Jean-Claude Varanne « Je me sens à la fois bourgeois et voyou ! »
Membre du Bureau politique, conseiller régional d'Ile-de-France, Secrétaire départemental des Yvelines, membre du Comité aux grandes manifestations du Front national, Jean-Claude Varanne est, depuis 1993, PDG de National Hebdo.
National Hebdo - Si vous deviez définir en deux mots votre personnalité, que diriez-vous ?
Jean-Claude Varanne - Je me sens très double, et ce n'est pas sans me poser de questions. Pour être franc, je me sens tout à la fois bourgeois et voyou.
- Un voyou de Paris ou de province ?
- Je suis né dans le XIVe arrondissement de Paris mais j'ai grandi à Clamecy, dans la Nièvre. J'ai été placé en nourrice à ma naissance, puis j'ai eu des parents. Mon père adoptif était colonel de carrière. Il avait fait la guerre du Rif, il était très décoré ... C'est à cause de ce côté voyou, justement, que j'aurais voulu savoir qui était mon vrai père, savoir pourquoi j'aime me frotter à un monde un peu "limitrophe".
- Des souvenirs, de votre enfance nivernaise ?
- Oui, mon premier match de foot. Comme je n'avais pas les moyens de m'acheter des chaussures de sport, on m'en avait prêté une paire. Trop grandes, bien sûr, alors j'avais mis des pantoufles à l'intérieur. Le plus beau, c'est que j'ai réussi malgré tout à marquer un but !
- Quels rêves d'avenir faisiez-vous, alors ?
- Je n'ai pas trop insisté pour faire des études, ce n'était pas mon truc. A ce moment, je voulais devenir officier radio, mais je manquais d'oreille. Je me suis engagé dans les tirailleurs marocains. J'ai fêté mes 20 ans à faire de la descente en rappel sur un piton rocheux du Haut Atlas.
- C'est votre père qui vous a inculqué l'amour de l'armée ?
- En partie, sans doute. J'avais été Scout de France et Routier, l'armée était en quelque sorte la continuité. Cela m'a d'ailleurs beaucoup servi, notamment pour l'entraînement à la marche ... Dès que j'ai été nommé sous-officier, je suis parti pour l'Indochine.
- En quelle année ?
- 1949. On a fait le voyage sur le Pasteur. On était 6 000 hommes de troupe à bord, autant vous dire que ce n'était pas une croisière d'agrément. En guise de cabines on avait des hamacs, avec au milieu de grands bidons dans lesquels les types vomissaient ... la joie de vivre ! J'ai profité de la traversée pour apprendre l'alphabet arabe.
- Et le débarquement ?
- Une chaleur épouvantable, moite.. mais on n'a pas eu le temps d'être dépaysé puisqu'on est parti immédiatement en opérations. Nous étions dans une unité d'intervention avec la Légion étrangère. Pendant deux ans, j'ai crapahuté dans la Plaine des Joncs. Un pays de rizières : en été, du roc ; à la saison des pluies, 30 à 40 centimètres de boue. Avec la hantise des sangsues et des fourmis rouges. Je crois que c'est ça le pire, d'ailleurs. Les fourmis tombaient des palétuviers sur les gars qui hurlaient, obligés de se déshabiller ...
- Et pour le repos du soldat ?
- Parfois très court. On s'était arrêté à Vin Fang. Là chacun va se faire raser, laver, se rhabiller : chemises, chaussures à semelles de crêpe, etc. Les achats n'étaient même pas payés qu'on sonne le rassemblement. En route pour trois semaines d'opérations. J'y ai reçu le baptême du feu et un tel coup de soleil qu'on m'a enlevé la chemise avec la peau.
- Et comment vit-on cela ?
- Cela peut paraître paradoxal, mais j'ai envie de vous répondre : bien. A 20 ans, c'est l'aventure. Et puis c'est un pays extraordinaire : l'eau, le soleil, la végétation luxuriante.
- On en revient, malgré tout ?
- Difficilement. Au retour, on croit avoir vécu quelque chose d'extraordinaire, mais tout le monde s'en moque. Je suis rentré en 1953, avec le rêve d'être Officier des affaires indigènes au Maroc, mais cette filière n'existait plus, alors je suis entré dans le civil.
- Comment fait-on le saut ?
- J'ai simplement répondu aux petites annonces. Je suis tombé sur un HEC qui m'a fait confiance et m'a pris comme commercial dans une société de pneumatiques, puis j'ai été directeur commercial d'une société qui vendait du classement vertical. Après, revenu à Paris, j'ai vendu du charbon en gros, du mazout et du gaz. C'est à cette époque que j'ai rencontré Jean-Pierre Reveau à qui me lie depuis une vie d'amitié, de sincérité et d'affection.
- Et l'entrée en politique ?
- Ma rencontre avec Jean-Marie Le Pen date des années 1958/60. C'était la grande aventure des comités Tixier-Vignancourt. Je me suis retrouvé membre du bureau politique. Puis j'ai rencontré Bourgine. C'était au moment de la rupture du mouvement Tixier et de la création de l'ARLP, l'Alliance républicaine. Je venais d'être viré, ou plutôt "démissionné" de ma société pour raisons politiques. Bourgine m'a proposé de rentrer dans son groupe, Valeurs actuelles et Spectacle du monde. J'y suis resté 17 ans, et j'ai fait partie de son staff politique au CNI. Chez Bourgine, j'ai tout appris : rédaction, administration, publicité ...
- C'était la belle époque ?
C'était fantastique. D'abord je gagnais remarquablement ma vie, et puis je faisais beaucoup de voyages de relations publiques. J'ai visité la Russie, l'Inde, l'Egypte, le Brésil ... J'ai quitté le groupe Bourgine - en toute amitié pour rentrer à temps complet comme directeur de la promotion à l'AGEFI (l'Agence économique et financière), jusqu'à ce que Jean-Pierre Stirbois vienne m'en tirer par la manche. Mais je crois que j'ai vraiment trouvé mon épanouissement avec ce journal, National Hebdo.
- Donnez-moi un rêve de bourgeois et voyou puisque c'est ainsi que vous vous définissez ?
- Une grande soirée à l'opéra, en smoking, et puis finir la soirée dans mon bistrot favori avant une virée à Pigalle. Mais le Pigalle du Vieux Paris.
Propos recueillis par TOPOLINE National Hebdo du 8 au 14 juin 1995
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