IL n'y a pas qu'au Tchad que l'humanitaire fait des ravages et la confusion des genres ne peut que provoquer de plus en plus de dégâts collatéraux.
Dans la mondialisation de la dictature des bonnes intentions, une place à part est à réserver à Bernard Kouchner. Après avoir justifié les agressions militaires au nom de l'ingérence humanitaire, le voici qui se prépare à mettre le droit d'asile au service de l'épuration religieuse.
Le ministre français des Affaires étrangères prépare en effet un plan d'accueil des Irakiens de confession chrétienne, ou chaldéens.
L'objectif des islamistes irakiens, chiites comme sunnites pour une fois d'accord, étant d'en finir avec une chrétienté immémoriale sur cette terre devenue d'islam, ils ne peuvent que se réjouir de la diplomatie du « French Doctor ».
LA DIPLOMATIE HUMANITAIRE ET L'ÉPURATION RELIGIEUSE
En 2006, plus de 23 000 Irakiens ont demandé le droit d'asile et c'est la Suède qui a reçu le plus gros contingent de demandeurs, près de 9 000, pour un peu plus de 100 seulement en France même si dans la région de Sarcelles (Val-d'Oise) résident déjà quelque 10 000 chaldéens, presque tous d'ailleurs originaires de Turquie.
Il reste quelque 500 000 chaldéens en Irak. Faut-il accueillir, plus ou moins bien, ceux que la France est devenue incapable de protéger comme elle l'a fait pour les catholiques du Tonkin, les Français d'Algérie et beaucoup de chrétiens du Liban, tous victimes d'une épuration ethnico-religieuse?
La présence française moderne au Levant avait été relancée par la persécution des chrétiens d'Orient au secours desquels nous nous étions portés. Mais si Kouchner avait été le ministre de Napoléon III, nul doute que les maronites auraient depuis longtemps tous quitté le Liban.
Les chrétiens du Proche-Orient, coptes en Egypte, maronites au Liban, chaldéens en Irak, Grecs et Arméniens en Turquie, melkites ou orthodoxes en Syrie ou encore Palestiniens de Bethléem, connaissent depuis près d'un siècle un exode accéléré et silencieux, étant chassés de leur terre ancestrale par la guerre et le flux de l'islam, avec la complicité des dirigeants "chrétiens".
Jusqu'au VIle siècle, le Proche-Orient était presque exclusivement chrétien. L'islam l'a supplanté par la force. Deux grandes étapes: la conquête arabe qui islamise l'Egypte et le Levant en six ans à peine, de 636 à 642 ; puis la conquête turque qui grignote l'Asie mineure entre le Xe et le XVe siècle. A deux reprises, une modification du rapport de forces global entre islam et chrétienté a permis aux Eglises d'Orient de reprendre souffle et même de connaître une brève renaissance: les Croisades, du XIe au XIIIe siècles; et surtout l'expansion européenne moderne, à partir du XVIIIe siècle. Mais la fin de la domination occidentale annule ces acquis du jour au lendemain. Près de 10 % de chrétiens en Irak en 1920 (300000 sur 3 millions d'habitants), moins de 3 % aujourd'hui. L'un des « actes fondateurs » de l'Irak arabe fut le massacre, en 1932, de plusieurs milliers d'Assyro-chrétiens du nord du pays, de langue araméenne, et l'expulsion de plusieurs dizaines de milliers de survivants. Il est vrai que cette communauté réclamait la création d'un Etat autonome, comme aujourd'hui les Kurdes ou les chiites. Mais le "tyran" Saddam Hussein avait pour ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre le chaldéen Tarek Aziz, toujours prisonnier des Américains.
Au Liban, en 1932, les chrétiens étaient majoritaires (800 000 sur 1,5 million d'âmes). Après diverses turbulences et surtout la longue guerre civile de 1975-1990, ils sont certes 1,5 million, mais cela ne représente plus que 27 % de la population totale (4,5 millions) et plus de la moitié d'entre eux sont des «réfugiés de l'intérieur », chassés de leur ville ou village d'origine et contraints de se réinstaller dans les derniers bastions à majorité chrétienne, comme la banlieue Est de Beyrouth. A l'inverse, la diaspora libanaise chrétienne qui s'est constituée en Europe, aux Amériques, en Afrique subsaharienne, en Australie, compterait 6 millions d'âmes, dont 2 millions aux Etats-Unis.
Toutes les diasporas n'ont pas vocation à revenir un jour dans leur berceau historique. Si le retour au Liban des maronites reste peu probable mais envisageable, celui des chaldéens, s'ils quittaient l'Irak, serait sûrement définitif et scellerait funestement le dernier chapitre des "nettoyages" antichrétiens encouragés par Kouchner depuis son gouvernorat au Kossovo.
P.-P. B. RIVAROL
Irak : Kouchner allié objectif de l'islamisme
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