Après le «oui» extorqué aux Irlandais et la signature arrachée au président tchèque Vaclav Klaus, le traité de Lisbonne est entré en vigueur début décembre. Et les premiers différends entre les pays membres apparaissent déjà.
Depuis le 1er décembre, nous sommes donc entrés officiellement dans l'Union européenne du traité de Lisbonne. De Ljubljana à Lisbonne en passant par Milan, Herman Van Rompuy, nommé président permanent du conseil européen le 19 novembre 2009, a profité de l'occasion pour délivrer un message dont les maîtres-mots ont été «continuité» et «cohérence». Des mots auxquels il convient d'ajouter ceux de «détermination» et d'«enthousiasme», qui viennent « assurer que le Conseil européen apportera une valeur ajoutée et le sens du leadership à l'Europe ».
Cette détermination terne a rimé avec cette autre facette du nouveau bréviaire européen : « J'ai l'intention d'écouter chacun attentivement et de faire en sorte que notre travail produise des résultats pour tous. Il est utile de pouvoir discuter de façon informelle (...) des grandes questions qui seront sur la table du Conseil européen au cours des prochains mois. »
Oh certes ! C'était jour de fête, et le nouveau président n'a pas manqué de le souligner- discrètement, ainsi qu'il s'y était engagé : « Nous ouvrons aujourd'hui une nouvelle phase de la construction de l'Europe. »
On aura ainsi passé, sans faire trop de bruit, sur la fin de la souveraineté française ; et même de toutes les souverainetés d'Europe. Il n'est, pour s'en convaincre, que de (re) lire la Charte des droits qui nous impose sa cohorte de mesures, interdisant tout ce qui, ici ou là, marque la préférence des peuples qui vivent sur leur terre, au motif que cette affirmation serait un rien discriminatoire.
Nous en avons constaté un certain nombre d'exemples depuis l'arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe, dont deux retiennent particulièrement, ces jours-ci, notre attention.
Le premier concerne la nomination de deux commissaires d'Europe de l'Est mis en cause pour leur passé communiste : le socialiste tchèque Stefan Füle, nommé à l'Elargissement de l'Union européenne, et le socialiste hongrois Laszlo Andor, à l'Emploi et aux Affaires sociales. Mais, dès les premières critiques, José Manuel Barroso a lancé : « J'ai parlé avec tous les commissaires et à tous j'ai demandé s'il y avait quelque chose dans leur vie politique, économique, qui pouvait constituer un problème. (...) Et après avoir parlé avec eux du passé, je suis absolument sûr » que ce n'est pas le cas... On n'est pas plus (faussement?) ingénu.
Mais pourquoi s'en inquiéter, puisque le nouveau Haut représentant aux Affaires étrangères, par ailleurs vice-présidente de la Commission, la Britannique Catherine Ashton, se trouve également sur la sellette pour la même raison de sympathies communistes ?
Le nouveau Haut représentant aux Affaires étrangères était-il un agent de l'Est ?
Dès sa nomination, l'affaire a fait quelque bruit en Grande-Bretagne. En France, c'est notre confrère Minute qui, le premier, a posé la question dans son édition du 25 novembre dernier, puis dans celle du 9 décembre : « Catherine Ashton fut-elle un agent de l'est ? » interroge ainsi notre consœur Céline Pascot, en soulignant qu'elle fut, du milieu des années 1970 au milieu des années 1980, un compagnon de route du Parti communiste de Grande-Bretagne... Et plus exactement, la trésorière du Campaign for Nuclear Disarmament, une organisation pacifiste soupçonnée par les services de renseignements de miner la défense de la Grande-Bretagne au profit de l'Union soviétique.
A l'occasion de son premier oral devant la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen, Catherine Ashton a répondu, gauchement - ça va sans dire -, n'avoir « pas perçu directement de fonds de quelque pays communiste que ce soit », tout en admettant que certains fonds n'étaient pas traçables...
Autre nomination difficile, et qui a mis le doigt sur certaines oppositions au sein des Etats-membres : celle du Français Michel Barnier au Marché intérieur et aux services financiers dans la nouvelle Commission.
Certes, le nouveau Commissaire a accepté qu'un Britannique occupe un poste administratif-clef au sein de la Commission pour superviser le domaine des services financiers ; voire même qu'un sujet de Sa Gracieuse Majesté soit nommé au sein de son cabinet.
Mais Nicolas Sarkozy n'a pas pu s'empêcher, en réponse aux inquiétudes britanniques, de triompher : « On va aller ensemble rassurer la City, mais je préfère que l'inquiétude soit de ce côté de la Manche que chez nous. »
Ce manque manifeste de «modestie» et de «discrétion» a provoqué de violentes réactions à Londres, au point que Nicolas Sarzkozy et Gordon Brown, malgré quelques difficultés d'agendas, ont prévu de se rencontrer afin d'apaiser les tensions.
Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a cru bon de qualifier cette dispute d'« inflammation passagère ». « Ça fait mille ans que nous et les Anglais, on a des relations un petit peu abrasives par moment, mais derrière il y a une très grande complicité dans nos intérêts géopolitiques », a-t-il assuré.
Il n'est pas sûr que ce ton badin suffise à calmer la City, qui s'inquiète de la volonté de Paris de s'en prendre à sa suprématie et durcir le contrôle dans le secteur financier.
Lellouche a cependant cru bon de préciser : « Une fois que l'inflammation sera passée, on s'apercevra que les commissaires sont les représentants de la Commission. »
Un propos qui, cette fois, n'inquiétera pas seulement la Grande-Bretagne ...
Olivier Figueras monde & vie 12 décembre 2009
Les premiers faux pas de l'Europe de Lisbonne
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