Chronique syndicale octobre 2007
— A propos des subventions de l'UIMM —
L'indignation manifestée par certains commentateurs à l'annonce de l'affaire Gautier-Sauvagnac a de quoi surprendre : tout le monde savait, parmi les spécialistes des questions sociales, que l'Union des industries et métiers de la métallurgie (ex-Union des industries métallurgiques et minières) assurait des financements sur lesquels il était généralement convenu de fermer les yeux.
La seule question qui se pose est de savoir pourquoi l'on a aujourd'hui décidé de les ouvrir et d'étaler devant l'opinion publique des pratiques que Denis Gautier-Sauvagnac n'a fait que continuer puisqu'elles avaient été initiées bien avant lui. On peut même dire, à sa décharge, qu'il en avait diminué l'ampleur et s'était montré plus sélectif…
Devenue publique, l'affaire devrait connaître des développements dont on peut penser que, s'ils ne sont pas circonscrits dans certaines limites, ils embarrasseront des milieux plus nombreux et plus variés qu'on ne croit, voire inattendus. Sans doute s'apercevra-t-on aussi que certaines de ces subventions, voire la plupart, ont joué un rôle positif dans notre vie sociale, notamment en comblant les carences de l'Etat pour résister aux adversaires de notre société.
Si elle s'y trouve obligée, la défense de Denis Gautier-Sauvagnac risque donc d'être riche en révélations qui ne seront pas plaisantes pour tout le monde.
— L'embarras des syndicats —
Dans leur majorité et avec des nuances, les organisations syndicales se montrent hostiles aux réformes sociales voulues par le président de la République et son gouvernement. Elles menacent, appellent à la manifestation, à la grève. Dans le même temps, elles participent aux conférences et négociations sociales réunies sur ces réformes, qu'elles semblent ainsi cautionner. Cette contradiction, qui traduit leur embarras, a été clairement évoquée par Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, dans l'entretien qu'il a accordé au quotidien « Les Echos » (4 octobre).
D'une part, il explique : « Ce qui va se passer dans les prochaines semaines va être important. Le 13 octobre, ce sera la première mobilisation de rue depuis les élections… ». Mais il semble douter de l'ampleur de celle-ci puisqu'il ajoute : « Il faut se rappeler qu'au début du mouvement contre le CPE, nous n'étions que quelques milliers. »
D'autre part, à la question : « Vous semblez pessimiste sur l'issue des négociations en cours. Pourquoi continuer d'y participer ? » il répond : « Au stade actuel, pratiquer la politique de la chaise vide reviendrait à faire un cadeau au gouvernement comme au patronat. »
Dans ces conditions, comment les salariés pourraient-ils se mobiliser massivement à l'appel des syndicats contre des réformes dont les modalités font l'objet de discussions auxquelles collaborent ces mêmes syndicats ?
— Le financement des organisations syndicales —
En joignant à ses projets de réformes sociales le problème de la représentativité et du financement des organisations sociales, le président de la République a fait preuve d'habileté, sinon d'audace. Certains croient d'ailleurs reconnaître là la main de son conseiller pour les affaires sociales, Raymond Soubie, aussi discret que bon connaisseur de celles-ci…
Les cotisations des adhérents devraient assurer l'activité normale des syndicats, comme c'est le cas dans les autres pays européens. Or en France, elles ne représentent que moins de 50% de leur budget, 15% même seulement pour certains d'entre eux. Ils doivent donc recevoir des subsides sur lesquels, à la différence des entreprises, des administrations ou des associations normales, ils n'ont pas à rendre de comptes. D'où des pratiques illicites pour les autres, telles que les abus de biens sociaux, les prêts illégaux de main-d'œuvre, les subventions occultes. Dans le secteur public, on voit même l'Etat aider financièrement, d'une façon tout à fait légale, des organisations dont l'objectif principal consiste à s'opposer aux initiatives de ce même Etat !
Aujourd'hui, il semble que la situation se présente de la façon suivante : ou bien les syndicats s'accommodent des réformes mises en œuvre par les pouvoirs publics, ou bien on institue un contrôle de leur représentativité réelle ainsi que de leurs ressources. Si cette situation ne varie pas, si la puissance publique reste ferme, l'issue ne fait pas de doute, les réformes verront le jour, tant les dirigeants des organisations syndicales ont conscience que c'est la survie de celles-ci qui est en jeu.
Chronique économique, syndicale et sociale
Morvan Duhamel
© Polémia
http://www.polemia.com/
08/10/07