La dimension stratégique du gaz de Schiste

Comment sauver la planète.
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 26/05/2012 - 20:11

La loi du 13 juillet 2011, pour laquelle l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche sont interdites sur le territoire national, avait également scellé la création d'une Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. D'autre part, la Ministre de l'écologie, du développement durable des transports et du logement (Nathalie Kosciusko-Morizet) et le ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique (Éric Besson) avaient, par lettre du 4 février 2011, chargé le vice-président du Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) et le vice-président du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) de diligenter une mission portant sur les hydrocarbures de roche-mère. Cette mission a remis sont rapport en février 2012 et il a été rendu public le 22 mars 2012.
Le rapport de la mission souligne l'intérêt du gaz et des huiles de schiste pour la France mais préconise toutefois un programme de recherches scientifiques afin de déterminer le potentiel des réserves d'un part et d'évaluer les risques relatifs à l'exploitation de celles-ci. Pour rappel, en avril 2011, des milliers de manifestants s'opposaient à l'exploitation des gaz et huiles de schiste en France. Le débat, ensuite largement politisé, avait conduit à l'adoption d la loi du 13 juillet 2011 citée ci-dessus. En juillet 2011, un rapport sur « L'intérêt du gaz de schiste pour la France – Analyse critique du débat sur le dossier gaz de schiste »avait été réalisé par des étudiants de l'École de Guerre Économique. Ceux-ci soulignaient l'importance des enjeux économiques et stratégiques de l'exploitation des réserves de gaz et huiles de schiste contenues dans le sous-sol français. Aujourd'hui, les conclusions de la mission sur « Les hydrocarbures de roche-mère en France » viennent confirmer les conclusions du rapport des étudiants de l'EGE précité. A titre d'exemple, voici quelques éléments de comparaison entre les deux documents :

Le rapport « Les hydrocarbures de roche-mère en France »
La comparaison avec les formations géologiques analogues exploitées en Amérique du nord laisse à penser que notre pays est parmi les pays les plus prometteurs au niveau européen en huiles dans le bassin parisien (estimation de 100 millions de m3 techniquement exploitables) et en gaz (5000 milliards de m3 techniquement exploitables). Les États-Unis estiment que la France et la Pologne détiennent les deux gisements les plus importants d’Europe. […] à partir de comparaisons avec les formations géologiques analogues exploitées en Amérique du Nord, 100 millions de mètres cube de réserves techniquement exploitables dans le bassin parisien, soit l’un des potentiels les plus prometteurs en Europe. […] Les régions françaises les plus propices à la présence de réserves exploitables de gaz non conventionnel sont situées dans le sud du pays.
L’intérêt que portent à notre pays les grands opérateurs pétroliers et gaziers et les compagnies nord-américaines spécialisées dans l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère, ainsi que les investissements qu’ils se proposent de consentir, attestent de l’ampleur du potentiel. D’un point de vue technique et économique, la probabilité que l’accès à ces gisements permette à notre pays, à un horizon temporel à préciser, de réduire très sensiblement ses importations d’hydrocarbures et de limiter d’autant le déficit de sa balance commerciale n’apparaît pas négligeable. Le Gouvernement avait-il prévenu que l’éventuelle production du gaz et de l’huile de schiste contenus dans le sol national viendrait en substitution des importations pour réduire la facture énergétique. Le centre d’analyse stratégique estime à 3 milliards d’euros le gain de l’opération pour le commerce extérieur national sans prendre en compte les créations d’emplois sur le territoire national.
Il serait dommageable, pour l’économie nationale et pour l’emploi, que notre pays aille jusqu’à s’interdire, sans pour autant préjuger des suites qu’il entend y donner, de disposer d’une évaluation approfondie de la richesse potentielle : accepter de rester dans l’ignorance d’un éventuel potentiel ne serait cohérent ni avec les objectifs de la loi POPE (loi de Programmation fixant les Orientations de la Politique Énergétique), ni avec le principe de précaution. Mais, pour ce faire, il est indispensable de réaliser des travaux de recherche et des tests d’exploration.
L’EFR étant la réouverture des explorations pour mesurer les conséquences sur l’environnement et le potentiel réel du gaz de schiste français, nous proposons de viser la mise en œuvre d’un processus déjà déployé au Canada sur le sujet : Une Evaluation Environnementale Stratégique (E.E.S.), à savoir, « …un processus dont la finalité est de fournir au preneur d’initiative (durant la formulation de la politique) et au décideur (au moment de l’approbation de la politique) une compréhension globale des implications environnementales et sociales de la politique proposée, élargissant la portée des enjeux bien au-delà des déterminants à l’origine de cette nouvelle politique» (Brown et Thérivel 2000).

Un intérêt stratégique majeur qui va relancer le débat
Quoiqu'il en soit, il semble que le rapport officiel de la mission portant sur les hydrocarbures de roche-mère prend en compte la dimension stratégique des gaz et huiles de schiste. Ce rapport va d'ailleurs très loin dans ses propositions puisqu'il notifie dans sa conclusion que « la mission préconise une révision de la fiscalité pétrolière de sorte que les collectivités locales trouvent un intérêt à une exploitation d'hydrocarbure sur leur territoire ».Il s'agit donc bien de mettre en place des outils destinés à attiré les investissements sur les plans de l'exploration et de d'exploitation des hydrocarbures de roche-mère. Un retour en arrière par rapport à la loi du 13 juillet 2011 semble donc s'opérer. La conclusion rapport complémentaire indique d'ailleurs à ce propos que l’irruption brutale et très médiatisée en France de la problématique des gaz de schiste, alors que cela faisait plus de quinze ans qu’on les exploitait aux Etats-Unis, entraînant un bouleversement de leurs équilibres énergétiques, n'a pas permis d’initier au rythme souhaitable un débat technique et démocratique serein. De plus, Un décret du 21 mars 2012 fixe la composition, les missions et les modalités de fonctionnement de la Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux. Celui-ci confirme l’autorisation des techniques de fracturation hydraulique (tant critiquée au printemps 2011) dans le cadre « d’expérimentations scientifiques », le décret confirme une volonté d'avancer sur le dossier.
Au sein de l'Union Européenne, plusieurs États, dont Allemagne et le Royaume-Uni, se sont engagés dans des études pour estimer leurs réserves. La France est par conséquent obligée de s'aligner sur les décisions de ses partenaires européens si elle ne veut pas perdre la course énergétique que constitue les enjeux de l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels. Il en va de la crédibilité de l'État sur la scène internationale. En tout état de cause, il semble que les investisseurs se réorientent vers d'autres zones géographiques. Total, la major, a récemment créé une joint venture avec Chesepeak et EnerVest en vue de l'exploitation du gisement de gaz de schiste d'Utica aux États-Unis ; Total et Shell ont signé des accords dans le cadre de l'exploration et de l'exploitation de gisement de même type en Chine, respectivement avec SINOPEC et CNPC, les deux géants chinois du pétrole,… Aux États-Unis, comme le souligne Philippe Crouzet, PDG de Vallourec, grâce au gaz de schiste, on assiste à la relocaliation de nombreuses industries chimiques et pétrolières : une douzaine de projets significatifs de 4 à 5 milliards de dollars chacun y est actuellement portée par de grands pétrochimistes… Il est dès lors indéniable que l'énergie (dont les sources d'énergies non-conventionnelles) est aujourd'hui un facteur de poids dans la compétitivité entre les États comme en atteste l'exemple des Etats-Unis. La France doit-elle dès lors se passer non seulement d'une ressource énergétique domestique hautement stratégique mais aussi des retombées en termes d'emplois, de développement économique local,… ?
Le rapport officiel de la mission sur « Les hydrocarbures de roche-mère en France » indique clairement que les enjeux du dossier « gaz et huiles de schiste » sont éminemment stratégiques. Le positionnement de la France sur ce dossier indiquera sa place future sur l'échiquier européen et mondial. L'enjeu a bien été pris en compte dans le rapport susmentionné puisque l’autorisation des techniques de fracturation hydraulique dans le cadre d’expérimentations scientifiques est inscrite dans le décret du 21 mars 2012. Cependant, cette initiative devrait raviver les craintes des opposants au gaz de schiste, ceux-là même dont le combat avait abouti à la loi du 13 juillet 2011 visant à interdire l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique.

Stéphane Mortier http://www.infoguerre.fr
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Miroir » 09/09/2012 - 12:00

Pourquoi ce sentiment d'urgence, de course à l'exploitation des gisements?
Au contraire, plus nous attendrons et plus le prix de l'énergie montera tandis que des technologies moins polluantes apparaîtront probablement dans le futur. Il est donc urgent d'attendre avant de se lancer dans ce genre d'exploitation.
Et même, si nous pouvons attendre que les gisements de pétrole soient quasiment épuisés (quelques dizaines d'années), nous nous trouverons en position de force équivalente à celle des pays du golfe aujourd'hui.
Mais peut-être est-ce justement ce que veulent éviter ceux qui décident...
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 16/09/2012 - 15:41

Au secours, les gaz de schiste reviennent !

Ambiguïtés ministérielles, lobbying intensif de l’industrie pétrolière et gazière, appels pressants d’éditorialistes et de chroniqueurs en faveur de leur extraction, multiplication de permis d’exploration, camions sismiques en attente d’autorisation… Alors que s’ouvre la conférence environnementale, les gaz de schiste sont loin d’être définitivement enterrés. Retour sur une bataille qui se joue en coulisse depuis un an.

http://youtu.be/6UyWy5FhGy4

Il est déjà loin le temps où les leaders socialistes s’opposaient fermement aux gaz de schiste. « Une fausse bonne idée aux risques écologiques démesurés », expliquait il y a un an Arnaud Montebourg [1]. Lors du débat sur la loi du 13 juillet 2011, interdisant la fracturation hydraulique, le futur ministre du Redressement productif, le futur Premier ministre et le futur Président – alors dans l’opposition – ont même signé une proposition de loi « visant à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, à abroger les permis exclusifs de recherche de mines d’hydrocarbures non conventionnels et à assurer plus de transparence dans le code minier ». C’était avant d’arriver au pouvoir.

Depuis, tout a soudainement changé : « Le débat n’est pas tranché », explique Jean-Marc Ayrault le 22 août. « Le 14 septembre va s’ouvrir une conférence environnementale et […] il faut qu’on mette sur la table les différentes solutions qui pourraient exister et [établir s’il faut ou non] les utiliser » [2]. Arnaud Montebourg s’est également dit prêt à reconsidérer la question, le 11 juillet, à l’occasion d’une réunion de la Conférence nationale de l’industrie.

Delphine Batho, devenue ministre de l’Écologie après l’éviction de Nicole Bricq, doit se sentir bien seule. « Je pense que la transition énergétique, ce n’est pas d’aller chercher de nouveaux hydrocarbures », a-t-elle déclaré lors des journées d’été d’Europe écologie – Les verts, à Poitiers, où elle était invitée.

Des permis toujours valides

La loi du 13 juillet 2011, votée sous le gouvernement Fillon, interdit bien « l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche » (Article 1). Mais le texte laisse quelques fenêtres ouvertes. D’abord, la fracturation hydraulique – la seule technique d’extraction possible, excessivement gourmande en eau et comportant des risques de pollution chimique (lire notre article) n’est pas clairement définie.

Ensuite, la loi crée une « Commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux » en vue « d’évaluer les risques environnementaux ». Sa composition a fait l’objet d’un décret publié au Journal Officiel le 22 mars 2012 [3], mais la commission n’a toujours pas été installée. Enfin, la loi autorise la « mise en œuvre d’expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique sous contrôle public ».

C’est sur ces bases légales que trois permis d’exploration de gaz de schiste – les plus médiatisés – ont été abrogés en octobre 2011 : ceux de Nant et Villeneuve-de-Berg (détenus par l’entreprise texane Schuepbach) et celui de Montélimar (Total). Les autres – plus d’une soixantaine – sont pour l’instant gelés.

Pour prospecter, les industriels doivent remettre à l’administration des rapports « précisant les techniques employées ou envisagées dans le cadre [des] activités de recherches ». De Château-Thierry à Foix, en passant par Alès, au moins une dizaine d’autres permis concernant principalement les gaz de schiste auraient ainsi pu être annulés. En refusant de les abroger, l’ancien gouvernement UMP a-t-il voulu, à sa manière, ne pas clore le débat ? Une continuité dans laquelle semblent s’inscrire les ténors socialistes du gouvernement.

Des camions sismiques en Ardèche

Sur le terrain, une multitude de compagnies pétrolières continuent de s’activer, et de saisir les opportunités laissées ouvertes par la loi. Début septembre, la société Mouvoil SA, détentrice du permis « Bassin d’Alès », couvrant une partie de l’Ardèche et du Gard, a ainsi adressé une demande aux préfectures pour faire circuler des camions sismiques. « Ce permis vise en particulier de forer à 1.400 m de profondeur. Il prévoit également l’utilisation d’une technique de fracturation, ce qui paraît extrêmement risqué dans cette zone dont le sous-sol karstique comporte de nombreuses failles dans lesquelles l’eau circule », alerte le collectif ardéchois « Stop aux gaz de schiste ».

Précisons que Mouvoil SA est une société basée en Suisse, dans le canton de Zoug, l’un des paradis fiscaux les plus prisés. Elle a été fondée en juin 2008 par d’anciens cadres dirigeants (géologues et financiers) de Total et d’Elf, dont un certain Jack Sigolet, bien connu de ceux qui se sont intéressés de près à l’affaire Elf.

« Jack Sigolet, spécialiste des « préfinancements pétroliers » (avance de fonds aux États producteurs de pétrole, contre gage de barils de brut), était aussi dans les années 1990 président de la FIBA-Banque française intercontinentale, l’une des banques d’Elf-Aquitaine, gérée avec le clan du dictateur gabonais Omar Bongo.

Devenu consultant, il a conseillé des responsables du pétrole angolais – via notamment sa société Crossoil Trading -, ce qui lui a valu dès 2008 l’attention du juge d’instruction genevois Yves Aeschlimann dans les nombreux développements de l’affaire dite « Angolagate », rappelle le journaliste suisse Gilles Labarthe. Dans ces conditions, autoriser d’obscures compagnies pétrolières, bien abritées dans des paradis fiscaux, à prospecter est-il vraiment raisonnable ?

Offensive médiatique en faveur des gaz de schiste

Qu’importe ! « Profitons de la richesse du sol français en gaz de schiste ! », lance Claude Perdriel, dans une tribune publiée par Challenges du 12 juillet, magazine dont il est le propriétaire [4]. Partant du principe que leur extraction profitera à tout le monde – plus d’emplois, gaz moins cher, indépendance énergétique… Bref, rien à voir avec l’extraction pétrolière, c’est promis… –, Claude Perdriel invite à « y réfléchir rapidement avant de prendre une décision qui engage notre liberté ». Rien que ça.

« N’enterrons pas le débat sur les gaz de schiste », renchérit un éditorial non signé du Monde, le 26 juillet. « Faut-il vraiment, a priori, renoncer à cette ressource ? (…) Comment savoir, inventer, progresser si l’exploration même est interdite ? Les arguments des scientifiques sont sérieux, ceux des pétroliers aussi », interroge le quotidien, qui au passage place sur le même plan argument scientifique et argument de businessman. L’édito s’accompagne d’un reportage favorable à l’extraction des gaz de schiste [5].

Un reportage qui fait suite à un voyage de presse au Texas, à Fort Worth, la ville aux 2.000 puits. Un voyage organisé par… Total, les 17 et 18 juillet. Trois journalistes, du Monde, du Point et de L’Usine Nouvelle, plus un photographe américain, sont partis, aux frais de la compagnie, visiter les installations de son partenaire américain Chesapeake. Une visite sélective : ni les bassins de décantation, ni le ballet des camions ne sont décrits. Quant à aller à la rencontre des populations qui dénoncent les conséquences environnementales de l’extraction des gaz de schiste…

Début juillet, c’est l’inévitable Claude Allègre qui lançait dans Le Point son cri du cœur : « Monsieur Hollande, n’ayez pas peur des gaz de schiste  !  » Selon le géochimiste, « la solution, la seule, l’unique » pour retrouver de la croissance « c’est l’innovation technologique, avec comme condition première l’énergie à bon marché ». (…) « L’attitude responsable, c’est donc à la fois d’exploiter une richesse utile et de protéger l’environnement », juge-t-il. Depuis la fin de l’été, et à l’approche de la conférence environnementale, « experts » et représentants de l’industrie pétrolière se succèdent sur les ondes et les plateaux pour promouvoir cette « attitude responsable ».

Vers une guerre de l’information

Cette offensive médiatique fait étrangement écho aux préoccupations de l’industrie pétrolière et gazière. « Fermer la porte pour toujours à l’exploitation de cette ressource serait une erreur majeure », regrettait Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, en avril 2011 [6]. En janvier 2012, le PDG de Total, Christophe de Margerie annonce que le débat « va nécessairement évoluer ».

Au même moment, un colloque est organisé à Paris sous le « haut patronage » de François Fillon et d’Éric Besson, alors respectivement Premier ministre et ministre de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie. Parmi les table rondes : « L’interdiction française, comment en sortir ? », où seuls un intervenant de la Direction générale de l’énergie et du climat (ministère de l’Écologie) et des représentants des multinationales pétrolières et gazières prendront la parole.

Sans oublier l’affaire du rapport de l’Association de l’École de guerre économique (AEGE). En juillet 2011, ce « réseau d’experts en intelligence économique » publie un rapport intitulé « L’intérêt du gaz de schiste pour la France ». Le texte est initialement présenté comme un « rapport de mission [confidentiel destiné à Total] pour une action de contre-information afin de faire basculer l’opinion française au sujet des gaz de schiste et de leur exploitation ».

Contre-information, le mot est lâché. Le rapport propose des « argumentations et éléments de langage » et identifie quatre « cibles stratégiques » : les politiques, les médias, les scientifiques, les populations. Il s’agit par exemple de « faire la pédagogie de la réalité de l’exploitation des gaz de schiste auprès des populations qui n’en ont eu, jusqu’à présent, qu’une présentation partiale ».

Chantage à l’emploi

Le rapport est rendu public un an plus tard par le site d’information indépendant whistle.is. L’AEGE dément et assure que le rapport a été réalisé « par des étudiants de l’École de guerre économique, dans le cadre d’un exercice universitaire » et que le document « n’engage en rien Total, qui n’en a jamais eu connaissance » (Lire aussi l’article qu’y a consacré Arrêt sur images). De son côté, le site whistle.is maintient sa version, détaillant les « exercices », sur les OGM notamment, réalisés au sein de l’École de guerre économique, « une fabrique d’influence au service des grandes entreprises » réputée « dans le domaine de la guerre de l’information ».

Quels que soient les commanditaires de cette étude, ses préconisations constituent aujourd’hui les grandes lignes du dispositif de communication des lobbies pétroliers et gaziers : ne pas fermer la porte aux gaz et pétrole de schiste ; rouvrir un débat étayé par des faits présentés comme « scientifiques » ; insister sur les bienfaits de l’extraction tant en termes d’emplois, de croissance et d’indépendance énergétique, voire de réduction d’émissions de CO2. Autant d’arguments relayés par plusieurs médias « mainstream ». Et partagés par une partie de la haute administration.

Adieu la transition énergétique ?

Le rapport remis en février 2012 par des ingénieurs du corps des Mines et du corps des Ponts, des eaux et des forêts aux anciens ministres de l’Énergie Eric Besson et de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet ne préconise pas autre chose : « Il serait dommageable, pour l’économie nationale et pour l’emploi, que notre pays aille jusqu’à s’interdire, sans pour autant préjuger des suites qu’il entend y donner, de disposer d’une évaluation approfondie de la richesse potentielle » [7].

Si le rapport demeure prudent sur la fracturation hydraulique et appelle à davantage de concertation locale avant de délivrer un permis, il préconise des expérimentations techniques : « Ces études et expérimentations contribueront à l’émergence et à la formation d’opérateurs et de sous-traitants nationaux susceptibles de se positionner sur le marché mondial. » De quoi séduire un ministre du Redressement productif en mal d’imagination, à l’heure où les plans sociaux se multiplient.

Rouvrir le débat sur les gaz de schiste : l’objectif est en passe d’être atteint. Quelle sera la prochaine étape visée par l’industrie pétrolière et gazière ? Le gouvernement socialiste enterrera-t-il toute ambition en matière de transition énergétique pour relancer la dépendance aux hydrocarbures ? Prendra-t-il le risque de susciter de nouvelles mobilisations ? Et de se couper de ses alliés écologistes ? La conférence environnementale et la réforme à venir du code minier devraient nous livrer des éléments de réponse.

Notes :

[1] Sur son blog. http://www.arnaudmontebourg2012.fr

[2] Lire l’article de Libération.

[3] Voir le décret.

[4] Claude Perdriel est propriétaire du groupe Nouvel Observateur, qui inclut l’hebdomadaire du même nom, les magazines Challenges et Sciences et Avenir et a racheté début 2012 le site Rue 89.

[5] A lire dans les archives payantes du quotidien.

[6] Dans Le Figaro.

[7] « Les hydrocarbures de roche-mère en France », réalisé par deux administrations françaises, le Conseil général de l’économie l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET) et par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD).

www.bastamag.net via http://fortune.fdesouche.com
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 16/09/2012 - 15:48

Miroir a écrit :Pourquoi ce sentiment d'urgence, de course à l'exploitation des gisements?
Au contraire, plus nous attendrons et plus le prix de l'énergie montera tandis que des technologies moins polluantes apparaîtront probablement dans le futur. Il est donc urgent d'attendre avant de se lancer dans ce genre d'exploitation.
Et même, si nous pouvons attendre que les gisements de pétrole soient quasiment épuisés (quelques dizaines d'années), nous nous trouverons en position de force équivalente à celle des pays du golfe aujourd'hui.
Mais peut-être est-ce justement ce que veulent éviter ceux qui décident...


Nous n'en avons pas fini avec le pétrole, Shell en Guyane manoeuvre pour être l'exploitant d'un nouveau gisement de 300 millions de barils espérés.
Ce gisement, serait l'équivalent d'une nouvelle mer du Nord; source Capital.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Miroir » 16/09/2012 - 21:50

Pat a écrit :Nous n'en avons pas fini avec le pétrole, Shell en Guyane manoeuvre pour être l'exploitant d'un nouveau gisement de 300 millions de barils espérés.
Ce gisement, serait l'équivalent d'une nouvelle mer du Nord; source Capital.

Avec la croissance exponentielle de la consommation, ça fait combien d'années?
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

supergaulois
Membre d'honneur
Messages : 12128
Inscription : 01/10/2014 - 13:26

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar supergaulois » 16/09/2012 - 23:24

le pouvoir politique est désespéré en France, ils croient que ça va créer de l'emploi et rapporter de l'argent à l'état

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 17/09/2012 - 8:13

Les États-Unis qui ont déjà commencé d'exploiter le gaz de schiste depuis un moment l'utilise de plus en plus et les importations de pétrole baissent régulièrement et le prix du gaz diminue... même source....
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Miroir » 17/09/2012 - 10:44

FN-vite a écrit :
Miroir a écrit :
Pat a écrit :Nous n'en avons pas fini avec le pétrole, Shell en Guyane manoeuvre pour être l'exploitant d'un nouveau gisement de 300 millions de barils espérés.
Ce gisement, serait l'équivalent d'une nouvelle mer du Nord; source Capital.

Avec la croissance exponentielle de la consommation, ça fait combien d'années?


Si on entre dans le calcul les paramètres de la hausse du prix de vente lui aussi exponentiel et la baisse continue du pouvoir d'achat... On devrait avoir du pétrole pour encore quelques siècles ! :mrgreen:

Relire cet excellent exposé...
viewtopic.php?f=44&t=30567
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Miroir » 17/09/2012 - 11:21

Miroir a écrit :
Pat a écrit :Nous n'en avons pas fini avec le pétrole, Shell en Guyane manoeuvre pour être l'exploitant d'un nouveau gisement de 300 millions de barils espérés.
Ce gisement, serait l'équivalent d'une nouvelle mer du Nord; source Capital.

Avec la croissance exponentielle de la consommation, ça fait combien d'années?

Prière de m'excuser, j'ai été beaucoup trop optimiste, ça représente moins de 3 semaines de la consommation des USA, même sans croissance...
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Miroir » 17/09/2012 - 17:09

FN-vite a écrit : :shock:

Ah quand même !

Eh oui...
300 millions de barils, ça semble énorme, mais quand un pays en consomme environ 18 millions par jour, il faut relativiser.
Ce chiffre date d'il y a quelques années mais je pense que nous ne sommes pas à quelques jours près, n'est-ce pas?
Il est facile de se rendre compte qu'avec une telle consommation les nouveaux gisements découverts, quelle que soit leur importance, ne peuvent que légèrement retarder l'échéance.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 11/10/2012 - 14:28

Quand France 2 escamote un reportage sur le gaz de schiste

Image
Le reportage qui a été diffusé dans l’émission Complément d’Enquête sur France 2, le jeudi 20 septembre, porte selon l’association préjudice à l’ensemble de la délégation française parties en mission d’information afin d’évaluer les risques et les enjeux sanitaires et environnementaux liés aux exploitations de gaz de schiste outre atlantique.

La journaliste de France 2, a contacté ‘No Fracking France’ au départ pour recueillir des informations et des contacts sur le sujet du gaz de schiste.

‘No Fracking France’ a accepté de collaborer avec cette journaliste et d’emmener l’équipe de tournage sous la condition qu’elle restitue une réalité de terrain et rapporte dans son reportage le vécu des populations rencontrées, dont les témoignages précieux d’habitants lésés par l’industrie du gaz de schiste au Québec, dont les conférences scientifiques de qualité qui constituaient la thématique de ce déplacement outre atlantique.



L’équipe journalistique de France 2, omniprésente sur les différentes rencontres et sur les différents sites visités, n’a en définitive rien retransmis de ce qu’elle a pourtant filmé en intégralité déplore l’association. Le reportage reste axé sur la personnalité d’un élu de Lot et Garonne, Monsieur Raymond Girardi et sur la délégation de 7 élus du Conseil Général du Lot-et-Garonne (47), alors en mission d’information, donc “en neutralité“, aucun d’eux ne devaient se positionner ou se démarquer.

De plus, France 2 a accompagné la délégation française sur sa première étape au Québec mais ne s’est pas déplacée jusqu’en Pennsylvanie.

“La journaliste de France 2 n’a pas respecté ses engagements de départ.”

Nous ressentons une grande injustice au regard de la pertinence d’informations qu’auraient pu recevoir les téléspectateurs français sur ce sujet tant controversé de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, et sur la problématique de la fracturation.

André Picot, chimiste, directeur de recherche au CNRS, président de l’ATC, (auteur du Rapport toxicologie-chimie lié aux exploitations d’hydrocarbures de roche mère), Séverin Pistre, hydrogéologue, co-auteur d’un rapport de l’Université Hydrosciences sur les risques géologiques liés aux exploitations de gaz de schiste, Alain Ducroux, médecin, chirurgien hospitalier, se sont exprimés face à la caméra de France 2 avec des arguments scientifiques implacables et fondés qui confondent les lacunes de cette industrie du gaz de schiste.

“Nous sommes atterrés que cela n’est pas été diffusé !”

‘No Fracking France’ a laissé France 2 aux avant-postes des interviews, aux avant-postes des rencontres, aux avant-postes des sites visités, se privant parfois du bénéfice des échanges pour laisser place à la caméra et à la prise de son.

Le fait d’avoir “perturbé” le bon déroulé de la mission de cette délégation française, de citoyens, d’élus et de scientifiques, en se positionnant sur le devant de chacune de nos prises d’informations et pour finir par ne rien retransmettre aux téléspectateurs français suscite chez nous la plus grande incompréhension. N’avoir pas cité dans le reportage les scientifiques présents, les élus présents, les citoyens présents et l’association No Fracking France organisatrice de ce déplacement relève d’une regrettable malhonnêteté intellectuelle.

Il ne fait aucun doute pour les participants que l’intention est volontaire de la part de la rédaction de France 2 de ne pas avoir expliqué la démarche d’objectivité de cette délégation française en mission scientifique indépendante et de ne pas avoir cité le nom de l’association initiatrice. Ce ne peut être un oubli !

La journaliste Lucie Boudaud, jointe par téléphone, nous a déclaré être totalement désolée et avoir été dépossédée de son reportage.

Le récit de la Mission d’évaluation au Québec et en Pennsylvanie est disponible à cette adresse internet : http://nofrackingfrance.fr/canada2012

ernerzine.com http://fortune.fdesouche.com
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 15/11/2012 - 12:11

GAZ DE SHISTE : MANNE OU MALEDICTION ?

http://www.youtube.com/watch?feature=pl ... riwUHkxf0o
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 25/11/2012 - 21:18

La renaissance industrielle grâce aux gaz de schiste n’est qu’un mythe

Pour mesurer ce qu’a pu être la puissance industrielle des Etats-Unis, il faut prendre la route qui quitte Pittsburgh vers le sud en suivant la rivière Ohio. Tous les trois ou quatre kilomètres, une aciérie ou une centrale électrique. Gigantesque. Toutes ne fonctionnent pas, cependant. Les premières sont pour la plupart à l’abandon quand elles n’ont pas été démontées, et les secondes, quand elles tournent au charbon, sont à l’arrêt. «Celles qui fument, ce sont les centrales à gaz», explique Daniel Donovan, porte-parole du géant de la production électrique et du gaz naturel Dominion. «Parce qu’ici, aujourd’hui, le gaz naturel est moins cher que la houille.»
Image
Loin d’être une bénédiction comme on pourrait le croire, cette situation est la porte d’entrée vers l’envers du décor du miracle des gaz de schiste. Car l’abondance des gaz de schiste sert de tremplin aux politiciens comme à Wall Street pour affirmer que des prix de l’énergie parmi les moins élevés de la planète sont le prélude de la renaissance industrielle de l’Amérique. Mais pour le moment ce n’est qu’une promesse. Et elle repose sur des mythes.

Après la ruée vers l’or, déjà les villes fantômes

Le boom spectaculaire des gaz de schiste a commencé il y a environ six ans grâce à la combinaison de deux nouvelles technologies. La fracturation hydraulique, ou fracking, a permis d’abord d’amener de la pression pour extraire des couches de schiste le gaz naturel qui y est prisonnier mais qui ne remonte pas tout seul, comme dans les gisements classiques. Les forages multidirectionnels et horizontaux ont augmenté les rendements extraits de ces couches géologiques étendues mais souvent minces. Bien sûr, pour extraire les gaz de schiste, il faut beaucoup d’eau et des produits chimiques, ce qui a fait bondir les écologistes qui redoutent la pollution des nappes phréatiques. La scène du robinet qui verse du feu à la place de l’eau dans le film Gasland a ainsi capturé les imaginations.

Toutefois, cette scène dit aussi autre chose que la pollution: la profusion. A l’autre bout de la Pennsylvanie, dans la région rurale qui borde l’Etat de New York, les fermiers n’ont pas résisté aux 12,5% de royalties garanties par les compagnies exploitantes comme Chesapeake. Du coup, phénomène traditionnel de l’économie américaine, on a assisté à une ruée vers l’or des gaz de schiste.

Mais ce boom est suivi maintenant par un «bust», un effondrement. Dans cette région, un millier de forages sont à l’arrêt.

Le phénomène est plus général. Après un investissement dans les forages de 126 milliards de dollars par les 50 premières compagnies du secteur pétrole et gaz des Etats-Unis au cours des six dernières années, le fracking est en crise. En témoignent les derniers résultats trimestriels des principaux fournisseurs: Halliburton, Baker Hughes et Schlumberger. «Nous perdons notre chemise», a même commenté récemment Rex Tillerson, le CEO d’Exxon Mobil, qui a payé 41 milliards de dollars en 2010 pour le spécialiste des gaz de schiste XTO. Le fameux magnat texan du pétrole T. Boone Pickens s’est, lui, exclamé en plein conseil d’administration cet été: «Il faut arrêter de forer!», selon le New York Times.

«Deux phénomènes se sont rejoints, explique Daniel Donovan. D’une part, les températures douces de l’hiver dernier ont diminué la demande, d’autre part le forage multidirectionnel a abouti à une production plus importante que prévu.» Du coup, les prix se sont effondrés de 60% depuis 2008 pour naviguer entre 2 et 3,5 dollars le million de BTU (British Thermal Unit, l’unité du gaz naturel aux Etats-Unis). Et comme tout va très vite en Amérique, on évoque maintenant des villes fantômes dans ce qui était il y a encore six mois l’eldorado des gaz de schiste.

À la source de la réindustrialisation

Pourtant, l’histoire ne s’arrête de loin pas là. Non seulement les consommateurs de gaz américains bénéficient de tarifs particulièrement bas, mais le gaz naturel étant un hydrocarbure, c’est une ressource précieuse pour toutes sortes d’usages qui vont bien au-delà du chauffage. C’est pour cela que la ruée des gaz de schiste s’est maintenant déplacée au cœur des Appalaches, à la frontière sud de la Pennsylvanie, de l’Ohio et de la Virginie occidentale. A Natrium, très précisément.

Dans cette localité, qui doit son nom à la désignation du sodium dans la table périodique des éléments, Dominion vient de dépenser un demi-milliard en dix mois pour construire ce qui sera à la fin de l’année la plus grande raffinerie de gaz de schiste des Etats-Unis. Et, ce qu’ici tous espèrent, l’amorce d’une reconquête industrielle.

Casque sur la tête, Tommey Gump, le superintendant des opérations de liquéfaction du gaz chez Dominion, explique pourquoi il est nécessaire de raffiner les gaz de schiste qui pullulent dans cette région minière. Le gigantesque gisement de gaz de schiste Marcellus, qui s’est formé au dévonien, court entre 1000 et 2000 mètres de profondeur sous les Appalaches depuis la Virginie occidentale et l’Ohio au sud jusqu’au milieu de l’Etat de New York au nord, après avoir traversé la Pennsylvanie. Dessous et plus à l’ouest, cette formation, dont les réserves sont estimées à 3 trillions de mètres cubes de gaz, en recouvre une autre baptisée Utica, qui en contient un autre trillion. Ce n’est donc pas loin du tiers des réserves de gaz de schiste des Etats-Unis (13,6 trillions de mètres cubes) que l’on trouve dans cette immense région.

Mais il y a une différence essentielle entre le gaz qu’on extrait au nord et celui qui commence à être exploité au sud de la formation Marcellus. Le premier est dit «dry» tandis que le second est qualifié de «et». Cela signifie que les premiers gisements contenaient surtout du méthane, dont l’usage est d’abord destiné au chauffage domestique. Pas vraiment de quoi lancer une renaissance industrielle. Par contre, dans la région de Natrium, les gaz de schiste ont un contenu élevé en hydrocarbures lourds. A partir de cette ressource, la raffinerie de Natrium va produire différents gaz tels que butane, isobutane, propane et éthane qui, eux, sont destinés à des usages industriels.

Des différentes tours de craquage de chacun de ces gaz que désigne Tommey Gump, c’est celle qui doit produire l’éthane qui retient le plus l’attention. Ce gaz liquéfié est, en effet, le précurseur de l’éthylène, lui-même source de nombreux plastiques. On y est! Cette «renaissance industrielle» que vendent aujourd’hui tant Wall Street que les candidats à la présidence est chimique. L’énergie bon marché n’est pas le sujet. Ce n’est pas parce que le gaz naturel est cinq ou six fois moins cher à New York qu’à Genève que l’industrie quitterait les pays à bas coûts pour revenir aux Etats-Unis. Certes, l’équation est plaisante et, au cœur de ce «rust belt» qui recouvre les fameux Etats indécis que sont précisément la Pennsylvanie et surtout le déterminant Ohio, tant Barack Obama que Mitt Romney tapent sur ce clou. Mais en matière industrielle, les décisions d’implantation répondent à des critères un peu plus subtils que la facture de gaz.

Le mythe de la compétitivité énergétique

A Chicago, Harry Moser est un militant de la relocalisation manufacturière aux Etats-Unis. Cet ancien directeur de l’entreprise genevoise AgieCharmilles aux Etats-Unis est même l’initiateur de la Reshoring Initiative, qui veut «ramener l’industrie à la maison». Pourtant, il n’achète pas la fable de la compétitivité énergétique des gaz de schiste. «Les coûts énergétiques ne représentent pas plus de 2% des coûts totaux dans la production manufacturière, lâche-t-il. Passer de 2 à 1% n’est pas suffisant pour motiver une relocalisation.» Mais le patron du groupe chimique belge Solvay n’expliquait-il pourtant pas, il y a peu, au quotidien Les Echos que s’il produisait aux Etats-Unis sa facture de gaz ne serait que de 200 millions d’euros au lieu de 500 en Europe? «C’est parce que Solvay est un groupe chimique», répond Harry Moser. «Non seulement c’est une industrie plus intensive en énergie mais surtout, elle utilise les hydrocarbures en tant que matières premières pour produire des plastiques.»

De fait, les exemples qui sont généralement avancés pour affirmer que les gaz de schiste vont faire revenir l’industrie aux Etats-Unis sont essentiellement chimiques. Le principal est celui de la construction par Dow Chemical, à Freeport au Texas, d’une usine d’éthylène de 1,7 milliard de dollars (soit 0,01% de la production industrielle des Etats-Unis, qui représente 12% du PIB). Encore une goutte d’eau pour affirmer une renaissance industrielle.

Pour autant, Harry Moser identifie d’autres facteurs qui sont effectivement de nature à ramener des emplois industriels aux Etats-Unis. Le principal c’est qu’entre une croissance débridée d’un côté et une grande récession de l’autre les différences salariales entre la Chine et les Etats-Unis se sont atténuées ces dernières années. «Depuis huit ans, les salaires chinois augmentent de 15% par an et la devise s’apprécie de 6%. Cela signifie que les salaires chinois représentent maintenant entre 15 et 20% de ceux des Américains. Toutefois, ces derniers ont une productivité trois fois plus élevée, si bien que lorsque vous mettez dans la balance les coûts liés au transport, la logistique, etc., la différence n’est plus si grande.»

Certes, mais la productivité chinoise peut augmenter. Et Harry Moser considère lui-même que les industries très intensives en main-d’œuvre, comme le textile ou l’assemblage électronique, ne reviendront pas. A cela s’ajoute une autre difficulté: le manque de techniciens et d’ouvriers qualifiés. On ne perd pas pendant des décennies des emplois industriels sans les savoir-faire qui vont avec. Or le système éducatif américain pêche au plan de l’apprentissage.

Les chimères de la machine à créer des jobs

Cette question de la qualification nous ramène à Natrium, au gaz de schiste et à la promesse de Mitt Romney de ramener des millions de jobs manufacturiers et à celle, plus raisonnable, de Barack Obama de voir le gaz créer 600 000 emplois d’ici à 2020 après en avoir généré 60 000 depuis cinq ans.

Devant un réservoir géant de propane, Timothy Greenier, le chef du chantier de Natrium, explique que celui-là emploie 900 personnes. Mais il se dit aussi surpris par la phénoménale rapidité de cette construction. Il l’attribue à la qualité de ses équipes et à la technologie. A la productivité, autrement dit. En poursuivant avec Tommey Gump, on apprend qu’une fois opérationnelle cette unité capable de convertir 5,6 millions de mètres cubes de gaz de schiste en 59 000 barils de dérivés liquides par jour – tous les jours – emploiera au maximum 50 personnes en 3 x 8. «Un jour normal, cinq personnes suffisent pour tout faire marcher.» On est loin de la machine à créer des emplois…

Certes, ceux-là sont attendus en aval. Alors, rapprochons-nous de cette rivière Ohio qui n’est pas sans évoquer le Rhin avec ses énormes barges qui circulent de Pittsburgh à Saint-Louis. Outre un port fluvial, l’usine est en train d’être raccordée au chemin de fer et à un terminal routier. Toutefois, si Dominion a vendu il y a un an et demi ses gigantesques propriétés au-dessus de la formation Marcellus au groupe minier Consol Energy, c’était non seulement pour investir dans des raffineries de gaz mais surtout dans des pipelines.

Où sont-ils ?
C’est justement la grande question que se pose le management de Dominion aujourd’hui. L’investissement dans un pipeline pour Natrium est suspendu à la valorisation de l’éthane sous forme de plastique. Comme le groupe énergétique n’a pas vocation à fondre des polymères, il attend une décision de Shell. Le groupe anglo-néerlandais étudie l’implantation d’un craqueur d’éthane de 2 milliards de dollars au sud de Pittsburgh. Si cet investissement se fait, il sera effectivement de nature à stimuler l’implantation de plasturgistes dans la région.

Toutefois, même si la décision était prise maintenant, il faudrait trois ans, selon Daniel Donovan, à cette autre raffinerie pour être opérationnelle. Et là encore il ne faut pas s’attendre à une avalanche de jobs. Cette potentielle usine comme celles encore plus éventuelles destinées à valoriser ses plastiques feront le pari des dernières technologies d’automatisation. A cela s’ajoute que la question du caractère bon marché des gaz liquides est toute relative. Une des raisons qui motivent Dominion est que les prix de ceux-là suivent, contrairement au méthane, les cours du pétrole! En plus, Dominion comme d’autres entreprises s’interrogent sur la possibilité d’exporter le méthane destiné au chauffage, ce qui aura pour effet d’en faire remonter les cours…

Même si un peu d’industrie pétrochimique peut donc revenir aux Etats-Unis grâce aux gaz de schiste, on est loin des promesses des politiciens. Quant à celles de Wall Street? Eh bien si les banques relaient si bien cette histoire de renaissance industrielle, c’est aussi qu’elle est de nature à les aider à poursuivre la «story» des gaz de schiste au moment où l’effondrement des forages de la première ruée commence à se voir.

BILAN http://fortune.fdesouche.com/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste en France

Messagepar Pat » 09/12/2012 - 11:26

Lobbying intensif pro gaz de schiste en France et en Europe

C’est la crise, c’est l’austérité, la rigueur, le « coût du travail » devient LA préoccupation, et voilà qu’on commence à nous sensibiliser aux bienfaits du gaz de schiste. Qui permettrait aux Etats Unis de devenir bientôt exportateur de pétrole. Autant dire que ce sera le Pérou. Faisons le point sur le sujet, sans idéologie, alors que le lobbying auprès des institutions européennes et même françaises n’a jamais été aussi important.

D’abord, on nous dit qu’aux Etats Unis le gaz de schiste fait des merveilles. Le magazine Challenges titre par exemple « Le gaz de schiste, sauveur des Etats Unis ». Alors qu’Obama parlait d’énergies vertes il y a quatre ans, voilà que le pays a décidé de laisser faire la « puissance industrielle ».

Le gaz de schiste, on le sait, se trouve en profondeur, et pour le faire sortir on envoie de l’eau à très haute pression dans le sol, accompagnée d’un cocktail de produits chimiques. On le récupère sous forme de gaz, ou de pétrole mais dans une moindre mesure. Alors évidemment, les très puissantes compagnies gazières et pétrolières sont au taquet pour récupérer le marché.

En quatre ans, les USA sont passés de 5 à 6,2 millions de barils de pétrole produits chaque jour. Les USA sont donc indépendants au niveau de leur fourniture de gaz et l’Agence internationale de l’énergie révèle dans une étude récente que les Etats Unis seront « le plus gros producteur de pétrole en 2017 et exportateur net de brut autour de 2030 ». Et 600.000 nouveaux emplois sont attendus dans le secteur du gaz de schiste et du pétrole d’ici 2020. Et le cabinet PricewaterhouseCoopers surenchérit : ce sont même un millions d’emplois qui seront crées d’ici 2025.
Challenges explique « Selon l’institut IHS Global Insight, l’accès à un gaz bon marché produit localement pourrait accroître la production industrielle de 2,9% en 2017 et de 4,7% d’ici à 2035. Cette année-là, la contribution du gaz non conventionnel au PIB devrait atteindre pas moins de 332 milliards de dollars. »

Autrement dit, l’ensemble du monde économique applaudit cette invention. On parle de « renaissance industrielle ». Mais à quel prix ? .

On nous vante les mérites du gaz de schiste car il diminue les gaz à effets de serre, et en plus ça ferait baisser les prix de l’énergie en général (nucléaire, pétrole, gaz, charbon…). Et surtout parce qu’il promet une belle rentabilité dans les 10 ou 15 ans à venir.

Mais déjà, on s’aperçoit que le gaz de schiste créé des gaz à effets de serrecar du méthane ou du benzène s’échappent lors du forage des puits.

Du gaz s’échappe aussi lors du transport, dans des gazoducs parfois centenaires, et chaque année des explosions surviennent pour cette raison. Ainsi, « Au total, en intégrant toutes ces phases, résume le biogéochimiste Robert Howarth, on estime qu'entre 3,6 et 7,9 % du gaz extrait sur toute la durée de production des sites de gaz de schiste s'échappent. Les recherches menées depuis un an confirment cet ordre de grandeur." Les promoteurs du gaz de schiste avancent qu'en se substituant au charbon dans les centrales électriques, il permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une assertion fausse, selon le chercheur, si l'on prend en compte tous les éléments de la chaîne », explique Le Monde.

D’après Environmental Health Perspectives du mois de juillet, plus de 20 000 puits devraient être creusés chaque année aux USA d'ici à 2035, ainsi que 10 000 puits pour le pétrole de schiste.

Quant à la consommation d’eau, elle va exploser également et son prix avec. Et il faut de l’eau potable pour envoyer dans le sol avec tous ces produits chimiques ! Dans le Nord Dakota, la dernière source d’eau potable dans toute une zone est justement la seule dans laquelle pompent les industries du gaz de schiste, si bien que les paysans n’ont plus d’eau. Dans cet Etat, il faudra bientôt 23 millions de gallons (87 millions de litres) d’eau potable par jour pour exploiter les puits. Et tout vient par camion….

L’option de recycler l’eau semble assez lointaine car cela augmenterait le coût d’extraction de 75%, nous dit une entreprise du secteur. Et recycler quoi ? Plusieurs centaines de produits chimiques sont injectés dans le sol avec l’eau et le sable, et on ne sait même pas lesquels : la composition de la mixture est couverte par la loi US sur les brevets.

Aux Etats Unis, plus de 1.000 cas de contamination de l’eau aux abords de sites de forage ont été dénoncés auprès des tribunaux[1]. Des familles doivent être approvisionnées en eau potable car celle du robinet n’est plus propre à la consommation. Ces transports d’eau ont coûté 10 millions de dollars à la Pennsylvanie en 2010.

Il y a en fait tellement de méthane dans l’eau de certaines zones que l’eau en devient même explosive, comme le montre le film Gasland. Mais, on y trouve aussi du baryum (14 fois la dose normale), du benzène (373 fois la dose standard) et tout un tas d’autres produits, selon une étude de 2010 du Center for Healthy Environments and Communities (CHEC) de l’université de Pittsburgh. En décembre 2007, une maison de Cleveland dans l’Ohio a carrément explosé à cause des infiltrations de méthane..
GASLAND

En outre, on ne sait pas jusqu’à quand l’exploitation du gaz de schiste sera rentable. Une fois que le territoire aura été bien saccagé, il est probable que les industries s’en aillent, laissant des nappes phréatiques polluées et un pays qui ressemble à un véritable gruyère.

Aux Etats Unis où on nous dit que le gaz de schiste, c’est génial, certains Etats comme le Michigan demandent un moratoire sur leur exploitation.

Lobbying

L’Agence Internationale de l’Energie vient de publier un rapport extrêmement favorable à l’exploitation du gaz de schiste, montrant en exemple les Etats-Unis, qui « deviendront le 1er producteur de pétrole de la planète vers 2017, et même exportateur net de brut autour de 2030, selon la grande étude prospective annuelle de l'Agence mondiale de l'Energie », nous dit L’Express-l’Expansion. L’AIE ajoute qu’on peut exploiter le gaz de schiste « proprement », ce qui est réellement une blague.

Loin de toute préoccupation environnementale, l’AIE explique que « Les développements dans l'énergie aux Etats-Unis sont profonds et leurs effets vont se faire ressentir bien au-delà de l'Amérique du Nord et du secteur ». Plantée, l’Arabie Saoudite, aux USA le retour de la puissance : en 2017 les USA seront les premiers producteurs de pétrole, devant l’Arabie Saoudite, et en 2025 ils seront « numéro un mondial incontesté de la production gazière mondiale », devant la Russie. A lire de telles envolée lyriques, on se croirait presque dans une foire, avec un type en train de nous dire que son produit lave plus blanc.

Les industriels estiment qu’en Europe, c’est en France et en Pologne qu’on a le plus de gaz de schiste. Et en Europe, il n’y a aucune législation cohérente pour encadrer les forages.

Les technocrates de Bruxelles sont évidemment dans les petits papiers des lobbies gaziers et pétroliers. ExxonMobil, Halliburton, Statoil, Shell, PGNiG, Total, OMV et toute la clique sont sur le pont. Cela a l’air de marcher puisqu’on prend le chemin d’une législation extrêmement laxiste. L’industrie chimique est également dans la course, rêvant déjà à l’explosion de ses ventes.

Selon les industriels, la « viabilité économique » du gaz de schiste est conditionnée à une réglementation minimaliste.

Mais pourquoi se gêner ? Les peuples européens, qui reviennent sur un siècle d’acquis sociaux, en sont à demander eux-mêmes toujours plus d’austérité, alors qu’on sait parfaitement que c’est contre productif et sans limites.

Bref, bien que plusieurs rapports européens soulignent les risques environnementaux de l’exploitation des gaz de schiste, les lobbies continuent à travailler. Et c’est ainsi qu’au printemps 2012, deux projets de textes ont été déposés par les commissions de l’Environnement et de l’Industrie du parlement européen. Et les deux étaient favorables à l’industrie, précise le Corporate Europe Observatory (CEO). Le vote est prévu fon novembre.

Et puis, l’industrie a des relais chez les parlementaires via d’anciens députés européens ou attachés de cabinet de députées européens. Des cabinets de lobbying comme Burson-Marsteller (qui représente par exemple Shell), FTI Consulting (représentant Halliburton) ou Fleishman-Hillard (qui bosse notamment pour ExxonMobil ou pour l’American Petroleum Institute) organisent avec leur centaine de lobbyistes des événements, par exemple Lors d’une rencontre avec la DG Environnement, un représentant de Shell affirmait que « Les gaz de schistes représentent un secteur marginal pour les (grandes) firmes et des coûts trop élevés chasseraient ces entreprises des gaz de schistes dans l’UE », selon le CEO.

En Autriche, la firme locale OMV[2] qui avait des projets de forage a tout cessé après que le pays ait imposé des études environnementales préalables.

La firme US Talisman Energy, spécialisée dans le forage des gaz de schistes, ainsi que Marathon Oil, qui travaille sur la mise en valeur des gaz de schistes aux Etats-Unis, font appel à Hill+Knowlton Strategies pour communiquer avec la Commission.

Hill+Knowlton soutient aussi l’America’s Natural Gas Alliance (ANGA), qui est l’association professionnelle du gaz aux Etats-Unis et cherche à rendre le gaz de schiste écologique aux yeux du public et des institutions.

Le CEO écrit que « Des documents obtenus par le biais de la loi sur la liberté de l’information montrent que des représentants des Directions Energie, Environnement et Climat rencontrent tous de nombreux lobbyistes de l’industrie, à propos de la mise en valeur des gaz de schiste en Europe. Entre janvier et août 2012, treize réunions formelles avec pour thème les gaz de schistes ont eu lieu entre la Commission et des représentants d’ExxonMobil, Talisman Energy, Shell, Statoil, Halliburton, Chevron et GDF Suez ».

L’ANGA promet ainsi des millions d’emplois aux Etats Unis avec le développement du gaz de schiste et estimait qu’en 2008, 2,8 millions d’emplois avaient été créés par le secteur du gaz de schiste. Mais combien ont été détruits dans le même temps, l’histoire ne le dit pas. En tout cas, le chômage ne baisse pas aux Etats Unis.

Les lobbyistes ont même inventé la « gaz week », avec une soirée au Ralph’s Bar, place du Luxembourg à Bruxelles. Organisée fin avril 2012, sur quatre jours, cette « semaine du gaz » était le prétexte à quelques causeries entre lobbyistes du gaz et représentants européens.

La veille du vote du rapport portant sur les gaz de schistes au Comité Environnement du Parlement, le rapporteur, le député Boguslaw Sonik et son compatriote Bogdan Marcinkiewicz (députés du Parti populaire européen) donnaient un banquet débat sur les gaz de schistes, co-organisé avec Lewiathan, la Confédération polonaise des employeurs privés. Accessoirement, Marcinkiewicz est aussi président du conseil d’administration de deux compagnies de gaz (CETUS Energyka et LNG-SILESIA).

Nos députés européens peuvent aussi adhérer au Forum Européen de l’Energie, destiné à organiser des événements avec les acteurs du secteur de l’énergie, y compris, donc, les parlementaires. Parmi les membres, on retrouve sans surprise e-on, EDF, Shell, Siemens, Statoil, Enel, Areva, Chevron, ENI, ERDF, Exxon, Lujoil, OMV, GDF Suez ou encore Total. On a aussi, parmi les parlementaires en question, on a Corinne Lepage, vice présidente de la Commission Environnement et de la Santé publique, mais aussi tout un tas d’autres parlementaires membres de diverses commissions.

Et chez nous ?

En France, où nous disposerions de « 5 100 milliards de mètres cubes exploitables sur son territoire, selon l’organisation américaine Energy Information Administration », flamby vient de dire qu’il « prendrait ses responsabilités » si on trouve une technique « propre » pour extraire les gaz de schiste, ce qui a fortement rassuré nos industriels. Mais en parallèle, il promeut le nucléaire et le gaz de schiste en Pologne », nous dit Le Figaro. Probablement parce que nos multinationales ont à y gagner et que faire des tests sur le forage « propre » là-bas c’est moins grave puisque la Pologne, c’est loin…

De fait, l’heure est aujourd’hui à nous démontrer que l’extraction de ces gaz de schiste ne va pas ravager notre territoire qui est aussi, n’en déplaise à certains une zone touristique et agricole.

On va nous sortir des études bidons soi-disant indépendantes, comme ce fut le cas aux Etats Unis, pour nous dire que le gaz de schiste, ça va être super. Comme pour les OGM, les pesticides, les antennes téléphoniques, les vaccins etc.
Et pour faire passer cela dans la presse, rien de tel qu’un petit voyage tous frais payés pour deux ou trois « journalistes » du Monde : Total a payé un voyage de presse aux Etats-Unis à des journalistes français, y compris trois journalistes du Monde. Cet investissement a été rentabilisé, puisque les journaux ont appelé à repenser l’interdiction de la fracturation hydraulique. Le fait que Jean-Michel Bezat n’ait pas mentionné que le voyage de ce reportage avait été payé par Total provoqua quelques débats au sein de la rédaction.

En réalité, « Pour effectuer une fracturation hydraulique, chaque puits nécessite 20 millions de litres d’eau mélangés à du sable et à un cocktail d’environ 500 produits chimiques », nous dit-on sur un blog de Rue 89, « On peut admirer au Texas des files de camion de plus de trois kilomètres de long qui attendent consciencieusement d’injecter leurs marchandises dans le sous-sol. Le processus de fracturation en lui-même dure environ cinq jours, et le puits doit être alimenté toutes les douze minutes par un nouveau camion. Au final, 80% de l’eau injectée – soit seize millions de litres de cette mixture, stagnent dans le sol, et personne n’est en capacité aujourd’hui d’indiquer le devenir de cette « potion magique ».

Bientôt, ce seront pas moins de 450 000 puits qui seront forés dans le sol des Etats-Unis. Pour évaluer le désastre, le calcul est simple : environ 7 200 milliards de litres d’eaux polluées, soit l’équivalent de 2,4 millions de piscines olympiques stagneront dans le sous-sol américain. Et puis le mieux de toute manière est d’attendre, au cas où effectivement on trouverait une méthode d’extraction non polluante, les prix du gaz continueront à augmenter ».

Et mystérieusement, alors que tout le monde fait ses petites études pour nous vanter les bienfaits du gaz de schiste, personne ne sait aujourd’hui dire de combien le prix de l’eau va augmenter avec ce nouveau délire.

La biodiversité aussi serait touchée par cette industrie. Les auteurs d’un rapport de l’Europe sur les risques de cette exploitation évoquent la dégradation ou la disparition totale du milieu naturel autour des puits, en raison de prélèvements excessifs d’eau et aussi de la pollution importante autour de ces sites. Un autre rapport explique que le risque de contamination des eaux souterraines est «élevé», à cause des accidents et des défauts des structures des puits. Le rapport évoque aussi la possibilité de fractures naturelles dans le sous-sol qui favorisent le contact entre les zones fracturées par l'industrie et les nappes d'eau potable. Mais dans ce rapport également, les risques sont sous évalués.

La question est très simple : comme il n’y a pas d’autre méthode d’extraction, on doit simplement se demander si c’est bien ce que l’on veut chez nous ?

C’est ce que semblent dire des gens tels que Rocard ou Louis Gallois qui décidément feraient mieux d’aller se reposer.

En France un permis d’exploration permet à une entreprise d’accéder à la ressource découverte, c’est-à-dire de l’exploiter. Du coup, quand un permis d’exploration est refusé par l’Etat, les firmes introduisent des recours en Justice. Et apparemment, les industriels n’annoncent même pas la couleur lorsqu’ils demandent un permis d’exploration d’hydrocarbures dans une zone précise : l’Etat en a annulé sept en septembre parce qu’il estimait qu’en réalité, il s’agissait d’explorations visant à exploiter du gaz de schiste.

Mais, de nombreuses demandes de permis sont en cours d’étude dans nos administrations, et des permis d’exploration ont déjà été attribués dans plus de la moitié des départements de France,d’après une carte interactive du ministère de l’Environnement.

Libération nous apprend aussi que « la contre-offensive progaz de schiste est même devenue un cas d’école, puisque des étudiants en master d’intelligence économique ont planché sur une campagne, fictivement commanditée par Total, visant à démonter les arguments des anti. Leur document conseille de viser «politiques, médias, scientifiques et populations», de créer une commission «scientifique indépendante», d’inviter les médias sur place, voire de recruter un ambassadeur qui soit à la fois «scientifique et populaire», avant de suggérer le nom de l’ex-animateur de télé Jérôme Bonaldi. Total dément catégoriquement - et pour la seconde fois en un an - avoir commandé une telle étude, laquelle circule en boucle sur le Net ».

En mai 2012, le groupement des entreprises et professionnels de la filière des hydrocarbures (GEP-AFTP), a annoncé le lancement d'un comité de réflexion sur l'extraction du gaz de schiste constitué de professionnels (géologies, ingénieurs etc.). Et qui « a pour objectif d'apporter des réponses factuelles, techniques et dépassionnées aux principales questions soulevées par l'exploitation de cette source d'énergie non conventionnelle». Autant dire qu’il s’agira de propagande pure et dure…

Bref, la bataille fait rage et les industries mettent le paquet, de manière coordonnée et aussi individuellement, pour faire plier les récalcitrants tout en imposant des réglementations favorables au niveau européen.

On va nous inonder d’études bidons, d’interviews d’experts à la solde des industries, pendant que les lobbyistes inviteront nos élus à des repas dans des restos gastronomiques. Au final, comme à chaque fois, l’intérêt des citoyens va être sacrifié pour des intérêts particuliers, pour un bénéfice privé à court terme.

http://dondevamos.canalblog.com/

[1] En 2010, une famille a ainsi touché 4,1 millions de dollars de la part de la firme Cabot Oil and Gas Corp, qui préfère un arrangement plutôt qu’un procès et une jurisprudence retsrictive.

[2] Leader en Europe centrale dons le gaz et le pétrole, qui travaille beaucoup avec le russe Gazprom.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 22/03/2013 - 21:37

États-Unis : Le gaz de schiste s’infiltre jusque dans les facs

Autorisation de forage dans les facs, collusion entre les chercheurs et les foreurs… En Pennsylvanie, le gaz de schiste trouble la vie des universités.
Loi sur « le développement des ressources minérales indigènes ». Contrairement à ce que son nom suggère, la loi votée par le gouverneur de Pennsylvanie Tom Corbett en octobre 2012 ne concerne pas les droits des communautés indiennes riveraines, mais certains propriétaires des sous-sols de l’Etat : précisément les 14 universités publiques de Pennsylvanie. Plusieurs d’entre elles sont en effet situées au-dessus du fameux « Marcellus shale », un des principaux gisements de gaz de schiste américains.
Avec cette loi, les présidents d’université ont désormais la possibilité d’autoriser le forage sur leurs campus, pour en extraire du gaz ou du pétrole. L’intérêt ? Leur permettre d’augmenter leurs ressources financières, sur fond de coupes dans les budgets de l’éducation publique.
Baisse des subventions aux facs
Pour justifier cette autorisation, qui a provoqué une levée de boucliers chez des organisations environnementales et étudiantes, le gouverneur Corbett met dans la balance les réductions de ses subventions aux universités, du fait de la crise. Sur le budget 2011/2012, ces baisses ont été de 18% pour la plupart des universités. Or, la nouvelle loi réserve 50% des royalties sur le gaz des sous-sols universitaires à l’université hôte, le reste se répartissant entre l’Etat (35%) et les autres universités publiques (15%).
Mais d’après Robert Myers, directeur des études environnementales à l’université de Loch Haven , située au dessus du Marcellus Shale, la loi a peu de chances de se concrétiser à court terme. « La baisse du prix du gaz (une des conséquences du boom du gaz de schiste, ndlr) depuis un an a conduit à un recentrement de l’activité gazière et l’industrie a actuellement peu d’intérêt à acquérir des nouvelles concessions », estime-t-il. Et l’enseignant d’ajouter : « Cette loi a tout d’une tentative boiteuse des régulateurs pour se faire de l’argent sur le boom du gaz et éviter de soutenir le système éducatif à travers des taxes. »
A court terme, l’exploitation du gaz sous les campus de Pennsylvanie serait donc peu probable. C’est ce que semble confirmer une autre université concernée, celle de Mansfield, dont le président par intérim déclarait récemment qu’il n’y avait aucune négociation de prévue sur la fracturation. Mais qu’adviendra-t-il si le prix du gaz augmente ? Dans d’autres Etats, plusieurs universités ont déjà signé des contrats avec des compagnies d’extraction. En Virginie-Occidentale, la petite université (privée) de Bethanie a autorisé dès 2011 l’entreprise Chesapeake Energy à installer un forage sur ses terres – situées à l’extérieur du campus. Dans l’Indiana, c’est l’université publique qui a signé un accord pour étudier un forage de pétrole sur son campus. Dans ces deux exemples, une poignée d’étudiants se sont mobilisés contre ces projets, invoquant les risques sanitaires et l’impact environnemental. Mais le véritable enjeu, tant que le prix du gaz ne remonte pas, est plutôt celui des liens financiers entre les chercheurs universitaires et l’industrie du gaz, selon Robert Myers de l’université de Loch Haven.
Frackademia : collusion entre l’industrie et les chercheurs
La chose n’est pas nouvelle, l’argent du pétrole et du gaz afflue déjà sur certains campus, non pas en royalties, mais en subventions. Face aux risques de collusions, la plupart des universités ont voté des principes de transparence irréprochables sur le papier, mais pas toujours appliqués.
C’est ce que vient de démontrer le centre d’études Public Accountability Initiative (PAI), aux dépens de l’université d’Austin au Texas : alors que l’université avait reçu, selon le PAI, 1,5 million de dollars (1,16 million d’euros) de l’entreprise pétrolière ConocoPhillips, son Institut de l’énergie a publié une étude très relayée par l’université, selon laquelle il n’y aurait « aucune preuve que la fracturation hydraulique pollue les nappes phréatiques ». L’université n’a eu d’autre choix que de « démissionner » le directeur de l’institut, et l’auteur de l’étude Charles Groat, car ce dernier avait notamment omis de préciser qu’il était au board(conseil) – et grassement retribué – d’une importante entreprise de forage de gaz (1). L’étude a été retirée de la circulation. Un grave manquement aux règles de transparence.
Ce type de connivence est loin d’être isolé, souligne Robert Myers, qui rappelle qu’en Pennsylvanie et dans l’Etat de New York, des affaires similaires ont été dévoilées en 2012. Dans ce contexte, nul doute que l’étude de l’agence environnementale EPA, sur l’impact entre fracturation hydraulique et pollution des eaux de surface, sera particulièrement scrutée. Attendues pour la fin de l’année 2014, ses conclusions recevront « le plus haut niveau de revue par des pairs », précise l’agence.
Note :
(1) Paradoxalement, ce silence n’était pas, pour des raisons subtiles, une violation du code de conduite de l’université au moment de l’étude. Le code a depuis été modifié.
terraeco.net http://fortune.fdesouche.com
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 19/04/2013 - 12:39

(I/II) : Transition énergétique, ou simple opération politique, et … gaz de schistes, par Champsaur

Il peut sembler étrange, voire incongru qu’un site royaliste comme le nôtre aborde un tel sujet. Disons avec le poète Térence que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Homo sum; humani nihil a me alienum puto).

Beaucoup d’évènements concomitants sur une période du calendrier très courte, conduisent à nous arrêter plus particulièrement sur l’aventure des gaz de schistes.

Elle n’en est qu’à ses débuts, et se présente comme un bond inattendu et gigantesque dans la course de l’Humanité à la recherche de l’énergie.

Elle présente deux caractéristiques : les réserves potentielles sont identifiables assez précisément, et sont considérables dans certaines zones (48 selon l’Agence internationale de l’Énergie), par ailleurs les techniques évoluent à très grande vitesse, proposant des évolutions majeures tous les six mois environ.

Nous verrons que la France s’est mise hors jeu, un monde politique pusillanime s’étant couché devant une poignée de spécialistes de l’agitprop dont on peut se demander au profit de qui ils opèrent …

I) Rappel historique et état des lieux

11 – Histoire

Leur histoire commence il y a un peu moins de deux siècles avec le forage, en 1821, du tout premier puits de gaz naturel aux États-Unis. Une première compagnie gazière a été créée en 1858, mais la première fracturation hydraulique n’a été réalisée que dans les années 1940. Cette technique était encore peu rentable à l’époque. Elle consistait déjà à fracturer la roche, avec un fluide sous haute pression, pour libérer le gaz ou l’huile emprisonnés. « Ce n’est que vers la fin des années 1990 que de nouveaux essais ont été entrepris aux États-Unis. La croissance de la production des gaz de schiste n’est vraiment devenue exponentielle outre-Atlantique que vers 2005. Avant ils étaient encore peu rentables et techniquement trop difficiles à extraire », explique Michel Séranne, géologue à l’université de Montpellier. Avec la maîtrise, par la compagnie américaine Devon Energy, de la technique du forage horizontal, suivi d’essais concluants en 2005, la production a vraiment démarré aux États-Unis, avec l’essor grandissant qu’on lui connaît aujourd’hui.

Les premiers projets d’exploitation sont nés dans les années 1970-1980, mais c’est en 2005 que la production a commencé à croître à un rythme impressionnant. Parmi les gaz non-conventionnels (gaz de réservoir/tight gas ; méthane de houille/coalbed methane et gaz de schiste/shale gas), c’est le gaz de schiste qui a connu ces dernières années le plus grand essor aux États-Unis, quoiqu’il soit exploité depuis moins longtemps que les autres. Ainsi, sa production était d’environ 30 milliards de mètres cubes en 2006, de 55 milliards en 2008, de 85 milliards en 2009 et serait d’environ 260 milliards de mètres cubes en 2012 selon la US Energy Information Administration (EIA). Aux États-Unis, les gaz de schistes représentent 23 % de la production totale de gaz (dont 58 % est "non conventionnelle"), un chiffre qui augmente chaque année. Il est encore difficile d'estimer les ressources mondiales en gaz de schistes mais elles semblent considérables et pourraient, à terme, changer la donne de la géopolitique gazière.

Connus depuis des décennies, les gaz de schiste font beaucoup parler d’eux, parce que leur production est devenue suffisamment performante pour être rentable. Grâce à eux, les États-Unis se placent devant la Russie en termes de réserves gazières. Ces gaz font toutefois l’objet d’une controverse. Ils suscitent en effet de vives contestations, principalement en raison de l’impact supposé de leur exploitation sur l’environnement.

Les États-Unis ont été les premiers à exploiter les gaz de schiste, mais il existe des réserves de gaz non conventionnels un peu partout dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette dernière les estime à 920 Téra m3 (un Téra m3 équivaut à 1000 milliards de m3), sachant que la consommation mondiale actuelle de gaz est estimée à 3,1 Téra m3 par an.

Du gaz (essentiellement méthane) est contenu dans des roches sédimentaires argileuses très peu poreuses et imperméables. Ces roches, riches en matière organique (de 2 à 10%), ont généré des hydrocarbures gazeux par augmentation de pression et de température lors de leur enfouissement tout au long des temps géologiques. Une grande partie de ce gaz est resté piégé dans ces roches.
Du fait de la très faible perméabilité de ces roches, ces hydrocarbures ne peuvent être exploités avec les modes de production classiques d'où leur classement dans les gaz "non conventionnels".

"...il existe des réserves de gaz non conventionnels un peu partout dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cette dernière les estime à 920 Téra m3 (un Téra m3 équivaut à 1000 milliards de m3)..."

12 - Technologie

La production de gaz de schiste a augmenté très rapidement ces dernières années aux États-Unis et se développe dans de nombreux pays (Argentine, Pologne, Chine, etc.). Comme beaucoup d'autres sources d'énergie, elle suscite des peurs et des contestations compte tenu de ses impacts environnementaux supposés. Le gaz de schiste étant piégé dans des roches très peu perméables, son exploitation nécessite la mise en œuvre de deux technologies: le forage horizontal et la fracturation hydraulique. Le premier permet d'exploiter le gisement sur une plus grande étendue à partir d'un seul puits. La seconde vise à augmenter la perméabilité de la roche en la fracturant et, donc, à faciliter l'extraction du gaz.

Contrairement à ce qui est propagé en France avec insistance, il s'agit de méthodes très anciennes: le forage horizontal est généralisé depuis les années 1980, et les débuts de la fracturation hydraulique remontent à 1948. Actuellement, plus de 10.000 fracturations sont effectuées chaque année dans le monde, y compris pour la géothermie ou la production d'eau potable.

Cette technique présente l'inconvénient de requérir beaucoup d'eau (douce ou salée) mais grâce aux progrès technologiques les quantités ont fortement diminué. Des additifs chimiques, d'usage courant pour certains, y sont ajoutés en très faible quantité (moins de 0,2 %) afin de rendre la fracturation plus efficace. Les entreprises ont l'obligation d'en publier la liste.

Une partie de l'eau utilisée revient en surface. Elle fait l'objet d'un traitement afin d'éliminer les produits injectés ainsi que ceux naturellement présents dans le gisement, notamment le sel. Pour ne pas polluer les nappes phréatiques, plusieurs tubages en acier sont mis en place sur les premières centaines de mètres du puits, comme cela se pratique dans tous les forages. La fracturation s'étend sur quelques dizaines de mètres à l'intérieur du gisement souvent situé à grande profondeur (1000 à 2000 mètres). Des technologies géophysiques sont mises en œuvre pour détecter la présence éventuelle de failles à proximité et suivre en temps réel la propagation des fractures.

La production de gaz non conventionnels nécessite un nombre important de forages. Pour réduire l'emprise au sol, et donc limiter l'impact paysager, plusieurs «drains» (20 par hectare en moyenne avec un maximum de 70) sont forés à partir de la même plate-forme.

Il est vrai que l'exploitation du gaz de schiste dans certains États américains s'est accompagnée de pratiques contestables. Ceci est lié au contexte spécifique américain où le propriétaire d'un terrain possède aussi les ressources du sous-sol. Par ailleurs, la réglementation technique et environnementale varie beaucoup d'un État à un autre. Elle a néanmoins été renforcée afin d'imposer des bonnes pratiques et limiter d'éventuels dommages. Enfin, l'importance des enjeux des hydrocarbures non conventionnels, une source d'énergie fossile supplémentaire, conduit l'industrie à engager des efforts en matière de recherche: l'objectif est de réduire toujours plus l'impact environnemental. Même si le risque zéro n'existe pas, il est possible d'extraire «proprement» le gaz de schiste.

On estime à 2 millions le nombre de fracturations hydrauliques effectuées à ce jour dans le monde. L’imprécision vient de ce qu’il s’agit d’une méthode routinière de forage dont seuls les logs de forage font état sans que les media ne s’en mêlent, sauf en France. Aux Etats-Unis, les 450 000 puits à gaz forés à ce jour ont tous eu recours à la fracturation hydraulique et Mrs Elizabeth Ames Jones, Chairman de la Railroad Commission of Texas, interrogée récemment par le Sénat américain a déclaré, qu’à sa connaissance, il n’y avait jamais eu de pollution de nappes phréatiques. La Rail Road Commission of Texas est une super DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) dont elle partage les attributions.

Bon an mal an, depuis 2009 les États-Unis forent plusieurs milliers de puits à gaz et huiles de schiste par an et tous ces puits sont fracturés hydrauliquement. À noter que la première fracturation hydraulique commerciale a eu lieu en 1949 à Valma en Oklahoma.

On injecte sous forte pression (plusieurs centaines de bars) un mélange composé de 99,51% d’eau, de sable ou de microbilles de céramique et de 0,49% d’agents chimiques issus de l’industrie agro-alimentaire pour fluidifier la boue, tuer les bactéries, prévenir la corrosion et éviter la formation d’écailles de métal. Les produits chimiques soi-disant cancérigènes sont maintenant totalement éliminés. Aux États-Unis, les pollutions ont été provoquées par l'usage de produits interdits et par des pratiques non professionnelles pour cimenter les puits de forage. Pouvons-nous exploiter ces ressources proprement ? Nous soutenons que oui. Beaucoup de pays le pensent et y travaillent. Au-delà du contrôle des techniques de forage et des produits utilisés, il convient également d'analyser soigneusement les constituants de la roche mère qui sont délavés et remontés à la surface.

Il est difficilement concevable et géologiquement impossible (sauf sur le papier) que les eaux de fracturation puissent contaminer les nappes phréatiques. Quelques 6000 forages ont été faits en France à ce jour dont 1500 forages d’exploration environ (wildcats) et plus de 2000 forages de développement dans le seul bassin de Paris et aucune pollution de nappes phréatiques n’a jamais été relevée. Nous sommes bien loin des 596 produits chimiques dont « certains sont cancérigènes » que Josh Fox n’a jamais pu nommer.

En avril 2011, la Chambre des représentants des États-Unis a remis un rapport intitulé «Chemical used in hydraulic fracturing». Selon ce texte, les 14 principales compagnies du secteur ont, entre 2005 et 2009, utilisé 2500 produits contenant 750 composants chimiques. Plus de 650 de ces produits renferment des substances connues pour leur effet cancérigène, selon les critères américains appliqués à l'eau potable (le Safe Drinking Water Act), ou sont des polluants atmosphériques. Selon les experts, ces produits ne sont pas nécessaires, ni souvent même utiles. Fallait-il cinq années pour s'en rendre compte? Un an après, les additifs ont été ramenés au nombre de 12, tous d’origine organique.

Les Français découvrent cette nouvelle source d'énergie par le film « Gasland » et la perçoivent majoritairement comme une menace plus que comme une opportunité ou une chance. Film documentaire américain sorti en 2010, écrit et réalisé par Josh Fox, il a pour objet l'impact environnemental et sanitaire de la méthode d'extraction par fracturation hydraulique. Josh Fox visite d'abord Dimock (Pennsylvanie), dans une zone d'exploitation du gaz de schiste. Il y rencontre plusieurs familles dont l'eau du robinet peut prendre feu si l'on en approche un briquet. Une enquête d'État menée par la Colorado Oil and Gas Conservation Commission a par la suite prouvé que le problème était dû au méthane naturellement présent dans l’eau et non à la technique de fracturation hydraulique ou à l’exploitation du gaz.

Suite à la diffusion de ce documentaire, des doutes sont apparus quant à l’exactitude, l’attention aux détails et la justification de certains faits. Mais la profession pétrolière n’est pas la seule à avoir avancé des contre-arguments : Kiran Stacey, journaliste au Financial Times et spécialiste des questions économiques liées à l’énergie et à l’environnement, est également revenu sur plusieurs éléments clés du film.

13 – L’économie

Si certains chapitres donnent dans la controverse, il en est un qui fait l’unanimité, c’est le poids économique de cette richesse. Certes cette considération ne pourrait pas supplanter toutes les autres, s’il était avéré que son extraction présente des effets induits totalement rédhibitoires.

Le principal problème économique est que l’équilibre entre le coût et le bénéfice est encore loin d’être trouvé. Une recherche et une exploitation onéreuse ont conduit quelques entreprises à suspendre cette voie en attendant que les cours se stabilisent. Car les quantités de gaz de schiste aujourd’hui sur le marché ont quasiment écroulé les prix. Les stocks dans les schistes existent et sont sans conteste la sécurité de l’avenir

Aux États-Unis, grâce à l'exploitation du gaz de schiste, le prix du gaz se situe aux alentours de 3 $/MBTU (La British Thermal Unit est une unité d'énergie anglo-saxonne. MBTU signifie 1000 BTU...)

À titre de comparaison, il se négocie à 8 $/MBTU en Europe, 12 $/MBTU en Asie et 15 $/MBTU au Japon, qui a dû négocier en urgence de nouvelles quantités après Fukushima.

L'exploitation des gaz de schiste a fait des États-Unis le premier producteur mondial de gaz naturel, installant une nouvelle donne tant économique que politique. Faut il un exemple de la rapidité vertigineuse avec laquelle la situation évolue ? Dans un étroit couloir maritime, exactement à la frontière entre la Louisiane et le Texas, le terminal gazier de Sabine Pass est devenu le symbole de l'une des plus grandes révolutions industrielles et économiques de ces trente dernières années. En 2003, la compagnie Cheniere y a construit un terminal géant, destiné à accueillir des méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié. Commencé en 2003, mis en service en 2008, il ne fonctionne qu'au ralenti. Car entre ces deux dates, le développement considérable des gaz de schiste aux États-Unis a transformé le pays d'importateur en premier producteur mondial de gaz naturel devant la Russie. Cheniere a donc demandé l'autorisation au gouvernement américain de transformer son terminal de Sabine Pass d'importateur en exportateur de gaz. Un investissement de 10 milliards de dollars.
Après lui, sept autres projets du même type ont été déposés. Et la presse française du 29 Mars 2013 annonce que les premiers gaz de schiste américain arrivent en Europe, en Grande Bretagne !

Saturé de gaz, le pays est désormais celui où il se vend à prix bradé : près de 2 dollars l'unité de référence, soit sept à huit fois moins cher qu'ailleurs dans le monde. Mauvaise nouvelle pour les compagnies gazières, qui rêvent d'exporter leurs surplus, mais excellente nouvelle pour le pays qui est en train de sortir de la crise grâce à la combinaison diabolique de son dollar faible et de son gaz de schiste bon marché. On comprend que le gouvernement hésite à ouvrir les vannes et faire profiter le monde entier du bouleversement qu'il a connu ces dernières années.
S'il fallait une nouvelle preuve de l'influence du prix de l'énergie sur la santé d'une économie, l'apparition des gaz de schiste en constituerait une fameuse. Dans un pays ravagé par le chômage, ce seul secteur a créé plus de 600 000 emplois, surtout dans la bande centrale du pays. Plus important encore, il a provoqué une vague de relocalisation d'industries gourmandes en énergie. Pour la première fois depuis des décennies, une usine sidérurgique flambant neuve sort de terre près de Bâton Rouge en Lousiane, une autre dans l'Ohio. Chimistes et pétroliers multiplient les investissements. Barack Obama, qui voulait relancer la croissance par l'investissement dans les énergies renouvelables, voit l'économie repartir par la grâce d'un gaz de schiste qu'il n'attendait pas et dont les spécialistes assurent que les Etats-Unis possèdent pour cent ans de réserve.

Si l'Amérique décidait d'exporter son gaz, cela aurait des conséquences économiques et géopolitiques considérables. La première serait de casser le lien ancestral entre le prix du pétrole et celui du gaz. Car contrairement au pétrole, qui voyage facilement, le coût élevé du transport du gaz, par gazoduc ou par bateau, a conduit les fournisseurs à proposer à leurs clients des contrats de long terme indexés sur le pétrole, plutôt qu'une cotation sur un marché libre. Il en a résulté un morcellement des prix du gaz. Les Américains avec leur marché libre à quelques dollars, les Européens actuellement autour de 13 dollars et les Japonais à 17. À partir du moment où les Américains exporteront massivement, autant par exemple que le Qatar, le rapport de force sera sensiblement différent.

Et le bouleversement viendra d'ailleurs, de la dispersion de cette source énergétique. Hormis les Etats-Unis et le Canada, les grandes réserves potentielles sont en Amérique latine, en Chine, en Europe et en Afrique du Sud. La Chine, qui a doublé sa production d'électricité en cinq ans, en profitera pour réduire sa dépendance au charbon, le Japon vis-à-vis du Moyen-Orient et les pays d'Europe de l'Est, de la Russie. Reste le cas de la France, qui détiendrait les plus grosses réserves du continent mais qui s'est mise hors-jeu pour l'instant.

Le miracle américain est dû à la conjonction de réserves abondantes, de producteurs compétents, d'une législation avantageuse et d'un large réseau de gazoducs. Il est le seul dans ce cas. L'essor de ces technologies dans des pays comme la Chine ou l'Argentine sera plus coûteux. Sitôt les quantités américaines déversées sur le monde, les prix remonteront d'autant plus vite qu'ils sont plus volatils que les contrats de long terme classiques. Enfin, le gaz n'est pas la réponse à tout. Dans le mix énergétique mondial, il représente 20% de la consommation et pourrait grimper à 25% d'ici 2035, selon l'Agence internationale de l'énergie. Sur cette part, les gaz non conventionnels pourraient en représenter 20%, soit 5% les besoins énergétiques, contre 30% pour le charbon et un peu moins pour le pétrole. Mais ces 5% feront peut-être toute la différence. L'âge d'or du gaz a commencé. (à suivre)

http://lafautearousseau.hautetfort.com
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Miroir » 19/04/2013 - 13:26

Je n'arrive pas bien à suivre le raisonnement de l'auteur.
D'un côté il nous affirme que la technologie fait des bonds gigantesques tous les six mois, que c'est de moins en moins polluant, que les prix se sont effondrés, toutes excellentes raison pour attendre avant de commencer à vider nos réserves, et d'un autre côté il reproche à la France de ne pas encore s'être jetée dans l'extraction.
Quels intérêts défend-il donc?
:scratch:
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 19/04/2013 - 14:58

19/04/2013
(II/II) : Transition énergétique, ou simple opération politique, et … gaz de schistes, par Champsaur

II) Le cas étrange et aberrant de la France …… ou comment la politique ne ferait pas bon ménage avec la science.

Le risque environnemental ne vient pas du gaz lui-même: une fois extrait, ce dernier a les mêmes caractéristiques que le gaz consommé habituellement. C'est son exploitation qui inquiète, en particulier la fracturation hydraulique. Or nous forons en France depuis la découverte du champ de Péchelbronn, en Alsace, en 1879 (.

En France, l’aventure a commencé en mars 2010, lorsque Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, signait l’autorisation de prospection des gaz de schiste sur le territoire. « C’est la première fois, en France, que des demandes de permis mentionnaient les gaz de schiste, raconte Michel Séranne. Cette information a mis 9 mois avant de d’être connue des médias les plus informés. Puis, très vite, cela a abouti à la véritable controverse que nous connaissons ».

En février 2011, soit un peu moins d’un an après les premières autorisations, la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet et le ministre de l’Industrie, Éric Besson, ont chargé le vice-président du Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies et le vice-président du Conseil général de l’environnement et du développement durable, de diligenter une mission portant sur les hydrocarbures de roche-mère. Cette mission a donné lieu, en avril dernier, à la publication d’un rapport provisoire intitulé « Les hydrocarbures de roche-mère en France ». La recommandation principale qui est sortie de ce rapport étant de parfaire les connaissances scientifiques, en n’autorisant que les puits expérimentaux aux industriels.

En juin 2011, deux mois après la publication de ce rapport et six mois après les premières manifestations anti gaz de schiste, la France décide d’interdire l’utilisation de la fracturation hydraulique (gouvernement Fillon !). Les industriels avaient jusqu’à septembre 2011 pour proposer des alternatives à cette technique. Mais aucune méthode n’a été mise au point qui satisfasse les industriels. La technique de fracturation au CO2 ou celle dite de l’arc électrique ne sont pas assez rentables.

Au début du mois d’octobre 2011, les trois permis de recherche de gaz de schiste qui avaient été octroyés, ont été abrogés par le gouvernement. Le premier, appelé « Montélimar » (Drôme, Ardèche, Gard, Hérault), délivré à Total et les deux autres, attribués à l’américain Schuepbach (en association avec GDF Suez), « Nant » (Aveyron, Hérault) et Villeneuve-de-Berg » (Ardèche). Faisant dire non sans amertume, à Gérard Mestrallet (ci-contre), PDG de GDF Suez, que « la France a tourné la page des gaz de schiste avant de l’ouvrir ».

À peu près aux mêmes époques, en juillet 2011, l'Académie des technologies avait fait connaître sa position: ne pas faire de recherche, ne pas évaluer les éventuelles réserves contenues dans notre sous-sol, ne pas développer de technologies d'exploitation durable serait inconséquent et imprudent. En juin 2010, une délégation de l'Académie des technologies a rencontré à Washington les principaux acteurs de l'énergie aux États-Unis. Le message a été très clair et très homogène. La priorité des États-Unis est l'indépendance énergétique, à égalité avec l'amélioration de l'emploi. Cette politique repose sur deux piliers: le pétrole offshore profond sur les côtes américaines et le shale gas (ou gaz de schiste) que nous découvrions et qui représentait déjà 22% de la consommation américaine.

Alors que les industriels français se sont retrouvés bloqués.

Un exercice où la gouvernance de notre pays est passée maître, repousser les décisions, comme s’il s’agissait de gagner du temps, là où au contraire, il n’y a pas à en perdre. Les propos les moins agressifs, mais néanmoins d’une misérable dialectique, furent ceux de François Hollande, avec la pirouette désormais classique du renversement de la charge de la preuve : « Actuellement, personne ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huile de schiste est exempte de risque pour l’environnement et pour la santé ; ce n’est pas parce que l’on n’a pas démontré la dangerosité de l’exploitation qu’elle est totalement sans risque ». On peut facilement dérouler le même raisonnement de simplet pour toute activité industrielle, où se mêle le jargon à la mode du risque zéro, et du principe de précaution. Et au-delà vient toute la gamme du vocabulaire de combat du dictionnaire d’inspiration trotskyste, un amphigouri de néologismes créés pour la circonstance comme négationisme, climatosceptique. Dans un réflexe pavlovien cette communauté ne s’interdit pas le terrorisme intellectuel, en témoignent les commentaires après la conférence débat organisée par Vincent Courtillot à l’Académie des Sciences le 26 Février 2013 dernier, avec cinq de ses collègues, britanniques et américains. S’en est suivie une débauche de hurlements sur internet, qui ne visaient qu’à lui interdire de parler. Mais le summum fut atteint avec la ministre de ce gouvernement, une certaine Delphine Batho, qui sanctionna la réunion par un : « Donner ainsi crédit aux thèses d’un climatosceptique notoire qui juge stupide les travaux du Giec, c’est triste pour l’Académie des Sciences ». Précisons que cette apparatchik a pour tout bagage universitaire un vague baccalauréat de lettres, et qu’elle s’est surtout illustrée pour avoir généré des troubles comme syndicaliste étudiante partout où elle est passée. Il est vrai aussi que Courtillot, comme de nombreux autres vrais scientifiques, ne lie pas le changement de climat, variation éternelle à la surface du globe depuis les 4,5 milliards d’années d’existence de notre Terre, à l’activité industrielle de l’Homme, réellement mesurable depuis moins de 150 ans ! On pensait que nos Académies étaient des lieux de réflexions, de liberté intellectuelle sous la protection de l’État. Mme Batho vient d’inventer une autre règle.

C’est dans cette ambiance qu’avec un certain culot, le gouvernement a ouvert une concertation sur la transition énergétique, dont la composition de la commission ne laisse aucun doute sur la marque strictement politique de la manoeuvre. Dans une démarche totalement irrationnelle, puisqu’il s’agit d’interdire même les sondages par forage, donc d’évaluer nos réserves, ils ont écrit d’avance la conclusion, habillée par un faux débat. Il est inadmissible qu’avec la technicité dont nous disposons, notre expérience en la matière, une poignée d’agitateurs professionnels décident de la politique industrielle et énergétique. Et notre Institut Français de Pétrole (IFP) condamné à travailler en cachette …

Dans un article du Figaro du 22 Février 2013 un ancien membre du Conseil général des mines, Henri Prévot, ingénieur du corps des mines, connu, considère que le débat sur l’énergie est biaisé. Ce qui est baptisé transition énergétique va se résumer à « comment gaspiller 20 à 30 milliards par an », dans un simili débat canalisé, corseté, contrôlé, cadenassé, comme savent le faire les esprits totalitaires et obscurantistes aujourd’hui aux commandes de notre pays. Il s’agit essentiellement de sortir du nucléaire, donc en détruisant des emplois par centaine de milliers tout en aggravant la précarité énergétique. Dans une circulaire aux préfets Mme Batho écrit la conclusion avant tout débat : «… Le président de la République a fixé le cap d’évolution de la part du nucléaire dans la production d’électricité dans notre pays de 75 à 50 % en 2025. Dans ce cadre la centrale de Fessenheim sera fermée à la fin de l’année 2016 … »

Il est alors utile de comparer avec l’approche radicalement différente des États-Unis. Pour son second mandat Barak Hussein Obama a lourdement insisté sur la responsabilité que se fixait sa grande île vis-à-vis de l’environnement, et de la protection de la planète. Mais le fossé s’ouvre sous nos pas quand on compare les deux projets : d’un côté son équipe chargée de l’environnement récemment désignée, et de l’autre la camarilla qui a pris d’assaut la rue de Solférino, pour des dosages électoraux ayant abouti à une place démesurée dans la représentation nationale (18 députés) malgré leurs très modestes 850.000 électeurs sur 44 millions d’inscrits.

La nouvelle équipe environnementale de Washington pourrait s’appeler « Comment faire de l’écologie intelligemment, et en restant pragmatique ».

Après avoir nommé Sally Jewell, une chef d'entreprise connue pour ses engagements écologistes, au département de l'Intérieur (qui supervise l'exploitation des hydrocarbures sur les terres de l'Etat fédéral), c’est Gina McCarthy qui prend la tête de l'EPA, l'Agence pour la protection de l'environnement, qui a en charge, notamment, la supervision des activités de fracturation hydraulique. Cette Bostonienne de cinquante-huit ans travaille déjà à l'Agence, où elle s'occupe de la pollution de l'air. Elle a collaboré dans le passé avec Mitt Romney, comme chef de l'agence environnementale du Massachusetts. Elle passe pour avoir une approche équilibrée. Selon le sénateur républicain Richard Blumenthal, « elle reconnaît qu'il y a un équilibre à trouver entre la protection de l'environnement et la croissance économique, mais elle est convaincue que les deux se soutiennent mutuellement ». Les lobbys des grands groupes énergétiques lui reconnaissent une grande capacité d'écoute.

Au département de l'Énergie, un scientifique, Ernest Moniz, qui dirige actuellement au MIT de Boston un projet baptisé « Energy Initiative ». Soutenu par BP, Royal Dutch Shell et Chevron, entre autres, le projet vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans le même temps nos plateaux de télévision sont colonisés en France par une avocate incompétente dans ces domaines, une certaine Corinne Lepage, ou l’équipe des écolos du parlement européen, élus à cette sinécure à la faveur d’un montage. Une meneuse, Michèle Rivasi, vient de rappeler la ligne : « Là où le nucléaire passe, la démocratie trépasse ». Quels rapports avec les process industriels et la science ? Et tant pis pour le charabia !

III) Des raisons d’espérer

L’ouvrage du professeur de physique britannique (Cambridge) David McKay, vient d’être traduit en français, et pourrait s’appeler « Comment réduire les émissions d’âneries ». Sur la planète encombrée des ouvrages sur les questions énergétiques son pavé de 500 pages, L'énergie durable, pas que du vent !, est original par sa construction, par la richesse de ses innombrables infographies, par son ton, direct et souvent humoristique. Il peut se savourer soit au fil des pages, soit en sautant les chapitres techniques.

En bon scientifique, l'auteur se fixe comme objectif «d'être franc au sujet des chiffres». Pour expliquer comment résoudre l'équation de la transition énergétique, c'est-à-dire produire de l'énergie durable et décarbonée à un coût abordable, David MacKay insiste sur les grandeurs et les échelles, de la consommation comme de la production de chaque source d'énergie. Un exemple: «Pour que l'éolien fournisse 100 % de la consommation électrique du Royaume-Uni, il faudrait recouvrir 7 % de la surface du pays de moulins à vent», explique-t-il.

S’agissant de notre pays, le papier d’un économiste pourrait être titré « À toute chose malheur est bon ». Il nous dit dans les Echos (4 Février 2013), non sans cynisme « Les gaz de schiste peuvent attendre ». Revenant sur l’extrême volatilité des prix du marché, il suggère de profiter de la chute et de nous fournir aux Etats Unis avec le bénéfice de conserver nos réserves. Et nous ajoutons en attendant que nos politiciens reviennent à la raison. Raisonnement faussement séduisant, car beaucoup de voix s’élèvent aux États Unis pour faire cesser l’exportation, dans le même but de conserver la précieuse réserve du sous-sol. Rien ne dit que nous pourrons aisément acheter notre gaz outre atlantique.

Sans oublier que le nerf de la guerre, identifié depuis longtemps est le dépôt de brevets. Nous sommes là aussi hors jeu. Quand l’heure sera venue de renvoyer à leur bac à sable les Jouzel, Rebelle, Placé, Hulot et autre Eva Joly, que nous serons le dos au mur, et obligés d’ouvrir les yeux, les brevets ne seront pas chez nous. En économie les stocks de brevets s’appellent le capital immatériel. C’est l’essentiel du capital de maisons comme Apple ou Samsung.

Une très longue histoire qui ne fait que débuter, mais où la France ne s’est pas donné les outils pour l’instant … (fin).

http://lafautearousseau.hautetfort.com via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Miroir
Membre d'honneur
Messages : 9061
Inscription : 25/03/2006 - 20:18
Localisation : Ailleurs

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Miroir » 19/04/2013 - 15:14

Je suis d'accord sur un point important.
Les réserves de gaz de schiste devront être exploitées un jour ou l'autre.
Il faut donc:
- effectuer des sondages pour les évaluer. Ces sondages ne demandent pas de fractionnement.
- participer au développement des technologies et déposer des brevets. Cela peut se faire dans les pays qui ont décidé de lancer l'exploitation sur leur sol, nul besoin que ce soit fait en France, nos sociétés ont l'habitude de travailler à l'étranger (et pour celles qui ne l'ont pas encore, il est temps de la prendre).
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 08/05/2013 - 17:42

Thomas Porcher : “Le mirage du gaz de schiste”

Au coeur des débats, le gaz de schiste est supposé constituer l’énergie du futur et même sortir la France de la crise. Thomas Porcher démonte un par un l’ensemble des arguments des lobbies progaz de schiste. Depuis le discours de François Hollande à la Conférence environnementale du 14 septembre 2012, la France est le premier pays à avoir clairement refusé l’exploitation des gaz et huiles de schiste.
Ce choix peut paraître paradoxal dans la mesure où c’est aussi le pays européen qui dispose des ressources les plus importantes. Alors que le débat se focalise le plus souvent sur les problématiques environnementales, Thomas Porcher aborde le sujet d’un point de vue économique et décline de manière synthétique les conséquences d’une ouverture législative d’une telle exploitation. Entre autres : Absence de création d’emplois pérennes ; Absence d’incidence sur le coût de l’énergie pour les particuliers.
Appauvrissement de la valeur immobilière des terrains à l’entour d’une exploitation sans bénéfice pécuniaire pour les propriétaires ; Cet argumentaire vient contrebalancer point par point une information largement dominée par les lobbies et éclaire le citoyen sur des choix de société qui auront des conséquences sur plusieurs décennies.

http://www.youtube.com/watch?feature=pl ... KTK8zx5VQA

Émission “C à dire ?!” du 03 Mai 2013
http://fortune.fdesouche.com/ via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 09/06/2013 - 9:38

Pourquoi les grands patrons français sont obnubilés par les gaz de schiste

Lobbying intense à Bruxelles, recommandations à répétition auprès de l’Elysée, opérations séduction vers les médias : plusieurs groupes français déploient des efforts considérables pour plaider la cause des gaz de schiste. Pourquoi une telle insistance ? Qui sont les acteurs de cette guerre d’influence ? On y retrouve Total bien évidemment, mais pas seulement. Les gaz de schiste cachent de puissants intérêts, qui refusent toute transition énergétique.
Image
C’est un véritable rouleau compresseur qui s’est mis en branle en faveur de l’exploitation des gaz de schiste. Le groupe de travail patronal franco-allemand sur la « compétitivité » et la « croissance » en Europe, mis en place sous l’égide du Medef et de la Fédération allemande des industries (BDI) [1], en a fait une de ses propositions phares. « L’Europe doit oeuvrer en faveur du développement des compétences industrielles et d’un cadre d’action pour le secteur des gaz non conventionnels (dont les gaz de schiste, ndlr) », suggère-t-il, dans leur liste de 32 revendications patronales remises à François Hollande et Angela Merkel le 30 mai. A l’automne dernier, un plaidoyer « pour que la recherche sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste soit poursuivie », figurait déjà parmi les 22 propositions du rapport Gallois sur la compétitivité française.

La proposition faisait déjà écho à « l’appel des 98 PDG », publié fin octobre par Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) qui, eux aussi, insistent pour « se donner les moyens d’explorer et d’exploiter nos ressources nationales comme les gaz de schiste ». Sans oublier la succession de déclarations gouvernementales ambiguës et la salve d’éditoriaux ou d’articles (Le Monde, Le Point, Challenges…) qui, entre juillet et septembre 2012, appelaient à rouvrir le débat. « Profitons de la richesse du sol français en gaz de schiste ! », lançait Claude Perdriel, patron du groupe Nouvel Observateur, dans une tribune publiée par Challenges du 12 juillet. « Le débat n’est pas tranché », expliquait le Premier ministre Jean-Marc Ayrault un mois plus tard (lire notre article). Exploiter les gaz de schiste permettrait de faire baisser le prix de l’énergie, créerait des emplois, rendrait la France moins dépendante des coûteuses importations d’hydrocarbures, contribuerait à la croissance et renforcerait notre « compétitivité » au même titre que « la baisse du coût du travail ». A croire que les énergies renouvelables, elles, ne contribueraient à rien de bien intéressant.

Bruxelles assiégée par les lobbyistes pétroliers

Le « débat » sur les gaz de schiste agite également Bruxelles. La Commission et le Parlement sont « assiégés par les grands acteurs des secteurs pétroliers et gaziers », estime l’organisation Corporate Europe Observatory (CEO), qui étudie les actions de lobbying des grandes entreprises au niveau européen. « Entre janvier et août 2012, treize réunions formelles avec pour thème les gaz de schiste ont eu lieu entre la Commission et des représentants d’ExxonMobil, Talisman Energy, Shell, Statoil, Halliburton, Chevron et GDF Suez », décrit le CEO, dans un rapport publié en novembre [2].

Total fait aussi partie de ces firmes déployant un lobbying intensif pour tenter de « minimiser les dégâts écologiques et sociaux de la production de gaz de schiste » et « faire passer le gaz pour une option énergétique favorable aux climats dans un avenir moins carboné. » Exemple : ce voyage de presse financé par le pétrolier, qui avait donné lieu à une série d’articles et d’éditoriaux défendant la cause des gaz de schiste dans Le Monde [3].

En France, cette offensive industrielle et médiatique se heurte pour l’instant à un obstacle de taille : la fracturation hydraulique, seule technique en vigueur aujourd’hui pour accéder aux gaz de schiste enfermés dans la roche, dont l’utilisation est interdite par la loi du 13 juillet 2011. La fracturation hydraulique est excessivement gourmande en eau, recourt à des produits chimiques, et peut provoquer des remontées non maîtrisées de gaz à la surface, le tout risquant de contaminer nappes phréatiques, cours d’eau et sols. C’est cet obstacle que s’évertuent à lever le sénateur UMP de l’Orne Jean-Claude Lenoir et le député PS du Nord Christian Bataille. Les deux élus préparent un rapport parlementaire sur les « techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste ».

Le CAC 40 plébiscite les gaz de schiste

Ils considèrent que la fracturation hydraulique est « une technique ancienne qui évolue aujourd’hui rapidement sous l’effet de considérations environnementales de plus en plus partagées ». Et proposent d’étudier d’autres voies : « Une technique alternative opérationnelle existe : il s’agit de la fracturation au propane, qui mériterait un plus ample examen. D’autres technologies sont envisagées en recherche et susceptibles d’aboutir à des applications d’ici une dizaine d’années. » Un rapport d’étape sur leurs premières investigations vient d’être présenté ce 5 juin. Le jour où la fracturation hydraulique n’apparaîtra plus comme la seule technique possible, l’interdiction pourra être contournée.

Cette interdiction commence sérieusement à gêner des intérêts économiques considérables. Car l’extraction des gaz de schiste n’est pas seulement l’affaire d’aventuriers texans et de « majors » pétrolières et gazières, comme Total ou GDF Suez, qui voudraient fracturer le sous-sol français comme ils le font aux États-Unis ou en Pologne.

Fait peu connu, pas moins de dix groupes français cotés au CAC 40, d’Air Liquide à Veolia, ainsi que plusieurs autres grandes entreprises nationales, sont impliqués dans l’extraction des gaz de schiste, depuis la fourniture d’équipements et de produits chimiques jusqu’au traitement des eaux usées. Et ce, partout dans le monde.

Total amasse les concessions

Total, GDF-Suez et la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco exploitent de nombreux gisements de gaz de schiste hors de France. Le géant français amasse les concessions à l’étranger. Aux États-Unis, Total a acquis 25 % des concessions de Chesapeake Energy, premier producteur mondial de gaz de schiste, et premier foreur nord-américain avec 11 000 puits creusés en 20 ans. Et y a investi plus de 2,2 milliards de dollars ! En Pologne, Total a récupéré une partie des concessions d’exploration d’ExxonMobil. Il en détient au Danemark, au Canada, en Chine, en Algérie, en Argentine, et même en Libye…

GDF-Suez, l’autre grand acteur français du gaz, était sur les rangs pour exploiter le fameux « permis de Nant » en Aveyron. Suite au moratoire, Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, a annoncé publiquement que sa firme attendrait la mise au point des technologies plus sécurisées avant de relancer ses opérations. L’entreprise garde sous la main des licences d’exploitation en Allemagne. En attendant, elle accroît ses achats de gaz américain à bas prix, partiellement issu de la fracturation hydraulique, en encaissant au passage la différence entre son coût réel d’achat et le coût théorique sur lequel est basé le tarif réglementaire du gaz en France. Une pratique qui pénalise les consommateurs et dénoncée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) (Lire notre article). De son côté, Perenco procède à des forages par fracturation hydraulique en Tunisie.

Schlumberger et la « fracturation intelligente »

N’en déplaisent aux deux élus en quête de « techniques alternatives à la fracturation hydraulique », ni Total, ni GDF Suez ne semblent encore en mesure d’en proposer. « L’activité de la R&D s’intensifie dans le domaine des gaz et huile de schiste, avec une attention toute particulière sur la gestion de l’eau dans l’ensemble du cycle de production et sur la recherche d’alternatives à la fracturation hydraulique », avance Total dans son rapport annuel. GDF Suez n’en fait aucune mention.

Derrière les deux « majors » arrivent les firmes spécialisées dans les services à l’industrie pétrolière et gazière : Vallourec, Technip et Schlumberger. Ces firmes ne possèdent pas directement de gisements, mais assistent les compagnies pétrolières dans leur exploitation. Elles leur vendent des services et des solutions technologiques pour extraire l’hydrocarbure. Schlumberger, qui possède un double siège à Paris et Houston, est l’un des principaux fournisseurs de matériaux de pompages et de produits chimiques liquides utilisés pour la fracturation hydraulique. Ces mêmes produits qui suscitent les craintes des populations riveraines et dont les firmes concernées se refusent obstinément à révéler la composition, sous prétexte de secret commercial. Schlumberger essaie désormais de se positionner sur la fracturation « haut de gamme », qui, selon son directeur général, Paal Kibsgaard, serait un peu moins gourmande en eau et en produits chimiques : bienvenue au « smart fracking », ou « fracturation intelligente »…

Vallourec : des forages « sans nuisance aucune »

Vallourec a aussi massivement investi aux États-Unis. L’entreprise est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de tubes de forage profond pour l’extraction des gaz de schiste. Son PDG, Philippe Crouzet, espère des « productions massives de gaz de schiste » en Europe d’ici 2017.« Il faudra d’abord rendre acceptable, par l’opinion publique, l’exploitation des gaz de schiste d’un point de vue environnemental », prévient-il. A l’écouter, il n’existe pas de source d’énergie plus sûre : « Il n’y a pas eu un seul accident dû au forage horizontal au cours des dernières décennies aux États-Unis (…). Tous les forages traversent, sans nuisance aucune, des nappes phréatiques pour aller chercher le gaz ou le pétrole beaucoup plus loin en dessous. Mais l’idée qu’il puisse y avoir des fuites dans les tubes est une aberration », expliquait-il en août 2012 [4].

L’arrivée des gaz de schiste en Europe est, selon lui, synonyme de « retombées économiques significatives ». Pas sûr que ces retombées profitent à tout le monde : Vallourec est la société du CAC 40 qui, entre 2003 et 2009, a le plus largement favorisé ses actionnaires par rapport à ses employés. Les dividendes versés par action ont progressé de 1 007 % ! [5].

Le secteur du BTP est également concerné : Lafarge, leader mondial des matériaux de construction, fabrique des ciments spéciaux pour les puits de forage nord-américains, à la fois pour les gisements conventionnels et pour la fracturation hydraulique. Saint-Gobain fournit des matériaux de fracturation, notamment des billes en céramique de la taille d’un grain de sable qui, injectées dans les failles rocheuses, font office de soutènement pour améliorer le taux de récupération des hydrocarbures. Technip, spécialiste des infrastructures pétrolières et gazières, mais aussi du raffinage et de la pétrochimie, a également redirigé une grande partie de ses investissements stratégiques – 225 millions d’euros – vers les États-Unis pour profiter des retombées du gaz de schiste. Sans oublier l’industrie chimique, comme Solvay, et sa filiale française Rhodia, qui dépendent de l’achat d’hydrocarbures pour une partie de leur production. Ils figurent parmi les principaux défenseurs du gaz de schiste, dans lequel ils voient une promesse de réduction de leurs coûts.

La fracturation hydraulique, source de profits pour Veolia et Suez

Pas de fracturation de la roche sans de l’eau en abondance. Veolia et Suez environnement ont trouvé là le moyen de compenser leurs pertes de marché dans l’approvisionnement en eau potable, dont la gestion privée est de plus en plus contestée. Les deux géants de l’eau considèrent la fracturation hydraulique comme une source de profit prometteuse. Elles ont réalisé des investissements importants dans les zones d’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis (Pennsylvanie, Texas et Ohio), et financé les lobbies du secteur [6].

Grâce aux gaz de schiste, elles gagnent sur deux tableaux : la vente d’eau en gros aux entreprises réalisant les forages – 15 000 m3 d’eau sont nécessaires, en moyenne, pour une opération de fracturation – et le traitement des eaux contaminées issues de la fracturation. Cette utilisation massive des ressources en eau provoque tensions et conflits avec les agriculteurs, notamment aux Etats-Unis ? Qu’importe. Jean-Michel Herrewyn, directeur général de Veolia Eau, évoque les « très beaux projets » de son entreprise dans « les mines, le pétrole ou les exploitations de schistes bitumineux, tous énormes consommateurs d’eau ».

La plupart de ces groupes français, ou de leurs filiales, sont membre des puissants groupes de pression états-uniens, très actifs pour promouvoir les gaz de schiste et limiter au maximum toute régulation contraignante : de l’ « American Petroleum Institute » à l’ « American Gas Association », en passant par la « Marcellus Shale Coalition », qui regroupe les firmes ayant des intérêts dans les gisements de gaz de schiste de Pennsylvanie. Cette coalition, dont Veolia, Vallourec, Lafarge et Schlumberger sont membres, milite pour étouffer toute critique et combattre toute velléité de régulations de l’impact environnemental de l’exploitation des gaz de schiste dans la région, ainsi que pour réduire leur contribution fiscale aux administrations des territoires où ils opèrent [7].

Une coalition anti-transition énergétique ?

Ce modèle d’influence se retrouve dans tous les pays dont les sous-sols recèlent des gisements potentiels de gaz de schiste, de la Pologne à l’Argentine. Et semble désormais se propager dans toute l’Europe, et gagner la France.

Cet engouement et ces investissements font-il sens, alors que les gaz de schiste pourraient connaître leur pic de production – le moment où la production commence à décroître, faute de ressources – aux alentours de 2017 ? Les gaz de schiste permettront de maintenir artificiellement des systèmes industriels périmés, car basés sur l’usage intensif d’énergies fossiles à un coût relativement bas. Et ensuite ?

Face à cette offensive d’ampleur, « une petite poignée d’organisations de la société civile exprime ses inquiétudes, fait pression pour une interdiction de la fracturation ou, au minimum, pour un cadre réglementaire strict », décrit le CEO. Les partisans d’une transition énergétique vers moins d’énergies fossiles feront-ils le poids face à cette impressionnant cartel de multinationales ? La bataille s’annonce rude.
Notes :

[1] Et animé par le Français Jean-Louis Beffa et l’Allemand Gherard Cromme, respectivement anciens patrons de Saint-Gobain et de ThyssenKrupp.

[2] Pour le consulter.

[3] Lire ici.

[4] Source.

[5] Source : L’Expansion, décembre 2010.

[6] Lire ici, en anglais.

[7] The Center for Media and Democracy, en anglais.

Bastamag via http://fortune.fdesouche.com
http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 16/06/2013 - 20:27

Gaz de schiste : pourquoi les estimations en France sont fausses

Combien de mètres cubes de gaz de schiste dorment sous nos pieds ? Un quart de moins que ce que l’on pensait, a annoncé lundi, l’Agence américaine de l’énergie. Mais pour les géologues français, aucune estimation ne tient la route.
Image
La France vient de quitter le club très envié des eldorados potentiels de gaz de schiste. Au niveau mondial, les nouveaux résultats de l’Agence américaine de l’énergie (EIA), publiés le 10 juin, ont de quoi faire saliver les pétroliers : depuis le dernier rapport paru en 2011, les réserves présumées de cet « hydrocarbure non conventionnel » ont été revues à la hausse de 10 %. Elles atteignent désormais 345 milliards de barils, soit l’équivalent de la consommation mondiale pendant dix ans.

Mais la France, comme la Pologne, est restée sur le banc. Pire, elle dégringole au classement. Tandis qu’en 2011, l’Hexagone fanfaronnait en dixième place mondiale des pays dotés de sous-sols riches en gaz de schiste (avec un magot estimé à 5,1 milliards de mètres cubes), elle est aujourd’hui sortie du classement américain. Entre temps, près de 1,2 milliard de m3, soit 24% des réserves précédemment estimées, semblent s’être évaporés. Sur certaines zones, la baisse est encore plus marquée. Ainsi, le bassin du Sud-est (un triangle situé grosso modo entre Montpellier, Nice et Grenoble) renfermerait dix fois moins de ressources que celles évaluées il y a deux ans. De tels écarts laissent les géologues dubitatifs.

« L’exercice est trop périlleux »

« Ces estimations sont grossières, on ne comprend pas sur quoi l’EIA les fonde », lance François Kalaydjian, directeur adjoint aux ressources énergétiques de l’Institut français du pétrole (IFP). Interrogée sur sa méthodologie, l’agence américaine se contente de renvoyer, par mail, vers six études françaises. La moitié de ces travaux proviennent justement de l’IFP. Pourtant François Kalaydjian et son équipe se sont toujours bien gardés d’avancer des chiffres. « Pour la simple raison que sans forage, l’exercice est trop périlleux » souligne le directeur adjoint. Or, en France depuis le 13 juillet 2011, la fracturation hydraulique, seule méthode de forage éprouvée pour l’instant, est interdite par la loi. Et à moins que ses impacts néfastes sur l’environnement ne soient un jour complétement maîtrisés, elle devrait le rester.

« Dans ces circonstances, il manque des données de base », confirme Michel Cathelineau, directeur de recherches en géologie et gestion des ressources au CNRS. Selon les chercheurs français, quand elle s’intéresse à la France, l’EIA ne peut se baser sur aucun élément concret. Restent les analogies et extrapolations. « Pour estimer la quantité de gaz de schiste il faut mesurer la surface occupée par les roches mères qui en produisent, estimer leur profondeur et, à partir d’échantillons, déterminer leur productivité », détaille le chercheur, « ensuite c’est simple comme une multiplication ».

Mais en France, le calcul butte sur la troisième variable : la capacité d’une roche à produire du gaz. Celle-ci dépend de la quantité de matière organique présente, mais aussi de la température et de la pression auxquelles elle est soumise. « Or sans forage, impossible de connaître ces paramètres », souligne Michel Cathelineau. « Les experts de l’EIA considèrent uniquement la quantité de matière organique, c’est-à-dire l’ingrédient de base, ce qui n’est pas suffisant », renchérit François Kalaydjian.

Pas d’avancée majeure depuis deux ans

Autre inconnue : la propension de la roche à être fracturée. « Une roche mère est constituée de trois composants : des matières organiques, des matériaux hybrides et des minéraux », enseigne François Kalaydjian, avant de développer « en fonction des leurs proportions, elle sera plus ou moins facile à fracturer ». Or sans exploration des sous-sols, impossible de déterminer de quoi la roche, située à des centaines de mètres sous nos pieds, est composée. Dans le bassin parisien, des échantillons prélevés dans les années 90 donnent une petite idée. « Mais là encore, les interprétations que l’EIA en fait sont étranges », soupire M. Kalaydjian. Et si quelques incertitudes concernant le bassin du sud est ont été levées, les chercheurs ne font état d’aucune découverte.

Faute de permis de forer, en deux ans la France n’a donc pas fait d’avancée significative. Pour preuve, quatre des six études sur lesquelles se basent l’EIA pour établir ses nouvelles estimations sont veilles de plus de 10 ans. Alors comment expliquer que les conclusions divergent des chiffres précédents ? « Bizarrement entre 2011 et aujourd’hui, les périmètres étudiés ont changé », s’étonne François Kalaydjian à l’IFP, avant de poursuivre : « Certaines zones présentes dans l’étude il y a deux ans, ne sont même plus mentionnées, sans que l’on puisse se l’expliquer. »

Des explorations pour mettre fin au débat ?

Dans le milieu de la recherche française, la publications de l’EIA suscite donc peu d’émoi. « C’est un état des lieux très général, vu des États-Unis , relativise François Kalaydjian, on sait que la marge d’erreur est importante ». Pour les géologues français, si l’Hexagone veut savoir de quoi sont faits ses sous-sols, une seule solution : autoriser les forages d’exploration. Quid alors des risques pour l’environnement, tels que la pollution des nappes phréatiques ou les séismes ? « Il y a beaucoup de controverses sans que l’on sache vraiment de quoi on parle », souligne François Kalaydjian « si l’on réalise de vraies études, on constatera peut-être que les quantités de gaz de schiste sont trop faibles pour qu’il y ait lieu d’en parler. » Mais à l’inverse, si les découvertes font le bonheur des pétroliers ? Les écologistes craignent qu’une fois le premier feu vert donné et le potentiel économique du gaz de schiste dévoilé, la France n’ait plus le courage de maintenir sa fermeté.

terraeco.net http://fortune.fdesouche.com
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Gaz de schiste, nucléaire… Des lobbys sous haute tension

Messagepar Pat » 31/10/2013 - 15:42

Débat sur le gaz de schiste, choix nucléaires… Depuis plus d’un an, industriels et associations environnementales s’affrontent pour tenter d’infléchir la politique du gouvernement. Coulisses d’une guerre sans merci. Avec ses stratèges, ses conseillers de l’ombre et ses victimes.

L’ambiance est studieuse, en ce 14 septembre 2012, au Palais d’Iéna, qui accueille la première conférence environnementale voulue par François Hollande. A la table ronde sur la transition énergétique, Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, mène les débats, distribuant la parole – et les bons points – aux uns et aux autres. Assis à sa droite, Arnaud Montebourg baille aux corneilles, et finit par sortir un magazine. C’est un numéro de L’Usine nouvelle, barré de ce titre : “Gaz de schiste. C’est bon pour l’industrie” ! Le patron de Solvay, Jean-Pierre Clamadieu, seul industriel présent à la table, constituée de représentants d’ONG, ne peut réprimer un sourire.

La jeune ministre, 39 ans, fraîchement nommée à la place de Nicole Bricq, ne trouve pas, elle, la scène si drôle. Elle a fait de l’interdiction du gaz de schiste son premier combat, persuadée que le président de la République la soutient. “S’il y avait encore des doutes sur le poids de l’environnement dans ce gouvernement, s’enthousiasme-t-elle au lendemain de la conférence, la page est tournée.” Peut-être aurait-elle dû se méfier. Dès le 17 septembre, le ministre du Redressement productif donne une interview tonitruante au Monde, pour défendre la recherche dans ce domaine. Un texte soigneusement relu par Matignon.

Deux mois plus tard, c’est le président lui-même qui ouvre une brèche, en se déclarant favorable à “d’autres techniques” que la fracturation hydraulique pour exploiter les gaz de schiste. Pour les lobbys industriels, qui ont beaucoup oeuvré en coulisses, c’est une petite victoire.
Le prélude à des mois de combats ininterrompus avec les ONG. Jusqu’à la décision du Conseil constitutionnel, ce vendredi 11 octobre, de valider la loi de juillet 2011 qui interdit toute exploration et exploitation des hydrocarbures non conventionnels. De quoi réjouir, cette fois, le lobby écolo.

La partie, en principe, devait se jouer à visage découvert. C’est la grande idée du débat sur la transition énergétique, promis par le chef de l’Etat pendant sa campagne. Ce Grenelle à la sauce hollandaise doit mettre tous les sujets sur la table : gaz de schiste, nucléaire, réchauffement climatique… “L’idée était que, pour une fois, les discussions ne se fassent pas dans les couloirs ou les cabinets, mais en toute transparence“, commente Batho.

Voeu pieux. Avant même que le débat ne commence, les industriels ouvrent le feu : dans une lettre adressée au début d’octobre 2012 à la ministre, Jean-Pierre Clamadieu, président de la commission développement durable du Medef, se plaint que les entreprises ne puissent être représentées individuellement, ou même par branche, alors que la moindre ONG dispose de son rond de serviette à la table des discussions. “Pendant des mois, ils ont fait entendre cette petite musique auprès de Matignon et de l’Elysée“, confie aujourd’hui Delphine Batho.

Delphine Batho avait fait de l’interdiction du gaz de schiste son premier combat

L’équipe patronale est complétée par Robert Durdilly, président de l’Union française de l’électricité (UFE), un proche de Pierre Gattaz, futur patron des patrons, et Jean-Louis Schilansky, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Ils défendent une transition progressive et reprochent aux associations de vouloir jeter à la rivière, du jour au lendemain, les industries nucléaires et pétrolières. Mais le camp patronal peine à s’organiser, d’autant que les intérêts divergent entre ceux qui ont beaucoup à perdre (EDF, Areva…) et ceux qui ont misé sur l’efficacité énergétique (Saint-Gobain, Schneider Electric…).

En face, les ONG, épaulées par Europe Ecologie-les Verts (EELV), sont unies pour défendre les scénarios de l’association NégaWatt, qui promeut la sobriété énergétique et la fin du nucléaire. Unies, aussi, dans leur indignation contre l’omniprésence des lobbys : “EDF était partout, représenté au Medef, dans les syndicats, mais aussi parmi les experts de l’UFE“, dénonce Maryse Arditi, représentante de France Nature Environnement. “En plus, ils avançaient parfois masqués, ajoute le député écologiste Denis Baupin. Comme Etienne Beeker, présenté comme expert indépendant, alors qu’il est salarié d’EDF !“

Delphine Batho, qui, contre l’avis général, a voulu présider le débat, peine à orienter la discussion et à cadrer les acteurs. “A force de vouloir tout contrôler, elle s’est noyée. Lorsque l’on envoyait un e-mail à son directeur de cabinet, c’est elle qui rappelait en direct“, s’étonne encore un grand patron.

Malgré ses airs cassants, la jeune ministre, simple bachelière montée en graine au PS dans le sillage de Julien Dray, puis de Ségolène Royal, est peu sûre d’elle. Exemple, en avril, lors de l’audition sous haute tension d’Henri Proglio par le conseil national du débat sur la transition énergétique.

Les yeux bleus baissés, le stylo à la main, elle écoute religieusement, penchée sur ses notes. Et, lorsque le patron d’EDF balaie avec dédain la question d’Anne Bringault, coordinatrice du travail des associations, qui l’interroge sur le véritable prix de la sécurité nucléaire, elle ne bronche pas. Figée dans la posture de la bonne élève.

Si Proglio affiche une telle désinvolture, c’est qu’il sait que les vraies décisions se prennent non pas boulevard Saint-Germain, mais bien à l’Elysée et à Matignon. Afin de faciliter les discussions avec le Château, où il n’est guère en cour, il a d’ailleurs embauché le lobbyiste Paul Boury, un vieil ami de Hollande, qui lui conseille de faire profil bas. Du moins publiquement.
Car, en coulisses, l’industriel s’emploie, avec l’appui de la CGT, à gagner du temps. “Sur la fermeture de Fessenheim, EDF joue la montre, en espérant que, compte tenu des délais à respecter en matière de sûreté, le décret de fermeture ne puisse pas être promulgué avant l’arrivée d’une nouvelle majorité, en 2017″, décrypte la députée européenne Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement.

Laurence Parisot en première ligne

Comme lui, la plupart des patrons français s’opposent au projet de Hollande de réduire de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025. Ils sont aussi convaincus de la nécessité de promouvoir les gaz de schiste. Le message est martelé dans la presse, mais aussi en petits comités au cours de dîners avec le président. “A table, la politique énergétique revenait en boucle“, témoigne un industriel. Les plus actifs ne sont pas forcément ceux que l’on croit.
Sur les gaz de schiste, par exemple, Total ou GDF Suez, qui craignent le retour de bâton médiatique, laissent d’autres s’emparer du sujet. Laurence Parisot, encore patronne du Medef, est en première ligne, accompagnée de Jean-Pierre Clamadieu. Le patron de Solvay, entreprise qui fabrique notamment des produits utilisés dans la fracturation hydraulique, a le profil idéal : ce X-Mines, diplomate et avenant, a le don de faire passer ses idées en douceur. De plus, il est très bien connecté : c’est un ancien du cabinet de Martine Aubry au ministère du Travail, où il a notamment côtoyé David Azéma, l’actuel patron de l’Agence des participations de l’Etat.

Le 18 décembre 2012, avenue Delcassé, dans le VIIIe arrondissement de Paris, l’Association française des entreprises privées (Afep), accueille, pour la première fois, un président de la République en fonction. Lors de ce dîner, Clamadieu fait un brillant plaidoyer en faveur des gaz de schiste.

L’exemple américain, argumente-t-il devant les 71 patrons présents, démontre qu’ils peuvent être un puissant levier au service de la réindustrialisation et de l’emploi. L’argument ne laisse pas indifférents les conseillers du président, et notamment Emmanuel Macron, grand ordonnateur de ce dîner. “A ce moment, et pendant plusieurs mois, on nous a laissé entendre qu’une ouverture sur la recherche était possible“, témoigne François Soulmagnon, directeur de l’Afep.

Les industriels peuvent compter sur l’appui du réseau des X-Mines, implanté jusqu’au sommet de l’Etat.

Arnaud Montebourg, lui aussi, veut y croire. Jusqu’au bout, le ministre, censé demeurer en retrait sur ce sujet, va poursuivre l’offensive, discrètement. Le 4 mars dernier, Colette Lewiner, directrice du département énergie de Capgemini, participe à l’émission Le Monde d’après sur France 3. Elle bataille alors, seule contre tous, pour défendre les gaz de schiste. Le lendemain, elle est en voiture lorsque son téléphone sonne. Le numéro est masqué. A l’autre bout du fil, Montebourg la félicite pour sa prestation. Lewiner, qui ne le connaît pas, explique qu’elle s’est défendue comme elle a pu. “Je vous donnerai des cours d’éloquence, si vous voulez !” plastronne le ministre.

“Avec un relais comme Montebourg, les industriels n’ont même pas besoin de faire du lobbying“, déplore Jean-Vincent Placé, le stratège politique des Verts, président du groupe EELV du Sénat.
En réalité, les industriels peuvent surtout compter sur l’appui du puissant réseau des X-Mines. Ce grand corps de l’Etat, qui rassemble la crème des polytechniciens, est bien décidé à défendre la politique énergétique volontariste à laquelle il est étroitement associé depuis soixante ans.

“Il n’existe pas un lieu de pouvoir en France lié à la politique énergétique qui ne soit entre leurs mains, que ce soit l’Autorité de sûreté nucléaire, l’Institut de radioprotection de sûreté nucléaire ou encore Areva, tous sont dirigés par l’un des leurs“, dénonce Cyrille Cormier, chargé de campagne énergie pour Greenpeace, à l’origine d’une grande enquête sur le sujet.
Force est de constater que les “corpsards” savent placer leurs pions jusqu’au sommet de l’Etat. A l’Elysée, le conseiller industrie et énergie du président, Olivier Lluansi, ancien de Saint-Gobain, est un X-Mines. Le corps a aussi ses entrées au ministère de l’Ecologie – Nicolas Ott, le conseiller énergies renouvelables – et à Bercy – Blaise Rapior, conseiller chargé de l’énergie de Pierre Moscovici, et Mathias Lelièvre, qui conseille, lui, Arnaud Montebourg. Surtout, les corpsards disposent d’un porte-voix de haute volée, avec Jean-Louis Beffa, patron de leur amicale.

L’ancien patron de Saint-Gobain est un proche de Montebourg, et un des visiteurs du soir de François Hollande. C’est notamment sous l’influence de ce réseau que le président va longtemps maintenir ouverte la question des gaz de schiste. Persuadés que la position de l’Elysée est mouvante, le député PS Christian Bataille et le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir, considérés par les ONG comme les “Dupont et Dupond de la défense du nucléaire et des gaz de schiste”, travaillent de leur côté à convaincre le Parlement. Ils ont même lancé, dès la fin de 2012, une grande enquête parlementaire sur le sujet.
Mais un événement va changer la donne : le limogeage, le 2 juillet 2013, de Delphine Batho, qui n’hésite pas à pointer du doigt les lobbys, et en particulier Philippe Crouzet, patron de Vallourec et époux de Sylvie Hubac, directrice de cabinet de François Hollande. “La ministre a surtout surestimé son poids politique, et commis l’erreur de ne pas défendre directement son budget auprès de Cazeneuve et d’Ayrault, qui déjà la trouvaient psychorigide et incapable de travailler en collectif”, témoigne un proche du Premier ministre.

Hollande laisse la porte ouverte à la recherche

Dès lors, le président se trouve avec une nouvelle équation politique à résoudre : ne pas apparaître comme le porte-voix des industriels ! Et ménager ses alliés écolos, auxquels il est lié par un pacte signé durant la campagne. Le 14 juillet, lors de sa conférence de presse élyséenne, il réaffirme son opposition formelle aux gaz de schiste.

Le débonnaire Philippe Martin, qui a remplacé Delphine Batho à l’Ecologie, est également mis à contribution, missionné à l’université d’été des Verts pour annoncer la création d’une taxe climat-énergie – la fameuse “taxe carbone”. Lors de la deuxième conférence environnementale, qui s’est tenue le mois dernier, Hollande multiplie les annonces – contribution climat-énergie, réduction de la TVA sur la rénovation thermique de l’habitat…

Au grand soulagement du duo de ministres Verts Pascal Canfin-Cécile Duflot, confortés au sein du gouvernement. La décision du Conseil constitutionnel validant la loi interdisant la fracturation hydraulique rassure également les écolos. “La porte [des gaz de schiste] est fermée à double tour“, se réjouit ainsi José Bové, oubliant que le président laisse toujours ouverte celle de la recherche !

Sur le fond, les objectifs les plus contraignants ont été repoussés à 2025, 2030, voire 2050, comme la division par deux de la consommation d’énergie. De quoi rasséréner les industriels, qui ont su décrypter le message présidentiel.
“En fait, les gaz de schiste ont servi de paravent, analyse une figure du patronat. Le vrai deal est ailleurs : Hollande va échanger une prolongation de la vie des centrales contre un financement de la transition énergétique par l’industrie de l’atome.” Les gardiens du temple nucléaire n’ont pas encore dit leur dernier mot…

L’Expansion

http://fortune.fdesouche.com/330857-gaz ... te-tension
................................
http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Gaz de schiste : l’UE renonce à encadrer l’exploitation

Messagepar Pat » 19/01/2014 - 12:34

Les défenseurs de l’environnement espéraient une législation en bonne et due forme, mais le projet risquait de semer la zizanie entre les États membres de l’Union. La Commission de Bruxelles a donc renoncé à encadrer par la loi, au niveau européen, l’exploration et l’exploitation des pétroles et gaz de schiste, préférant adresser une simple « recommandation » non contraignante aux capitales européennes.

Elle en fera l’annonce officielle, le 22 janvier, lors de la présentation du « paquet énergie climat ».

Cette décision représente un arbitrage défavorable à Janez Potocnik, le commissaire européen chargé de l’environnement, qui voulait limiter l’impact écologique de la fracturation hydraulique des roches renfermant pétrole et gaz de schiste. M. Potocnik était soutenu par les eurodéputés et – plus mollement – par certains États, comme la France et l’Allemagne. La première a interdit la fracturation hydraulique sur son territoire depuis la loi du 13 juillet 2011. La seconde la bannit dans les zones riches en eau.

En revanche, le projet suscitait la très vive opposition de pays comme le Royaume-Uni, la Pologne, ou la Roumanie, soucieux, comme aux États-Unis, d’engager l’exploitation de ces ressources non conventionnelles pour disposer d’une énergie bon marché.

« Pas besoin de régulation supplémentaire »

Pris en étau entre les deux écoles, José Manuel Barroso, le président de la Commission, et son équipe ont tranché pour une simple recommandation.

« De nombreuses législations environnementales sur l’eau et les déchets miniers, par exemple, permettent déjà d’encadrer l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste », justifie un haut responsable de la Commission : « Il n’y a pas besoin à ce stade d’une régulation supplémentaire. »

Le document, qui sera présenté le 22 janvier et que Le Monde a pu se procurer, préfère donc fixer une série de « principes communs minimaux » afin d’harmoniser les conditions d’extraction des hydrocarbures non conventionnels. Libre à chaque gouvernement d’aller au-delà. Et de légiférer, s’il le souhaite.

La future recommandation préconise une évaluation approfondie de l’impact environnemental de chaque projet avant l’attribution de permis d’exploitation et d’exploration et précise les critères qui devraient conduire au lancement de la production.

« Un site ne devrait être choisi que si l’étude de risques démontre qu’aucune injection directe de polluants dans les nappes d’eaux souterraines ne résulte d’une fracturation hydraulique à haut volume », indique le document. Ce dernier précise aussi dans la foulée certaines « exigences opérationnelles » censées réduire l’impact sur l’environnement – sur l’eau en particulier – des techniques employées afin d’extraire les hydrocarbures. Le texte suggère entre autres d’informer les riverains quand certains produits chimiques sont utilisés, ou pas, sur un gisement : « Une transparence renforcée devrait faciliter l’acceptation par le public » de ces technologies, veut croire la recommandation.

Fort lobbying pour éviter que Bruxelles ne légifère

La Commission veut cependant pointer les risques liés à l’extraction des gaz de schiste, regrettant le manque de concertation entre les capitales européennes à ce sujet :

« Les experts sont d’accord pour dire que les gaz de schiste équivalent à un impact environnemental cumulé supérieur, par comparaison, à celui de l’extraction de gaz conventionnel », observe le rapport à paraître le 22 janvier.

« Les États membres ont commencé à interpréter la législation environnementale européenne de manière différente, et certains développent des règles nationales spécifiques, comme des interdictions et des moratoires », analyse la Commission : « Cela conduit à un cadre opérationnel de plus en place fragmenté et complexe au sein de l’Union européenne. »

La Grande-Bretagne, elle, a fait ses choix, s’engageant clairement dans la filière du gaz de schiste, considérant qu’elle est aussi prometteuse que le pétrole de la mer du Nord découvert dans les années 1960. Rien d’étonnant donc à ce que Londres – avec d’autres capitales – ait déployé un fort lobbying pour que Bruxelles ne légifère pas.

« Notre stratégie à court terme est de s’assurer que le paquet climat contienne des lignes directrices robustes, inspirées par le Royaume-Uni, mais pas de proposition législative », écrivait en novembre 2013 le nouveau représentant britannique à Bruxelles, Ivan Rogers, dans un courrier à son gouvernement.

L’ancien conseiller de David Cameron sur les questions européennes se voulait d’autant plus déterminé qu’une éventuelle législation aurait pu être soutenue par le Parlement européen et une majorité d’États. « Nos alliés les plus importants sont la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, et la République tchèque, ce qui veut dire que nous ne sommes à ce stade pas en mesure de rassembler une minorité de blocage, en cas de propositions législatives », écrivait-il. Depuis, son pays a obtenu gain de cause et la négociation tant redoutée par Londres n’aura pas lieu.

LeMonde.fr

http://fortune.fdesouche.com/325564-gaz ... ore-325564

http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25476
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Re: La dimension stratégique du gaz de Schiste

Messagepar Pat » 19/04/2014 - 17:52

Gaz de schiste : scepticisme chez les économistes

Extrait d’un rapport très étayé de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales /Sciences Po) (1), présenté dans la presse par son “directeur du programme climat” Thomas Spencer :
Une étude de l’université de Stanford, en Californie, datant de septembre, démontre comme nous que l’impact de la ”révolution” des gaz et pétrole de schiste sur la croissance sera marginale aux Etats-Unis […], et cela malgré la chute spectaculaire du prix du gaz naturel aux Etats-Unis, qui n’est d’ailleurs pas viable à long terme : après avoir plongé jusqu’à 1,95 dollar par million de BTU début 2012, il est remonté à près de 5 dollars en janvier. En fait, d’autres facteurs jouent bien plus sur la croissance et la compétitivité des Etats-Unis que les hydrocarbures de schiste, notamment la baisse du dollar par rapport au yuan chinois et à l’euro…
L’impact [des gaz de schiste] sur le secteur manufacturier a été minimal. […] Les retombées économiques sont très sectorielles. Et très locales : dans les Etats qui en produisent, la croissance du PIB n’est pas beaucoup plus élevée qu’ailleurs.
Aux Etats-Unis les gaz de schiste n’ont pas créé 600 000 emplois, comme l’affirment les porte-parole des pétrogaziers, mais 100 000 : « soit un impact très limité, sachant que la population active américaine compte 155 millions de personnes. »
…Et pour parvenir à ce maigre résultat socio-économique, il a fallu forer des puits à l’infini : «130 puits par mois en moyenne entre 2000 et 2010, rien que pour l’exploration. C’est une activité industrielle extrêmement intensive. »
Étudiant les perspectives du gaz de schiste en Europe, Thomas Spencer conseille une attitude « agnostique » (la foi dans le gaz de schiste ne relevant pas de l’économie mais d’une sorte de religion). Il ne faut pas rêver, explique-t-il : l’Europe est « plus densément peuplée que les Etats-Unis » et « la résistance locale est forte : regardez ce qui se passe au Royaume-Uni ».
Et l’exploitation des gaz de schiste « ne changerait pas la donne » en Europe, parce que : 1. « même dans les scénarios les plus optimistes, l’Europe resterait largement dépendante des importations de gaz et de pétrole » et les prix « resteront déterminés par les marchés internationaux » ; 2. le gaz de schiste « ne suffirait en aucun cas à résoudre l’équation énergie-climat-compétitivité »
Enfin,« sur le long terme, le coût d’une transition basée sur l’efficacité énergétique, les renouvelables et d’autres sources d’énergie peu carbonées, est égal voire inférieur au business as usual basé sur les fossiles. »
Patrice de Plunkett : le blog => http://plunkett.hautetfort.com/archive/ ... .html#more
http://fortune.fdesouche.com/336565-gaz ... conomistes
1) http://www.iddri.org/Publications/Colle ... %20gas.pdf

http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.


Revenir vers « Ecologie et environnement »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 1 invité