Le développement selon Benoit XVI
Le Vatican, combien de centrales nucléaires ? Aucune, mais une encyclique du pape Benoît XVI, Caritas in véritate, qui porte un regard éthique sur l'écologie et qu'il n'est pas inutile de relire à la lumière des événements de Fukushima.
L'Église, prévient Benoît XVI dans Caritas in véritate, « n'a pas de solutions techniques à offrir » et ne prétend pas s'immiscer dans la politique des États. Mais elle a « une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d'une société à la mesure de l'homme, de sa dignité et de sa vocation. »
Cette société, écrit le pape, ne peut pas faire l'impasse sur le thème du développement, « fortement lié aux devoirs qu'engendre le rapport de l'homme avec l'environnement naturel. Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité tout entière. » Dans la nature, en effet, « le croyant reconnaît le merveilleux résultat de l'intervention créatrice de Dieu, dont l'homme peut user pour satisfaire ses besoins légitimes - matériels et immatériels - dans le respect des équilibres propres à la réalité créée. Si cette vision se perd, l'homme finit soit par considérer la nature comme une réalité intouchable, soit, au contraire, par en abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à la vision chrétienne de la nature, fruit de la création de Dieu. »
« Aujourd'hui, les questions liées à la protection et à la sauvegarde de l'environnement doivent prendre en juste considération les problématiques énergétiques », souligne par ailleurs Benoît XVI, qui estime « possible d'améliorer aujourd'hui la productivité énergétique et qu'il est possible, en même temps, de faire progresser la recherche d'énergies alternatives. »
Il condamne en revanche « l'accaparement des ressources énergétiques non renouvelables par certains États, groupes de pouvoir ou entreprises, (qui) constitue, en effet, un grave obstacle au développement des pays pauvres. » Appelant à « l'urgente nécessité morale d'une solidarité renouvelée, spécialement dans les relations entre les pays en voie de développement et les pays hautement industrialisés », il considère que les premiers doivent accéder aux ressources énergétiques, tandis que les seconds « peuvent et doivent diminuer leur propre consommation énergétique ».
La société actuelle, portée à l'hédonisme et au consumérisme, doit en effet changer de mentalité et « adopter de nouveaux styles de vie, privilégiant « la communion avec les autres hommes pour une croissance commune ». Pas question, donc, de décroissance. La technique, rappelle le Saint-Père, « est ambivalente ». « Si, d'un côté, certains tendent aujourd'hui à lui confier la totalité du processus de développement, de l'autre on assiste à la naissance d'idéologies qui nient in toto l'utilité même du développement, qu'elles considèrent comme foncièrement antihumain et exclusivement facteur de dégradation. Ainsi, finit-on par condamner non seulement l'orientation parfois fausse et injuste que les hommes donnent au progrès, mais aussi les découvertes scientifiques elles-mêmes qui, utilisées à bon escient, constituent au contraire une occasion de croissance pour tous. C'est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de contrôler les déséquilibres du développement ou même d'ignorer que l'homme est constitutivement tendu vers l'être davantage. Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité. »
L'augmentation de la population n'est pas la cause première...
Benoît XVI renvoie ainsi dos à dos « l'idéologie technocratique, particulièrement forte aujourd'hui » et « l'idée d'un monde sans développement (qui) traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu. » En effet, « considérer la nature comme plus importante que la personne humaine elle-même est contraire au véritable développement. (Par ailleurs, la position inverse, qui vise à sa technicisation complète, est également à rejeter car le milieu naturel n'est pas seulement un matériau dont nous pouvons disposer à notre guise, mais c'est l'œuvre admirable du Créateur, portant en soi une "grammaire" qui indique une finalité et des critères pour qu'il soit utilisé avec sagesse et non pas exploité de manière arbitraire. »
Par un raisonnement analogue, Benoît XVI condamne en termes fort le malthusianisme et insiste sur le « thème du respect de la vie, qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples ». D. dénonce ainsi pêle-mêle les « pratiques de contrôle démographique par les instances gouvernementales, qui souvent diffusent la contraception et vont jusqu'à imposer l'avortement », les « législations contraires à la vie (contribuant à diffuser une mentalité antinataliste », certaines ONG qui « travaillent activement à la diffusion de l'avortement, et promeuvent parfois dans les pays pauvres l'adoption de la pratique de la stérilisation, y compris à l'insu des femmes », et les aides au développement « parfois liées à certaines politiques sanitaires impliquant de fait l'obligation d'un contrôle contraignant des naissances. »
« L'ouverture à la vie est au centre du vrai développement, insiste-t-il. « Considérer l'augmentation de la population comme la cause première du sous-développement est incorrect, même du point de vue économique ».
« Il est juste que l'homme puisse exercer une maîtrise responsable sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur et la cultiver selon des formes nouvelles et avec des technologies avancées, afin que la terre puisse accueillir dignement et nourrir la population qui l'habite. Il y a de la place pour tous sur la terre : la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et par l'effort de son travail et de sa créativité. Nous devons cependant avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu'elles puissent elles aussi l'habiter décemment et continuer à la cultiver. »
La différence entre l'écologie pratiquée par Benoît XVI et une certaine idéologie « écolo », en somme, c'est que le pape ne se situe pas dans la crainte de l'avenir, mais dans la Foi, l'Espérance et la Charité.
Hervé Bizien monde & vie 2 avril 2011
Le développement selon Benoit XVI
Revenir vers « Ecologie et environnement »
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Bing [Bot] et 1 invité
