Nucléaire : la politique du balai ?
Le Tsunami nucléaire au Japon s'empare de l'actualité brûlante de ce mois de mars 2011 en nous rappelant que nous sommes littéralement assis sur des centaines de bombes thermonucléaires (il y en a autant que le nombre de centrales nucléaires à travers le monde, et leur nombre s'accroît d'année en année) qui peuvent exploser à tout moment au gré des accidents sismiques ou climatiques.
C'est le moment de faire le point sur l'état d'esprit, les idéaux et les décisions qui nous ont conduits au bord de cette poudrière radioactive.
L'urgence nous incite à repenser notre modèle de développement, à ne plus prétendre qu'il est "durable", à ne plus écouter les sirènes de la rédemption par le Marché (Minc, Attali...), à revenir sur les errements de l'idéologie libérale pour reconstruire des sociétés organiques régies par un souci de l'être, plutôt que par la catastrophique frénésie de l'avoir qui règne aujourd'hui.
Tout le monde se souvient du conte de Goethe, l’apprenti-sorcier, dans lequel un balai conquiert son autonomie et devient quasiment fou («Un jeune apprenti sorcier tente d'animer un balai pour que l'objet effectue son travail, c'est-à-dire remplir une bassine d'eau en prenant des seaux et en les vidant, tout un trajet à parcourir, que son maître, parti faire une course, lui a assignée. [...] Le balai s'arrête sur le moment, mais [...] l'apprenti, qui avait déjà du mal à contrôler un balai, doit maintenant faire face à des centaines de balais. L'eau déborde et inonde la demeure du magicien, qui devient une piscine géante. Ce dernier arrive enfin et répare les dégâts provoqués par l'apprenti …» in Wikipédia) . Cette fable a été reprise par Paul Dukas et Walt Disney. Nous avons en quelque sorte ici l’apologue désignant les difficultés suscitées par l’emploi du nucléaire.
Dans un communiqué du 13 février, paru dans Nations Press info, l'éditeur de la regrettée revue écologiste Recours aux forêts, Laurent Ozon rappelle, à juste raison, les inquiétudes que suscitent les événements dramatiques qui mettent gravement en cause la sécurité nucléaire nippone. Ce malaise dépasse largement les états d’âme des « Cassandre anti-nucléaires plus souvent motivés par le maintien d’intérêts pro-pétrole ».
J’ignore si les contestataires qui critiquent ce type de production énergétique sont animés par ce motif aussi pitoyable, ce dont je doute fortement. En revanche, je sais que le groupe AREVA constitue une puissance considérable, un État dans l’État, et se présente comme un groupe de pression redoutable. La gestion de l’information en matière nucléaire est, de notoriété publique, assez déficiente, voire carrément mensongère, comme l’ont montré les suites de l’accident de Tchernobyl. Pour le dire crument, le système mis en place pour assurer l’alimentation du pays en électricité ressemble beaucoup au complexe militaro-industriel, avec des ramifications policières (espionnage, contrôle des données, information tronquée, déformée ou occultée) économiques et politiques.
Le mode de production énergétique qu’induit le choix du nucléaire inquiète à juste raison, ne serait-ce que parce qu’il faut se débarrasser de déchets très encombrants, défi quasi impossible à relever en regard de la longévité de la radioactivité, des incertitudes, notamment géologiques, de l’avenir, et de l’imprévisibilité d’un dispositif qui ne date que d’un demi-siècle.
L’énormité du système, ses implications civilisationnelles (émergence d’une puissance contrôlant indirectement la société), les dangers écologiques induits, tout cela rappelle ce qu’est notre époque prométhéenne et faustienne. La techno-science arraisonne la nature, considérée dans une finalité productiviste. Au lieu de se demander si ce n’est pas une folie que d’aller toujours plus avant, de fouailler le cœur du monde pour l’utiliser à des besoins toujours plus nocifs (qu’a-t-on à faire de la moitié de notre consommation !), pour des raisons aussi qui sont liées à la puissance en soi, il vaudrait mieux s’interroger sur ce qu’est la vie, le bien vivre, une société viable et équilibrée.
Il me semble que l’énergie nucléaire est l’emblème de cette civilisation qui a entrepris, vainement et follement, de se rendre maîtresse de la nature, donc en définitive, de l’homme-même, dans son essence. En percevant positivement l’instrumentalisation hyperbolique, voire démoniaque, de la nature, on se donne la permission d’attenter à ce qui subsiste d’authentique (qu’on ne me dise pas que tout est artifice ! C’est l’argument constructiviste par excellence). La technique change la chose, qui devient objet, ainsi que le regard, qui devient technicien. Il n’y a rien de poétique dans la démarche d’un ingénieur, rien de créatif : il ruse, trompe la nature, mais pour mieux en vider le sens.
La question qui se pose au-delà des décisions d'urgence sécuritaires qui ne sont que réactives, est : comment pouvons-nous enrayer le déchaînement des catastrophes prévisibles, conséquence des choix politiques irresponsables imposés par des impératifs de croissance à tout va devenus insoutenables aujourd'hui ? C'est le processus même de croissance qui doit être remis en cause, non pas pour revenir au temps de la marine à voile et de la charrue, mais pour remettre le souci de l'être (bien au-delà du seul environnement) au cœur du politique. Les catastrophes nucléaires attendues, tout comme les conséquences de l'empoisonnement chimique de nos aliments, comme les catastrophes migratoires, comme les guerres pour l'eau et les ressources énergétiques à venir... peuvent être évitées ou du moins minimisées, réorientées dans le sens de l'intérêt général des peuples à condition qu'une volonté politique non faustienne, non prométhéenne s'impose face à la foire d'empoigne du Marché mondial de l'hypercroissance dominée par de puissants intérêts particuliers qui a force de loi aujourd'hui.
Ce n'est certes pas du modèle américain que viendra le sursaut. Celui-ci est en train de s'effondrer sur lui-même, empoisonné par ses propres "actifs toxiques" et ses dettes sans fond que la planche à billets ne remboursera pas. Ses thuriféraires en Europe, puis dans le reste du monde, tomberont avec lui. Il est plus que temps de leur fausser compagnie et de repenser le monde autrement. Cette révolution se prépare déjà ça et là, ne l'entendez-vous pas gronder dans la rue arabe, dans le Wisconsin et dans notre désaffection politique croissante ?*
Claude Bourrinet http://www.esprit-europeen.fr
*Pour aller plus loin dans ce raisonnement, nous recommandons les ouvrages sur la décroissance, notamment, ceux d'Alain de Benoist, Demain la décroissance! Penser l'écologie jusqu'au bout, Edite, 2007, et de Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et Une Nuits, 2007.
Nucléaire : la politique du balai ?
Re: Nucléaire : la politique du balai ?
Pat a écrit :Nucléaire : la politique du balai ?
Le Tsunami nucléaire au Japon s'empare de l'actualité brûlante de ce mois de mars 2011 en nous rappelant que nous sommes littéralement assis sur des centaines de bombes thermonucléaires (il y en a autant que le nombre de centrales nucléaires à travers le monde, et leur nombre s'accroît d'année en année) qui peuvent exploser à tout moment au gré des accidents sismiques ou climatiques.
Il y a des choses intéressantes dans cet article, dommage qu'il commence par un tissu d'absurdités tel qu'il fait douter de la maîtrise du sujet par l'auteur.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
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c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
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