Les meurtres de chrétiens à Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, se sont dramatiquement accélérés depuis le début de l'année.
Le 12 janvier, un commerçant chrétien en fruits et légumes, Hikmat Sleiman, a été tué par balles.
Le 17 janvier, un autre commerçant en fruits et légumes, Saadallah Youssif Jorjis, syro-catholique, a été tué de la même façon.
Le 18 janvier, un épicier syro-catholique, Amjad Hamid Abdullahad, a également été tué par balles. Selon l'agence AsiaNews, plusieurs témoins ont rapporté que « l'assassinat a eu lieu devant les forces de sécurité, qui ont assisté à toutes les phases de l'attaque mais ne sont pas intervenues ».
Des sources de l'agence ont expliqué que « le gouvernement attribue ces attaques aux fondamentalistes d'Al Qaïda », mais qu'en réalité la communauté chrétienne est victime « de la lutte entre groupes de pouvoir » arabes et kurdes, surtout à l'approche des élections : « La tactique est d'assassiner les chrétiens, parce que les médias n'en parlent pas. » Sic.
Le 14 février, un chaldéen marchand de kebbé, Rayan Salem Elias, a été abattu devant chez lui, dans l'est de la ville.
Le 15 février, un marchand de primeurs syro-catholique, Mounir Fatoukhi, a été tué par des inconnus qui ont ouvert le feu à partir d'une voiture sur son magasin dans le quartier de Sahaba.
Le 16 février, dans le quartier d'Hay al Arabi, un homme est sorti d'une voiture et a tiré à l'arme automatique sur deux étudiants chrétiens qui se rendaient à la faculté. L'un d'eux a été tué et l'autre grièvement blessé. Le tueur a pu s'enfuir dans une voiture où l'attendaient deux complices.
Le 17 février, le corps d'un chrétien, Wissam George, 20 ans, a été découvert dans un quartier du sud de Mossoul. Le jeune homme « avait disparu tôt le matin alors qu'il se rendait à son école de formation des maîtres. Son corps portait plusieurs impacts de balles », a indiqué la police.
Le 20 février, on a découvert le corps d'Adnane al-Dahan, chrétien orthodoxe originaire de Syrie, qui avait été enlevé une semaine auparavant devant son épicerie du quartier d'Al-Habda. Le cadavre présente des traces de balles à la tête.
Le 23 février, un syro-catholique, Aishoua Maroki, et ses deux fils Mokhlas et Bassem, ont été tués par balles dans leur maison.
Ce jour-là, les trois archevêques de Mossoul, Mgr Georges Casmoussa, syro-catholique, Mgr Gregorios Saliba, syro-orthodoxe, et Mgr Émile Nona, chaldéen (successeur de Mgr Faraj Rahho, atrocement torturé et assassiné en 2008), remettaient au gouvernement local un appel commun :
« Ces actes répétés nous font croire que nous ne sommes pas désirés dans la ville, qui est pourtant notre patrie.
Les chrétiens ont participé directement et avec grande efficacité à l'édification de Mossoul et de toute la région, en offrant une contribution féconde dans l'art, la culture, la pensée, la créativité, ainsi qu'au plan économique et social. Ils sont reconnus de tous comme des éléments pacifiques et constructifs dans la société. C'est donc de cette manière que nous sommes récompensés ? Par une mise au ban de la ville, par une marginalisation dans la vie publique, par l'expulsion de nos terres ? Le sang de nos enfants, qui sont fils de l'Irak, le sang de nos évêques et de nos prêtres continuera à être versé impunément, sans aucune recherche des assassins ? L'État restera-t-il indifférent ? Pour cette raison, nous demandons au gouvernement de Mossoul et au gouvernement central à Bagdad d'assumer leur pleine responsabilité, d'œuvrer pour la sécurité des citoyens, spécialement pour les fidèles des minorités chrétiennes, qui sont les plus vulnérables et les plus pacifiques parmi les pacifiques ».
Le message se terminait ainsi : « Nous exigeons que les hommes du gouvernement donnent la priorité au respect de la loi et de l'État, en protégeant la sécurité et la confiance des citoyens. Nous demandons que les gouvernements ne gaspillent pas leurs forces dans des luttes partisanes pour le pouvoir et pour l'hégémonie », mais que « les actions criminelles soient poursuivies et que ceux qui ordonnent et que ceux qui exécutent les violences soient conduits devant la justice ».
Car les assassins ne sont jamais retrouvés, et les chrétiens recommencent de fuir Mossoul. Du temps de Saddam Hussein, ils étaient plus de 20 000. Ils sont aujourd'hui moins de 10 000. Mgr Casmoussa ajoutait à l'agence Fides : « Les autorités doivent assumer la pleine responsabilité pour sauvegarder la présence chrétienne à Mossoul. Nous avons besoin d'une intervention internationale pour pousser le gouvernement central et local à agir immédiatement. »
Le dimanche 28 février, quelques centaines de chrétiens ont osé manifester, non pas à Mossoul, mais à Hamdaniyeh, à 35 km de là, pour exiger la protection des autorités et la poursuite en justice des auteurs des meurtres de chrétiens. Une manifestation a eu lieu également à Bagdad, avec notamment l'évêque auxiliaire de l'archidiocèse chaldéen, Mgr Chlimoune Wardouni.
Ce dimanche-là, à Rome, le pape Benoît XVI faisait part de sa « profonde tristesse » devant « les nouvelles tragiques des récents meurtres de chrétiens dans la ville de Mossoul », et en appelait aux autorités civiles « pour qu'elles fassent tous les efforts possibles pour redonner la sécurité à la population et, en particulier, aux minorités religieuses les plus vulnérables ». Il ajoutait : « Je souhaite que l'on ne cède pas à la tentation de faire prévaloir les intérêts temporaires et partisans sur la protection et les droits fondamentaux de chaque citoyen. »
Quant au patriarche syro-catholique Mar Ignatius III Joseph Younan, il écrivait une lettre très ferme au Premier ministre Nouri al-Maliki, accusant les autorités irakiennes de ne rien faire pour arrêter le bain de sang à Mossoul et d'en être complices :
« Alors que nous vous écrivons, notre cœur saigne pour les nouvelles dramatiques qui nous arrivent chaque jour de Mossoul ou les chrétiens sont la cible permanente de criminels «inconnus». Ils sont tués, massacrés, harcelés dans les rues, dans les écoles et également chez eux, uniquement parce qu'ils appartiennent à une religion différente de celle de la majorité des habitants de la ville.
« Au cours des dix derniers jours, la ville de Mossoul à été le théâtre de l'assassinat d'au moins huit chrétiens. Le dernier meurtre à eu lieu le 23 février lorsqu'un commando armé a fait irruption dans la maison d'un chrétien tuant le père et ses deux fils sous les yeux de sa femme et de sa fille, épargnés par les criminels.
« Pire encore, personne ne cherche à rendre justice, ni ne pose la question du droit, tout comme personne ne punit les agresseurs. Croyez-nous : trop, c'est trop !
« Aucune conscience humaine ne peut accepter cette absence de sécurité à Mossoul, où il est devenu légal de tuer des innocents sans défense. Nous sommes surpris par les raisons des fonctionnaires du gouvernement et par leur échec ; nous ne pouvons qu'en déduire une complicité dans le processus de vider la ville de Mossoul des chrétiens qui vivent là depuis des siècles et où les pierres elles-mêmes sont imprégnées de la sueur de leurs ancêtres.
« Nous élevons notre voix et nous nous demandons : si les forces de sécurité en Irak n'ont pas pu protéger des citoyens innocents et vulnérables, pourquoi au nom de Dieu, ne donne-t-on pas aux innocents des armes pour se défendre plutôt que de les envoyer à l'abattoir comme des animaux ?
« Personne, ni aucune raison, ni élections, ni fonctions, ni conflits entre partis ne peut justifier ce qui arrive à Mossoul.
« Nous savons tous que les chrétiens irakiens n'ont jamais eu l'ambition du pouvoir, n'ont jamais agressé personne, et ne se sont jamais vengés contre les coupables. Le moment n'est-il pas venu pour votre gouvernement dans un État de droit de frapper d'une manière décisive et de punir les criminels et leurs complices à Mossoul ?
« Nous nous rendons compte, et vous disons clairement que la douleur qui opprime le cœur des chrétiens en Irak se transformera en colère bien au-delà du pays, où l'on assistera à des manifestations devant toutes les ambassades irakiennes pour condamner l'état d'insécurité ou se trouvent les chrétiens innocents de Mossoul.
« Confiant dans votre sagesse et votre impartialité, nous vous remercions. »
Mais on ne voit guère de manifestations devant les ambassades... Les chrétiens d'Irak, comme les coptes d'Égypte, sont les grands oubliés des défenseurs patentés des droits de l'homme...
Et l'on n'a pas entendu non plus la moindre réaction de la part des gouvernements occidentaux. Sauf un, le gouvernement italien, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qui (une fois encore), sauve l'honneur- et montre ce qu'est la vraie laïcité.
Franco Frattini a en effet publié un communiqué où il exprime sa « profonde préoccupation face à la violation des droits et de la dignité de la communauté chrétienne ».
En fait, il réagit d'abord à « la déplorable diffusion, en Inde, dans un livre destiné aux écoles élémentaires, puis sur d'autres médias, d'un portrait blasphématoire de Jésus », qui a été suivie par des agressions visant « quelques jeunes chrétiens ». Il s'agit d'une image du Sacré-Cœur où le Christ tient d'une main une canette de bière et de l'autre une cigarette, découverte dans un livre adressé aux élèves d'écoles primaires dirigées par l'Église catholique de l'État de Meghalaya, en majorité chrétien. Le pire que cette image était utilisée pour illustrer le «i» du mot « idole » ...
Mais Franco Frattini citait également « les récents événements qui ont touché les minorités chrétiennes à Mossoul en Irak », et il invitait « les autorités locales à prendre toutes les initiatives possibles pour assurer la protection » de ces communautés.
Il concluait : « La liberté religieuse représente un droit fondamental que l'Italie ne cessera jamais de promouvoir et de défendre. »
YVES DAOUDAL RECONQUÊTE mars 2010
IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Re: IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Merci aux envahisseurs US...
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
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Re: IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Miroir a écrit :Merci aux envahisseurs US...
À coté d'aujourd'hui, l'Irak sous Saddam était presque heureux !
- Saint Jean
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Re: IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Et qu'en dit " Amnésie International " ? probablement beaucoup moins que lorsqu'il s'agit de musulmans !..
- JCL31
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Re: IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Miroir a écrit :Merci aux envahisseurs US...
Cette Nation n'a répandu que la haine et le désordre dans le monde entier.
Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses.
La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère
Argumentum ad nauseam

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Re: IRAK : LES CHRÉTIENS ASSASSINÉS UN À UN A MOSSOUL
Pour les minorités ethniques et religieuses, l’Irak, c’était mieux avant…
Dans son terrible livre Ces chrétiens qu’on assassine (1), René Guitton intitule le chapitre qu’il consacre à l’Irak « Silence, on tue ». Rendant compte d’un séjour récent dans ce pays, il y relate ce cri du cœur d’un catholique chaldéen de Mossoul : « On peut tout dire de Saddam Hussein, mais il était notre protecteur, et, tant qu’il était au pouvoir, nous avions la certitude de continuer à vivre dans ce pays. Nous étions alors heureux ! Nul n’aurait osé s’en prendre à nos biens et à nos églises. » Et René Guitton de conclure : « Pour de nombreux chrétiens, le règne de Saddam Hussein passe désormais pour avoir été une sorte d’âge d’or mythique, dont ils regrettent la disparition. »
La formulation est exacte mais elle est incomplète : en effet, en Irak, ce ne sont pas seulement les chrétiens, mais toutes les minorités – religieuses ou ethniques, et Dieu sais si le pays en compte, des mandéens (2) aux shabaks (3), en passant par les yézides (4), les yarsans (5), les Turkmènes, les Circassiens, etc. – qui regrettent les années 1968 à 2003 où le parti Baath était au pouvoir.
Cela s’explique fort bien quand on sait que, dès son arrivée au pouvoir, le parti de Saddam Hussein avait fait voter une constitution qui dans son article 3 garantissait « les droits légitimes de toutes les minorités au sein de l’unité irakienne » et dans son article 19 précisait que « tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de sexe, de religion, de langue, de race ou d’appartenance sociale. »
De ce fait, les religions non musulmanes officiellement reconnues avaient le droit appréciable d’ester en justice et de gérer librement leurs biens. Mieux encore, certaines d’entre elles étaient aussi considérées comme des « nationalités » et bénéficiaient donc d’avantages qui leur permettaient de préserver leur culture et leur langue.
Les chrétiens, tout particulièrement fidèles au régime, aimaient alors à rappeler que le parti Baath avait été fondé par un des leurs, le syrien Michel Aflak, et ils étaient fiers que l’interlocuteur privilégié de tous les grands de la planète, Tarek Aziz, soit lui aussi un membre de leur confession.
La chute de Saddam Hussein, suite à l’intervention de l’US Army en 2003, « s’est traduite, écrit René Guitton, par une aggravation sans précédent de la situation des minorités ». Le Conseil intérimaire de gouvernement, hâtivement formé en mars 2003, ne comptait aucun de leurs représentants dans ses rangs et la nouvelle constitution du 24 octobre 2005, rédigée sous la supervision de conseiller venus de Washington, stipulait dans son article 2 : « On ne peut approuver aucune loi qui soit en contradiction avec les lois de l’islam. » Cela constituait un gigantesque recul par rapport à la constitution de 1973 et revenait, en clair, à légaliser la charia rétablit la charia, donne aux femmes un statut mineur, rend impossible toute conversion de l’islam vers une autre religion et relègue les chrétiens au rang de minorité ethnique. » Les représentants de la coalition occidentale, alors tout puissants à Bagdad, ne daignèrent pas, bien sûr, l’entendre. comme fondement de la législation irakienne. Monseigneur Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk, eut beau relever que cette constitution »
N’y aurait-il eu que cela, la situation aurait encore pu être considérée comme acceptable. Mais il s’y ajouta très vite les attentats, les enlèvements, les meurtres, du à une volonté avouée de certains courants musulmans d’éliminer des infidèles et, aux frontières du Kurdistan, toutes les manifestations incontestables d’une véritable épuration ethnique.
Presque chaque jour des chrétiens de diverses obédiences, des yézides, des shabaks ou des mandéens sont assassinés. Si les chrétiens ont l’immense désavantage de partager, même si ce n’est que de très loin, la foi des « croisés », comme sont nommé les envahisseurs de 2003 et les actuels occupants, tous sont considérés comme des kefirs, des infidèles, contre qui la guerre sainte est licite. Or ceux qui la mènent ne sont pas des nationalistes, ni même souvent des irakiens, mais des réseaux wahhabites liés à l’Arabie Saoudite et financés par les revenus du pétroles. D’où leur impunité quasi totale car leurs commanditaires et leurs mentors sont des alliés fidèles des USA et de l’Occident…
Quand à l’épuration ethnique, l’ONG Human Rights Watch, a relevé dans son rapport On vulnerable ground (En terrain vulnérable) du 10 novembre 2009, que le conflit entre les autorités régionales semi-autonomes du Kurdistan et le gouvernement central de Bagdad pour le contrôle du gouvernorat de Ninive, de son importante capitale Mossoul et de ses richesse pétrolières, était lourd de conséquences pour les minorités locales qui sont les « les premières victimes du conflit ». Cela car, moins aptes à se défendre et ne bénéficiant pas du soutien du gouvernement de Bagdad, elles subissent de fortes pressions de la part des milices kurdes pour qu’elles abandonnent leurs terres afin de modifier la composition ethnique des zones territoriales contestées. Des attentats réguliers sont la cause de nombreux départ. Ainsi la campagne systématique de meurtres et de violences ciblés qui fit, à la fin de l’année 2008, quarante morts parmi les chrétiens de Mossoul, provoqua l’exil de plus de 12.000 d’entre eux vers les camps de réfugiés de Jordanie.
Or, là encore, le gouvernement kurde est un allié fidèle des USA et de l’Occident, ce qui de nouveau fait que ceux qui pourraient mettre le hola préfèrent détourner le regard plutôt que d’agir.
Le mot de la fin, on peut le laisser à Yacoub, ce chrétien qui livre son témoignage à René Guitton dans Ces chrétiens qu’on assassine : « Bientôt l’Irak sera vidé de ses habitants chrétiens. Et le grand responsable en sera George Bush qui se prétendait bon chrétien. Ce que les musulmans ne sont pas parvenus à faire en des centaines d’années, éradiquer le christianisme d’Irak, lui est en train d’y parvenir. » Il convient juste d’étendre son propos à toutes les minorités d’Irak, celles-ci connaissent le martyr et sont en voie de disparition (il ne reste par exemple plus que 5000 mandéens sur leur terre ancestrale alors qu’ils étaient dix fois plus nombreux en 2003) par la faute d’un seul homme : celui qui déclencha l’apocalypse sur le berceau de l’humanité afin de tenter d’y imposer son projet de « remodelage du Grand Moyen Orient ».
Cet article de Lionel Placet a été publié dans le n° 6 de Nations presse magazine
Notes :
1 – René Guitton, Ces chrétiens qu’on assassine, Flammarion, 2009.
2 – Les mandéens sont des gnostiques se revendiquant de Jean le Baptiste et considérant Jésus comme un faux prophète.
3 – Les yarsans ou Ahl-e Haqq sont une secte chiite hétérodoxe dont les membres sont tous d’ethnie kurde.
5 – Parfois nommés « les adorateurs du Diable » les yézides vénèrent Malek Taous, l’ange-paon, que certains musulmans et chrétiens considèrent comme un démon.
5 – Les shabaks, pratiquent une religion syncrétiste contenant des éléments de culte musulmans, païens et chrétiens.
http://www.nationspresse.info
Dans son terrible livre Ces chrétiens qu’on assassine (1), René Guitton intitule le chapitre qu’il consacre à l’Irak « Silence, on tue ». Rendant compte d’un séjour récent dans ce pays, il y relate ce cri du cœur d’un catholique chaldéen de Mossoul : « On peut tout dire de Saddam Hussein, mais il était notre protecteur, et, tant qu’il était au pouvoir, nous avions la certitude de continuer à vivre dans ce pays. Nous étions alors heureux ! Nul n’aurait osé s’en prendre à nos biens et à nos églises. » Et René Guitton de conclure : « Pour de nombreux chrétiens, le règne de Saddam Hussein passe désormais pour avoir été une sorte d’âge d’or mythique, dont ils regrettent la disparition. »
La formulation est exacte mais elle est incomplète : en effet, en Irak, ce ne sont pas seulement les chrétiens, mais toutes les minorités – religieuses ou ethniques, et Dieu sais si le pays en compte, des mandéens (2) aux shabaks (3), en passant par les yézides (4), les yarsans (5), les Turkmènes, les Circassiens, etc. – qui regrettent les années 1968 à 2003 où le parti Baath était au pouvoir.
Cela s’explique fort bien quand on sait que, dès son arrivée au pouvoir, le parti de Saddam Hussein avait fait voter une constitution qui dans son article 3 garantissait « les droits légitimes de toutes les minorités au sein de l’unité irakienne » et dans son article 19 précisait que « tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de sexe, de religion, de langue, de race ou d’appartenance sociale. »
De ce fait, les religions non musulmanes officiellement reconnues avaient le droit appréciable d’ester en justice et de gérer librement leurs biens. Mieux encore, certaines d’entre elles étaient aussi considérées comme des « nationalités » et bénéficiaient donc d’avantages qui leur permettaient de préserver leur culture et leur langue.
Les chrétiens, tout particulièrement fidèles au régime, aimaient alors à rappeler que le parti Baath avait été fondé par un des leurs, le syrien Michel Aflak, et ils étaient fiers que l’interlocuteur privilégié de tous les grands de la planète, Tarek Aziz, soit lui aussi un membre de leur confession.
La chute de Saddam Hussein, suite à l’intervention de l’US Army en 2003, « s’est traduite, écrit René Guitton, par une aggravation sans précédent de la situation des minorités ». Le Conseil intérimaire de gouvernement, hâtivement formé en mars 2003, ne comptait aucun de leurs représentants dans ses rangs et la nouvelle constitution du 24 octobre 2005, rédigée sous la supervision de conseiller venus de Washington, stipulait dans son article 2 : « On ne peut approuver aucune loi qui soit en contradiction avec les lois de l’islam. » Cela constituait un gigantesque recul par rapport à la constitution de 1973 et revenait, en clair, à légaliser la charia rétablit la charia, donne aux femmes un statut mineur, rend impossible toute conversion de l’islam vers une autre religion et relègue les chrétiens au rang de minorité ethnique. » Les représentants de la coalition occidentale, alors tout puissants à Bagdad, ne daignèrent pas, bien sûr, l’entendre. comme fondement de la législation irakienne. Monseigneur Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk, eut beau relever que cette constitution »
N’y aurait-il eu que cela, la situation aurait encore pu être considérée comme acceptable. Mais il s’y ajouta très vite les attentats, les enlèvements, les meurtres, du à une volonté avouée de certains courants musulmans d’éliminer des infidèles et, aux frontières du Kurdistan, toutes les manifestations incontestables d’une véritable épuration ethnique.
Presque chaque jour des chrétiens de diverses obédiences, des yézides, des shabaks ou des mandéens sont assassinés. Si les chrétiens ont l’immense désavantage de partager, même si ce n’est que de très loin, la foi des « croisés », comme sont nommé les envahisseurs de 2003 et les actuels occupants, tous sont considérés comme des kefirs, des infidèles, contre qui la guerre sainte est licite. Or ceux qui la mènent ne sont pas des nationalistes, ni même souvent des irakiens, mais des réseaux wahhabites liés à l’Arabie Saoudite et financés par les revenus du pétroles. D’où leur impunité quasi totale car leurs commanditaires et leurs mentors sont des alliés fidèles des USA et de l’Occident…
Quand à l’épuration ethnique, l’ONG Human Rights Watch, a relevé dans son rapport On vulnerable ground (En terrain vulnérable) du 10 novembre 2009, que le conflit entre les autorités régionales semi-autonomes du Kurdistan et le gouvernement central de Bagdad pour le contrôle du gouvernorat de Ninive, de son importante capitale Mossoul et de ses richesse pétrolières, était lourd de conséquences pour les minorités locales qui sont les « les premières victimes du conflit ». Cela car, moins aptes à se défendre et ne bénéficiant pas du soutien du gouvernement de Bagdad, elles subissent de fortes pressions de la part des milices kurdes pour qu’elles abandonnent leurs terres afin de modifier la composition ethnique des zones territoriales contestées. Des attentats réguliers sont la cause de nombreux départ. Ainsi la campagne systématique de meurtres et de violences ciblés qui fit, à la fin de l’année 2008, quarante morts parmi les chrétiens de Mossoul, provoqua l’exil de plus de 12.000 d’entre eux vers les camps de réfugiés de Jordanie.
Or, là encore, le gouvernement kurde est un allié fidèle des USA et de l’Occident, ce qui de nouveau fait que ceux qui pourraient mettre le hola préfèrent détourner le regard plutôt que d’agir.
Le mot de la fin, on peut le laisser à Yacoub, ce chrétien qui livre son témoignage à René Guitton dans Ces chrétiens qu’on assassine : « Bientôt l’Irak sera vidé de ses habitants chrétiens. Et le grand responsable en sera George Bush qui se prétendait bon chrétien. Ce que les musulmans ne sont pas parvenus à faire en des centaines d’années, éradiquer le christianisme d’Irak, lui est en train d’y parvenir. » Il convient juste d’étendre son propos à toutes les minorités d’Irak, celles-ci connaissent le martyr et sont en voie de disparition (il ne reste par exemple plus que 5000 mandéens sur leur terre ancestrale alors qu’ils étaient dix fois plus nombreux en 2003) par la faute d’un seul homme : celui qui déclencha l’apocalypse sur le berceau de l’humanité afin de tenter d’y imposer son projet de « remodelage du Grand Moyen Orient ».
Cet article de Lionel Placet a été publié dans le n° 6 de Nations presse magazine
Notes :
1 – René Guitton, Ces chrétiens qu’on assassine, Flammarion, 2009.
2 – Les mandéens sont des gnostiques se revendiquant de Jean le Baptiste et considérant Jésus comme un faux prophète.
3 – Les yarsans ou Ahl-e Haqq sont une secte chiite hétérodoxe dont les membres sont tous d’ethnie kurde.
5 – Parfois nommés « les adorateurs du Diable » les yézides vénèrent Malek Taous, l’ange-paon, que certains musulmans et chrétiens considèrent comme un démon.
5 – Les shabaks, pratiquent une religion syncrétiste contenant des éléments de culte musulmans, païens et chrétiens.
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