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ISLAM : Qui sont les moudjahidines ?

Publié : 30/08/2011 - 20:45
par Pat
ISLAM : Qui sont les moudjahidines ?

Terroristes, résistants, exilés ? Opposants iraniens au régime du Shah puis à celui des mollahs, les moudjahiddines sont méconnus. Ils avaient pourtant bénéficié de l'accueil de la France pendant quelque temps. Retour sur leur histoire.

On les voit - surtout des femmes - quémander des signatures au bas de pétitions. Les tenues, robes ou pantalons, sont occidentales. Mais les cheveux sont toujours recouverts d'un foulard. Jamais ou rarement noir. Les couleurs varient entre marron, bleu, gris ou jaune. Ces femmes sont les missionnaires d'une cause. Celle des moudjahidines, opposants iraniens au régime des mollahs. Leur histoire s'inscrit dans les soubresauts, les à-coups, les chaos révolutionnaires et religieux qui divisent l'Iran.

Auvers-sur-Oise

Moudjahidines et mollahs ont fait un bout de chemin ensemble contre le Shah et sa police secrète, la Savak. Les lignes parallèles se sont brisées pour s'entrecroiser. Attentats, répression, exil. C'est la “Fuite en France”… Massoud Radjavi, leur chef, sa femme Maryan ainsi que Beni Sadr, l'ancien président iranien, y sont accueillis. Le droit d'asile se pratique aussi comme une monnaie d'échange. Durant quelques années une partie des moudjahidines, dont plusieurs dirigeants, s'établissent à Auvers-sur-Oise. Village jusque-là plus connu dans l'histoire de la peinture qu'illustré par l'actualité politique. C'est là, dans le cimetière jouxtant à l'église, que reposent Vincent Van Gogh et son frère Théo.

En 1987 les opposants au régime des mollahs font les frais d'un rapprochement franco-iranien. L'Iran avait commandité des attentats à Paris. En “lâchant” les moudjahidines on “achetait” la sécurité… et du pétrole. Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur du gouvernement Chirac, expulse plusieurs dizaines d'opposants dont Massoud Radjavi. François Mitterrand est président de la République mais les socialistes, eux, sont dans l'opposition. Ils s'insurgent contre ces mesures d'expulsion, rejoints par la Ligue des Droits de l'Homme et nombre d'associations humanitaires.

Un pacte avec Saddam

Devenus des errants, une partie des moudjahidines trouvent refuge en Irak, après un accord passé avec Saddam Hussein. C'est ainsi que s'établit la base d'Ashraf, vaste camp situé au Nord de Bagdad. Nécessité fait loi, mais le calcul est-il bon ? On peut en douter. À deux reprises, je me suis rendu ces dernières années en Iran. Lors des premières élections municipales, puis lors de la présidentielle aboutissant à l'élection de Khatami. L'homme, civilisé et cultivé, tout mollah qu'il est, passait pour modéré et séduisait l'Occident, ce qui n'est pas le cas de son successeur Ahmadinejad. L'occasion me fut donnée d'avoir des contacts dans tous les milieux, en particulier avec des opposants. Nulle part je n'ai recueilli l'expression d'un quelconque appui aux moudjahidines. L'établissement en Irak, ennemi de l'Iran, était, et sans doute demeure, assimilé à une compromission, sinon à une trahison.

Reste que les moudjahidines, hormis les “campeurs” d'Ashraf, retrouvèrent Auvers et le sol français, ainsi que la protection dont ils bénéficiaient. Mais Massoud disparut, sans que l'on sache s'il est encore en vie. Le culte de sa personnalité demeure. Désormais, celle qui se produit partout est sa femme (sa veuve ?) Maryam Radjavi. À Auvers, le frère de Massoud, le docteur Radjavi, joue les hôtes des journalistes et des hommes politiques. Établi en France depuis le temps de ses études universitaires, l'homme est d'un abord agréable, pratiquant une courtoisie parfaite. Ses compagnons et lui-même vivent et subissent les aléas de la politique internationale et des relations franco-iraniennes.

Plaire aux mollahs

Les moudjahidines se virent inscrits sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis et l'Union européenne, ce qui n'empêche pas les gouvernements français, de gauche comme de droite, de veiller sur leur sécurité.

Jusqu'au 17 juin 2003, où mille cinq cents policiers, gendarmes et CRS déboulèrent à Auvers-sur-Oise. Portes enfoncées, murs abattus, intérieurs saccagés, villas investies Ubu Roi avait frappé. À l'Élysée il s'appelait Jacques Chirac ; place Beauvau, son visage était celui de Nicolas Sarkozy. À condition qu'une descente et une enquête fussent nécessaires et justifiées, il eût suffit qu'un officier de police sonne à la porte. On leur eût ouvert et la perquisition se fût opérée sans le moindre incident. Perquisition qui ne permit de découvrir aucune arme, aucun plan ourdissant un quelconque complot.

On décèle la manipulation, par ailleurs parfaitement légale, d'importantes sommes d'argent. Quelques cadres du mouvement furent arrêtés et libérés peu de jours plus tard sur instruction judiciaire.

Mais six ans après, le dossier reste ouvert. Et cela bien que l'Union européenne vienne, le 29 janvier dernier, de rayer l'Organisation des Moudjaidines du peuple d'Iran (l'OMPI) de la liste des groupes terroristes. Depuis six ans le dossier dort. Ceux mis en examen ont été interrogés pour la forme. Simple interrogatoire d'identité sans lendemain. Mais éteindre la procédure classer le dossier mécontenterait l'Iran, ce qui pourrait s'avérer préjudiciable pour les intérêts français, ceux par exemple du groupe Total, celui-là même dont Pierre Péan affirme – à tort ou à raison – qu'il fut si bien servi naguère en Birmanie par Bernard Kouchner…

Que serait demain, après-demain, un Iran avec les moudjahidines au pouvoir ? Serait-il plus “aimable”, plus respectueux des Droits de l'Homme que celui des mollahs ? N'oublions jamais que “la République est belle sous l'Empire….”

Ce qui n'empêche pas de juger l'acharnement judiciaire français contestable. Paris est en porte à faux, par rapport à l'Union européenne à défaut de l'être avec Washington. Mais ne faut-il pas y voir là précisément l'axe franco-américain souhaité par l'Élysée ?

CHARLES-HENRI BRIGNAC L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 5 au 18 mars 2009