« Retrouver le génie originel des peuples d'Europe »

Tout ce qui concerne l'UE
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25496
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

« Retrouver le génie originel des peuples d'Europe »

Messagepar Pat » 20/10/2008 - 16:18

Jean-Michel Vernochet : « Retrouver le génie originel des peuples d'Europe »
RIVAROL : Jean-Michel Vernochet, écrivain et journaliste, vous avez publié un Manifeste pour une Europe des peuples (384 pages. Éditions du Rouvre. 1 villa Gagliardini 75020 Paris. 30 € franco de port) Pourquoi un tel projet ? Peut-on encore, au vu des dérives bruxelloises, vouloir construire l'Europe ?
Jean-Michel VERNOCHET : Construire notre Europe, oui. C'est une question de vie ou de mort! Reste que pour réveiller l'Europe assommée de propagande, abrutie de permissivité consumériste, il y a du chemin à faire.
En 2005, nous avons dit Non. Ce non était à la fois une réaction pragmatique et intuitive envers une construction européenne dont Français et Néerlandais avaient appris à se défier. D'abord parce qu'ils en ressentaient physiquement les nuisances : chômage, délocalisations tous azimuts, cherté de la vie, immigration invasive, inflation masquée résultant entre autres du passage à l'Euro ; intuitivement car, quoique abondamment désinformés par les media, ils ont fini par suspecter qu'on leur mentait sur toute la ligne.
UN ESPACE INDISPENSABLE
Mais il fallait donner un contenu à ce refus. Ce fut l'idée de départ : élaborer un projet alternatif, qui corresponde aux besoins réels d'hommes réels et non au profit de ces fictions juridiques que sont déjà les ressortissants d'une Union fourre-tout, avale tout, bureaucratique, tentaculaire et despotique. J'ai donc rassemblé dans ce but diverses réflexions pour l'action utile à construire une nouvelle vision de l'Europe. Car il est bien entendu, sauf à être totalement suicidaire ou sinistrement démagogue, qu'il ne saurait y avoir aujourd'hui de pérennité de la France hors d'une Europe nous offrant la profondeur de champ géostratégique que nous avons perdue avec la fin de l'Union française, dernier avatar de notre empire colonial.
L'Europe c'est aussi l'espace géo-économique indispensable à notre survie face à la montée en puissance des géants asiatiques que sont l'Inde et la Chine, pour ne pas parler de l'Amérique impérialiste. Le non m'est ainsi apparu comme une faille du système dans laquelle nous devions nous engouffrer, et pour commencer il était urgent de défricher le terrain des idées et des projets. Depuis, les Irlandais ont rallié le camp du refus et, ce faisant, nous ont confortés dans notre démarche.
R. : Quel jugement portez-vous sur les débuts de la présidence française de l'UE ? Et sur l'Union pour la Méditerranée (UPM) ?
J.-M, V. :
Le plus grand mal ! M. Sarkozy est le syndic de faillite d'une nation moribonde, atteinte d'Alzheimer puisqu'elle a perdu toute mémoire de ce qu'elle était il y a encore un demi-siècle. M. Sarkozy n'est en fait que le porte-parole, le VRP d'intérêts apatrides, politiques et financiers dont les maisons-mères sont installées à New York, Washington et Londres ou Shanghaï.
LE PIÈGE DE L'UPM
Est-ce un hasard si l'UPM a été le premier dossier ouvert dès son entrée à l'Elysée et le principal cheval de bataille enfourché pour les six mois de présidence de l'Union ? S'il ne s'agissait que de dépolluer la Méditerranée, d'en chasser les flottes de pêches industrielles japonaise et coréenne et leurs filets dérivants de 100 km de long, de mettre un terme au trafic d'héroïne afghane qui inonde l'Europe en traversant l'Adriatique de l'Albanie vers l'Italie, ou celui du shit marocain - littéralement la merde -, j'applaudirais des deux mains. Mais le projet consiste en priorité à impliquer l'Union dans l'imbroglio proche-oriental dans des confits au règlement très hypothétique. L'Europe ne sera là en vérité que pour essuyer les plâtres, remplir par exemple les poches d'une Autorité palestinienne corrompue jusqu' à la moelle tandis que Tel-Aviv poursuivra sa politique de colonisation de la Cisjordanie et annexera à bas-bruit Jérusalem Est.
Les opérations de maintien de la paix et les guerres ouvertes auxquelles nous participons coûtent cher : Afghanistan, Irak, Liban, Bosnie, Kossovo, Darfour... Raquez et fermez-là ! En un mot, l'UPM, sous couvert de coopération, vise à une intégration accélérée de l'espace euroméditerranéen, laquelle s'inscrit dans un dessein beaucoup plus vaste, celui de l'Initiative Greater Middle East. Celle-ci vise à l'arrimage de l'aire géopolitique islamique, de la Mauritanie au Pakistan, avec sa profusion de richesses énergétiques et de ressources minérales, au bloc occidental. Un projet qui dépasse de très loin les compétences de la Présidence française. Je renvoie nos lecteurs à mes articles sur cette question accessibles sur la Toile.
Un rappel cependant : la Méditerranée, chasse gardée de la VIe Flotte US, est déjà couverte par un maillage serré d'accords et de partenariats qui, sous couvert de l'OTAN, associent plus ou moins directement l'ensemble des pays du Maghreb à ... l'Etat hébreu ! Mesurées à cette aune, les indignations de M. Kadhafi ou de M. Bouteflika font figure de pantalonnades.
R. : Quelles sont selon vous les raisons du non des Irlandais que Sarkozy, qui leur a rendu visite lundi, veut faire revoter, et quelles conséquences devraient en tirer les dirigeants de l'UE ?
J.-M. V, :
Les mêmes que les nôtres. En 2005, Anglais et Polonais devaient être consultés, ils ne l'ont pas été. Ne parlons pas de l'Allemagne, pays toujours sous occupation, qui n'a pas de Constitution et dont le peuple n'est pas consultable par définition. La démocratie a une méfiance viscérale à l'égard des peuples. Mais démocratie n'est-il pas un simple mot, une étiquette à l'instar du label Europe, un bel emballage pour mieux nous abuser ? On nous a, de la même façon, vendu la Paix comme le plus beau succès de l'Union. Or, nous autres Européens sommes partie prenante dans plusieurs conflits périphériques, des guerres qui ne sont pas les nôtres. L'UPM désormais va élargir le cercle des zones d'instabilité que l'Union sera appelée à gérer, à commencer par le guêpier israélo-palestinien. Les vraies frontières de l'Union sont, tout bien considéré, des frontières de guerre, mais qui le dit ?
Il n'y a pas de salut sans une révolution des consciences, sans renouveau émanant de l'Europe réelle, l'Europe d'en bas. Sans ce réveil - que l'on souhaite brutal - des peuples, il n'y aura rien à attendre des classes politiques sorties des urnes, autrement dit issues d'un jeu truqué, mensonger, pourri à la base.
R. : Sarkozy a pris l'engagement de Caire revenir la France dès 2009 dans le commandement intégré de l'Otan; que penser dans ce contexte de l'envoi de nouveaux renforts français en Afghanistan?
J.-M. V. :
M. Sarkozy applique le programme pour lequel il a été élu: mettre les ressources de ce qui subsiste de la France au service de la politique d'expansion nord-américaine. Que certains membres de l'UMP se découvrent cocus est une chose, une autre est de paraître tomber du ciel. Car tout cela était prévisible depuis belle lurette et ceux qui n'ont pas vu venir le coup appartiennent soit à la catégorie des imbéciles congénitaux, soit à celle plus redoutable des aveugles professionnels. L'UE tient déjà à bout de bras Gaza, ce camp de concentration à ciel ouvert avec son million et demi d'habitants ; or, si l'Allemagne se défile en Afghanistan, force est pour le meilleur élève de la classe atlantiste de prendre le relais et d'envoyer nos troupes assurer la relève des Gl's.
R.: L'éventualité d'une guerre contre l'Iran se fait plus forte, qu'en penser ?
J,-M. V. :
Les signes se font inquiétants en cette fin juillet, Israël lance des manœuvres aériennes de très grande envergure au-dessus de la Méditerranée, en violation d'ailleurs de l'espace aérien grec. Cela ressemble fort à une répétition générale et non à des gesticulations destinées à placer l'adversaire en position défavorable à l'ouverture d'éventuelles négociations.
MENACES SUR L'IRAN
Certains avancent que le prix du baril aidant - nous abordons les 150 $ - vu la fragilité du système financier mondial au bord de la rupture, les Israélo-américains ne prendront pas le risque d'une fermeture du détroit d'Ormuz - par où transitent quelque 16 millions de barils de brut, soit près de 20 % de la production mondiale - à l'occasion d'un conflit dont nul ne peut prévoir les conséquences à court et long terme. Il faudrait ici établir le tableau des avantages/inconvénients d'une telle confrontation. Je puis cependant vous dire qu'un baril au-delà des 200 $ serait une aubaine pour beaucoup : ouverture de gisements profonds en mer de Barents, en Alaska, dans les schistes bitumineux du Groenland, au Texas ...
Les conflits récents, Balkans, Irak, Afghanistan, Golfe II ... participent tous d'une logique systémique à l'œuvre depuis la chute du Mur de Berlin et cette logique progressant sur sa propre inertie, on ne voit pas pourquoi elle s' arrêterait en aussi bon chemin. Il s'agit de faire passer la totalité du monde islamique avons-nous dit de l'Atlantique à l'Indus, dans la sphère d'influence nord-américaine et pour les Etats-Unis les fins justifient toujours les moyens. Si bien sur l'Iran acceptait demain une reddition sans condition, nous échapperions peut-être à la guerre. Mais je vois malles Iraniens se coucher. La guerre me semble donc fort possible.
R. : Vous parlez d'un vide du pouvoir en France, n'est-ce pas paradoxal en cette période d'activisme politique ?
J.-M. V. :
L'agitation n'est pas l'action. J'ai souligné le fait que M. Sarkozy n'est que l'exécutant d'une politique qui ne se fait plus à la corbeille, place de la Bourse, mais à la Cité de Londres et à Wall Street. Qui dirige véritablement l'Hexagone? Nos Parlements croupions se contentent pour l'essentiel d'adapter en droit français les directives de la Commission européenne. Il n'est donc pas difficile d'en conclure que c'est à Bruxelles que tout se concocte et se décide. C'est bien, par conséquent, dans le royaume fantoche de Belgique que se trouvent regroupés et centralisés les divers postes de pilotage de l'Europe institutionnelle, et pas à Paris. Et puisque nous parlions de l'Otan, soulignons une fois de plus à quel point l'Europe est militairement, donc politiquement, sous l'étroite tutelle des Etats-Unis et pour tout dire à son service. L'Europe de la défense n'existe pas sans l'Otan et les paroles verbales de M. Sarkozy annonçant le développement d'une Défense européenne signifient simplement que nous sommes sommés de consentir un effort collectif supplémentaire pour mettre à disposition de l'Otan , et de ses guerres d'agression un outil plus performant, moderne et fiable, à nos frais.
DEMAIN IL SERA TROP TARD
En France, puisque les centres du pouvoir réel se sont délocalisés, la puissance publique est devenue virtuellement une fiction, un corps sans tête. Que demain l'armée - laquelle comprend la gendarmerie -, ou ce qu'il en reste, se cabre et l'appareil d'Etat peut se trouver effacé en vingt-quatre heures. Mais qui serait susceptible de conduire un tel mouvement, d'accompagner une telle lame de fond ? Personne puisque le vide abyssal du pouvoir atteint également les syndicats qui ne représentent plus rien; quant à l' opposition, elle n'est qu'une variante ou un faire-valoir du pouvoir en place.
Gardons cependant à l'esprit la faiblesse d'un pouvoir qu'il suffirait de bousculer un peu pour le faire trébucher et tomber. Nous sommes à une période charnière où le serpent fait sa mue et est ainsi vulnérable.
Demain la réforme constitutionnelle entérinée, l'armée reprise en main, Internet sous étroite surveillance, la société civile définitivement mise au pas, il sera trop tard. Crises économiques, climatiques, la guerre permettront d'instaurer les règles d'exception qui nous muselleront définitivement. Nous aurons laissé passer notre chance parce que nous n'aurons pas vu qu'elle s'offrait à nous.
R. : Selon vous, est-il encore possible de redonner vie à un grand courant national en France. Sur quels fondements, en évitant quelles dérives et en promouvant quel dessein ?
J.-M.V. :
Nous sommes en voie d'effondrement, entre autres démographique. Il faut penser à une renaissance à deux détentes, nationale et européenne. Reste qu'il faudrait à chacun d' entre nous commencer par balayer devant sa porte.
PUISER DANS NOTRE HÉRITAGE
Nous sommes en effet minés par l'individualisme, l'égocentrisme, la paresse qui est en soi une forme de démission, par l' indiscipline ... Si nous ne commençons pas par nous réformer, par nous faire la guerre à nous-mêmes, alors autant pratiquer la pêche à la ligne ou se vautrer devant la téloche. Pour nous rebâtir un avenir, nous devons impérativement commencer par nous reconstruire psychiquement, par remettre de l'ordre dans nos idées. Pour cela puiser dans nos propres ressources morales et spirituelles, retrouver le sens du sacré créateur d'avenir. Et sans aller chercher, par manque d'imagination ou par paresse intellectuelle, des modèles de prêt-à-penser sur le marché des idées, dans les poubelles du marxisme. C'est en puisant dans notre propre fonds, notre héritage, notre histoire, ou tout simplement dans le génie originel des peuples d'Europe, que nous trouverons les issues qui nous permettront d'échapper à la tenaille idéologique du communisme et du néolibéralisme. De trouver les voies et moyens de réinventer un monde vivable à notre mesure, vraiment nôtre, conforme à nos aspirations et à nos besoins vitaux, un monde dépollué du monothéisme du marché ou des utopies collectivistes et égalitaristes. Bref, nous devons penser par et pour nous-mêmes en nous débarrassant de tous les parasites qui font tout pour nous empêcher de voir, de comprendre, de réfléchir et d'agir. Vous me demandiez pourquoi j'ai écrit ce Manifeste ? La réponse s'impose d'elle-même: pour tracer un premier canevas de nos prochaines batailles pour une Europe prospère et souveraine, libre de ses engagements et de ses choix.
Propos recueillis par Jérôme BOURBON : Rivarol du 25 juillet 2008
<jeromebourbon@yahoo.fr>.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Revenir vers « L'Europe »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 2 invités