La nouvelle mouture de la ... Constitution européenne, dénommée Traité de Lisbonne, devrait théoriquement être ratifiée sans problème, puisqu'on ne demande pas l'avis des peuples. Tel est le cynisme, poussé à l'absurde, des européistes, qui cherchent, disent-ils, à combler le « déficit démocratique » de l'Union européenne, et refusent que les peuples soient associés de près ou de loin au processus qu'ils ont décidé dans le secret de leurs officines.
Toutefois, ils ne peuvent pas échapper à un référendum : en Irlande. Car la Constitution irlandaise impose qu'il y ait un référendum pour tout traité international qui porte atteinte si peu que ce soit à la souveraineté du pays, et Dieu sait si le traité de Lisbonne est dans ce cas ... Pendant les tractations, personne ne s'est soucié de l'Irlande. Pas même les dirigeants irlandais. Il allait de soi que le peuple irlandais ratifierait comme un seul homme le nouveau traité européen. Car il n'y a pas plus européens que les Irlandais, et le non au traité de Nice, en 2001, n'était qu'un accroc vite oublié, vite effacé par le référendum suivant, où le peuple irlandais avait été remis, vite fait bien fait, dans le droit chemin.
les européistes discernent de " mauvais présages" ...
Le problème est que ce scénario idéal ne paraît pas correspondre à ce qui se passe. Les sondages ne sont pas bons du tout. Le dernier en date indique que 26 % seulement des Irlandais envisagent de voter oui, que 10 % prévoient de voter non, et que 64 % se disent indécis.
Le lobby anglais « Center for european reform », ouvertement européiste, tire la sonnette d'alarme par un texte de Hugo Brady intitulé De mauvais présages menacent le référendum irlandais (sur lequel le blog d'Henri Védas, Bruges-Europe, a opportunément attiré l'attention).
L'essentiel du monde des affaires, de la politique, des médias, est favorable au traité, rappelle le lobby. Comme cela a toujours été le cas pour les traités précédents ... y compris en 2001 quand il y eut la très mauvaise surprise.
Mais le Centre pour une réforme européenne décrit pas moins de quatre facteurs qui risquent de donner une douche froide à l'euro-optimisme officiel.
Premièrement, les Irlandais pourraient utiliser ce référendum pour sanctionner la politique économique de l'actuel gouvernement, qui paraît usé après près de onze ans de pouvoir.
Deuxièmement, l'alliance entre les milieux d' affaires et organisations de la société civile, qui avait permis le oui au second référendum sur le traité de Nice, n'existe plus. Les discussions sur l'harmonisation fiscale ont sapé le soutien des milieux d'affaires, et une nouvelle organisation, Libertas, fait une campagne très efficace contre la « clause passerelle »de la Constitution européenne, reprise, comme le reste, dans le traité de Lisbonne, qui permet au Conseil européen de passer outre à tout ce qui reste des souverainetés nationales. Avec ce slogan percutant: « Pourquoi les gens devraient-ils voter contre leur droit de vote ? »
Troisièmement, le traité de Lisbonne ne contient aucun grand projet, comme l'euro (Maastricht) ou l' élargissement (Nice), qui puisse susciter un intérêt du grand public. Il s'agit d'un « ensemble de réformes bureaucratiques », qui ne permet pas au pouvoir de vanter une ambition européenne quelconque, mais incite plutôt les citoyens à rester chez eux. Il ne reste aux tenants du oui qu'à rappeler aux Irlandais les bienfaits de leur adhésion à l'Union européenne ... au moment où ils sont pleins de désillusions concernant l'excès de réglementations, et surtout quant à l'immigration.
Il s'agit ici d'un point très important. Pendant la campagne du second référendum sur le traité de Nice, les pouvoirs politico-médiatiques avaient martelé que l'élargissement de l'Union européenne ne se traduirait pas par une hausse de l'immigration. Or l'élargissement a conduit à des niveaux d'immigration record, au point de faire de l'Irlande le pays européen à plus forte croissance de population ...
Enfin, le consensus européiste des médias, qui était très fort jusqu'ici, est désormais affaibli par l'influence croissante des médias britanniques.
On sait que certains « tabloïds » britanniques sont ouvertement « eurosceptiques ». Or ils prennent des parts de marché de plus en plus importantes en Irlande. Ceci est intéressant en soi. Il était stupéfiant, en effet, de voir à quel point la presse Irlandaise était monocolore (à l'image de sa classe politique), bien plus encore que chez nous. Mais la nature a horreur du vide.Et par un de ces paradoxes dont l'histoire a le secret les Irlandais vont chercher un autre son de cloche dans la presse de l' ancien colonisateur ...
De ce fait, le quotidien irlandais à plus gros tirage, The Irish Independant, s'est mis à reproduire des textes du Daily Telegraph, journal qui mène une très active campagne contre le traité de Lisbonne.
Or nous n'en sommes pas encore à la campagne officielle, pour un référendum dont la date n'est pas fixée (il aura lieu en mai ou en juin). Alors, les tenants du non, qui n'ont pour l'heure pas d'autres moyens que leur conviction, leur militantisme ou leurs désillusions, auront une parfaite égalité de temps et d'espace médiatique avec les tenants du oui ...
Contrebalancer la voix de Le Pen ...
Confrontés à la grogne populaire due à la :morosité ambiante et à la difficulté de vanter l'incompréhensible traité, poursuit le lobby britannique, les dirigeants risquent d'être tentés de mettre en avant que si les Irlandais rejettent le traité ce sera une catastrophe. Ce serait une erreur, dit le lobby (européiste , rappelons-le), car les Irlandais ont vu que le non français et néerlandais en 2005 n'a entraîné aucune des catastrophes que les tenants du oui avaient prédites pour leur pays respectif si la Constitution européenne n'était pas ratifiée ...
Le commissaire européen irlandais, Charlie Mc Creeevy, doit être un personnage clef dans le débat. Mais il a déjà semé la consternation en déclarant que son pays serait la risée de l'Europe s'il rejetait le traité. Le Centre pour une réforme européenne l'engage à être davantage à la hauteur de son rôle pivot dans lé débat, afin que sa voix contrebalance celle des adversaires non irlandais du traité, comme « Jean-Marie Le Pen qui a promis de se rendre en Irlande pour appuyer la campagne pour le non ».
Les opposants au traité ont un argument tout trouvé: celui qu'ils avaient utilisé pour le traité de Nice, et qui est ici encore plus vrai : « If you don't know, vote no » : si vous ne comprenez rien au traité, votez non.
Or le traité de Lisbonne est strictement illisible, puisqu'il s'agit d'un catalogue de modifications, parfaitement incompréhensibles en elles-mêmes, apportées aux traités précédents .
Y D. National Hebdo janvier 2008
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L' IRLANDE ?
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