Le Dieu des philosophes
de Pierre Magnard [Philosophie]

Editeur : La Table Ronde
Publication : 12/10/2006
Il y a toujours un maillon manquant dans le système. La chaîne des raisons voudrait se refermer sur elle-même. En pure perte. Le défaut se déplace aussitôt qu'on le croit saturé. La 'fonction dieu', mise en oeuvre par la raison philosophique, viendrait assurer le colmatage de la brèche en quelque point du système qu'elle se manifeste. Un 'joker' a, par définition, toutes les valeurs. Le dieu des philosophes, selon la place qu'il est appelé à tenir dans le système, a, tour à tour, tous les visages. Un ou Etre, premier moteur ou causa sui, forme des formes ou matière-mère, superesse ou nihil, monade ou totalité, origine ou fin... la litanie des noms divins n'a pas de cesse. Les philosophies ne se distingueraient qu'en déplaçant le site de dieu. Imaginons les traductibles les unes dans les autres ? Une loi de transformation permettrait de passer de l'expédient dont use l'une à celui dont use l'autre. On pourrait suivre ainsi la 'fonction dieu' dans ses vicissitudes, calculer ses variations. Une constante se peut-elle dégager qui désignerait une identité ? Que ce dieu occupe tour à tour tous les sites et qu'il tienne successivement tous les rôles signifierait qu'il ne se réduise à aucun. Cette prolifération de tâches et des lieux dénoterait alors sa transcendance.
Source : Evene.
Biographie : Wikipedia - CHPM.


Difficile, par les temps qui courent, de prononcer le mot " religion " sans que par association d'idées ne soit rappelée à notre bon souvenir la triste réalité de conflits humains, trop humains, dont l'hostilité mutuelle des confessions serait le fondement et que seuls le dialogue, le relativisme ou... la laïcisation pourraient modérer. Vive, en somme, une sorte de post-religion décantée de la fureur des origines... Or, c'est bien là le pire, et le plus dangereux des contresens. Toute la force de ce livre est de nous rappeler, et de nous prouver l'évidence : " religion " est un mot qui n'admet pas de pluriel, pour autant qu'il désigne et ne peut que désigner l'effectivité d'une union qui doit embrasser l'humanité entière. L'humanité est une, l'Unique est Dieu; l'humain transcende ses particularités en passant pacte avec l'Absolu : on a appelé cela l'Alliance. Aussi, ne troquons pas les errements du présent contre une prise de distance plus grande encore envers cette évidence première, n'allons pas obérer l'appel divin à l'harmonie par la construction impossible d'une tour de Babel des conciliations artificielles. Ne plaçons pas d'espoir indu dans un quelconque comparatisme ; ce serait la meilleure manière d'oublier que les diverses confessions ne sont que les différents segments du chemin sinueux qui va des origines à l'accomplissement. L'urgence est de retrouver la dynamique de cette marche en avant vers l'intégration à l'ultime vérité de toutes les variations qu'elle a pu connaître. La religion à venir, la religion totale sera celle d'une humanité réconciliée dans l'accueil de toutes les différences: on appelle cela le Royaume de Dieu.
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