L'avis récent du Comité d'éthique ouvrant une porte à une législation sur l'euthanasie dans des circonstances dites exceptionnelles, n'est pas étonnante pour qui a une certaine lecture des grands choix de société de ces dernières décennies.
Cet avis, purement consultatif, s'inscrit dans un long processus initié depuis des dizaines d'années et vient à son heure. Le sénateur Caillavet en est depuis longtemps le fer de lance indéfectible. Ceci est profondément choquant pour le corps médical, en dehors même de toutes considérations religieuses ou philosophiques.
De quoi s'agit-il
Il s'agit donc de légiférer sur la fin de vie d'êtres humains, dans des cas précis, limités à un état maladif ou de vieillissement évidemment irréversible, s'accompagnant de souffrances intolérables non apaisables : un suicide assisté en quelque sorte.
Comment l'opinion a-t-elle été préparée ?
Pour faire admettre au plus grand nombre cette prévalence de la loi sur la vie humaine, les législateurs potentiels ont agi par petites touches progressives.
- Tout d'abord, ils ont déchargé le mot euthanasie de son vrai sens: "mort dans de bonnes conditions" par un autre sens : "fin de la vie 1 d'autrui par l'intervention d'un tiers".
- Puis ils ont individualisé le concept de fin de vie comme une entité et non un moment indissociable de la vie.
- Ils ont créé un deuxième concept "d'accompagnement des mourants" par des soignants, différent de l'accompagnement aux mourants pratiqué depuis toujours par les hommes chargés de pouvoir religieux ou 1 celui des familles : ce fut la création de la notion de "soins palliatifs".
Ils ont introduit dans l'opinion l'idée que les médecins français ne savaient pas, voire ne voulaient pas, prendre en charge la douleur, et que certains d'entre eux étaient adeptes de l'acharnement thérapeutique.
Que voudrait-on nous faire oublier ?
On voudrait, en fait, nous faire oublier :
- Que, faute d'immortalité, notre mort est programmée dès notre naissance, et donc qu'elle est le dernier élément négatif, parmi d'autres malheurs, du cours de notre vie.
- Que, vu du côté médical pur, ce moment n'est ni plus ni moins que celui où la vie cesse d'être la plus forte, et cela malgré les efforts entrepris.
Cette approche permet aux soignants d'assister un mourant sans aucun état d'âme personnel autre que la compassion spontanée évidente.
De deux choses l'une :
- soit la vie résiste, et les soignants doivent au mourant un accompagnement permanent fait de confort moral par la présence, hygiénique par les soins de propreté, physiologique par l'hydratation et un traitement antidouleur maximal dans les cas où cela est nécessaire;
- soit la vie nous "file entre les doigts" au sens réel du terme, et il convient d'appliquer les mêmes principes que dans le premier cas, sans tenter aucun acharnement thérapeutique.
Il n'y a, dans ces deux cas, aucune place pour des choix cornéliens, plus ou moins personnels, ou surtout une quelconque législation.
Que voudrait-on nous faire admettre ?
On voudrait nous faire croire qu'il est inadmissible au XXI' siècle de laisser souffrir nos mourants, et qu'en l'absence de thérapeutique adaptée, la seule solution est de permettre à un tiers d'abréger artificiellement la vie, autrement dit de provoquer la mort.
Où veulent-ils en venir ?
A l'identique de la loi sur l'VG, il y a probablement une idée préconçue qui se profile. Comparons : concernant les lois sur l'VG, la loi initiale était destinée, certes à assurer la protection médicale des femmes, mais aussi à faire sortir le praticien de l'avortement du cadre délictuel. A l'arrivée, c'est le père légitime de l'enfant à naître qui va en correctionnelle, s'il s'oppose à l'avortement du fruit de sa propre chair: "Toute personne physique ou morale qui s'oppose à une IVG ... " les lois de 1993 sont claires.
- Concernant l'euthanasie: dans un premier temps, on admet le suicide assisté, puis plus tard, on peut imaginer que tout un chacun ira en correctionnelle pour ne pas avoir achevé à temps sa vieille maman.
De plus, si l'on connaît les lois en préparation sur l'allongement du délai de déclaration des naissances à trois ou à quatre jours, et l'incroyable avenir des manipulations génétiques, c'est bien le vivant, d'avant sa conception jusqu'à sa mort, qui passe sous contrôle du législateur. Avec un vide juridique incroyable concernant le statut de l'embryon, afin de permettre à la loi Veil d'autoriser 220 000 avortements par an en France.
Les législateurs ont-ils déjà eu l'occasion d'être au chevet de ces personnes qui avec leurs lèvres vous disent : "S'il vous plaît, aidez-moi à en finir" et qui avec leurs yeux vous disent: "Pourquoi n'ai-je pas le droit de vivre encore un peu ?"
Eux qui, à aucun moment "ne se saliront les mains", laissant aux familles ou aux soignants le soin d'abréger une vie, autrement dit de donner la mort.
par Joëlle Melin Médecin gériatre Conseiller régional PACA





