Union pour la Méditerranée : Le jeu du glamour et du bazar

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Union pour la Méditerranée : Le jeu du glamour et du bazar

Messagepar Pat » 20/10/2008 - 16:57

Sommet de l'Union pour la Méditerranée : Le jeu du glamour et du bazar
LA POLLUTION est l'ennemi numéro un du mare nostrum et en France, « les caisses sont vides ». En conséquence de quoi le défilé du 14-Juillet - enrichi par un contingent de Casques bleus amenés à grands frais - a été assombri par la menace pesant sur l'avenir des armées mises au régime sec (dissolution de « 20 à 30 unités majeures », a confirmé le ministre Hervé Morin, et 54 000 mises à la retraite ou non-renouvellement de contrats parmi les personnels civils et militaires de la Défense, soit presque le cinquième des effectifs) cependant que, la veille, la "sécurisation" du sommet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) avait mobilisé plus de 6 000 policiers. Et surtout un impressionnant dispositif anti-aérien avec incessant ballet d'hélicoptères et de drones et même rampes de missiles prêts à atomiser tout appareil suspect. En crédits et en carburant, combien aura coûté ce carrousel, sans parler des tonnes de kérosène englouties dans le déplacement des 43 chefs d'Etat et/ou de gouvernement invités, et qui n'auront pas peu contribué au mitage de la couche d'ozone ?
Alors que nos troupes sont actuellement dispersées sur dix-sept théâtres d'opérations extérieurs, on mesure là toute l'incohérence de la politique sarkozienne préférant en toutes circonstances l'éphémère au durable, l'ostentatoire a l'utile. « Grand genre et petits moyens », auraient dit nos aïeules.
Il avait fallu, on le sait, l'insistance de la kanzlerin d'Allemagne Angela Merkel (qui, du coup, en guise de punition, s'est retrouvée reléguée au deuxième rang de la tribune officielle lors de la revue du 14-Juillet tandis que l'incompétent onusien Ban ki-Moon trônait au premier) pour que les vingt-six pays de l'Union européenne soient conviés à la fiesta imaginée par Nicolas Sarkozy, qui n'avait nullement prévu à l'origine la participation des Scandinaves ou des Polonais. Mais celle du Qatar et de la Mauritanie, dépourvus de toute façade sur la Grande Bleue, s'imposait-elle ? Evidemment non, sauf quand on se souvient que, fidèle exécutant de la Maison-Blanche, Sarkozy va installer dans les eaux qatariotes une base navale parfaitement superfétatoire au regard de nos intérêts propres, mais fort opportune dans la stratégie d'encerclement de l'Iran, décidément devenu notre ennemi numéro un.
Pour faire oublier aux militaires, choqués par la venue du président syrien à Paris, le massacre du Drakkar (58 parachutistes français pulvérisés le 23 octobre 1983 dans leur QG de Beyrouth), la présidence française n'a-telle pas officiellement qualifié le 13 juillet d'« erreur historique » l'imputation à Damas du sanglant attentat ? « Le Drakkar, ce n'était pas la Syrie, c'était l'Iran et le Hezbollah chiite », a ainsi affirmé l'Elysée au mépris de toute vérité.
Avouons-le, la présence de Bachar al-Assad (qui au demeurant, n'avait que 18 ans à l'époque du carnage beyrouthin) au sommet de l'Union pour la Méditerranée et même à la revue du 14-Juillet ne nous scandalise pas car nous ne partageons pas le credo « Ni oubli, ni pardon » cher aux rescapés de l'Holocauste. Mais la nouvelle histoire écrite par l'Elysée montre à quel point le chef de l'Etat est prêt à tous les mensonges à son peuple, à toutes les génuflexions devant l'ennemi d'hier quand il s'agit de servir sa gloriole personnelle. Sur la lancée, à quelles concessions s'est-il abaissé pour obtenir la venue d'Abdelaziz Bouteflika malgré un contentieux bien plus lourd, et bien plus pérenne, que celui qui nous a opposés à Damas ? En l'occurrence, de combien de milliers de visas offerts à ses compatriotes avons-nous payé le déplacement du raïs algérien ? Et quelles promesses lui avons-nous prodiguées aux dépens de ses voisins ? Ce qui explique peut-être l'absence très surprenante du souverain marocain et surtout du président Ben Ali auquel, en visite d'Etat à Tunis en avril dernier, Sarkozy avait fait miroiter le siège du secrétariat permanent de l'UPM (1) ...
ON l'oublie trop souvent malgré les leçons de l'Histoire : bien plus qu'un lien, la Méditerranée est une frontière, surtout depuis l'Hégire, et cette frontière devrait plus que jamais être renforcée. Mais Sarkozy n'en a cure : indifférent au passé comme à l'avenir, cet adepte du coup d'éclat permanent vit exclusivement dans le présent et s'il a renoncé au "bling-bling" dans son apparence, il le pratique assidûment sur le plan politique. D'où ce sommet inutile, sinon nuisible. Certes, tout ce qui peut aider à la paix doit être encouragé. Mais le président palestinien et le Premier ministre israélien (qui, ici et maintenant, avait d'ailleurs d'autres préoccupations : le 12 juillet encore, il était cuisiné par les juges sur les graves faits de corruption dont on l'accuse) n'ont nul besoin de venir à Paris pour se parler, et itou entre le président syrien et l'Israélien, puisque le dialogue Tel Aviv-Damas a été renoué via la Turquie (très présente à Paris en la personne de son président Gül et de son Premier ministre Erdogan). Quant à la lutte contre la pollution, on voit mal qui pourra convertir la misérable Egypte, prisonnière d'une démographie galopante, à la religion environnementaliste quand elle peine à simplement survivre. Ou qui persuadera le Maroc, lequel mise tout sur le tourisme de masse pour occuper sa (sur)population, de renoncer à la bétonisation de ses côtes quand il y est poussé par ses bailleurs de fonds, les fonds souverains du Qatar, qui exigent de rapides retours sur investissements.
« L'UPM c'est la paix ... Il faut que dans la Méditerranée, on apprenne à s'aimer. Le monde entier vous regarde. C'est ensemble que nous allons construire la paix en Méditerranée comme hier nous avons construit la paix en Europe », avait déclaré le président français en accueillant ses hôtes, mais ce n'est jamais dans de tels raouts que l'on change en trente-six heures la face du monde. Le Congrès de Vienne s'éternisa du 1er octobre 1814 au 9 juin 1815 et la gestation des traités de Versailles et de Trianon, d'ailleurs désastreux, fut plus laborieuse encore. Tout ignorant qu'il est - au point de prendre pour un résistant modèle le jeune communiste Guy Môquet, zélateur du Pacte germano-soviétique -, Nicolas Sarkozy le sait bien, mais peu lui chaut. Son objectif était médiatique et non pas diplomatique : envoyer au monde éberlué et aux Français extasiés l'image la plus fascinante possible, celle du couple ébouriffant que ce parvenu forme avec Carla Bruni. Ses hôtes, si prestigieux fussent-ils, étant réduits au rang de faire-valoir, à l'instar d'un Kad Merad débraillé admis à l'honneur de bredouiller le préambule de la Déclaration des Droits de l'homme, sans doute en récompense de son geste en faveur des immigrés clandestins. Un beau geste, mais en violation totale des lois de la République, que le premier magistrat de France a pour mission de faire respecter.
Décidément, rien n'aura manqué à ce jeu du glamour et du bazar que fut le sommet de l'Union pour la Méditerranée. Pas même les incendies de voitures et de bâtiments publics ni le caillassage de policiers qui ont marqué la la fête (de moins en moins) nationale. Autant de "traditions" récentes mais de mieux en mieux respectées à mesure que la France, foin de ses racines franques, se "méditerranéïse". Mais comment Sarkozy espère-t-il faire « apprendre à s'aimer » peuples du Nord et du Sud quand il est aussi incapable que ses prédécesseurs d'instaurer l'ombre d'un soupçon de coexistence pacifique dans son propre pays ?
Rivarol du 18 juillet 2008
<galic@rivarol.com>.
(1) Autres grands absents, outre François Fillon cloué par une sciatique sur son lit de douleur, le Premier ministre belge Yves Leterme retenu à Bruxelles par une énième crise constitutionnelle et le Libyen Kadhafi, convaincu que la réunion était surtout destinée à ancrer encore davantage Israël à l'Europe, ce qui n'est pas faux.
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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