception d'aides, de subventions, d'indemnités de nature diverse, de mises à disposition de personnels, rendant en fin de compte le recrutement de nouveaux adhérents moins important pour l'équilibre des recettes et des dépenses », analysent les chercheurs Dominique Labbé et Dominique Andolfatto sur le site de l'Institut supérieur du travail. « Au passage, les nouvelles tâches institutionnelles ont pu sembler plus nobles que la "rencontre" exigeante avec les salariés de base. Cela a creusé une certaine distance doublée de méfiance réciproque entre les salariés et les syndicats. » Le syndicalisme français mourra-t-il de subventionnite ?
Pierre-Jean Rivière Le Choc du Mois Février 2008
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