Europe-Afrique : En finir avec le passéisme

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Pat
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Europe-Afrique : En finir avec le passéisme

Messagepar Pat » 20/09/2008 - 11:51

Le deuxième sommet Union Européenne-Afrique qui s'est déroulé à Lisbonne les 8 et 9 décembre 2007 avait montré tout le mépris à l'égard de l'Europe des 53 dirigeants africains qui avaient refusé le nouvel accord de partenariat économique (EPA). Des questions critiques sur les droits de l'homme, la corruption endémique qui ronge le continent noir avaient provoqué le courroux de ces présidents et conduit à l'échec de ce sommet.
12 des 27 partenaires de l'Union européenne participeront pourtant au Fonds africain de développement de 2008-2010, qui s'élève à 8,9 milliards de dollars, soit une augmentation de 52 % par rapport à la période 2005-2007, d'après le quotidien dakarois Le Soleil. La France, l'Allemagne et l'Autriche y contribueront pour les deux-tiers. En juin 2007, à Heiligendamm (Allemagne), le G-8 avait largement abordé le sujet de l'aide au développement apportée à l'Afrique. Les huit nations les plus industrialisées s'étaient engagées à doubler le montant de leur aide d'ici 2010, soit 25 milliards de dollars. Coup de bluff ? Cette promesse avait déjà été formulée en 2005 puis classée sans suite.
En effet, la manne versée depuis la décolonisation a davantage servi à engraisser des politiciens sans scrupules qu'au redressement et au développement d'une économie de plus en plus catastrophique. Certains Etats, comme la Somalie, sont devenus des foyers du terrorisme international. Par ailleurs, les jeunes Africains fraîchement diplômés des universités américaines et européennes profitent de leurs connaissances pour s'installer dans ces nouveaux eldorados. La tentation est compréhensible, mais fortement préjudiciable à ce continent complètement délité. Si, jadis, les puissances colonisatrices ont logiquement tracé les frontières des pays africains selon leurs propres intérêts, aujourd'hui, leurs populations se déchirent dans des guerres tribales pour s'approprier des richesses minières, pour faire valoir leurs droits lors des échéances électorales et pour protester contre l'éternelle falsification des résultats comme on le voit depuis décembre 2007 au Kenya où la reconduction du président Mwai Kibaki, de l'ethnie kikuyu, n'a pas été acceptée par les autres ethnies.
Il y a deux ans, dans un article intitulé How 10 Rebuild Africa ? (Comment reconstruire l'Afrique ?) et publié dans le périodique Foreign Affairs (septembre-octobre 2005), Stephen Ellis, historien et chercheur au centre d'études africaines à l'université néerlandaise de Leyde, affirmait que « la plupart des Etats africains se sont montrés incapables de s'industrialiser, de gérer des capitaux » et que « beaucoup de gouvernements africains ne savent pas rentabiliser leurs propres ressources; ils dépendent du soutien durable des nations bienfaitrices ».
Dans les années 1980, les nations industrialisées demandaient aux pays africains le respect des conditions liées aux droits de l'homme pour l'attribution de l'aide au développement. Certes, c'était une hypocrisie ; mais le monde de la finance, dont le Fonds monétaire international, parle maintenant de « Good Governance ». Cette « bonne gouvernance » consistant avant tout à mieux gérer les ressources économiques du pays. Un net glissement vers des critères d'économie pure et dure. Mais les succès de cette "bonne" politique sont rares. Pour l'essentiel, on constate un développement économique au Botswana, au Ghana et au Mozambique qui se remet d'un an de guerre civile. Ellis prend le cas du Sierra Leone pour exposer les raisons d'un retour de la corruption, de la violence. 2002 avait marqué dans ce petit Etat de l'Afrique de l'ouest la fin de onze ans de guerre civile ayant principalement pour objet le contrôle des zones diamantifères. Il explique que « dans le nouveau gouvernement, beaucoup de fonctionnaires traînent un passé sombre, ont des liens avec les milices qui ont perpétré des massacres. ( ... ) Les problèmes ne pourront pas être réglés en donnant simplement de l'argent », ajoutant que « beaucoup sur le continent africain voient dans l'Europe une vache à traire ».
LA CHINE A L'ASSAUT
Avec 215 milliards d'euros d'échanges cumulés en 2007, l'Union européenne est le principal partenaire commercial de l'Afrique. Pour la même année, la Chine qui importe du continent noir un tiers de ses besoins en pétrole s'inscrit en troisième position avec 30 milliards d'euros, derrière les Etats-Unis. Gageons que, comme à son habitude, l'Empire du Milieu saura prendre de l'envergure pour s'implanter en Afrique, même s'il a été noté quelques problèmes de racisme : en Zambie et au Gabon notamment, les autochtones commencent à juger les travailleurs asiatiques trop envahissants (Bilan du Monde 2008). Quoi qu'il en soit, Pékin n'ennuie pas "inutilement" ses fournisseurs africains avec la litanie droidlhommesque. Bien au contraire ! En 2006, le président Hu Jintao a visité quatorze pays africains où il a répété que la Chine et le continent noir ont lutté « conjointement pour la liberté ». Voilà un argument bien propice à la signature de contrats juteux et pleins d'audace de la part d'un chef d'Etat qui, ancien secrétaire du PCC au Tibet, y avait conduit en décembre 1988 une répression si sanglante qu'elle lui avait valu le sobriquet de « boucher de Lhassa ».
En septembre 2007, la Chine, toujours à la recherche de matières premières, a annoncé son intention d'investir 5 milliards de dollars en République démocratique du Congo, tant dans les gisements miniers que dans les infrastructures. L'annonce a eu l'effet d'un pavé jeté dans le marigot des bailleurs de fonds de l' ancienne colonie belge. La Chine réussit là où la dictature de Mobutu et la guerre civile avaient découragé les investissements nécessaires à l'exploitation des richesses minières. En contrepartie, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures, Pierre Lumbi, a conclu un contrat pour le développement des infrastructures. Pékin construira donc 1 ligne de chemin de fer, 3 autoroutes, 32 hôpitaux, 145 centres médicaux, 2 universités et 5 000 logements sociaux. La République démocratique du Congo tente une nouvelle formule d'aide au développement qui s'apparente à du troc ; certainement plus bénéfique et plus judicieuse que les financements à fonds perdus de l'aide internationale classique de l'Union européenne.
Nous comprenons mieux à présent les propos "maladroits" de Jean-Marie Boekel, secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, tenus lors de la présentation de ses vœux, le 15 janvier, au sujet de la « rente pétrolière» et visant implicitement le Gabon, où opère le groupe français Total. Il exhortait le président de la République « à ne plus céder à un certain nombre de caprices ( ... ) de demandes incohérentes de certains pays (africains) qui ont ( ... ) une rente pétrolière qu'ils ne consacrent pas aux investissements qu'ils nous demandent de financer ».
Laurent BLANCY, Rivarol du 7 mars 2008
< Laurent-Blancy@neuf.fr >.
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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