La construction européenne actuelle a-t-elle encore un sens ?
LA CONSTRUCTION européenne est la grande question de cette fin de siècle. Celle grande vision politique est d'autant moins simple qu'on ne la résoudra pas en prenant position pour ou contre. II s'agit plus d'une question de forme, personne n'étant contre l'Europe, des institutions communes ou une coopération entre pays européens.
Un premier constat s'impose ; la marche vers la construction européenne sous sa forme actuelle continue comme s'il ne s'était rien passé, de la réunification de l'Allemagne ou de l'effondrement du communisme dans les pays de l'Est. Cette nouvelle donne pourtant ne peut que changer radicalement la conception de la communauté européenne qui s'était bâtie après guerre sur Ia réconciliation franco-allemande dans un contexte de monde bipolaire Est-Ouest. La réunification allemande pose en effet de façon aiguë la différence entre les deux visions du monde (Weitanschauung) propres à la culture de ces deux pays. La France ayant de l'Europe une vision égalitaire alors que l'Allemagne la conçoit comme une pyramide, elle-même se trouvant bien sûr tout en haut. La vision allemande du monde est et a toujours été inégalitaire. Ce n'est d'ailleurs pas uniquement une vue de l'esprit puisque, par sa position géographique, sa puissance économique et démographique, cette conception pourra se mettre en place.
De ce premier et grand malentendu résultera par la suite bien des désillusions. La domination économique qu'exercera l'Allemagne sera sans doute le plus solide et durable que celle qui provient d'une bataille gagnée, l'histoire prouvant toutes les conséquences perverses à gérer par la suite.
Après l'effondrement du système économique socialiste on peut aussi difficilement construire l'Europe contre ou sans le monde slave ou la Russie ! Le problème de la frontière se pose sans cesse pour la construction d'une Europe faite de trous (Suisse, Norvège ... ) et de demi-trous (Grande Bretagne) avec en plus le problème existentiel de savoir si la Turquie en fait partie ou non. Dans le cas où elle serait membre, de nombreux pays comme le Maroc ou Israël demanderaient à entrer dans la communauté européenne. L'idée d'un grand ensemble uni se détruit d'elle-même par son extension infinie. Plus l'Europe s'élargit, plus elle devient minimaliste. Un des plus grands freins à une vie réellement commune est que l'immense majorité des hommes ne maîtrisera jamais parfaitement qu'une seule langue, les individus totalement bilingues ou plus étant des exceptions. Cependant que dans les pays où existent plusieurs langues officielles (Canada, Belgique), les réticences à parler la langue de l'autre sont encore plus folles.
L'ABSTRACTION CONTRE LA NATION
Ce n'est sans doute pas un hasard si l'idée de la construction européenne a germé dans le cerveau d'un Français : Jean Monnet, la France étant le pays qui se veut celui de l'égalité et de l'universel.
La construction actuelle de l'Europe est dans le fond basée sur la philosophie des droits de l'homme qu'il faut distinguer de ses paragraphes pris séparément. Cette philosophie politique veut fonder un homme abstrait sans références nationales, ethniques, de sexe, sociales ou religieuses (ces aspérités devenant des saletés à reléguer au fin fond de la vie privée).
Cette idéalité de l'homme n'a rien d'absolu, elle est une extrapolation construite à partir d'un monde existant (qui fut d'ailleurs celui de la société française au XVIII siècle).
Toute politique humaine commence donc par la volonté d'édification d'un homme nouveau, actuellement l'homo europaeus (très proche de l'homo mondialis), doté d'une nouvelle identité européenne, auberge espagnole où chacun à défaut d'y prendre quelque chose qui n'existe pas, y déverse tous ses fantasmes (Europe blanche ou chrétienne, club de riches, volonté de puissance, anti-américanisme larvé, peur de l'Allemagne, haine des nations, de sa nation ou tout simplement haine de soi, néo-nationalisme européen ou avant-dernière étape qui précède la grande dilution totale, nouvel homme médian produit de toutes les cultures, homme informe sans entité ni passion
comme par exemple le prônent Jacques Delors ou Jean-Louis Bourlanges).
Face à cette philosophie des droits de l'homme, nous avons deux critiques majeures, l'une de gauche, l'autre de droite.
Pour ces deux critiques, l'homme abstrait n'existe pas, il n'y a que des hommes faits de chair et de sang avec une histoire, un passé.
Marx définit essentiellement l'homme charnel et concret dans sa classe d'origine. Les droits de l'homme pour emprunter sa phraséologie ne sont qu'une superstructure (institution) construite à partir d'une infrastructure ( système économique). La gauche a voulu élaborer une société sans classes pour construire un monde nouveau. Comme chacun sait, ce mythe s'est effondré. La critique de droite vis-à-vis des droits de l'homme vient principalement du philosophe anglais Burke pour qui l'homme est le produit de sa nation, communauté des vivants et des morts. Elle crée donc soit des Français, des Allemands et des Russes et non des hommes abstraits ou des monades leibniziennes. On peut conclure de ces deux critiques que les deux racines de l'homme en plus des différences individuelles sont la nation et sa classe sociale.
Après l'échec de l'élaboration d'une société sans classes on veut maintenant construire un autre délire, celui d'un monde sans nations, ou celles-ci bien émasculées puisque maintenant ce n'est plus, parait-il, à cause des classes sociales mais à cause des entités nationales que les hommes ne s'aiment pas. Pourtant, les différenciations-fascinations qu'elles créent font souvent que des hommes et des femmes s'attirent réciproquement.
Au temps du marxisme flamboyant, le capitalisme était responsable de tous les maux et cela était simple à comprendre (guerres, chômage...), une interprétation de l'histoire en termes nationaux semblait primaire, maintenant il a été décrété que c'est la nation et son prolongement, le nationalisme, qui doivent endosser tous les fléaux de la terre.
Cette hargne intellectuelle est d'autant plus réductrice et surprenante qu'actuellement aucun pays majeur en Occident n'a de velléités guerrières contre un autre et qu'un équilibre dissuasif s'est établi. Les tensions ou les violences existantes ne proviennent que des régionalismes ou des religions ou plus largement de chocs de civilisation que n'empêche en rien la construction européenne actuelle, Mais le mot d'ordre actuel reste la destruction des nations,
Que sont-elles précisément ? Des groupements humains qui se sont unis avec lenteur par l'Histoire, la géographie et une culture communes, Elles ont pour elles la force de la durée et une certaine homogénéité et l'histoire montre en Europe que tous les ensembles multinationaux, quelles que soient leurs formes (Empires romain, napoléonien ou austro-hongrois. URSS ou Yougoslavie), ont disparu alors que les nations - parfois en changeant de nom (Gaule-France) - subsistent, Trois ou quatre mille ans de nation française ou gauloise pèsent infiniment plus lourd que les trois cents pages du traité de Maastricht.
LA VRAIE RICHESSE DE L'EUROPE
Une culture nationale pour s'épanouir pleinement à besoin d'avoir une aire définie par des structures politiques indépendantes, tout ce qu'ont réclamé et fini par obtenir les nations de l'Europe de l'Est enfermées pendant longtemps dans un carcan qu'on essaie de construire maintenant à partir de l'Ouest, peut-on dire avec l'accord des peuples lorsqu'on refuse l'avis par référendum à certains ?
La principale richesse de l'Europe étant sa diversité (qu'on devrait accepter pour les «autres» mais refuser pour l'homme blanc), le traité de Maastricht et sa monnaie unique avec ses critères de convergence ne vont-ils pas détruire par une uniformisation outrancière (c'est-à-dire la standardisation des lois, de la monnaie, des coutumes, des réglementations ... rêves de technocrates d'un monde uniforme) tout ce qui a fait la force, la beauté et la source d'inspiration des artistes et penseurs de notre continent ?
Créer une identité à partir de la monnaie est d'ailleurs sacralisation du Veau d'Or : « Nous avons la même monnaie, nous sommes donc semblables et appartenons à la même fraternité. »
Nous sommes dans une situation perverse où un homme élu à la fonction suprême d'un pays (donc censé le défendre, être le garant de sa pérennité, de son intégrité et de sa puissance) va organiser sa liquidation et prôner le renoncement, situation d'autant plus irréelle que ce président «fédéraste» est l'héritier d'un parti qui prétend incarner la souveraineté et l'indépendance de la France.
Une chose est sûre, comme pour l'élaboration d'une société sans classes, la volonté d'édification d'un monde sans nations s'essoufflera, lassera et se détruira d'elle-même et, pourquoi pas, exacerbera les nationalismes. La seule question qui se pose comme pour la chute du communisme : après combien de dégâts ?
Tout cela se mesurera hélas ! en termes de baisse de croissance, donc de retard économique, l'aggravation dramatique du chômage et de la disparition de pans entiers de notre industrie et de notre culture.
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste
RIVAROL 14 MARS 97-
La construction européenne actuelle a-t-elle encore un sens
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Re: La construction européenne actuelle a-t-elle encore un sens
Pierre Hillard : « L’argument qu’une Europe forte ferait équilibre à la puissance américaine est un mythe entretenant l’illusion fondée sur le mensonge ! »
Posté par Roland Machefer : le 29 mars 2009
PIERRE HILLARD, vous êtes professeur de relations internationales à l’école supérieure de commerce extérieur de Paris. Historien de formation, diplômé de science politique et d’études stratégiques, spécialiste de l’Allemagne, des affaires européennes et de la question des minorités, vous centrez votre étude sur le partenariat transatlantique et la gouvernance mondiale.
Pouvez-vous nous précisez le fil directeur de vos recherches ?
PH : A l’origine, dans mon premier livre, « Minorités et régionalisme dans l’Europe fédérale des régions », j’ai voulu exprimer la conception des Allemagnes envers les pays d’Europe Centrale et Orientale. J’ai décrit comment les mêmes principes d’autonomie ont pu protéger des collectivités politiques, économiques, culturelles, tandis que les groupes de populations allemandes perduraient sans se fondre dans les peuples magyars et slaves. Et j’ai constaté que l’Allemagne d’aujourd’hui était à l’origine de tous les textes de l’Union Européenne : régionalisation, autonomie locale, promotion des déplacements de frontières, ethno régionalisme, favorisant un éclatement des nations.
Dans mon deuxième livre, « la décomposition des nations européennes », j’ai voulu montrer que la construction européenne n’était qu’une étape vers la construction mondiale.
Dans mon troisième livre, « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial », mais dans lequel je souligne l’échec de Babel, j’ai voulu montrer les étapes qui composent le futur Etat mondial et la standardisation des grands blocs européens, nord-américains, sud-américains et asiatiques ; mais aussi le remodelage générique des références de la pensée d’un homme nouveau qui le couperait de ses racines historiques et de la diversité de ses identités.
La plus récente illustration de cette volonté à l’échelle de la construction européenne, c’est la mission Balladur qui sans l’avis des populations, redessine la carte régionale au mépris des références historiques aboutissant ainsi à un calque administratif aléatoire et interchangeable.
Il faut que vous sachiez que ce redécoupage ne vise qu’au transfert des pouvoirs et au rattachement des régions à Bruxelles ainsi qu’à la suppression des prérogatives des Etats nations. Les députés européens ne sont d’ailleurs plus des représentants nationaux, mais des élus de circonscriptions régionales : Grand Ouest, Grand Est, Sud Ouest, Centre, Massif Central, etc…
Voyez-vous, nous assistons à des regroupements artificiels sans considération d’entités historiques, sociaux culturels, mais à visions administratives. Un exemple : le regroupement de l’Alsace avec les pays de Bade, la création d’une région des pyrennées méditerranéennes traitant directement avec Bruxelles depuis 2007. Il s’agit bien d’uniformiser la représentation régionale sur le modèle des landers allemands.
Louis XIV, s’adressant à ses provinces, employait l’expression « à mes peuples ». La révolution avait créé l’entité administrative départementale qui fragmentait les régions. La doctrine européenne substitue un découpage d’opportunité dont la perversité est de faire croire aux régions qu’elles vont avoir une autonomie alors qu’on leur enlève la légitimité de leur identité : exemple la Picardie.
Uniformisation des cultures, des religions, des modes de pensées, c’est la déshumanisation.
Monsieur Barroso parle « d’Europe impériale ». Au regard des expériences antérieures, pensez-vous que la construction européenne reprenne cette notion historique déjà observée avec le Pangermanisme ?
PH : Alors effectivement, la référence « d’Europe impériale » ou « d’Empire démocratique », ainsi qu’a pu le qualifier Monsieur Strauss kahn est inquiétante au regard de ce que purent subir les peuples dans les tentatives de regroupement. Ainsi, Ce n’est qu’au prix d’une autorité dictatoriale que les romains réussirent à garder la cohésion de leur empire, jusqu’à ce que le relâchement de son emprise ne le redécompose en identités. Mais plus près de nous voyez comment les Etats-Unis, par une politique de restrictions de libertés, prennent des mesures de surveillance sur internet. C’est que depuis le 17 octobre 2006, le NDAA07 (paragraphe 1076) du John Warner Nationale Défense Autorisation Act, s’harmonise avec le NSPD51 et le HSPD20 pour qu’un pouvoir quasi dictatorial soit confié, en cas d’urgence (ou à la suite d’une catastrophe) au Président de l’exécutif.
Et bien, dans le cadre de standardisation des pouvoirs « exceptionnels », lors de sa visite à Paris, Monsieur John Roberts demandait à Monsieur Sarkozy de prendre des mesures identiques afin d’appliquer cette procédure déjà à l’étude en Grande-Bretagne et en Allemagne.
En fait nous assistons au développement d’une idéologie, le mondialisme, qui, sous couvert d’unifier l’humanité dans un cadre planétaire, exerce déjà une pression liberticide sur le droit au sol historique des peuples, et sur la spiritualité. En cela nous retrouvons la construction autoritaire d’un empire.
Mais, cependant, ne pensez-vous pas que la construction européenne actuelle soit le moyen d’éviter la prise de contrôle progressive de nos économies et de nos intérêts étatiques par le système américain ?
PH : L’argument qu’une Europe forte ferait équilibre à la puissance américaine est un mythe entretenant l’illusion fondée sur le mensonge. Le mondialisme vise à créer des blocs continentaux unifiés. L’Europe est actuellement la plus avancée mais la construction de l’Union d’une communauté nord américaine s’est fixée l’échéance de 2015 pour créer un bloc euratlantique. Cette allégeance est annoncée dans le livre d’Edouard Balladur « Pour une union occidentale entre l’Europe et l’Amérique » et dans le livre d’Hervé de Carmoy « L’euramérique ».
Mais vous savez, « il y a l’histoire officielle, et derrière l’histoire officielle il y a l’histoire officieuse » disait Balzac. Derrière tout cela l’oligarchie financière règne.
Je cite dans mon livre « la marche irrésistible… » l’Atlantikbrucke crée en 1952 par les banquiers allemands Eric Blumenfeld et Eric Warburg dont une partie de la famille émigra aux Etats-Unis. Son président actuel n’est autre que Thomas Enders patron d’airbus, concurrent de boeing…Cet institut prône le resserrement des liens atlantiques dans les domaines polititiques, économiques et militaires.
Mais il y a également la french american foundation (FAF) créée en 1976 par le CFR américain et, côté français, Jean-Louis Gergorin impliqué dans l’affaire Clearstream. Cette fondation est financée par l’ancien directeur adjoint de la CIA sous Carter, Franck Carlucci, ancien directeur également de Carlyle. Nous trouvons également EADS, la Société Générale, etc.
A la tête de la FAF on trouve John Negroponté, coordonnateur d’une quinzaine de services civils et militaires, dont la CIA jusqu’au 4 janvier 2007. Ce qui est intéressant, c’est que la FAF recrute sur dossiers de candidature et après selection des youngs leaders dont la finalité « est de créer des liens durables dans le cadre de leur accession à des postes clés… »
Parmi ces youngs leaders nous trouvons entre autres du côté américain la famille Clinton, hommes et femmes, Brzezinski. Mais parmi les youngs leaders français, nous trouvons François Hollande admis en 1996, Alain Juppé (1981), Nathalie Kosciusko-Morizet (2005), l’ancien directeur du cabinet Sarkozy, Emmanuel Mignon (2005), Arnaud Montebourg (2000), Pierre Moscovici (1996), Valérie Pecresse (2002), et tant d’autres dont Dupont-Aignan, faux souverainiste (2001), mais aussi Christine Ockrent (1983),Jean-Marie Colombani (1983), Jérome Clément, président d’ARTE (1982), Alain Minc (1981).
Hors, c’est devant la french américan foundation qu’en 2006 le nouveau président Sarkozy prononça son premier discours d’allégeance à une politique commune euratlantique. Qui pourrait croire que le choix d’un tel auditoire fut anodin ?
Votre quatrième livre à paraître fin mars porte sur la fondation Bertelsmanns, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
PH : En fait je me suis intéressé au groupe Bertelsmanns car il représente aujourd’hui un empire des médias mais, il est lié aussi à une fondation au service du mondialisme. Fondée en 1835 par Carl Bertelsmanns, il est aujourd’hui le premier groupe média européen : RTL, M6, Direct groupe, Gruner & Jahr, et son empire joue un rôle énorme sur l’Europe.
Parallèlement en 1977 Reihnard Mohn crée la fondation Bertelsmann. Il se trouve que cette fondation joue un rôle important dans la construction européenne, dans le partenariat transatlantique ; mais aussi dans la politique européenne de voisinage (PEV) qui vise à associer la pourtour méditerranéen. Cette politique avait fait l’objet d’un accord entre le chancelier Schröder et le président Bush le 27 février 2004.
On voit donc que nous allons vers une redistribution du monde sans les peuples selon l’expression d’Oscar Wilde « l’opinion publique n’existe que là où il n’y a pas d’idée ».
Mais ce qui est encore plus grave c’est que le pouvoir politique n’est que le pâle figurant d’oligarchies financières pour lesquelles, mondialisme et alter mondialisme sont les deux jambes d’un même minotaure.
« Bertelsmann, un empire des médias et une fondation au service du mondialisme »
Pierre Hillard vous êtes à Cherbourg le 28 mars 2009 au café du théâtre à 20h30 pour développer cette étude sur la mondialisation et répondre aux questions de l’auditoire. A l’issue vous dédicacerez vos ouvrages parus chez FRANÇOIS-XAVIER DE GUIBERT.
Propos recueillis par Agathon http://nationpresse.info/
Posté par Roland Machefer : le 29 mars 2009
PIERRE HILLARD, vous êtes professeur de relations internationales à l’école supérieure de commerce extérieur de Paris. Historien de formation, diplômé de science politique et d’études stratégiques, spécialiste de l’Allemagne, des affaires européennes et de la question des minorités, vous centrez votre étude sur le partenariat transatlantique et la gouvernance mondiale.
Pouvez-vous nous précisez le fil directeur de vos recherches ?
PH : A l’origine, dans mon premier livre, « Minorités et régionalisme dans l’Europe fédérale des régions », j’ai voulu exprimer la conception des Allemagnes envers les pays d’Europe Centrale et Orientale. J’ai décrit comment les mêmes principes d’autonomie ont pu protéger des collectivités politiques, économiques, culturelles, tandis que les groupes de populations allemandes perduraient sans se fondre dans les peuples magyars et slaves. Et j’ai constaté que l’Allemagne d’aujourd’hui était à l’origine de tous les textes de l’Union Européenne : régionalisation, autonomie locale, promotion des déplacements de frontières, ethno régionalisme, favorisant un éclatement des nations.
Dans mon deuxième livre, « la décomposition des nations européennes », j’ai voulu montrer que la construction européenne n’était qu’une étape vers la construction mondiale.
Dans mon troisième livre, « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial », mais dans lequel je souligne l’échec de Babel, j’ai voulu montrer les étapes qui composent le futur Etat mondial et la standardisation des grands blocs européens, nord-américains, sud-américains et asiatiques ; mais aussi le remodelage générique des références de la pensée d’un homme nouveau qui le couperait de ses racines historiques et de la diversité de ses identités.
La plus récente illustration de cette volonté à l’échelle de la construction européenne, c’est la mission Balladur qui sans l’avis des populations, redessine la carte régionale au mépris des références historiques aboutissant ainsi à un calque administratif aléatoire et interchangeable.
Il faut que vous sachiez que ce redécoupage ne vise qu’au transfert des pouvoirs et au rattachement des régions à Bruxelles ainsi qu’à la suppression des prérogatives des Etats nations. Les députés européens ne sont d’ailleurs plus des représentants nationaux, mais des élus de circonscriptions régionales : Grand Ouest, Grand Est, Sud Ouest, Centre, Massif Central, etc…
Voyez-vous, nous assistons à des regroupements artificiels sans considération d’entités historiques, sociaux culturels, mais à visions administratives. Un exemple : le regroupement de l’Alsace avec les pays de Bade, la création d’une région des pyrennées méditerranéennes traitant directement avec Bruxelles depuis 2007. Il s’agit bien d’uniformiser la représentation régionale sur le modèle des landers allemands.
Louis XIV, s’adressant à ses provinces, employait l’expression « à mes peuples ». La révolution avait créé l’entité administrative départementale qui fragmentait les régions. La doctrine européenne substitue un découpage d’opportunité dont la perversité est de faire croire aux régions qu’elles vont avoir une autonomie alors qu’on leur enlève la légitimité de leur identité : exemple la Picardie.
Uniformisation des cultures, des religions, des modes de pensées, c’est la déshumanisation.
Monsieur Barroso parle « d’Europe impériale ». Au regard des expériences antérieures, pensez-vous que la construction européenne reprenne cette notion historique déjà observée avec le Pangermanisme ?
PH : Alors effectivement, la référence « d’Europe impériale » ou « d’Empire démocratique », ainsi qu’a pu le qualifier Monsieur Strauss kahn est inquiétante au regard de ce que purent subir les peuples dans les tentatives de regroupement. Ainsi, Ce n’est qu’au prix d’une autorité dictatoriale que les romains réussirent à garder la cohésion de leur empire, jusqu’à ce que le relâchement de son emprise ne le redécompose en identités. Mais plus près de nous voyez comment les Etats-Unis, par une politique de restrictions de libertés, prennent des mesures de surveillance sur internet. C’est que depuis le 17 octobre 2006, le NDAA07 (paragraphe 1076) du John Warner Nationale Défense Autorisation Act, s’harmonise avec le NSPD51 et le HSPD20 pour qu’un pouvoir quasi dictatorial soit confié, en cas d’urgence (ou à la suite d’une catastrophe) au Président de l’exécutif.
Et bien, dans le cadre de standardisation des pouvoirs « exceptionnels », lors de sa visite à Paris, Monsieur John Roberts demandait à Monsieur Sarkozy de prendre des mesures identiques afin d’appliquer cette procédure déjà à l’étude en Grande-Bretagne et en Allemagne.
En fait nous assistons au développement d’une idéologie, le mondialisme, qui, sous couvert d’unifier l’humanité dans un cadre planétaire, exerce déjà une pression liberticide sur le droit au sol historique des peuples, et sur la spiritualité. En cela nous retrouvons la construction autoritaire d’un empire.
Mais, cependant, ne pensez-vous pas que la construction européenne actuelle soit le moyen d’éviter la prise de contrôle progressive de nos économies et de nos intérêts étatiques par le système américain ?
PH : L’argument qu’une Europe forte ferait équilibre à la puissance américaine est un mythe entretenant l’illusion fondée sur le mensonge. Le mondialisme vise à créer des blocs continentaux unifiés. L’Europe est actuellement la plus avancée mais la construction de l’Union d’une communauté nord américaine s’est fixée l’échéance de 2015 pour créer un bloc euratlantique. Cette allégeance est annoncée dans le livre d’Edouard Balladur « Pour une union occidentale entre l’Europe et l’Amérique » et dans le livre d’Hervé de Carmoy « L’euramérique ».
Mais vous savez, « il y a l’histoire officielle, et derrière l’histoire officielle il y a l’histoire officieuse » disait Balzac. Derrière tout cela l’oligarchie financière règne.
Je cite dans mon livre « la marche irrésistible… » l’Atlantikbrucke crée en 1952 par les banquiers allemands Eric Blumenfeld et Eric Warburg dont une partie de la famille émigra aux Etats-Unis. Son président actuel n’est autre que Thomas Enders patron d’airbus, concurrent de boeing…Cet institut prône le resserrement des liens atlantiques dans les domaines polititiques, économiques et militaires.
Mais il y a également la french american foundation (FAF) créée en 1976 par le CFR américain et, côté français, Jean-Louis Gergorin impliqué dans l’affaire Clearstream. Cette fondation est financée par l’ancien directeur adjoint de la CIA sous Carter, Franck Carlucci, ancien directeur également de Carlyle. Nous trouvons également EADS, la Société Générale, etc.
A la tête de la FAF on trouve John Negroponté, coordonnateur d’une quinzaine de services civils et militaires, dont la CIA jusqu’au 4 janvier 2007. Ce qui est intéressant, c’est que la FAF recrute sur dossiers de candidature et après selection des youngs leaders dont la finalité « est de créer des liens durables dans le cadre de leur accession à des postes clés… »
Parmi ces youngs leaders nous trouvons entre autres du côté américain la famille Clinton, hommes et femmes, Brzezinski. Mais parmi les youngs leaders français, nous trouvons François Hollande admis en 1996, Alain Juppé (1981), Nathalie Kosciusko-Morizet (2005), l’ancien directeur du cabinet Sarkozy, Emmanuel Mignon (2005), Arnaud Montebourg (2000), Pierre Moscovici (1996), Valérie Pecresse (2002), et tant d’autres dont Dupont-Aignan, faux souverainiste (2001), mais aussi Christine Ockrent (1983),Jean-Marie Colombani (1983), Jérome Clément, président d’ARTE (1982), Alain Minc (1981).
Hors, c’est devant la french américan foundation qu’en 2006 le nouveau président Sarkozy prononça son premier discours d’allégeance à une politique commune euratlantique. Qui pourrait croire que le choix d’un tel auditoire fut anodin ?
Votre quatrième livre à paraître fin mars porte sur la fondation Bertelsmanns, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
PH : En fait je me suis intéressé au groupe Bertelsmanns car il représente aujourd’hui un empire des médias mais, il est lié aussi à une fondation au service du mondialisme. Fondée en 1835 par Carl Bertelsmanns, il est aujourd’hui le premier groupe média européen : RTL, M6, Direct groupe, Gruner & Jahr, et son empire joue un rôle énorme sur l’Europe.
Parallèlement en 1977 Reihnard Mohn crée la fondation Bertelsmann. Il se trouve que cette fondation joue un rôle important dans la construction européenne, dans le partenariat transatlantique ; mais aussi dans la politique européenne de voisinage (PEV) qui vise à associer la pourtour méditerranéen. Cette politique avait fait l’objet d’un accord entre le chancelier Schröder et le président Bush le 27 février 2004.
On voit donc que nous allons vers une redistribution du monde sans les peuples selon l’expression d’Oscar Wilde « l’opinion publique n’existe que là où il n’y a pas d’idée ».
Mais ce qui est encore plus grave c’est que le pouvoir politique n’est que le pâle figurant d’oligarchies financières pour lesquelles, mondialisme et alter mondialisme sont les deux jambes d’un même minotaure.
« Bertelsmann, un empire des médias et une fondation au service du mondialisme »
Pierre Hillard vous êtes à Cherbourg le 28 mars 2009 au café du théâtre à 20h30 pour développer cette étude sur la mondialisation et répondre aux questions de l’auditoire. A l’issue vous dédicacerez vos ouvrages parus chez FRANÇOIS-XAVIER DE GUIBERT.
Propos recueillis par Agathon http://nationpresse.info/
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