On a là deux mots qui font peur, surtout accolés l'un à l'autre. Les Européens sentent confusément tout ce qu'ils contiennent d'explosif. Le vote irlandais a exprimé cette inquiétude. Le cadre institutionnel qu'a créé la construction européenne n'est pas du tout adapté à la mondialisation. Il l'a même aggravée. Dans un cadre de mondialisation, il fallait aux différents pays plus de souplesse et de réactivité comme cela se passe dans les pays d'Asie. La construction européenne n'a apporté que de la rigidité et a anéanti toute politique budgétaire et monétaire, bref la plupart des pouvoirs étatiques nationaux.
Les Etats-Unis ont créé avec la mondialisation et le consensus de Washington une véritable machine de guerre à désindustrialiser l'Occident. Les Européens ont créé avec l'Union Européenne une machine de guerre à désindustrialiser Ia zone EURO et surtout les pays membres fondateurs.
Pendant des années, avant la mise en place de l'Euro, la France a été contributrice, c'est-à-dire qu'elle a payé pour que les entreprises aillent s'installer ailleurs que chez elle (Irlande, Espagne, Portugal, Grèce, maintenant l'Europe de l'Est). Maintenant, l'Euro fort a comme effet d'accélérer la désindustrialisation de la France, ce qui est particulièrement inquiétant car les secteurs non délocalisables (agriculture, services) ont de faibles gains de productivité, donc génèrent peu de croissance.
Tout ceci explique les faibles taux de croissance de la France depuis des années. Pour un pays, garder une industrie forte est une garantie pour l'avenir et de contrôle des secteurs innovants. En 2007, la France a perdu 50.000 emplois dans l'industrie.
L'Euro pour l'Italie a été une catastrophe.
Il faut aussi relativiser le « miracle» allemand actuel avec son excédent commercial. L'Allemagne a externalisé sa production, c'est à dire qu'une grande partie de sa production est réalisée à l'étranger par des sous-traitants, l'emballage se faisant « made in Germany ». L'excédent commercial a été fondé aussi sur une politique de désinflation compétitive (compression pendant vingt ans des salaires allemands). Les excédents commerciaux officiels n'ont donc pas amélioré le sort de l'ensemble du peuple allemand. L'image de l'ouvrier allemand se rendant à son usine en grosse Mercédès, un gros cigare aux lèvres appartient au passé.
L'Allemagne a joué son intérêt personnel contre les intérêts de la France et de l'Italie dans le cadre de l'Europe.
Europe et mondialisation ont été un mélange explosif pour la France. Il faut noter que les gagnants de la mondialisation sont maintenant en fin de compte très peu nombreux (financiers, industriels qui délocalisent sans état d'âme, ceux qui contrôlent la distribution, gros actionnaires, ... ). Une partie de la population, sans être gagnante, n'est guère touchée (fonctionnaires, professions libérales, salariés de secteurs protégés). La majorité est directement atteinte (baisse de salaires, précarité, chômage, pouvoir de négociation réduit à néant, ... ) Avec la construction européenne et le traité de Maastricht on avait promis aux Européens « des lendemains qui chantent ». Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, beaucoup d'Européens pensent que demain sera pire qu'aujourd'hui. Pendant cinquante ans on a fait rêver les Français avec l'Europe. Beaucoup d'hommes politiques ont bâti leur carrière sur ce thème. Maintenant que nos concitoyens n'y croient plus, on a inventé un nouveau gadget sarkoziste : l'Union pour la Méditerranée, invention qui ne traduit que la faillite du projet européen.
Que faire?
Pierre Bourdieu écrivait: « La néo-libéralisme annonce un fatalisme économique contre lequel toute résistance paraît vaine. Le néo-libéralisme est pareil au SIDA: il détruit le système immunitaire de ses victimes ». Alain Minc disait plus crûment : « il ne sert à rien de pisser contre le vent». Il est vrai que lorsqu'on interroge certains « experts» ou spécialistes en économie ils répondent la plupart du temps à la question « Que faire ? » - Rien.
Ceux qui s'enhardissent répondent: « il faut s'adapter», formule très creuse qui voudrait transformer les Français en vendeurs de saucisses et de merguez. Comme nous l'avons vu, la construction européenne a enlevé à la France ses pouvoirs de décision. Jean-Claude Trichet, grand maître de la politique monétaire avait déclaré avec toute l'arrogance et la grossièreté de ceux qui étant arrivés à des postes de responsabilité internationaux et pour qui renier son pays est un plus: « Je ne me considère pas comme Français ». Il est vrai qu'avec son salaire en euros (kolossal), la situation de la France lui importe peu.
En 2002, le candidat aux présidentielles Le Pen avait proposé de sortir de l'Euro; on a crié « au fou» mais cette proposition pouvait se justifier, même s'il est toujours très difficile de revenir en arrière. Le Front National a aussi commis l'erreur de ne pas avoir créé un cercle d'économistes composé de libéraux pragmatiques et de keynésiens de haute Volée pour être crédible. Il est de bon ton de moquer et même haïr l'idée de frontières, mais elles protégeaient sur le plan économique. (1)
Une politique cynique consiste à faire baisser les salaires en Europe. On a donc inventé le NAIRU (Non Accelerating Inflation Ratio of Unemployment), taux de chômage qui stabilise l'inflation. On crée donc un taux de chômage important pour comprimer les salaires et l'inflation (tout en faisant croire qu'on le combat) par différents procédés, dont l'immigration.
Un état peut difficilement agir sur le plan économique puisque l'on privatise tout ce qui peut l'être. L'économie est devenue transnationale et même transeuropéenne. Le pouvoir politique ne contrôle plus grand-chose. Comme le déclarait aux politiques Hans Teitmeier, ancien président de la Bundesbank allemande: « Désormais, vous êtes sous le contrôle des marchés financiers ». L'idéologie néo-libérale qui avait pour but de liquider toute instance régulatrice étatique ou non a gagné. En tout cas, il ne faut pas demander aux peuples d'entériner des traités pour une construction européenne à laquelle ils ne croient plus. Certains en ont conclu, que comme le peuple votait NON, il ne fallait pas demander son avis au peuple.
(1) - La gauche française n'a aucune solution à apporter non pas, parce qu'elle est stupide mais parce qu'elle est empêtrée dans des schémas idéologiques archaïques et dogmatiques (Europe, universalité, bienfaits de l'immigration, lutte des classes pour la gauche radicale) mais ce qui ne sont plus du tout adaptés à la situation actuelle.
Patrice GROS-SUAUDEAU pour le Réveil de l'Anjou, bulletin du FN 49
Statisticien-économiste
Europe et mondialisation
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Re: Europe et mondialisation
Europe : un élargissement destructeur
Tandis que les institutions euro-fédérales s'apprêtent à se prononcer sur l'intégration à l'Union européenne de huit pays d'Europe centrale et orientale, plus Malte et Chypre, il est clair que ces pays ne sont pas prêts à subir le choc économique et social de leur adhésion, et que nous-mêmes ne sommes pas en mesure de les accueillir, d'un point de vue tant politique que financier ...
✑ L'Europe folle
Le Parlement européen a d'ailleurs reçu le 19 novembre dernier les parlementaires des pays d'Europe de l'Est, au cours d'une séance solennelle, extraordinaire dans le fond et mirobolante dans la forme, marquée de surcroît par l'absence scandaleuse des neuf dixièmes des députés européens ...
Comme si ceux-ci étaient conscients qu'il ne sert plus à rien de siéger à Strasbourg et Bruxelles, puisque tout se joue désormais ailleurs ...
En effet, cette Europe-là est, d'ores et déjà, dépassée par une mondialisation dont elle est pourtant le formidable marchepied.
Pour notre peuple, le bilan de l'ouverture généralisée des frontières est, bien évidemment, catastrophique : nos marchés sont envahis, nos entreprises disparaissent ou se délocalisent, et le chômage augmente. Qu'on songe, par exemple, à l'agriculture et la pêche françaises délibérément sacrifiées depuis 40 ans, et désormais condamnées à mort par le plafonnement programmé des aides dans une Europe à 25. Si nous avions protégé par des barrières douanières adéquates ces secteurs d'intérêt national, nous aurions conservé à la fois notre indépendance alimentaire et notre sécurité sanitaire.
En perdant l'instinct de la frontière, cette Europe-là menace la sécurité intérieure de chaque pays, en favorisant l'immigration incontrôlée et la criminalité organisée, mais aussi la sécurité extérieure des peuples du Vieux Continent. En effet, après l'adhésion de la Turquie, l'Europe sera la voisine immédiate des pays du Moyen-Orient, an contact des troubles multiples et récurrents de la région.
Voilà la réalité de ce que nous, nations de l'Europe occidentale, vivons d'ores et déjà.
C'est la raison pour laquelle je lance aux peuples de l'Est une mise en garde solennelle : ne tombez pas de Charybde en Scylla, n'échangez pas l'esclavage contre la servitude.
✑ Le sacrifice des peuples de l'Est
Chacun sait, la Commission européenne au premier chef (1), que la création de richesse des pays d'Europe centrale et orientale (PECQ) représente à peine 5 % de celle de l'UE, et que la richesse par habitant atteint à peine 40 % de la nôtre. Bien sûr, la tyrannie communiste s'est effondrée et une page sanglante de l'Histoire de ces peuples est heureusement tournée : ils ont retrouvé, avec l'indépendance, la liberté ainsi que l'espoir de la justice et de la prospérité. Mais, aujourd'hui encore, le terrible héritage du passé est bien lourd à porter : déclin industriel et agricole, administrations pléthoriques et inefficaces, indépendance relative du système judiciaire ...
Demain, ces nations encore convalescentes vont subir de plein fouet la suppression de leurs frontières physiques et commerciales. Elle ouvrira leur pays à tous les vents de la mondialisation démographique et économique, avec son cortège de désordres internes et de souffrances sociales.
Est-ce donc là l'horizon indépassable de nos ambitions ? Sommes-nous condamnés irrévocablement à cette Europe-là, pavillon de complaisance qui couvre une marchandise mondiale ? Non, bien sûr. La véritable Europe n'a rien à voir avec cet Empire bureaucratique et tatillon qui se construit, soumis à la superpuissance américaine qui encadre déjà sa défense et sa diplomatie.
Washington s'est d'ailleurs déclaré favorable à l'élargissement, lequel, en affaiblissant les nations du Vieux Continent, sert parfaitement sa politique d'hégémonie mondiale.
Bruxelles n'a pas seulement vendu le mirage de la prospérité aux nations de l'Est européen. Les institutions européennes ont aussi rétabli les chaînes que ces nations avaient mis 40 ans à briser.
Répétons-le une fois encore : notre Europe doit être une confédération de nations fraternelles. Civilisation de la personne, l'Europe est le continent des droits fondamentaux, garantis et préservés par les indépendances nationales.
Les leçons du passé sont les racines du futur. Qu'il soit donné à chaque peuple épris de liberté de ne jamais l'oublier.
✍ par jean-Marie Le Pen Président du Front National Député européen : FDA décembre 2002
(1) Rapport stratégique de la Commission du 9 octobre 2002.
Tandis que les institutions euro-fédérales s'apprêtent à se prononcer sur l'intégration à l'Union européenne de huit pays d'Europe centrale et orientale, plus Malte et Chypre, il est clair que ces pays ne sont pas prêts à subir le choc économique et social de leur adhésion, et que nous-mêmes ne sommes pas en mesure de les accueillir, d'un point de vue tant politique que financier ...
✑ L'Europe folle
Le Parlement européen a d'ailleurs reçu le 19 novembre dernier les parlementaires des pays d'Europe de l'Est, au cours d'une séance solennelle, extraordinaire dans le fond et mirobolante dans la forme, marquée de surcroît par l'absence scandaleuse des neuf dixièmes des députés européens ...
Comme si ceux-ci étaient conscients qu'il ne sert plus à rien de siéger à Strasbourg et Bruxelles, puisque tout se joue désormais ailleurs ...
En effet, cette Europe-là est, d'ores et déjà, dépassée par une mondialisation dont elle est pourtant le formidable marchepied.
Pour notre peuple, le bilan de l'ouverture généralisée des frontières est, bien évidemment, catastrophique : nos marchés sont envahis, nos entreprises disparaissent ou se délocalisent, et le chômage augmente. Qu'on songe, par exemple, à l'agriculture et la pêche françaises délibérément sacrifiées depuis 40 ans, et désormais condamnées à mort par le plafonnement programmé des aides dans une Europe à 25. Si nous avions protégé par des barrières douanières adéquates ces secteurs d'intérêt national, nous aurions conservé à la fois notre indépendance alimentaire et notre sécurité sanitaire.
En perdant l'instinct de la frontière, cette Europe-là menace la sécurité intérieure de chaque pays, en favorisant l'immigration incontrôlée et la criminalité organisée, mais aussi la sécurité extérieure des peuples du Vieux Continent. En effet, après l'adhésion de la Turquie, l'Europe sera la voisine immédiate des pays du Moyen-Orient, an contact des troubles multiples et récurrents de la région.
Voilà la réalité de ce que nous, nations de l'Europe occidentale, vivons d'ores et déjà.
C'est la raison pour laquelle je lance aux peuples de l'Est une mise en garde solennelle : ne tombez pas de Charybde en Scylla, n'échangez pas l'esclavage contre la servitude.
✑ Le sacrifice des peuples de l'Est
Chacun sait, la Commission européenne au premier chef (1), que la création de richesse des pays d'Europe centrale et orientale (PECQ) représente à peine 5 % de celle de l'UE, et que la richesse par habitant atteint à peine 40 % de la nôtre. Bien sûr, la tyrannie communiste s'est effondrée et une page sanglante de l'Histoire de ces peuples est heureusement tournée : ils ont retrouvé, avec l'indépendance, la liberté ainsi que l'espoir de la justice et de la prospérité. Mais, aujourd'hui encore, le terrible héritage du passé est bien lourd à porter : déclin industriel et agricole, administrations pléthoriques et inefficaces, indépendance relative du système judiciaire ...
Demain, ces nations encore convalescentes vont subir de plein fouet la suppression de leurs frontières physiques et commerciales. Elle ouvrira leur pays à tous les vents de la mondialisation démographique et économique, avec son cortège de désordres internes et de souffrances sociales.
Est-ce donc là l'horizon indépassable de nos ambitions ? Sommes-nous condamnés irrévocablement à cette Europe-là, pavillon de complaisance qui couvre une marchandise mondiale ? Non, bien sûr. La véritable Europe n'a rien à voir avec cet Empire bureaucratique et tatillon qui se construit, soumis à la superpuissance américaine qui encadre déjà sa défense et sa diplomatie.
Washington s'est d'ailleurs déclaré favorable à l'élargissement, lequel, en affaiblissant les nations du Vieux Continent, sert parfaitement sa politique d'hégémonie mondiale.
Bruxelles n'a pas seulement vendu le mirage de la prospérité aux nations de l'Est européen. Les institutions européennes ont aussi rétabli les chaînes que ces nations avaient mis 40 ans à briser.
Répétons-le une fois encore : notre Europe doit être une confédération de nations fraternelles. Civilisation de la personne, l'Europe est le continent des droits fondamentaux, garantis et préservés par les indépendances nationales.
Les leçons du passé sont les racines du futur. Qu'il soit donné à chaque peuple épris de liberté de ne jamais l'oublier.
✍ par jean-Marie Le Pen Président du Front National Député européen : FDA décembre 2002
(1) Rapport stratégique de la Commission du 9 octobre 2002.
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Re: Europe et mondialisation
Élargissement de l'Union européenne : un chaos annoncé
❏ Si Jean de La Fontaine était encore de ce monde, sa fable sur la grenouille qui se voulait plus grosse que le bœuf caricaturerait à merveille le processus d'élargissement du Moloch européiste. 6 hier, 15 aujourd'hui, 25 demain ... Où s'arrêtera la boulimie fédéraliste des technocrates qui nous gouvernent ? L'Europe de Madère à Riga fait rêver tous les ayatollahs du mondialisme. Or, comment une Europe déjà incapable à 15 d'adopter une position commune sur la crise irakienne pourrait-elle dégager un semblant de consensus à 25 ? Pourquoi cacher plus longtemps que ce énième charcutage vise à rogner au nom de la nécessaire cohésion les dernières parcelles de souveraineté que possèdent encore les États ?
Après le «oui» arraché à des Irlandais soumis à une intense campagne de désinformation aux accents comminatoires, Bruxelles est prête pour le saut dans l'inconnu, disposée à accueillir dix nouveaux pays d'Europe centrale et de l'Est, dont le revenu par tête n'atteint en moyenne que 40 % de celui des Quinze et qui entrent dans l'Union européenne plus pour bénéficier de la manne financière que pour contribuer à sa relative prospérité. Et dans un marché européen où la récession et le taux de chômage touche déjà près de 9 % de la population active, l'entreprise est plus que risquée, elle est suicidaire. Tout d'abord pour les finances d'États déjà fortement endettés et qui devront débourser 40 milliards d'euros pour financer l'élargissement (une hausse de 5 % pour la France dont la contribution au budget communautaire pour 2003 est déjà de 15,8 milliards d'euros), mais aussi pour les fonds structurels et plus précisément la Politique agricole commune qui constituent à eux deux les trois quarts du budget européen.
❏ La France n'a rien à gagner
En se mettant d'accord sur un plafonnement du budget européen de 2007 à 2013, Chirac et Schroder vont contraindre les 25 à vivre sur le même budget que celui attribué aujourd'hui aux Quinze. La mort à court terme pour des agriculteurs qui devront de surcroît subir la concurrence déloyale des produits fabriqués à des coûts moindres.
Qu'a donc à gagner la France d'une Union européenne élargie, contraire aux intérêts de ses peuples et qui ne sert, comme le souligne Jean-Marie Le Pen, que « les intérêts mercantiles des uns (les multinationales) et les idéaux utopistes et antinationaux des eurocrates de Bruxelles » ? Rien si ce n'est une perte d'influence dans une Europe noyautée par Berlin et dans une moindre mesure par Londres et un afflux d'immigrés attirés par une législation sociale incitatrice. Sans compter une hausse du chômage qu'entraîneront inéluctablement les délocalisations d'entreprises soucieuses de s'installer dans des pays où les salaires sont largement inférieurs à ceux en vigueur à l'Ouest. C'est dans ce magma fédéraliste où la France ne conservera qu'un commissaire sur vingt-cinq, 9 % des voix au Conseil et 9 % d'élus au Parlement européen, que les nations européennes sont invitées à se dissoudre, passant du mirage européiste à la prison des peuples.
✍ Éric Domard FDA décembre 2002
❏ Si Jean de La Fontaine était encore de ce monde, sa fable sur la grenouille qui se voulait plus grosse que le bœuf caricaturerait à merveille le processus d'élargissement du Moloch européiste. 6 hier, 15 aujourd'hui, 25 demain ... Où s'arrêtera la boulimie fédéraliste des technocrates qui nous gouvernent ? L'Europe de Madère à Riga fait rêver tous les ayatollahs du mondialisme. Or, comment une Europe déjà incapable à 15 d'adopter une position commune sur la crise irakienne pourrait-elle dégager un semblant de consensus à 25 ? Pourquoi cacher plus longtemps que ce énième charcutage vise à rogner au nom de la nécessaire cohésion les dernières parcelles de souveraineté que possèdent encore les États ?
Après le «oui» arraché à des Irlandais soumis à une intense campagne de désinformation aux accents comminatoires, Bruxelles est prête pour le saut dans l'inconnu, disposée à accueillir dix nouveaux pays d'Europe centrale et de l'Est, dont le revenu par tête n'atteint en moyenne que 40 % de celui des Quinze et qui entrent dans l'Union européenne plus pour bénéficier de la manne financière que pour contribuer à sa relative prospérité. Et dans un marché européen où la récession et le taux de chômage touche déjà près de 9 % de la population active, l'entreprise est plus que risquée, elle est suicidaire. Tout d'abord pour les finances d'États déjà fortement endettés et qui devront débourser 40 milliards d'euros pour financer l'élargissement (une hausse de 5 % pour la France dont la contribution au budget communautaire pour 2003 est déjà de 15,8 milliards d'euros), mais aussi pour les fonds structurels et plus précisément la Politique agricole commune qui constituent à eux deux les trois quarts du budget européen.
❏ La France n'a rien à gagner
En se mettant d'accord sur un plafonnement du budget européen de 2007 à 2013, Chirac et Schroder vont contraindre les 25 à vivre sur le même budget que celui attribué aujourd'hui aux Quinze. La mort à court terme pour des agriculteurs qui devront de surcroît subir la concurrence déloyale des produits fabriqués à des coûts moindres.
Qu'a donc à gagner la France d'une Union européenne élargie, contraire aux intérêts de ses peuples et qui ne sert, comme le souligne Jean-Marie Le Pen, que « les intérêts mercantiles des uns (les multinationales) et les idéaux utopistes et antinationaux des eurocrates de Bruxelles » ? Rien si ce n'est une perte d'influence dans une Europe noyautée par Berlin et dans une moindre mesure par Londres et un afflux d'immigrés attirés par une législation sociale incitatrice. Sans compter une hausse du chômage qu'entraîneront inéluctablement les délocalisations d'entreprises soucieuses de s'installer dans des pays où les salaires sont largement inférieurs à ceux en vigueur à l'Ouest. C'est dans ce magma fédéraliste où la France ne conservera qu'un commissaire sur vingt-cinq, 9 % des voix au Conseil et 9 % d'élus au Parlement européen, que les nations européennes sont invitées à se dissoudre, passant du mirage européiste à la prison des peuples.
✍ Éric Domard FDA décembre 2002
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Re: Europe et mondialisation
Jean Michel Vernochet : Tribune libre
Entretien
En limitant de fait les possibilités de coopération renforcée* entre les états européens, le Traité de Maëstricht bridait le moteur industriel de l’Union. Le modèle ultralibéral s’étant révélé impuissant à promouvoir des projets industriels viables (comme on peut le constater aujourd'hui avec le programme Galileo), le retour à une politique de coopération renforcée ne serait-il pas un moyen privilégié pour relancer l’industrie européenne ?
Poser la question c’est y répondre. Le but de l’ultralibéralisme n’est pas de produire des biens pour satisfaire les besoins ou assurer le bien-être des populations, mais de faire du fric. Faire de l’argent par tous les moyens possibles… par des restructurations, parfois si peu rationnelles qu’à terme elles font perdre de l’argent aux imbéciles qui appliquent mécaniquement des recettes sans se poser la question de savoir si elles sont vraiment utiles, nécessaires voire opportunes… par des délocalisations… au moyen de mille et un tours de passe-passe de l’ingénierie financière qui permet de créer de l’argent avec du vent, en transformant par exemple de la dette en actifs… et mieux encore avec des dettes pourries non gagées sur des valeurs réelles.
Personnellement, je ne crois pas que le but premier de la construction européenne soit la construction d’une aire de coprospérité fondée sur l’économie réelle, sur la production de biens tangibles, sur la valeur du travail… Nous nous américanisons au même rythme que nous nous tiers-mondisons. Entendez par là que nous nous appauvrissons tendanciellement en promouvant une économie qui fabrique sui generis, selon sa propre logique, de la marginalité, du chômage et in fine, de la pauvreté… c’est le lot des économies de service qui ne sont pas a priori créatrices de richesses matérielles. De ce point vue, ce modèle, celui de l’économie de services, n’a pas réussi à son exportateur américain… une vérité que la crise vient de nous renvoyer à la gueule. Un modèle donc qui n’a aucune chance de survie à long terme, quels que soient les replâtrages et les doses d’étatisme ou de dirigisme que l’on réinjectera dans le système pour l’aider à se prolonger… Je gage que les soi-disantes recettes miracles et les perfusions du bon docteur Gordon Brown feront long feu, d’abord parce qu’elle relèvent essentiellement des soins palliatifs. On soigne les effets, pas les causes.
À ce titre, la crise n’est pas derrière mais devant nous. Quant à la reconstruction de l’outil industriel en Europe grâce à des partenariats oui, c’est un objectif. Un objectif pour la construction d’une Europe au service des hommes et des peuples et non pas au service des Marchands du Temple.
Cependant avec la crise, ces coopérations transversales ne devraient vraisemblablement pas être à l’ordre du jour. On a vu les difficultés du partenariat pour Airbus, les difficultés de coordination entre les unités de production, déjà pour des raisons sociologiques, culturelles, pour des questions de rivalité dans le pilotage aussi. Or nous venons de voir Mme Merkel, la chancelière allemande, envoyer sur les roses M. Sarkozy lorsque celui-ci tentait de placer son projet de gouvernance économique européenne. Mme Merkel lui a fait savoir assez sèchement que les Allemands entendaient gérer à leur façon le passage de ce mauvais cap financier et économique qui s’annonce à l’horizon 2009…qu’en conséquence, elle ne voulait pas entendre parler de « gouvernance » collective, la nouvelle marotte que M. Attali a soufflé à l’oreille au Président français au cours de ses six mois de présidence des Vingt-Sept. Bref, le spectre de la faillite planant sur un certain nombre de nos partenaires européens, Mme Merkel refuse d’avoir à traîner derrière elle une ribambelle d’éclopés et de bras cassés ! Le message est clair, chacun pour soi et les cochons seront bien gardés ! A-t-elle tout à fait tort ?
Quel personnage politique actuel vous paraît suffisamment libre pour défendre honnêtement votre (notre) point de vue ? Y a-t-il un "espoir" politique, d'abord ? Quelles autres voies selon vous ?
Il y en aurait eu un, Dominique de Villepin, qui en a la stature et l’expérience. Hélas ce n’est pas un tueur-né et on lui fait actuellement payer très cher la prise de position de la France contre l’invasion de l’Irak et pour le respect de la légalité internationale exposée le 13 février 2003 au Conseil de sécurité des Nations Unies. Traîné en correctionnelle dans le cadre de l’affaire Clearstream, il est clair qu’il ne s’agit pas seulement de vengeance personnelle. Il s’agit de toute évidence de le mettre sur la touche pour un bon bout de temps.
Il n’y a par ailleurs pas d’opposition en France, M. Bayrou est inexistant, Mme Royale s’est faite souffler le Ps qui, de toute façon, est semble-t-il pourri jusqu’à la moelle. L’affaire Dray et ses douteux goûts « blingblings » en sont une triste illustration. Cet homme a de toute évidence un goût marqué pour le pouvoir, or les idéaux de gauche ont été de tout temps détournés à des fins de pouvoir ou d’enrichissement personnels… ce cas n’est pas une exception, il ne fait, une fois de plus, que confirmer la règle
La conversion de la gauche au libéralisme extrême, à la suite de M. Blair, libertarisme connu sous le nom de reaganomics, est révélateur de sa déconfiture intellectuelle. L’ultralibéralisme qui prend son essor aux É-U sous la présidence démocrate de M. Carter est à comparer avec une addiction à l’héroïne, au début le monde est merveilleux, l’argent rentre à la pelle, le chômage diminue…mais ce sont des emplois de service, par définition instables parce que dépendants étroitement de la conjoncture. Vient un moment où arrive ce qui doit arriver, à force de marcher dans le vide, l’on finit par tomber. C’est ce qui vient de nous arriver… mais c’était prévisible.
Alors, que faire ? Il va falloir faire le gros dos en espérant que la crise permettra les recompositions indispensables. Ça ne se fera pas sans mal, ni certainement sans casse. D’abord de la casse sociale. Il existe également un risque non négligeable : le système va se débattre avant de crever et peut-être cherchera-t-il une issue dans la guerre. Les zones d’instabilité et de conflits ne manquent à commencer par l’Asie centrale où le basculement du Pakistan que pourrait déclencher l’intervention des forces conjointes des É-U et de l’Otan dans les zones tribales d’où partent les assauts des tribus pachtounes (rebaptisées Taliban pour les besoins de la cause), sur les positions occidentales en Afghanistan... Des territoires d’invention britannique situés entre le Pakistan et l’Afghanistan, mais hors de la juridiction pakistanaise. En fait, la guerre afghane semble être perdue d’avance et son extension vers le Pakistan comme son intensification - M. Obama va procéder à l’envoi de trente mille hommes supplémentaires en appui des soixante-dix mille opérant déjà sur le terrain - ne sont pas des signes positifs. Au contraire l’entêtement américain, sa vision idéologique et acculturée du conflit, le refus obstiné de prendre en compte les données les plus élémentaires de l’histoire, doivent inéluctablement conduire au fiasco final. En espérant qu’il n’y ait pas de dérapage régional ou au-delà. Surtout dans le contexte d’un regain de tension depuis les attentats de Bombay entre ces deux puissances nucléaires que sont l’Inde et le Pakistan… Mais au fond ! La montée en puissance du conflit afghan participe peut-être de ces grands chantiers style New Deal que nous annonce la nouvelle Administration américaine pour relancer une économie bien mal en point ? Les É-U ne sont-ils pas eux aussi au bord de la faillite ?
Un autre risque à ne pas exclure, celui d’un délestage massif des réserves chinoises en bons du Trésor américain. C’est une épée de Damoclès dont la Chine n’hésitera pas à se servir si d’aventure les É-U finissait par dresser des pare-feux protectionnistes contre les importations de produits – notamment asiatiques – qui plombent leur balance des paiements et achèvent de détruire leur tissu industriel… Ayons à l’esprit l’industrie automobile américaine au bord du gouffre. Si elle s’effondre, ce sont deux millions d’emplois qui disparaissent avec elle.
En ce qui nous concerne, en l’absence de toute opposition politique structurée autour d’une nouvelle vision – une vision procédant d’un retour au réel en tournant résolument le dos aux idéologies mortifères, à la pensée unique, au politiquement correct, au libéral-libertarisme, au monothéisme du marché et à la religion solipsistique de l’Ego-roi… l’individualisme égotiste qui ronge nos sociétés - je ne vois pas ce que nous pouvons faire hormis nous en remettre à la divine Providence.
Je vous rappelle que le domaine de la communication de masse, à l’exception de la Toile – mais pour combien de temps encore ? – le système est verrouillé de A à Z. L’éventualité de grèves insurrectionnelles n’est évidemment pas à exclure, reste qu’une révolte n’est pas une révolution. Nous sommes à ce point profondément divisés contre nous-mêmes qu’il coulera encore beaucoup d’eau sous les ponts avant que des hommes susceptibles de rassembler et d’organiser ce qui reste de forces vives en France et en Europe, ne parviennent à émerger… Encore que, compte tenu de l’accélération de l’histoire, rien n’interdit de croire aux miracles !
L'entrée prévisible de la Géorgie dans l'Otan constitue-t-elle une déclaration implicite de guerre de l'Europe à la Russie ?
Déclaration de guerre, non pas encore, heureusement. Mais plus rien ne sera plus comme avant. Le gouvernement russe ne croient plus au bon vouloir du camp occidental, américano-européen. Ils ont maintenant la preuve que le dispositif qui va être implanté en Pologne (vecteurs d’interception) et en Tchéquie (radars d’acquisition) n’est pas destiné à protéger l’Europe et encore moins le territoire américain d’hypothétiques tirs de missiles iraniens, mais qu’il est exclusivement dirigé contre la Russie.
Nous ne sommes pas encore revenus à la guerre froide, mais nous en prenons le chemin. Les faits parlent d’eux-mêmes. La politique occidentale dans le Caucase et en mer Noire est une politique à risque… Grâce à Dieu Mme Palin, aujourd’hui figure montante du Parti Républicain, n’est pas devenue vice-présidente des É-U, elle qui déclarait qu’elle était prête à en découdre militairement parlant avec Moscou à propos de la Géorgie.
Notons que M. Sarkozy semble avoir été assez ménager des intérêts des Européens de l’Ouest dans sa gestion de sortie de crise au grand dam des Polonais et autres clients des É-U d’Europe orientale… Ce qui est plutôt judicieux au moment même – le 23 décembre – où M. Poutine déclare ubi et orbi que l’heure de la vérité des prix ayant sonné, la fin du gaz bon marché était arrivé. À bon entendeur, salut, même si ce message s’adresse en priorité aux Ukrainiens… Reste au final que les blessures occasionnées par la crise du 8 août et l’agression brutale de Tbilissi contre l’Ossétie du Sud, sont profondes et se feront sentir d’ici peu, au cours des six mois à venir, à l’occasion de la présidence tchèque de l’Union européenne.
Il est en effet à craindre que la Géorgie en compagnie de l’Ukraine n’entre dans l’Otan car beaucoup militent en ce sens, à commencer par le couple polono-tchèque malgré les réserves exprimées antérieurement au sommet de Bucarest d’avril 2008 par la France et l’Allemagne, cette dernière ayant depuis changé son fusil d’épaule. Notons cependant, qu’en dépit de la volonté américaine de forcer le passage, les ministres des Affaires étrangères de l’Otan, réunis les 2 et 3 décembre au siège de l’Alliance à Bruxelles, sont convenus d’approfondir leur coopération avec la Géorgie et l’Ukraine, sans préjuger des décisions ultérieures devant être prises au sujet de leur l’adhésion. Laquelle est, pour l’heure reportée sine die… Même si les É-U sont loin et n'ont cure des états d’âme de leurs alliés, ils sont malgré tout bien obligés d’en tenir compte a minima et qu’ils ne peuvent ignorer les engagements pris avec la Russie au titre des accords du 12 août et du 8 septembre relatif à la sortie de crise. Cela d’autant plus que la Russie est bien de retour sur la scène internationale… ce qu’elle a prouvé par sa capacité de projection de forces et l’immédiateté de sa réaction à l’offensive inconsidérée sur l’Ossétie du Sud du président géorgien Saakachvili. Le réalisme imposait donc de reprendre le dialogue avec Moscou dans le cadre du Conseil Otan-Russie… Je vois mal Washington, empêtrée dans une crise qui n’a pas fini de faire parler d’elle, franchir pas la ligne rouge. La conjoncture ne s’y prête pas, on ne peut pas fâcher tout le monde en même temps
Pourquoi faire revoter les Irlandais qui ont déjà dit « non » au traité de Lisbonne ?
Parce que c’est « ça » la démocratie. Le droit de vote n’est accordé qu’à la condition expresse de bien voter. Ainsi, comme Sisyphe devait rouler son rocher jusqu’à plus soif, les Irlandais sont-ils condamnés à voter jusqu’à ce qu’ils votent « bien », c’est-à-dire comme on leur a indiqué de le faire. Pourquoi d’ailleurs sommes-nous dans un système de démocratie représentative ? Pour que nous donnions un blanc-seing à des gens qui vous ont fait la danse du ventre afin d’obtenir vos suffrages et qui ensuite n’en font qu’à leur tête… et surtout suivant leurs intérêts de carrière, leur vanité et leur gloriole personnelle. Nos dirigeants ont une peur bleue du peuple, du vote populaire, tout est arrangé, maquignonné pour créer des monopoles électoraux et surtout pour exclure les gêneurs, ceux qui auraient quelque chose à dire, les vrais représentants du pays réel.
Pourquoi l’Irlande est-elle la seule à s’être prononcée par voie référendaire pour ratifier le Traité de Lisbonne ? Parce que c’était inscrit dans sa Constitution et qu’ « ils » n’avaient pas eu le temps de la modifier. Ils s’en mordent d’ailleurs les doigts. M. Sarkozy a été plus prudent en ce qui nous concerne : à propos des nouvelles adhésions à l’UE – une disposition qui visait essentiellement la Turquie - la Constitution française prévoyait une consultation de la Nation. Cela avait fait l’objet d’une modification de la Constitution à l’initiative de Jacques Chirac. Qu’a fait M. Sarkozy, pourtant officiellement opposé à l’entrée de la Turquie ? Il s’est empressé l’automne dernier de faire modifier une nouvelle fois la Constitution et fait supprimer ce garde fou. Exit le referendum ! Cela donne une idée des singeries habituellement utilisées pour mener le bon peuple en bateau, on lui fait avaler des sandwichs de couches superposées de mensonges.
La France vient de modifier l'article 35 de la constitution française ou le gouvernement est libre de déclarer la guerre et non plus le Parlement comme en dispose la constitution de 1958 ?
Malgré les pouvoirs considérables de contrôle et de censure du Congrès des É-U, le Parlement américain n’a pas non plus la capacité de contrecarrer une décision présidentielle motivée d’entrer en guerre. De facto, nous sommes passés insensiblement de la Ve à la VIe République, la dérive présidentialiste s’est accéléré avec la nouvelle présidence et plus encore avec la réforme constitutionnelle concoctée par MM. Balladur et Lang… Mais cette latitude de déclarer la guerre en court-circuitant la représentation nationale n’est pas d’hier… déjà en 1999 lors de la seconde cohabitation. M. Jospin étant Premier ministre, la décision d’entrer en guerre contre République fédérative de Yougoslavie a été prise sans aucune consultation du Parlement. Il s’agissait d’ailleurs une guerre d’agression intra-européenne, la première depuis 1939, sans mandat du Conseil de Sécurité contre l’aveu donc des NU, autrement dit hors de toute légalité internationale… Le précédent existant, on ne voit pas pourquoi, en cas de besoin, il y aurait à se gêner. Non ?
La France se prépare-t-elle à la guerre ?
Elle est déjà en guerre. Entre autres en Afghanistan, mais nous sommes également en première ligne sur la frontière soudano-tchadienne. Le Soudan est une cible et un conflit potentiel. Le nouveau Vice-président Joe Biden est depuis longtemps un chaud partisan de l’intervention armée contre Khartoum… Si cela devait avoir lieu, ce sera vraisemblablement les forces de l’Otan, en un mot « nous », qui seraient engagés… L’inculpation par le Tribunal pénal international du président soudanais Omar Al-Bachir suit un processus tout à fait analogue à celui qui a précédé la guerre contre la Fédération yougoslave dirigé par Slobodan Milosevic et contre l’Irak de Saddam Hussein –
Oui, la France se prépare à la guerre en tant que force supplétive au sein du dispositif américain suivant des visées à caractère hégémonique sur la majeure partie de l’hémisphère nord… la France se prépare également à la guerre intérieure, idem pour les É-U… Le cauchemar actuel de nos dirigeants est l’éventuel déclenchement de troubles de grandes ampleurs et la répétition des émeutes de novembre 2005, mais cette fois-ci au cœur des villes. Ils savent que dans ce cas ils risqueraient d’être balayés… Le pouvoir en est conscient, ces gens savent qu’ils dansent sur un volcan !
L’un des buts de cette Europe, est-il d'instituer une Europe de la défense placée sous tutelle de L'OTAN et d’octroyer un siège permanent au Conseil de sécurité des NU à l’UE au lieu et place de la France et du R-U ?
Nous en prenons la direction. Surtout si l’on accorde un siège permanent à l’Afrique du Sud suivant la promesse qui en a été faite à M. Thabo Mbeki, alors président de la RAF, par M. Sarkozy fin février dernier. Celui-ci, sous prétexte de lui vendre une centrale nucléaire, avait obtenu en échange d’un siège au Conseil de sécurité, un engagement de vote contre l’Iran.
Mais qu’est-ce que cela change sur le fond ? La France s’est payé le luxe de dire une fois « non » par la bouche de M. Villepin en février 2003, non à une guerre illégale et illégitime contre l’Irak. Nous l’avons payé cher. Ce cas de figure ne se reproduira pas, pas avant 2012, sauf accident. La France est rentrée dans le rang européen – le Traité de Lisbonne dit « simplifié » a été ratifié par le Parlement et cette fois les Français n'ont pas été invités à donner leur avis - et nous sommes plus encore rentrés dans le rang américain en participant par anticipation au supplément d’effort de guerre en Afghanistan. Ce à quoi s’est refusé jusqu’ici l’Allemagne.
Alors si nous perdons un droit de veto voué à ne pas servir, où est le drame ?
Avec l’Europe politique, l’Europe supranationale qui va se consolider avec la mise en œuvre du Traité de Lisbonne, elle sera censée parler d’une seule voix, celle de M. Javier Solana, son actuel officieux Ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’Otan. La France aux ordres de Washington ayant renoncé à une diplomatie indépendante de Washington, la seule difficulté résidera dans l’adaptation au changement de cap prévisible de la nouvelle Administration américaine. Nous étions aligné sur l’équipe de M. Bush, il va falloir se reconvertir… Or ici les esprits sont un peu lents, l’ordre des priorités ne sera plus exactement le même, la résolution du conflit israélo-palestinien ne sera plus une priorité au même titre qu’aujourd’hui ; la Maison-Blanche négociera avec Téhéran pour sortir des merdiers irakiens et afghans. L’avons-nous vraiment compris ? Cela promet des révisions pénibles et quelques joyeux quiproquos.
notes
Jean Michel Vernochet, politologue, écrivain et journaliste, a dirigé l’ouvrage collectif « Manifeste pour une Europe des Peuples », Éditions du Rouvre. 1,villa Gagliardini 75020 Paris. 30 € franco de port.
* Les coopérations renforcées dans le Traité d’Amsterdam du 2 octobre 1999n modifiant le TCE, Traité de Maëstricht, 7 février 1992.
La coopération renforcée a pour objectif de permettre à un nombre limité d'Etats, désireux d'aller de l'avant, de renforcer leurs liens dans des domaines jugés indispensables sans se heurter à l'opposition des autres Etats membres. Le recours aux coopérations renforcées doit répondre à six exigences (art. 43 du traité de l'Union européenne) : favoriser la réalisation des objectifs de l'Union ; respecter les principes des traités et le cadre institutionnel unique de l'Union ; n'affecter ni l'acquis communautaire, ni les droits et obligations des Etats qui n'y participent pas. Rien n'interdit cependant les Etats de s'affranchir du système institutionnel européen pour renforcer leur coopération dans un domaine particulier. Toutefois le traité d'Amsterdam aura alors, par excès de précautions, manqué son but qui était précisément de réintégrer dans un cadre institutionnel unique des initiatives apparues aux marges du traité.
http://www.voxnr.com/
Entretien
En limitant de fait les possibilités de coopération renforcée* entre les états européens, le Traité de Maëstricht bridait le moteur industriel de l’Union. Le modèle ultralibéral s’étant révélé impuissant à promouvoir des projets industriels viables (comme on peut le constater aujourd'hui avec le programme Galileo), le retour à une politique de coopération renforcée ne serait-il pas un moyen privilégié pour relancer l’industrie européenne ?
Poser la question c’est y répondre. Le but de l’ultralibéralisme n’est pas de produire des biens pour satisfaire les besoins ou assurer le bien-être des populations, mais de faire du fric. Faire de l’argent par tous les moyens possibles… par des restructurations, parfois si peu rationnelles qu’à terme elles font perdre de l’argent aux imbéciles qui appliquent mécaniquement des recettes sans se poser la question de savoir si elles sont vraiment utiles, nécessaires voire opportunes… par des délocalisations… au moyen de mille et un tours de passe-passe de l’ingénierie financière qui permet de créer de l’argent avec du vent, en transformant par exemple de la dette en actifs… et mieux encore avec des dettes pourries non gagées sur des valeurs réelles.
Personnellement, je ne crois pas que le but premier de la construction européenne soit la construction d’une aire de coprospérité fondée sur l’économie réelle, sur la production de biens tangibles, sur la valeur du travail… Nous nous américanisons au même rythme que nous nous tiers-mondisons. Entendez par là que nous nous appauvrissons tendanciellement en promouvant une économie qui fabrique sui generis, selon sa propre logique, de la marginalité, du chômage et in fine, de la pauvreté… c’est le lot des économies de service qui ne sont pas a priori créatrices de richesses matérielles. De ce point vue, ce modèle, celui de l’économie de services, n’a pas réussi à son exportateur américain… une vérité que la crise vient de nous renvoyer à la gueule. Un modèle donc qui n’a aucune chance de survie à long terme, quels que soient les replâtrages et les doses d’étatisme ou de dirigisme que l’on réinjectera dans le système pour l’aider à se prolonger… Je gage que les soi-disantes recettes miracles et les perfusions du bon docteur Gordon Brown feront long feu, d’abord parce qu’elle relèvent essentiellement des soins palliatifs. On soigne les effets, pas les causes.
À ce titre, la crise n’est pas derrière mais devant nous. Quant à la reconstruction de l’outil industriel en Europe grâce à des partenariats oui, c’est un objectif. Un objectif pour la construction d’une Europe au service des hommes et des peuples et non pas au service des Marchands du Temple.
Cependant avec la crise, ces coopérations transversales ne devraient vraisemblablement pas être à l’ordre du jour. On a vu les difficultés du partenariat pour Airbus, les difficultés de coordination entre les unités de production, déjà pour des raisons sociologiques, culturelles, pour des questions de rivalité dans le pilotage aussi. Or nous venons de voir Mme Merkel, la chancelière allemande, envoyer sur les roses M. Sarkozy lorsque celui-ci tentait de placer son projet de gouvernance économique européenne. Mme Merkel lui a fait savoir assez sèchement que les Allemands entendaient gérer à leur façon le passage de ce mauvais cap financier et économique qui s’annonce à l’horizon 2009…qu’en conséquence, elle ne voulait pas entendre parler de « gouvernance » collective, la nouvelle marotte que M. Attali a soufflé à l’oreille au Président français au cours de ses six mois de présidence des Vingt-Sept. Bref, le spectre de la faillite planant sur un certain nombre de nos partenaires européens, Mme Merkel refuse d’avoir à traîner derrière elle une ribambelle d’éclopés et de bras cassés ! Le message est clair, chacun pour soi et les cochons seront bien gardés ! A-t-elle tout à fait tort ?
Quel personnage politique actuel vous paraît suffisamment libre pour défendre honnêtement votre (notre) point de vue ? Y a-t-il un "espoir" politique, d'abord ? Quelles autres voies selon vous ?
Il y en aurait eu un, Dominique de Villepin, qui en a la stature et l’expérience. Hélas ce n’est pas un tueur-né et on lui fait actuellement payer très cher la prise de position de la France contre l’invasion de l’Irak et pour le respect de la légalité internationale exposée le 13 février 2003 au Conseil de sécurité des Nations Unies. Traîné en correctionnelle dans le cadre de l’affaire Clearstream, il est clair qu’il ne s’agit pas seulement de vengeance personnelle. Il s’agit de toute évidence de le mettre sur la touche pour un bon bout de temps.
Il n’y a par ailleurs pas d’opposition en France, M. Bayrou est inexistant, Mme Royale s’est faite souffler le Ps qui, de toute façon, est semble-t-il pourri jusqu’à la moelle. L’affaire Dray et ses douteux goûts « blingblings » en sont une triste illustration. Cet homme a de toute évidence un goût marqué pour le pouvoir, or les idéaux de gauche ont été de tout temps détournés à des fins de pouvoir ou d’enrichissement personnels… ce cas n’est pas une exception, il ne fait, une fois de plus, que confirmer la règle
La conversion de la gauche au libéralisme extrême, à la suite de M. Blair, libertarisme connu sous le nom de reaganomics, est révélateur de sa déconfiture intellectuelle. L’ultralibéralisme qui prend son essor aux É-U sous la présidence démocrate de M. Carter est à comparer avec une addiction à l’héroïne, au début le monde est merveilleux, l’argent rentre à la pelle, le chômage diminue…mais ce sont des emplois de service, par définition instables parce que dépendants étroitement de la conjoncture. Vient un moment où arrive ce qui doit arriver, à force de marcher dans le vide, l’on finit par tomber. C’est ce qui vient de nous arriver… mais c’était prévisible.
Alors, que faire ? Il va falloir faire le gros dos en espérant que la crise permettra les recompositions indispensables. Ça ne se fera pas sans mal, ni certainement sans casse. D’abord de la casse sociale. Il existe également un risque non négligeable : le système va se débattre avant de crever et peut-être cherchera-t-il une issue dans la guerre. Les zones d’instabilité et de conflits ne manquent à commencer par l’Asie centrale où le basculement du Pakistan que pourrait déclencher l’intervention des forces conjointes des É-U et de l’Otan dans les zones tribales d’où partent les assauts des tribus pachtounes (rebaptisées Taliban pour les besoins de la cause), sur les positions occidentales en Afghanistan... Des territoires d’invention britannique situés entre le Pakistan et l’Afghanistan, mais hors de la juridiction pakistanaise. En fait, la guerre afghane semble être perdue d’avance et son extension vers le Pakistan comme son intensification - M. Obama va procéder à l’envoi de trente mille hommes supplémentaires en appui des soixante-dix mille opérant déjà sur le terrain - ne sont pas des signes positifs. Au contraire l’entêtement américain, sa vision idéologique et acculturée du conflit, le refus obstiné de prendre en compte les données les plus élémentaires de l’histoire, doivent inéluctablement conduire au fiasco final. En espérant qu’il n’y ait pas de dérapage régional ou au-delà. Surtout dans le contexte d’un regain de tension depuis les attentats de Bombay entre ces deux puissances nucléaires que sont l’Inde et le Pakistan… Mais au fond ! La montée en puissance du conflit afghan participe peut-être de ces grands chantiers style New Deal que nous annonce la nouvelle Administration américaine pour relancer une économie bien mal en point ? Les É-U ne sont-ils pas eux aussi au bord de la faillite ?
Un autre risque à ne pas exclure, celui d’un délestage massif des réserves chinoises en bons du Trésor américain. C’est une épée de Damoclès dont la Chine n’hésitera pas à se servir si d’aventure les É-U finissait par dresser des pare-feux protectionnistes contre les importations de produits – notamment asiatiques – qui plombent leur balance des paiements et achèvent de détruire leur tissu industriel… Ayons à l’esprit l’industrie automobile américaine au bord du gouffre. Si elle s’effondre, ce sont deux millions d’emplois qui disparaissent avec elle.
En ce qui nous concerne, en l’absence de toute opposition politique structurée autour d’une nouvelle vision – une vision procédant d’un retour au réel en tournant résolument le dos aux idéologies mortifères, à la pensée unique, au politiquement correct, au libéral-libertarisme, au monothéisme du marché et à la religion solipsistique de l’Ego-roi… l’individualisme égotiste qui ronge nos sociétés - je ne vois pas ce que nous pouvons faire hormis nous en remettre à la divine Providence.
Je vous rappelle que le domaine de la communication de masse, à l’exception de la Toile – mais pour combien de temps encore ? – le système est verrouillé de A à Z. L’éventualité de grèves insurrectionnelles n’est évidemment pas à exclure, reste qu’une révolte n’est pas une révolution. Nous sommes à ce point profondément divisés contre nous-mêmes qu’il coulera encore beaucoup d’eau sous les ponts avant que des hommes susceptibles de rassembler et d’organiser ce qui reste de forces vives en France et en Europe, ne parviennent à émerger… Encore que, compte tenu de l’accélération de l’histoire, rien n’interdit de croire aux miracles !
L'entrée prévisible de la Géorgie dans l'Otan constitue-t-elle une déclaration implicite de guerre de l'Europe à la Russie ?
Déclaration de guerre, non pas encore, heureusement. Mais plus rien ne sera plus comme avant. Le gouvernement russe ne croient plus au bon vouloir du camp occidental, américano-européen. Ils ont maintenant la preuve que le dispositif qui va être implanté en Pologne (vecteurs d’interception) et en Tchéquie (radars d’acquisition) n’est pas destiné à protéger l’Europe et encore moins le territoire américain d’hypothétiques tirs de missiles iraniens, mais qu’il est exclusivement dirigé contre la Russie.
Nous ne sommes pas encore revenus à la guerre froide, mais nous en prenons le chemin. Les faits parlent d’eux-mêmes. La politique occidentale dans le Caucase et en mer Noire est une politique à risque… Grâce à Dieu Mme Palin, aujourd’hui figure montante du Parti Républicain, n’est pas devenue vice-présidente des É-U, elle qui déclarait qu’elle était prête à en découdre militairement parlant avec Moscou à propos de la Géorgie.
Notons que M. Sarkozy semble avoir été assez ménager des intérêts des Européens de l’Ouest dans sa gestion de sortie de crise au grand dam des Polonais et autres clients des É-U d’Europe orientale… Ce qui est plutôt judicieux au moment même – le 23 décembre – où M. Poutine déclare ubi et orbi que l’heure de la vérité des prix ayant sonné, la fin du gaz bon marché était arrivé. À bon entendeur, salut, même si ce message s’adresse en priorité aux Ukrainiens… Reste au final que les blessures occasionnées par la crise du 8 août et l’agression brutale de Tbilissi contre l’Ossétie du Sud, sont profondes et se feront sentir d’ici peu, au cours des six mois à venir, à l’occasion de la présidence tchèque de l’Union européenne.
Il est en effet à craindre que la Géorgie en compagnie de l’Ukraine n’entre dans l’Otan car beaucoup militent en ce sens, à commencer par le couple polono-tchèque malgré les réserves exprimées antérieurement au sommet de Bucarest d’avril 2008 par la France et l’Allemagne, cette dernière ayant depuis changé son fusil d’épaule. Notons cependant, qu’en dépit de la volonté américaine de forcer le passage, les ministres des Affaires étrangères de l’Otan, réunis les 2 et 3 décembre au siège de l’Alliance à Bruxelles, sont convenus d’approfondir leur coopération avec la Géorgie et l’Ukraine, sans préjuger des décisions ultérieures devant être prises au sujet de leur l’adhésion. Laquelle est, pour l’heure reportée sine die… Même si les É-U sont loin et n'ont cure des états d’âme de leurs alliés, ils sont malgré tout bien obligés d’en tenir compte a minima et qu’ils ne peuvent ignorer les engagements pris avec la Russie au titre des accords du 12 août et du 8 septembre relatif à la sortie de crise. Cela d’autant plus que la Russie est bien de retour sur la scène internationale… ce qu’elle a prouvé par sa capacité de projection de forces et l’immédiateté de sa réaction à l’offensive inconsidérée sur l’Ossétie du Sud du président géorgien Saakachvili. Le réalisme imposait donc de reprendre le dialogue avec Moscou dans le cadre du Conseil Otan-Russie… Je vois mal Washington, empêtrée dans une crise qui n’a pas fini de faire parler d’elle, franchir pas la ligne rouge. La conjoncture ne s’y prête pas, on ne peut pas fâcher tout le monde en même temps
Pourquoi faire revoter les Irlandais qui ont déjà dit « non » au traité de Lisbonne ?
Parce que c’est « ça » la démocratie. Le droit de vote n’est accordé qu’à la condition expresse de bien voter. Ainsi, comme Sisyphe devait rouler son rocher jusqu’à plus soif, les Irlandais sont-ils condamnés à voter jusqu’à ce qu’ils votent « bien », c’est-à-dire comme on leur a indiqué de le faire. Pourquoi d’ailleurs sommes-nous dans un système de démocratie représentative ? Pour que nous donnions un blanc-seing à des gens qui vous ont fait la danse du ventre afin d’obtenir vos suffrages et qui ensuite n’en font qu’à leur tête… et surtout suivant leurs intérêts de carrière, leur vanité et leur gloriole personnelle. Nos dirigeants ont une peur bleue du peuple, du vote populaire, tout est arrangé, maquignonné pour créer des monopoles électoraux et surtout pour exclure les gêneurs, ceux qui auraient quelque chose à dire, les vrais représentants du pays réel.
Pourquoi l’Irlande est-elle la seule à s’être prononcée par voie référendaire pour ratifier le Traité de Lisbonne ? Parce que c’était inscrit dans sa Constitution et qu’ « ils » n’avaient pas eu le temps de la modifier. Ils s’en mordent d’ailleurs les doigts. M. Sarkozy a été plus prudent en ce qui nous concerne : à propos des nouvelles adhésions à l’UE – une disposition qui visait essentiellement la Turquie - la Constitution française prévoyait une consultation de la Nation. Cela avait fait l’objet d’une modification de la Constitution à l’initiative de Jacques Chirac. Qu’a fait M. Sarkozy, pourtant officiellement opposé à l’entrée de la Turquie ? Il s’est empressé l’automne dernier de faire modifier une nouvelle fois la Constitution et fait supprimer ce garde fou. Exit le referendum ! Cela donne une idée des singeries habituellement utilisées pour mener le bon peuple en bateau, on lui fait avaler des sandwichs de couches superposées de mensonges.
La France vient de modifier l'article 35 de la constitution française ou le gouvernement est libre de déclarer la guerre et non plus le Parlement comme en dispose la constitution de 1958 ?
Malgré les pouvoirs considérables de contrôle et de censure du Congrès des É-U, le Parlement américain n’a pas non plus la capacité de contrecarrer une décision présidentielle motivée d’entrer en guerre. De facto, nous sommes passés insensiblement de la Ve à la VIe République, la dérive présidentialiste s’est accéléré avec la nouvelle présidence et plus encore avec la réforme constitutionnelle concoctée par MM. Balladur et Lang… Mais cette latitude de déclarer la guerre en court-circuitant la représentation nationale n’est pas d’hier… déjà en 1999 lors de la seconde cohabitation. M. Jospin étant Premier ministre, la décision d’entrer en guerre contre République fédérative de Yougoslavie a été prise sans aucune consultation du Parlement. Il s’agissait d’ailleurs une guerre d’agression intra-européenne, la première depuis 1939, sans mandat du Conseil de Sécurité contre l’aveu donc des NU, autrement dit hors de toute légalité internationale… Le précédent existant, on ne voit pas pourquoi, en cas de besoin, il y aurait à se gêner. Non ?
La France se prépare-t-elle à la guerre ?
Elle est déjà en guerre. Entre autres en Afghanistan, mais nous sommes également en première ligne sur la frontière soudano-tchadienne. Le Soudan est une cible et un conflit potentiel. Le nouveau Vice-président Joe Biden est depuis longtemps un chaud partisan de l’intervention armée contre Khartoum… Si cela devait avoir lieu, ce sera vraisemblablement les forces de l’Otan, en un mot « nous », qui seraient engagés… L’inculpation par le Tribunal pénal international du président soudanais Omar Al-Bachir suit un processus tout à fait analogue à celui qui a précédé la guerre contre la Fédération yougoslave dirigé par Slobodan Milosevic et contre l’Irak de Saddam Hussein –
Oui, la France se prépare à la guerre en tant que force supplétive au sein du dispositif américain suivant des visées à caractère hégémonique sur la majeure partie de l’hémisphère nord… la France se prépare également à la guerre intérieure, idem pour les É-U… Le cauchemar actuel de nos dirigeants est l’éventuel déclenchement de troubles de grandes ampleurs et la répétition des émeutes de novembre 2005, mais cette fois-ci au cœur des villes. Ils savent que dans ce cas ils risqueraient d’être balayés… Le pouvoir en est conscient, ces gens savent qu’ils dansent sur un volcan !
L’un des buts de cette Europe, est-il d'instituer une Europe de la défense placée sous tutelle de L'OTAN et d’octroyer un siège permanent au Conseil de sécurité des NU à l’UE au lieu et place de la France et du R-U ?
Nous en prenons la direction. Surtout si l’on accorde un siège permanent à l’Afrique du Sud suivant la promesse qui en a été faite à M. Thabo Mbeki, alors président de la RAF, par M. Sarkozy fin février dernier. Celui-ci, sous prétexte de lui vendre une centrale nucléaire, avait obtenu en échange d’un siège au Conseil de sécurité, un engagement de vote contre l’Iran.
Mais qu’est-ce que cela change sur le fond ? La France s’est payé le luxe de dire une fois « non » par la bouche de M. Villepin en février 2003, non à une guerre illégale et illégitime contre l’Irak. Nous l’avons payé cher. Ce cas de figure ne se reproduira pas, pas avant 2012, sauf accident. La France est rentrée dans le rang européen – le Traité de Lisbonne dit « simplifié » a été ratifié par le Parlement et cette fois les Français n'ont pas été invités à donner leur avis - et nous sommes plus encore rentrés dans le rang américain en participant par anticipation au supplément d’effort de guerre en Afghanistan. Ce à quoi s’est refusé jusqu’ici l’Allemagne.
Alors si nous perdons un droit de veto voué à ne pas servir, où est le drame ?
Avec l’Europe politique, l’Europe supranationale qui va se consolider avec la mise en œuvre du Traité de Lisbonne, elle sera censée parler d’une seule voix, celle de M. Javier Solana, son actuel officieux Ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’Otan. La France aux ordres de Washington ayant renoncé à une diplomatie indépendante de Washington, la seule difficulté résidera dans l’adaptation au changement de cap prévisible de la nouvelle Administration américaine. Nous étions aligné sur l’équipe de M. Bush, il va falloir se reconvertir… Or ici les esprits sont un peu lents, l’ordre des priorités ne sera plus exactement le même, la résolution du conflit israélo-palestinien ne sera plus une priorité au même titre qu’aujourd’hui ; la Maison-Blanche négociera avec Téhéran pour sortir des merdiers irakiens et afghans. L’avons-nous vraiment compris ? Cela promet des révisions pénibles et quelques joyeux quiproquos.
notes
Jean Michel Vernochet, politologue, écrivain et journaliste, a dirigé l’ouvrage collectif « Manifeste pour une Europe des Peuples », Éditions du Rouvre. 1,villa Gagliardini 75020 Paris. 30 € franco de port.
* Les coopérations renforcées dans le Traité d’Amsterdam du 2 octobre 1999n modifiant le TCE, Traité de Maëstricht, 7 février 1992.
La coopération renforcée a pour objectif de permettre à un nombre limité d'Etats, désireux d'aller de l'avant, de renforcer leurs liens dans des domaines jugés indispensables sans se heurter à l'opposition des autres Etats membres. Le recours aux coopérations renforcées doit répondre à six exigences (art. 43 du traité de l'Union européenne) : favoriser la réalisation des objectifs de l'Union ; respecter les principes des traités et le cadre institutionnel unique de l'Union ; n'affecter ni l'acquis communautaire, ni les droits et obligations des Etats qui n'y participent pas. Rien n'interdit cependant les Etats de s'affranchir du système institutionnel européen pour renforcer leur coopération dans un domaine particulier. Toutefois le traité d'Amsterdam aura alors, par excès de précautions, manqué son but qui était précisément de réintégrer dans un cadre institutionnel unique des initiatives apparues aux marges du traité.
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Re: Europe et mondialisation
Les élites françaises : cyniques ou stupides ?
Que penser du débat télévisuel qui a eu lieu sur France 5, dans l’émission Riposte, dimanche 3 février 2008, au sujet du traité de Lisbonne ? Comment interpréter les «arguments des pro-européens» ? Cynisme ou naïveté ?
J’ai été stupéfait en écoutant le débat (Rispostes sur France 5) dimanche soir au sujet du "mini-traité" européen.
Abasourdi de voir des hommes politiques, qui se définissent pourtant comme des modérés, nous expliquer que le « non » du référendum de mai 2005 était nul et non avenu (référendum qui n’aurait donc jamais dû avoir lieu), que les citoyens français n’étaient pas capables de juger du bien-fondé de cette Europe.
Mon sang se glace lorsque j’entends un député du PS (Vincent Peillon) dire doctement que les citoyens de sa circonscription était à 66% contre la constitution de 2005, mais qu’il va voter pour, considérant qu’il est plus démocratique de suivre les consignes de son parti.
Je suis sidéré d’entendre un « représentant du peuple » centriste (Jean-louis Bourlanges) nous expliquer que la politique est une chose trop sérieuse pour la confier au peuple français, et que seuls des experts et des technocrates sont habilités à diriger un pays.
Je suis consterné d’entendre un écrivain (Camille de Toledo), se déclarant idéologiquement entre le PS et la LCR (sic), affirmer que cette Europe confiscatoire est nécessaire car elle serait la conséquence directe des charniers du vingtième siècle (Les constructions artificielles qui se sont faites contre les peuples, comme la Yougoslavie ou même l’empire soviétique, n’ont pourtant jamais empêché les massacres).
Je reste pétrifié lorsque j’entends ces individus avouer et approuver le fait que le mini-traité est la copie conforme du texte de 2005, qu’il a été volontairement et inutilement complexifié dans le seul but d’éviter la consultation populaire, et affirmer dans le même temps, la main sur le coeur, qu’ils sont d’authentiques démocrates parce qu’ils favorisent la ratification parlementaire. Ratification parlementaire qui serait, selon eux, plus conforme aux traditions françaises alors qu’elle foule au pied toutes les valeurs issues de la Révolution française. Même le maréchal Pétain n’aurait pu imaginer, dans ses rêves les plus fous, une victoire aussi éclatante sur l’héritage révolutionnaire, sans coup férir.
Je suis effaré de voir que les castes au pouvoir ne prennent même plus la peine de cacher leur arrogance et leur mépris du peuple.
Il va donc falloir remplacer le terme « machiavélisme » pour désigner le cynisme en politique car même Nicolas Machiavel pensait, qu’étant donné l’incertitude liée à toute action politique, la décision d’un million d’individus était plus sûre et plus fiable que la décision d’un seul, fût-il plus éclairé en la matière.
En effet, l’Histoire récente nous a montré que les élites de tous poils étaient plus souvent sujettes à l’idéologie et au dogmatisme, voire à l’aveuglement, que le peuple lui-même (combien de ceux qui affichent leur soi-disant lucidité actuelle étaient d’inconditionnels admirateurs des dictatures communistes il y a seulement 20 ans ; n’oublions pas non plus l’admiration et le soutien du grand patronat français à Hitler durant les années 30 ; mais aussi l’admiration de toute l’intelligentsia française pour Staline, pourtant responsable de la mort et de la déportation de millions d’individus, dans les années 50 et 60 ; sans parler de l’intelligentsia parisienne applaudissant la prise de pouvoir de Pol Pot, responsable du génocide de son propre peuple...).
Je me suis longtemps demandé si nos gouvernants étaient cyniques ou naïfs, et laquelle de ces probabilités était la plus inquiétante pour notre avenir. La réponse m’est apparue clairement dimanche soir, me laissant comme un goût amer dans la bouche et une étrange sensation de malaise : nos élites seraient donc cyniques et naïves.
Péricles Samedi 09 Février 2008
http://www.observatoiredeleurope.com/
Que penser du débat télévisuel qui a eu lieu sur France 5, dans l’émission Riposte, dimanche 3 février 2008, au sujet du traité de Lisbonne ? Comment interpréter les «arguments des pro-européens» ? Cynisme ou naïveté ?
J’ai été stupéfait en écoutant le débat (Rispostes sur France 5) dimanche soir au sujet du "mini-traité" européen.
Abasourdi de voir des hommes politiques, qui se définissent pourtant comme des modérés, nous expliquer que le « non » du référendum de mai 2005 était nul et non avenu (référendum qui n’aurait donc jamais dû avoir lieu), que les citoyens français n’étaient pas capables de juger du bien-fondé de cette Europe.
Mon sang se glace lorsque j’entends un député du PS (Vincent Peillon) dire doctement que les citoyens de sa circonscription était à 66% contre la constitution de 2005, mais qu’il va voter pour, considérant qu’il est plus démocratique de suivre les consignes de son parti.
Je suis sidéré d’entendre un « représentant du peuple » centriste (Jean-louis Bourlanges) nous expliquer que la politique est une chose trop sérieuse pour la confier au peuple français, et que seuls des experts et des technocrates sont habilités à diriger un pays.
Je suis consterné d’entendre un écrivain (Camille de Toledo), se déclarant idéologiquement entre le PS et la LCR (sic), affirmer que cette Europe confiscatoire est nécessaire car elle serait la conséquence directe des charniers du vingtième siècle (Les constructions artificielles qui se sont faites contre les peuples, comme la Yougoslavie ou même l’empire soviétique, n’ont pourtant jamais empêché les massacres).
Je reste pétrifié lorsque j’entends ces individus avouer et approuver le fait que le mini-traité est la copie conforme du texte de 2005, qu’il a été volontairement et inutilement complexifié dans le seul but d’éviter la consultation populaire, et affirmer dans le même temps, la main sur le coeur, qu’ils sont d’authentiques démocrates parce qu’ils favorisent la ratification parlementaire. Ratification parlementaire qui serait, selon eux, plus conforme aux traditions françaises alors qu’elle foule au pied toutes les valeurs issues de la Révolution française. Même le maréchal Pétain n’aurait pu imaginer, dans ses rêves les plus fous, une victoire aussi éclatante sur l’héritage révolutionnaire, sans coup férir.
Je suis effaré de voir que les castes au pouvoir ne prennent même plus la peine de cacher leur arrogance et leur mépris du peuple.
Il va donc falloir remplacer le terme « machiavélisme » pour désigner le cynisme en politique car même Nicolas Machiavel pensait, qu’étant donné l’incertitude liée à toute action politique, la décision d’un million d’individus était plus sûre et plus fiable que la décision d’un seul, fût-il plus éclairé en la matière.
En effet, l’Histoire récente nous a montré que les élites de tous poils étaient plus souvent sujettes à l’idéologie et au dogmatisme, voire à l’aveuglement, que le peuple lui-même (combien de ceux qui affichent leur soi-disant lucidité actuelle étaient d’inconditionnels admirateurs des dictatures communistes il y a seulement 20 ans ; n’oublions pas non plus l’admiration et le soutien du grand patronat français à Hitler durant les années 30 ; mais aussi l’admiration de toute l’intelligentsia française pour Staline, pourtant responsable de la mort et de la déportation de millions d’individus, dans les années 50 et 60 ; sans parler de l’intelligentsia parisienne applaudissant la prise de pouvoir de Pol Pot, responsable du génocide de son propre peuple...).
Je me suis longtemps demandé si nos gouvernants étaient cyniques ou naïfs, et laquelle de ces probabilités était la plus inquiétante pour notre avenir. La réponse m’est apparue clairement dimanche soir, me laissant comme un goût amer dans la bouche et une étrange sensation de malaise : nos élites seraient donc cyniques et naïves.
Péricles Samedi 09 Février 2008
http://www.observatoiredeleurope.com/
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