Le Vatican publie un document ratifié par Benoît XVI qui réaffirme que seule l'Eglise catholique détient la vérité du christianisme. Une sévère remise en cause du dialogue œcuménique qui suscite beaucoup d'irritation.
Patricia Briel
Mercredi 11 juillet 2007
Le 5 septembre 2000, la Congrégation pour la doctrine de la foi publiait un document qui allait déclencher un tollé mondial. La déclaration Dominus Jesus, signée par Joseph Ratzinger, affirmait en effet que le christianisme était l'unique religion à détenir et à manifester la vérité dans sa plénitude. Elle disait aussi que seule l'Eglise catholique constitue la véritable Eglise du Christ, et refusait de reconnaître la qualité d'Eglises aux diverses communautés protestantes.
Sept ans plus tard, le Vatican craint visiblement que la leçon n'ait pas été bien comprise. Hier, la Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par le cardinal William Levada, a rappelé quelques thèses de Dominus Jesus en publiant un document intitulé «Réponses à des questions concernant certains aspects de la Doctrine romaine». Ratifié par le pape Benoît XVI, ce document de trois pages réaffirme sans ambiguïté que l'Eglise du Christ est réalisée uniquement dans l'Eglise catholique. Il se concentre sur la compréhension qu'a d'elle-même l'Eglise catholique et sur sa conception de l'œcuménisme. Contrairement à Dominus Jesus, il n'aborde pas la question de la vérité des autres religions.
Ce texte se présente sous la forme d'une courte introduction et de cinq questions-réponses. Son intention explicite est de réaffirmer l'ecclésiologie catholique dans un contexte où la richesse de la réflexion théologique suscitée par le Concile Vatican II a donné lieu «à des études parfois non exemptes d'erreurs et d'ambiguïtés». La Congrégation se propose donc de «préciser ici la signification authentique de certaines expressions ecclésiologiques du Magistère, pour que le débat théologique ne soit pas faussé par des confusions ou des malentendus».
Pour montrer qu'il ne propose pas de nouvelles thèses, William Levada avance derrière le bouclier la constitution dogmatique Lumen Gentium, adoptée par le Concile Vatican II en 1964. Ce document expliquait que le Christ a établi une Eglise unique sur la terre, et qu'elle «subsiste dans l'Eglise catholique gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui». William Levada donne la clé du mot «subsister». Cette expression indique «la pleine identité de l'Eglise du Christ avec l'Eglise catholique». De cette affirmation découle que les autres Eglises souffrent de «déficiences», même si elles comprennent de «nombreux éléments de sanctification et de vérité». La Congrégation établit ensuite une différence qualitative entre les Eglises orthodoxes et protestantes. Les premières ont de «vrais sacrements», comme le «sacerdoce et l'Eucharistie, qui les unissent intimement» à l'Eglise catholique. Par conséquent, poursuit William Levada, elles «méritent le titre d'Eglises particulières et locales», et peuvent êtres considérées comme des «Eglises sœurs». Quant aux communautés nées de la Réforme, elles n'ont pas droit au titre d'Eglises. «Selon la doctrine catholique, ces Communautés n'ont pas la succession apostolique dans le sacrement de l'ordre. Il leur manque dès lors un élément essentiel constitutif de l'Eglise.» De plus, «ces Communautés ecclésiales, qui n'ont pas conservé l'authentique et intégrale réalité du Mystère eucharistique, surtout par la suite de l'absence de sacerdoce ministériel, ne peuvent être appelées «Eglises» au sens propre selon la doctrine catholique.»
Dans ce document transparaît donc une fois de plus la vision fermée que l'Eglise catholique a du dialogue œcuménique. Soit les autres confessions acceptent de s'unir à l'Eglise catholique aux conditions qui sont les siennes, soit l'unité n'est pas possible. L'Eglise catholique confirme ainsi qu'elle ne fera pas un pas en direction des autres dénominations chrétiennes.
C'est encore plus clair lorsqu'on lit le document qu'a publié hier Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses (CES), pour expliquer les intentions du Vatican. L'évêque de Bâle admet que les affirmations du document romain «apparaissent difficilement compréhensibles et encore plus difficilement transmissibles, puisque sur le plan empirique les Communautés issues de la Réforme sont bel et bien perçues comme Eglises et se comprennent et se définissent ainsi elles-mêmes». Cela n'empêche pas le président de la CES d'adhérer totalement aux thèses du Vatican, voire même de les durcir. A lire son texte, l'Eglise catholique, qui est dans le droit chemin puisqu'elle détient seule la vérité du christianisme, n'a aucune question à se poser sur le bien-fondé de ses positions. Pour l'évêque, l'œcuménisme se résume à l'acceptation du point de vue romain par les autres confessions. Mgr Koch assène ainsi que l'Eglise catholique ne peut pas partager la vision œcuménique des Eglises protestantes. Car celles-ci sont partisanes d'«un œcuménisme qui se contente de l'état actuel de la multiplicité et diversité des Eglises et qui envisage l'unité dans la reconnaissance mutuelle des différentes Eglises et Communautés ecclésiales». Accepter cette vision œcuménique signifierait, aux yeux de l'évêque, que «l'unique Eglise de Jésus-Christ serait finalement dissoute dans un vague pluralisme d'Eglises et celles-ci finiraient par former l'unique Eglise uniquement par voie d'addition». Cela posé, l'évêque affirme cependant que «l'Eglise catholique veut au contraire davantage d'œcuménisme», et que «le document romain ne constitue nullement un empêchement pour l'œcuménisme», conçu comme une union avec Rome, bien entendu.
Comme on pouvait s'y attendre, le texte du Vatican a suscité de vives réactions. Dans un communiqué, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse prend acte «de la prétention de l'Eglise catholique romaine à l'exclusivité dont elle fait état.». Elle note «qu'une fois de plus, le Vatican tente de dénier aux Eglises issues de la Réforme leur qualité d'Eglise». Et «constate non sans inquiétude que l'Eglise catholique romaine, en se repliant sur elle-même, s'exclut de la communion universelle des Eglises. En se tenant pour seule héritière de l'Eglise instituée par le Christ, l'Eglise catholique romaine remet en question des acquis essentiels du dialogue œcuménique». La FEPS rappelle que l'Eglise n'est pas elle-même la vérité, mais que sa mission consiste à faire voir la vérité en Jésus-Christ. Selon la Fédération protestante de France, «personne ne peut attendre que l'autre se rallie à ses convictions». La Fédération souhaite ainsi que chaque Eglise puisse proposer des pistes de dialogue, «et non pas se contenter de la répétition de ses propres convictions ecclésiologiques.» De son côté, le Conseil œcuménique des Eglises à Genève a réagi par un communiqué signé de la main de son secrétaire général adjoint, Georges Lemopoulos. Celui-ci rappelle une affirmation faite lors de la 9e Assemblée du COE à Porto Alegre en février 2006: «Chaque Eglise est l'Eglise catholique et pas seulement une partie d'elle. Chaque Eglise est l'Eglise catholique, mais pas sa totalité. Chaque Eglise remplit sa catholicité lorsqu'elle est en communion avec les autres Eglises.»
© Le Temps, 2007
''l'unique eglise du Christ'', sic...
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Re: ''l'unique eglise du Christ'', sic...
Patricia Briel a écrit :(...) Dans ce document transparaît donc une fois de plus la vision fermée que l'Eglise catholique a du dialogue œcuménique. Soit les autres confessions acceptent de s'unir à l'Eglise catholique aux conditions qui sont les siennes, soit l'unité n'est pas possible. L'Eglise catholique confirme ainsi qu'elle ne fera pas un pas en direction des autres dénominations chrétiennes. (...)
Dire que l'Eglise catholique a "une vision fermée du dialogue œcuménique", revient à affirmer que les quatres points cardinaux sont enfermés dans une bousole. C'est d'une stupidité absolue, mais la caste journalistique n'est pas à cela près pour causer de choses dont elle n'entend rien. Les églises dissidentes ont obtenu l'appellation d'églises aux dénominations chrétiennes par le fait de quelques princes qui avaient à se réjouir d'une division qui affaiblirait l'influence de l'Eglise catholique sur le monde profane et, par répercution, politique.
La vérité n'est pas divisible. Elle réside dans la tradition de l'Eglise du Christ confiée à saint Pierre ou elle n'existe pas. Tout le reste n'est qu'un tragique règlement de compte politique qui fragilise l'occident pour satisfaire les vanités de quelques princes et républicains orgueilleux et prétentieux.
Je sais que dans un esprit d'œcuménisme mal compris, il est de bon ton de trouver des accommodements, comme le monde politique a pris l'habitude de s'accommoder des multiples transgressions de la vérité afin d'assoir sa puissance. Tout cela est bien vain et rabaisse l'homme. Il serait grand temps que les armées célestes fassent bonne mesure pour rappeler à l'homme d'où il tient sa puissance sur la création, pour la compléter sans la transgresser.
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.
« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.
Rien de nouveau sous le soleil: l'Eglise Romaine se prétend la seule église chrétienne sans expliciter le moindre fondement biblique; l'Evêque de Rome s'est arrogé une prérogative qui ne lui apparteanit pas à l'origine puisque'il y avait quatre patriarcats tous égaux (Alexandrie, Antioche, Constantionople et Rome).
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