Aidrian a écrit :Pour commencer, ne vous méprenez pas sur mon discours et ne l'interprétez pas, je ne soutiens pas la raison sous sa connotation cartésienne, car je ne met pas dans le même panier Descartes et Nietzsche, ce qui serait une erreur, « un moderne » et un destructeur de « modernité ».
Ceci dit je me demandais seulement l'intérêt de défendre cette rationalité ci par les inventions qu'elle a donné à l'Occident moderne, ce que vous souligniez.
C'est vrai que j'ai un peu tendance à situer les areligieux dans le domaine de la raison pure et d'un certain matérialisme. Mais, ce n'est pas par hasard. C'est l'aboutissement d'un constat que j'ai pu faire au contact des personnes que je croise se situant dans cette logique.
Pour ma part, sans jamais sacrifier à la raison pure la passion, je ne conçois guère la passion non tempérée par la raison. Ce binôme s'influence constamment, sans que jamais la raison m'enferme dans une conclusion aride ou stérile.
Aidrian a écrit :En ce qui concerne la raison, pure et seule quand bien même, c'est une méthodologie, qu'elle s'applique avec nos seuls sens ou avec d'autres outils phénomologiques, qu'importe. Ce n'est pas parce que l'homme n'est omniscient que la méthodologie doit être dépréciée par rapport à son utilisateur.
Après je peux dire que vous vous méprenez encore sur mon discours, je ne fais pas état de matérialisme a-spirituel, ainsi que Nietzsche dise que Dieu est mort, que Bloy dise qu'il s'est retiré, n'empêchent aucun des deux de croire dans le divin. Mais ce divin a plusieurs interprétations, la votre passe par cet « invisible » sur lequel vous apposez une spiritualité, la mienne est toute différente...
Loin de moi l'idée de mettre en doute la raison méthodique. Lorsque je fustige la raison c'est quand elle s'impose comme une doctrine assêchante qui prétend tout résoudre en faisant abstraction du divin qui est, à mon sens, à l'origine de tout phénomène.
Ainsi, en observant la vie qui m'entoure à la lumière de la pensée de Nietzsche, je m'aperçois que lorsqu'il conclut que "Dieu est mort", il ne sait pas rendu compte que c'est l'homme sans Dieu qui se meurt. Même Léon Bloy, plus prudent, pensant que Dieu s'est retiré ne s'est pas rendu à l'évidence que Dieu omniprésent n'a jamais quitté la moindre particule de l'univers. C'est donc Léon Bloy qui a quitté Dieu en prenant de la distance. Je ne saurais dire par quel curieux principe il a inversé les choses ?
Maintenant, j'aimerais qu'on m'explique comment un Nietzsche peut déclarer que Dieu est mort sans pour autant perdre le sens du divin ? Y aurait-il un divin sans divinité ? Qui peut résoudre cette contradiction ?
Mon interprétation du divin que je résume artificiellement par le mot abstrait "invisible" doit surtout s'entendre "invisible mais pas insensible".
Quant à considérer qu'il y a plusieurs spiritualités sans tomber dans l'abus de langage, il serait intéressant de développer cela.
Aidrian a écrit :A propos du second concept dont vous discutez, l'amour, nous soulignons tous les deux que la raison a mis à jour plusieurs amours différents, d'agapè, à philia, à éros, en passant même par la contemplation du divin que vous citez, mais doit on prendre l'amour émotionnel, l'éros le plus sauvage, l'agapè le plus brut comme sentiment d'amour humain? Voilà ce qu'est l'amour dénué de raison, c'est « l'amour » somatique, l'amour animal, au sens péjoratif du terme, car en plus de les avoir mis à jour la raison les a sublimé.
Les sentiments d'amour et de haine, haine quand ce que l'on aime est mis en danger, sont bien sûr des leviers puissants pour le combat de tout type, comme l'ödr d'Odinn, cette sainte fureur peut être en son sens divine, ainsi des bersekr et de leur rage, ces sentiments peuvent même mener inconditionnellement au but fixé, comme Jeanne d'Arc, mais je tentais de démontrer que ces sentiments peuvent être déraisonnables, si ils ne le sont pas toujours... Et que cette déraison n'est pas à porter au pinacle, car cette déraison, quand bien même répondant positivement à l'obligation de résultat, doit être juguler, guider raisonnablement.
Comme je l'ai développé ci-devant, dans va vision propre je n'oppose pas l'amour et la passion à la raison. Pour moi, elles vont de paire. Ce qui m'oblige à les distinguer c'est précisément la pensée rationaliste, qui ne s'en remet qu'à la raison pure, pour conclure en gros que Dieu n'existe pas car le contraire serait vraiment trop déraisonnable.
Aidrian a écrit :Enfin il me semble « prêcher » dans le désert, car nos spiritualités sont on ne peut plus différentes, ainsi vous me pensez matérialiste et cartésien alors que je parle de raison, nos visions du monde sont peut être même antithétiques, moi qui préfère le « Connais toi toi-même » à l' « Aime ton prochain ».
Est-ce des spiritualités différentes ou la spiritualité se différentiant d'une pensée, d'un état d'esprit ou d'une philosophie ?
Le "connais-toi toi-même" de Socrate peut revêtir une spiritualité si le "toi-même" est considéré comme créature de Dieu. Mais, hors de ce contexte, ce ne serait plus qu'une philosophie de l'homme par lui-même.
Je profite de cette citation de Socrate pour faire remarquer que saint Augustin aurait aussitôt ajouté "puis t'oublier au service des autres".
A quoi peut bien servir de se connaître soi-même si ce n'est pas pour mieux connaître les autres ? Ce qui conduit tout naturellement à aimer son prochain, donc ses proches. Ce qui est bien la moindre des nécessités pour apporter une certaine harmonie assurant la cohésion du groupe ou de la tribu.
Aidrian a écrit :Je crains donc ne pouvoir être illuminé d'une façon ou d'une autre par vos préceptes et de toutes façons réagir allergiquement à une religion aux racines allogènes à mon sang et à ma terre.
Ne confondons pas la religion universelle et les dévotions magiques. Le christianisme ne s'oppose pas aux vertus du sang et de la terre, mais il va bien au-delà.
Aidrian a écrit :Ceci dit pour conclure à ma première assertion quant à votre remarque que l'Occident a connu plus de choses, dont les inventions, depuis 2000 ans que la période précédente, cela me semble être l'application de la linéarité historique qui veut nous faire aller vers la fin de l'Histoire, vers la venue de la Jérusalem céleste, deux finalités qui me semblent être aussi déplaisantes l'une que l'autre...
Je ne crois pas avoir fait la moindre allusion dans ce sens. Au contraire, je dis que l'évolution des sciences et des techniques sont dues a un état d'esprit très marqué spirituellement complété par une rigueur de comportement qui en assure la continuité. La linéarité de l'histoire et sa fin supposée n'ont rien à voir avec cela, sinon qu'elle en subit l'influence par effet induit.
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