FRÉDÉRIC LE PLAY
Publié : 25/06/2007 - 15:56
Sa vie
Pierre-Guillaume-Frédéric Le Play naît à La Rivière-Saint-Sauveur près de Honfleur le 11 avril 1806. Sa mère et lui même sont entretenus par un prêtre, qui pourvoit également à ses études. Il part pour Paris à l'âge de dix-huit ans pour y suivre les cours du Collège Saint-Louis, de l'Ecole polytechnique et finalement de l'Eco!e des mines où il obtient le titre d'ingénieur en chef de 1ère classe, après deux ans seulement, avec la meilleure note jamais obtenue dans cette école. Il obtient la permission d'entreprendre un voyage de deux cents jours en Prusse et dans d'autres états allemands pour y étudier l'organisation du travail dans les mines. Il recueille là ses premières impressions sur le monde ouvrier et ses réalités sociales. Sa carrière revêt dès lors un double aspect: d'une part il se consacrera à l'enseignement et à l'étude de la stricte métallurgie, et il s'attachera à l'observation des faits sociaux d'autre part en tentant d'établir des solutions relatives à l'établissement d'un ordre social entre patronat et ouvriers. En 1830, il est nommé professeur de docimasie (Analyse quantitative des minerais métalliques), puis sous-directeur et inspecteur des études à l'Ecole des mines, fonctions qu'il exercera jusqu'en 1850. Durant cette période, il entreprend de nombreux voyages en Europe : en Espagne où le gouvernement le nomme responsable de l'établissement d'une carte géologique du pays; il est envoyé par Louis-Philippe en 1835 en Belgique pour y traiter des problèmes douaniers avec la France; en 1837, il est appelé par le Tsar Nicolas II en Russie pour y explorer des terrains carbonifères... Lors d'un deuxième voyage en Russie en 1844, il rencontre le prince Demidov qui lui confie la restructuration de ses exploitations minières dans l'Oural qui exploitent 45'000 ouvriers. Cette notoriété, sur les plans scientifiques, administratifs et organisationnels, lui vaut d'être nommé commissaire général de l'Exposition universelle de 1855, responsable de la section française de l'exposition de Londres en 1862, et surtout de l'organisation de celle de Paris en 1867. Il crée en 1856 la Société d'économie sociale, publie en 1864 La Réforme sociale, rédigée sur la base de notes prises lors de ses voyages et enquêtes à l'étranger, et est nommé sénateur en décembre 1867. Napoléon III l'a en estime, sa notoriété est reconnue dans le monde des sciences techniques et dans celui de la sociologie naissante. Il se retire de la vie active en 1870 et meurt à Paris en 1882.
Sa méthode
Le Play, avec son siècle, croit au besoin de méthodes d'investigation scientifiques pour permettre de définir les lois permettant d'expliquer les phénomènes étudiés. Pour lui l'étude de la société et de ses divers groupements doit se faire que par une observation rigoureuse des faits sociaux, afin de se défaire des idées préconçues. Il décide de se pencher sur la classe ouvrière, en commençant à l'échelle de la cellule familiale qui selon lui constitue la cellule sociale par excellence. La méthode qu'il adopte est basée sur l'élaboration de monographies rédigées grâce à des méthodes d'enquête directe, notamment par l'étude des budgets de familles ouvrières. Ces monographies sont rédigées selon le modèle suivant: dans une première partie, l'auteur fixe le contexte environnemental de l'enquête, tels que le cadre social, le milieu industriel relatifs à la famille étudiée; la deuxième partie est consacrée à la présentation des budgets proprement dits agrémentée de tableaux; la troisième est une présentation des phénomènes sociaux sur la base des deux premières parties. Il collecte de nombreuses observations lors de ses voyages à l'étranger, qu'il publie sous la forme de 300 monographies, sur lesquelles il s'appuie pour l'établissement de ses théories sociales. Il rédige ainsi une oeuvre monumentale, rassemblée dans les six volumes de son ouvrage Ouvriers européens, paru en 1855. A la demande de Napoléon III, il tentera de vulgariser sa thèse dans la Réforme sociale dont sept éditions seront tirées sur trois ans!
Ses idées
«Nous devons à nos ouvriers plus que le salaire. »
Selon Le Play, une amélioration de la condition ouvrière ne peut se faire que par le biais d'une "réforme sociale" par en haut. Etant donné que l'ouvrier se trouve à la base de la production industrielle, il y va de l'enjeu de toute l'industrie. Cette réforme doit donc être avant tout morale, par l'application des principes judéo-chrétiens exposés dans le Décalogue.
Cette idée peut être appliquée à l'échelle de toute cellule sociale : le progrès social repose sur une restauration de l'autorité du chef sur le groupe, du patron dans l'entreprise, du père dans la famille. On qualifie cette théorie de paternalisme. Elle oppose au principe de coercition alors en vigueur, celui d'une tutelle reposant sur des valeurs humaines et chrétiennes telles que la compréhension et l'altruisme.
Dans le but de diffuser ses idées, Le Play crée la Société internationale des études pratiques d'économie sociale, en 1856, qui regroupe des personnalités politiques du Second Empire; il institutionnalise en quelque sorte la sociologie leplayenne. Il favorise la multiplication de cercles ouvriers catholiques après s'être penché sur l'étude des corporations allemandes, et crée des unions de la paix sociale. Il fonde en 1881 la revue la Réforme sociale.
L'application de ses idées dans l'Expo universelle de 1867
Le Play élabore pour l'Exposition universelle de 1867 le concept d'un Il musée de l'histoire du travail ", qui retrace notamment l'évolution des régimes industriels. Il crée une section spéciale pour les objets ménagers "destinés à l'amélioration de la situation matérielle et morale des travailleurs ".
Il tente de favoriser la présence de délégations ouvrières, par l'établissement d'une Il commission d'encouragement aux études des ouvriers ", qui a pour tâche de prendre en charge, dans la mesure du possible, le voyage et l'hébergement d'ouvriers de la province, ainsi que de fournir une compensation en espèces pour le temps consacré à la visite. 350 ouvriers forment une Commission centrale ouvrière élue au suffrage universel. En l'échange de leur prise en charge, ils sont priés de rédiger des rapports par profession en partant de leurs observations suscitées par la visite de l'exposition et le déroulement de la manifestation. Il instaure enfin Il un nouvel ordre de récompenses en faveur des personnes, des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales auront développé la bonne harmonie entre ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel ". Les six cents entreprises qui participent au concours sont réunies dans ce qu'on appelle le Nouvel ordre de récompense. Outre les entreprises françaises recensées comme compatibles avec l'idéal social du concours par 86 enquêteurs, on y trouve des entreprises de nombreux pays d'Europe et du monde. Un jury est chargé d'étudier les dossiers et d'attribuer douze récompenses de 10'000 francs.
L'école des mines
Fondée par Sage (chimiste et minéralogiste français, 1740-1824) qui en fut le premier directeur, créée en 1783, cette école était consacrée à l'étude des sciences minéralogiques, et des questions relatives à l'exploitation de l'industrie minière. Scindée en deux écoles distinctes sous l'Empire, dont l'une établie à Geislautern, était spécialisée dans le traitement des mines de fer, et l'autre à Pesey, dans celui des mines de plomb, de cuivre et d'argent, elle fut recréée à Paris après la Restauration, en décembre 1816. La durée des études y était de trois ans. Celles-ci combinaient des cours théoriques (chimie, physique, géologie, métallurgie, cours d'exploitation et machines) et des expériences pratiques, telles que des projets d'exploitation. Le but de cette école était de former des ingénieurs au service de l'Etat, ainsi que des étudiants " libres ", voués au génie civil.
ASC
http://www.actionsocialcorp.canalblog.com/
Pierre-Guillaume-Frédéric Le Play naît à La Rivière-Saint-Sauveur près de Honfleur le 11 avril 1806. Sa mère et lui même sont entretenus par un prêtre, qui pourvoit également à ses études. Il part pour Paris à l'âge de dix-huit ans pour y suivre les cours du Collège Saint-Louis, de l'Ecole polytechnique et finalement de l'Eco!e des mines où il obtient le titre d'ingénieur en chef de 1ère classe, après deux ans seulement, avec la meilleure note jamais obtenue dans cette école. Il obtient la permission d'entreprendre un voyage de deux cents jours en Prusse et dans d'autres états allemands pour y étudier l'organisation du travail dans les mines. Il recueille là ses premières impressions sur le monde ouvrier et ses réalités sociales. Sa carrière revêt dès lors un double aspect: d'une part il se consacrera à l'enseignement et à l'étude de la stricte métallurgie, et il s'attachera à l'observation des faits sociaux d'autre part en tentant d'établir des solutions relatives à l'établissement d'un ordre social entre patronat et ouvriers. En 1830, il est nommé professeur de docimasie (Analyse quantitative des minerais métalliques), puis sous-directeur et inspecteur des études à l'Ecole des mines, fonctions qu'il exercera jusqu'en 1850. Durant cette période, il entreprend de nombreux voyages en Europe : en Espagne où le gouvernement le nomme responsable de l'établissement d'une carte géologique du pays; il est envoyé par Louis-Philippe en 1835 en Belgique pour y traiter des problèmes douaniers avec la France; en 1837, il est appelé par le Tsar Nicolas II en Russie pour y explorer des terrains carbonifères... Lors d'un deuxième voyage en Russie en 1844, il rencontre le prince Demidov qui lui confie la restructuration de ses exploitations minières dans l'Oural qui exploitent 45'000 ouvriers. Cette notoriété, sur les plans scientifiques, administratifs et organisationnels, lui vaut d'être nommé commissaire général de l'Exposition universelle de 1855, responsable de la section française de l'exposition de Londres en 1862, et surtout de l'organisation de celle de Paris en 1867. Il crée en 1856 la Société d'économie sociale, publie en 1864 La Réforme sociale, rédigée sur la base de notes prises lors de ses voyages et enquêtes à l'étranger, et est nommé sénateur en décembre 1867. Napoléon III l'a en estime, sa notoriété est reconnue dans le monde des sciences techniques et dans celui de la sociologie naissante. Il se retire de la vie active en 1870 et meurt à Paris en 1882.
Sa méthode
Le Play, avec son siècle, croit au besoin de méthodes d'investigation scientifiques pour permettre de définir les lois permettant d'expliquer les phénomènes étudiés. Pour lui l'étude de la société et de ses divers groupements doit se faire que par une observation rigoureuse des faits sociaux, afin de se défaire des idées préconçues. Il décide de se pencher sur la classe ouvrière, en commençant à l'échelle de la cellule familiale qui selon lui constitue la cellule sociale par excellence. La méthode qu'il adopte est basée sur l'élaboration de monographies rédigées grâce à des méthodes d'enquête directe, notamment par l'étude des budgets de familles ouvrières. Ces monographies sont rédigées selon le modèle suivant: dans une première partie, l'auteur fixe le contexte environnemental de l'enquête, tels que le cadre social, le milieu industriel relatifs à la famille étudiée; la deuxième partie est consacrée à la présentation des budgets proprement dits agrémentée de tableaux; la troisième est une présentation des phénomènes sociaux sur la base des deux premières parties. Il collecte de nombreuses observations lors de ses voyages à l'étranger, qu'il publie sous la forme de 300 monographies, sur lesquelles il s'appuie pour l'établissement de ses théories sociales. Il rédige ainsi une oeuvre monumentale, rassemblée dans les six volumes de son ouvrage Ouvriers européens, paru en 1855. A la demande de Napoléon III, il tentera de vulgariser sa thèse dans la Réforme sociale dont sept éditions seront tirées sur trois ans!
Ses idées
«Nous devons à nos ouvriers plus que le salaire. »
Selon Le Play, une amélioration de la condition ouvrière ne peut se faire que par le biais d'une "réforme sociale" par en haut. Etant donné que l'ouvrier se trouve à la base de la production industrielle, il y va de l'enjeu de toute l'industrie. Cette réforme doit donc être avant tout morale, par l'application des principes judéo-chrétiens exposés dans le Décalogue.
Cette idée peut être appliquée à l'échelle de toute cellule sociale : le progrès social repose sur une restauration de l'autorité du chef sur le groupe, du patron dans l'entreprise, du père dans la famille. On qualifie cette théorie de paternalisme. Elle oppose au principe de coercition alors en vigueur, celui d'une tutelle reposant sur des valeurs humaines et chrétiennes telles que la compréhension et l'altruisme.
Dans le but de diffuser ses idées, Le Play crée la Société internationale des études pratiques d'économie sociale, en 1856, qui regroupe des personnalités politiques du Second Empire; il institutionnalise en quelque sorte la sociologie leplayenne. Il favorise la multiplication de cercles ouvriers catholiques après s'être penché sur l'étude des corporations allemandes, et crée des unions de la paix sociale. Il fonde en 1881 la revue la Réforme sociale.
L'application de ses idées dans l'Expo universelle de 1867
Le Play élabore pour l'Exposition universelle de 1867 le concept d'un Il musée de l'histoire du travail ", qui retrace notamment l'évolution des régimes industriels. Il crée une section spéciale pour les objets ménagers "destinés à l'amélioration de la situation matérielle et morale des travailleurs ".
Il tente de favoriser la présence de délégations ouvrières, par l'établissement d'une Il commission d'encouragement aux études des ouvriers ", qui a pour tâche de prendre en charge, dans la mesure du possible, le voyage et l'hébergement d'ouvriers de la province, ainsi que de fournir une compensation en espèces pour le temps consacré à la visite. 350 ouvriers forment une Commission centrale ouvrière élue au suffrage universel. En l'échange de leur prise en charge, ils sont priés de rédiger des rapports par profession en partant de leurs observations suscitées par la visite de l'exposition et le déroulement de la manifestation. Il instaure enfin Il un nouvel ordre de récompenses en faveur des personnes, des établissements ou des localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales auront développé la bonne harmonie entre ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel ". Les six cents entreprises qui participent au concours sont réunies dans ce qu'on appelle le Nouvel ordre de récompense. Outre les entreprises françaises recensées comme compatibles avec l'idéal social du concours par 86 enquêteurs, on y trouve des entreprises de nombreux pays d'Europe et du monde. Un jury est chargé d'étudier les dossiers et d'attribuer douze récompenses de 10'000 francs.
L'école des mines
Fondée par Sage (chimiste et minéralogiste français, 1740-1824) qui en fut le premier directeur, créée en 1783, cette école était consacrée à l'étude des sciences minéralogiques, et des questions relatives à l'exploitation de l'industrie minière. Scindée en deux écoles distinctes sous l'Empire, dont l'une établie à Geislautern, était spécialisée dans le traitement des mines de fer, et l'autre à Pesey, dans celui des mines de plomb, de cuivre et d'argent, elle fut recréée à Paris après la Restauration, en décembre 1816. La durée des études y était de trois ans. Celles-ci combinaient des cours théoriques (chimie, physique, géologie, métallurgie, cours d'exploitation et machines) et des expériences pratiques, telles que des projets d'exploitation. Le but de cette école était de former des ingénieurs au service de l'Etat, ainsi que des étudiants " libres ", voués au génie civil.
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