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Quel espace politique pour les catholiques ?

Publié : 26/06/2007 - 18:07
par Robert De Saint Faf
Quel espace politique pour les catholiques ?


Avec un certain talent, Thierry Boutet reprend stratégiquement pour la Fondation de service politique (dont il est le porte-parole) le « train » de l’UMP (cf. Présent du 28 mars), défendant notamment l’engagement des catholiques derrière Sarkozy, tombeur selon lui de la gauche ringarde et de la « droite molle » et avec qui « tout devient possible ». Sans rejeter l’action possible de catholiques dans l’opposition, il estime qu’il y a là pour eux « espace politique et temps nouveaux »...


Mais il l’explique avec des arguments parfois biaisés qui rappellent ceux de Mgr Dagens (cf. Présent du 6 juin) et qui appellent partiellement notre commentaire. Extraits : « Nous ne défendons pas les intérêts d’une communauté particulière… Ceux qui ont voulu imposer aux autres un modèle de société jugé meilleur sont devenus des idéologues… Nous n’avons pas de modèle de société à défendre… Chez les plus radicaux d’entre nous, cette tentation de confondre relativisme et pluralisme existe… Le monde n’attend pas de nous que nous lui fassions la leçon ni que nous bâtissions un enclos où nous serions bien entre nous… » (site de Liberté politique).

S’il n’y a de catholicisme que de l’universel, il n’y a de politique que du particulier (à moins de verser dans un globalisme qui contrefait la sotériologie chrétienne). Mais l’un n’empêche pas l’autre : défendre les intérêts d’une communauté particulière – à commencer par la communauté nationale, en passant par toutes celles qui s’y ordonnent légitimement jusqu’aux vraies familles – n’a rien de contre-indiqué pour des catholiques, dont la religion concilie précisément le naturel et le surnaturel, le particulier et l’universel, le temporel et le spirituel. Le catholicisme assume et défend les intérêts des communautés particulières légitimes, à la différence du laïcisme qui (en le singeant) défend plutôt les intérêts des communautarismes malsains sous couvert d’universalisme et d‘égalitarisme…

C’est dans la mesure où nous défendons ces bons intérêts particuliers dans la société française actuelle, jusqu‘à ceux (spirituels et culturels) de la communauté catholique qui est en France, dans une coopération distincte précisément du temporel (charnel, aurait dit Péguy) et du spirituel, que nous agissons justement pour le bien commun politique. C’est l’objet du mouvement national avec lequel les catholiques cohérents ont au moins en commun la subordination de l’action politique à la morale, c’est-à-dire à la loi naturelle avec sa doctrine sociale.

Cette tentation radicalement laïciste de confondre la société particulière (naturelle) de familles que constitue organiquement la nation avec une société universelle de personnes (comme l’est surnaturellement l’Eglise) existe aujourd’hui chez beaucoup de chrétiens qui assimilent ainsi le sain communautarisme d’ouverture avec le ghetto ou l’apartheid : « l’enclos où nous serions bien entre nous ». Loin d‘être fermé sur lui même, disons au contraire (pour faire court et malgré l’inadéquation du mot) que le lobbying catholique allié au mouvement national est peut-être le seul ouvert aussi totalement au bien commun et qui puisse lutter efficacement contre les mauvais communautarismes favorisés par le laïcisme.

Ce qui n’empêche pas, comme le suggère Thierry Boutet, d’agir, autant que possible, au sein des institutions politiques actuelles, à l’instar des premiers chrétiens avec les Romains ou les barbares. A condition de ne pas être dupe de la déficience intrinsèque de ces institutions, en devenant des cautions catholiques, des alliés objectifs de cette déficience, voire des idiots utiles... Et de ne pas sacrifier aux nouvelles idoles du monde moderne qu’on nous présente trop souvent comme « négociables », en caricaturant ceux qui les rejettent communautairement. La méchante dialectique entre ceux qui mettent la main au charbon se tenant soi-disant à égale distance entre l’esquive et la posture et ceux qui « se retirent de la vie politique et se replient sur un groupuscule de purs aussi purs qu’eux » est décidément trop facile…

Loin de vouloir imposer idéologiquement un modèle de société, comme le rêve sarkozyen d’une France métissée, le mouvement national (avec les catholiques qui le soutiennent) travaille à la plus en plus « difficile survie » de la France française, dans un réflexe culturel : identitaire, communautaire et missionnaire, par la reconquête de son indépendance nationale et de ses valeurs essentiellement chrétiennes. Même s’il peut y avoir éventuellement des points de rencontre, sa commutativité avec le mouvement sarkozyste (et les catholiques qui le soutiennent) est loin d‘être évident comme nous l’a démontré samedi Georges Dillinger à l’opposé de Thierry Boutet. La faute à qui donc ? En deçà des mots, l’ouverture à gauche, à l’européo-mondialisme, et la fermeture à droite en dit déjà long sur le « tout devient possible » de Sarkozy. Qu’on en juge par l‘élimination (photographique) ô combien symbolique du député Vanneste sur le site de Fillon (voir en page 2)...

« Ainsi que les y invite Benoît XVI, les chrétiens ne peuvent qu’entrer en dissidence par rapport à la déferlante relativiste et antichrétienne qui envahit les milieux politiques et les caisses de résonance médiatiques… », propose justement comme thème de réflexion la 2e université d’Ichtus du 27 au 31 août. A suivre et à préciser…

REMI FONTAINE

Source : Présent Quotidien

http://www.present.fr/index.php?id_rubrique=1

Publié : 26/06/2007 - 18:52
par Prodeo
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Merci, Robert de Saint Faf, de nous reproduire cet article, qui constitue une pièce maîtresse dans le dossier qui a commencé à agiter les débats chez les catholiques.
L'année qui vient va être riche en évènements où bien des chrétiens retrouveront leur chemin de Damas :
http://www.christusrex.org/www1/ofm/pop ... syr10.html
Les chrétiens confrontés au laïcisme souvent anticlérical, à la pression de l'islam et le matérialisme absolu et pragmatique du monde politique vont avoir bien des difficultés pour trouver leur marques.
Pour l'instant, je m'en tiens à ces observations plutôt générales. Dans les mois qui viennent nous allons avoir l'occasion de revenir sur une situation beaucoup plus détaillée qui prendra en compte les nouvelles donnes politiques qui se profilent.
:wink:
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