Malgré une apparente confusion....
L'OMC GRIGNOTE L'EUROPE
L'Organisation Mondiale du Commerce - l'OMC - est un des instruments les plus performants du système mondialiste. A l'occasion de ses grandes réunions plénières, on a l'impression contraire: le tranchant de ses actions apparaît bien émoussé, au milieu des querelles entre groupes d'Etats, et volontés contradictoires. La confusion semble régner, les conclusions manquent ou sont trop floues. Mais, en fait, l'OMC poursuit son but: submerger l'Europe de produits du tiers-monde ...
Les organismes mondialistes ne manquent pas, tels le G7 et ses déclinaisons, l'OCDE,l a Banque Mondiale, le FMI, et ainsi de suite, sans oublier les Nations Unies. Le seul à vraiment ratisser le plus large, avec efficacité, est cependant l'OMC. Elle a rassemblé à Hong Kong 149 pays, représentés par leur ministre du Commerce (et quelques autres). De plus, des milliers de délégués de la finance et des multinationales étaient sur place, ainsi que les inévitables « altermondialistes », les troupes de choc du mondialisme version Karl Marx. La conférence a eu pour thème principal le problème des subventions agricoles, mis en attente depuis le plenum de Cancun, en 2003. Compte tenu des intérêts opposés, l'opinion des 11 000 journalistes présents était qu'il ne sortirait rien, ou presque, des travaux d'une assemblée destinée à promouvoir « la libéralisation du commerce mondial ».
A priori, un tel pronostic, semblait assuré. Les pays industrialisés « blancs » ne présentaient aucun front commun, Amérique et Europe des 25 s'accusant réciproquement de « protectionnisme », et de ne pas en faire assez pour le tiers monde. Les Etats asiatiques, centre et sud-américains, africains, n'ont pas constitué une masse homogène, du fait du suivisme de certains d'entre eux derrière les Etats-Unis, et de leurs différences de développement, d'où les qualificatifs d'« émergents » (Chine, Inde, Brésil..) et de « pays moins avancés », les PMA. L'Europe a fourni le spectacle lamentable de son manque de coordination. Elle l'a étalé à Hong Kong. Les relations entre Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce, et le gouvernement de Paris, par exemple, se sont révélées fort peu confiantes.
Du coup, chaque dossier s'est transformé en champ de bataille, qu'il s'agisse du coton ou des services, ou de l'industrie. Les blocages se sont multipliés. Ce qui n'a pas troublé le trop habile Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, qui sait d'instinct ce que souhaitent les financiers internationaux. Il a eu l' occasion de sourire quand Christine Lagarde, notre ministre du Commerce, s'est exclamée, au sujet de l'Agriculture: « Nous avons déjà tout retiré. Nous nous retrouvons en sous-vêtements, et on veut maintenant nous faire retirer nos sous-vêtements. C'est non! »
Les Américains ont réussi à gagner du temps. Ils ont subtilement manœuvré en reportant toutes les discussions concrètes aux sous-commissions permanentes de l'OMC, qui en traiteront d'ici fin 2006, terme obligatoire du « cycle de Doha ». Les Chinois, pour leur part, ont pratiqué le même genre d'attentisme, dans la plus grande discrétion. On fera croire que la France a échappé à un règlement fâcheux. Celui-ci se réalisera de lui-même au cours de l'année prochaine. La seule attitude possible était de se retirer à grand fracas du système. Inimaginable pour Chirac, que son obsession dépassée du tout-export condamne au tout-import imposé. En tout état de cause, l'OMC a pris la décision de supprimer les tarifs douaniers et les quotas d'importation pour les pays les moins développés - 32 en tout. Un geste symbolique sans portée, semble-t-il. Il n'en est rien. Car les « grands » du tiers monde, comme l'Inde, le Brésil ou la Chine, en profiteront pour s'implanter chez les 32, et exporter vers l'Europe à partir de ces Etats. A Hong Kong, le Vieux Continent a continué de sombrer.
Alexandre Martin National Hebdo du 22 au 28 décembre 2005
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