L'idée européenne est depuis longtemps portée par le couple franco-allemand. On connaît moins la part qu'y a pris la papauté. Le Vatican, aux racines chrétiennes de l'Europe ?
L'inconcevable devient possible : sous les coups de boutoirs de la crise, les piliers juridiques de l'Union européenne ont volé en éclat. Avant même d'avoir été ratifié, le traité de Lisbonne est caduque : l'article 107 y interdisait les aides d'Etat, ce qui n'a pas empêché la France de recapitaliser six banques à hauteur de 10 milliards ; l'article 123 prohibait les prêts aux Etats membres par la Banque centrale, cette dernière vient d'ouvrir une ligne budgétaire de 5 milliards d'euros à la Hongrie, en attendant la Grèce, l'Irlande, etc.; l'article 101 empêchait les concentrations au nom de la concurrence libre et non faussée, visiblement les banques BNP Parisbas (Forlis), Lloyds TSB (HBOS). Commerzbank (Drezner) se sont passées de l'avis de la Commission pour engloutir leurs concurrents. La politique reprend ses droits. Contre toute attente, la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy ont publié conjointement dans Le Journal du Dimanche et Die Welt Am Sonntag, un long texte qui appelle à une réforme en profondeur de la politique de concurrence européenne, premier pas d'une politique industrielle européenne digne de ce nom. Le couple franco-allemand en a profité pour clarifier l'imbroglio turque d'un définitif « l'Union Européenne a besoin de frontières. Un élargissement illimité n'est pas possible ». Quel que soit le résultat des élections européennes, un cycle s'achève. Dans ce champ de ruines, la France peut donc compter sur l'Allemagne et ... le Vatican ! Si l'Union européenne n'a jamais su quoi faire de ses racines, le Vatican n'a lui jamais perdu de vue la question. « L'idée européenne s'est réfugiée au Vatican plus qu'à Paris, Berlin, Vienne ou Moscou », explique le philosophe René Girard dans un livre lumineux d'érudition, Achever Clausewitz, aux éditions Carnets Nord. C'est à Jean-Paul Il, le premier, roi thaumaturge d'une Europe exsangue spirituellement, que l'on doit cette manière toute particulière d'avancer, en parallèle, ses pions sur la carte symbolique et spirituelle de l'Europe. A l'instar de son prédécesseur, Benoit XVI poursuit ce grand œuvre comme le montre son choix, symbolique, éminemment politique, de tirer de l'oubli son prédécesseur, Benoît XV, qui, élu en 1914, lutta de toutes ses forces contre l'autodestruction de l'Europe. Le philosophe catholique note avec justesse cette insistance et cette constance de l'Église à faire de la cathédrale de Reims le lieu de la réconciliation franco-allemande, et par là même le lieu désigné d'un ré-enchantement spirituel de l'Europe. Ce n'est pas un hasard si c'est dans cette cathédrale que, le 8 juillet 1962, s'est déroulé le véritable acte fondateur de l'Europe, sous les auspices de l'Eglise consacrant la volonté de pardon mutuel et la réconciliation franco-allemande, Konrad Adenauer et Charles De Gaulle assistant ensemble au Te Deum. « Tout cela dans la cathédrale où Jeanne D'Arc fit couronner Charles VII et qui avait reçu trois cents bombes allemandes en 1914 ». Pas un hasard non plus si Jean-Paul II choisit de revenir, quelques décennies plus tard, toujours à Reims, commémorer les 1500 ans du baptême de Clovis. « Qu'il ait choisi la ville où les deux pays avaient choisi de se réconcilier est un événement qui n'a pas encore été vraiment pensé. Comme si c'était aux bords de la vieille Lotharingie qu'avait eu lieu le péché originel de l'Europe, le mal spécifique qu'il fallait traiter : un point d'ancrage et de ratage en même temps ». Symbole pour symbole, la démarche a tout de même plus de sens qu'une signature commerciale de boutiquiers sur le charbon et la politique agricole commune ... Quant à rapprocher les citoyens de l'idée européenne, les eurocrates seraient bien inspirés de jeter à la mer leur petit "Hayek illustré" et se plonger dans la doctrine sociale de l'Eglise, qui stigmatise les méfaits de la concurrence sauvage (Quadragesimo anno, 1931), les défauts du libre échangisme (Populorum Progressio, 1967), « l'idéologie radicale de type capitaliste » et la main invisible du marché (Centesimus annus). Vive l'Europe en temps de crise !
Pascal Viscontini monde & vie 6 juin 2009
Europe : le nouvel axe Paris-Berlin-Vatican !
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