Agriculture, développement durable et mondialisation
Publié : 07/01/2011 - 23:50
Agriculture, développement durable et mondialisation par Benjamin Guillemaind
P.Gevaert m’a adressé un Essai de 100 p., comportant les contributions de 6 auteurs émérites sur ce sujet. L’expression « développement durable » est apparue vers 1988 de milieux écologiques, soucieux de préserver les ressources de la nature qui risquent de disparaître sous l’effet d’une économie de compétition. Des milieux conservateurs, faisant chorus avec les libéraux, y ont vu l’amorce d’une régression de la croissance, impératif incontournable de notre société de consommation. Comme la langue d’Esope……..
Mais leurs analyses économiques et sociales s’appliquent aussi à l’artisanat, qui est liée à l’agriculture, tant elle subit un système économique pervers.
DECROISSANCE ET DEVELOPPEMENT DURABLE – Ricardo Petrella (Université de Louvain)
Nous sommes dans un système de production de biens qui se fonde sur la désacralisation de la vie. La mondialisation favorise 3 pouvoirs :
1) le mécanisme exclusif du Marché, qui optimise l’accès aux biens. Tout prend une valeur marchande où l’idée de gratuité est exclue.
2) La valeur se détermine au marché mondial. Tout ce qui ne contribue pas à créer de la plus value pour le capital est mauvais. Seul le capital est créateur de richesses et non plus le travail humain. En raison du coût, il doit aller ailleurs.
3) L’économie capitaliste du marché. La valeur est le capital lui-même, par l’investissement et l’entreprise.
Ces 3 mondialisations de l’entreprise, du capital et des marchés sont à combattre. Alors que 13% de la population mondiale consomme 88% des réserves mondiales, la définition du développement consiste à consommer toujours plus selon un mode de vie occidentalisé, en s’appuyant sur la propriété privée absolue de biens communs, comme l’eau, la forêt, les semences, les molécules… . Appropriation qui entraîne rivalité et exclusion. Toute l’agriculture s’est marchandisée. La connaissance même de la nature qui permettait aux civilisations ancestrales de s’auto-suffire, est même devenue objet de brevets, que des firmes internationales exploitent à des fins industrielles, en éliminant les variétés. L’appropriation de la connaissance se fait aujourd’hui dans des laboratoires qui contrôlent toute une production : poisson, fruits, lait, viande … destinée à l’exportation. L’agriculture aujourd’hui est faite pour l’exportation.
Il faut donc réinventer une agriculture coopérative locale dans le cadre d’un système coopératif entre régions développées et régions sous-développées.
REHABILITER L’AGRICULTURE NATURELLE, UNE QUESTION DE SURVIE – Pierre Gevaert, leader de produits bio dès 1957.
Face à la société industrielle urbanisée, acceptée pour son confort de vie, il convient de proposer un modèle inspiré des sociétés passées, où les traditions possédaient une base scientifique forgée par le temps. Les concepts de création de richesse et de croissance économique sont dévastateurs.
Ce système sociétal passé avait un souci permanent de préservation de la nature, une volonté d’enrichir la biodiversité, une recherche du beau et de l’utile par un art populaire.
Pourquoi nos contemporains ne donnent-ils plus d’autre sens à la vie que d’être compétitif et performant ? Ce système industriel urbain n’est pas réformable, car il est bâti sur le principe de la concurrence « à mort », sur la primauté de l’industriel sur le naturel, sur la production de masse et des prix toujours plus bas, une agriculture chimique, très mécanisée et dévoreuse d’eau. Il faut le remplacer par un système fondé sur l’agro-écologie, l’auto-production des semences, des services assumés par l’entraide et la solidarité, l’abandon de la monoculture chimique qui ruine le producteur et la région où il vit, le démantèlement des grandes exploitations pour des fermes à taille humaine, réhabiliter la polyculture, l’élevage et les engrais verts.
LES OGM ET LE BREVETAGE DU VIVANT - Hervé Le Meur, conseiller scientifique.
L’agriculture est tombée sous l’influence de l’OMC, qui considère que toute activité humaine est à priori du commerce. Au prétexte que les biotechnologies ont amélioré les techniques traditionnelles de sélection variétale, on s’est mis à pratiquer la transgenèse (transfert de gênes), qui existe depuis le début de l’histoire, mais par une méthode beaucoup plus précise. C’est une technique très proche de l’hybridation (sélection naturelle). Ainsi s’est créée une confusion entre deux techniques et deux appellations (« génétiquement modifié » et « transgenèse »), qui ont le même principe, mais aboutissent à des résultats différents. Pour mieux brouiller les cartes on emploie le terme « biotechnologie » alors que le sujet de préoccupation est la transgenèse.
Les paysans ont toujours infléchi la sélection (plantes, animaux, champignons…) en ne gardant que ceux qui s’adaptaient à leur terroir, qui résistaient à un insecte….C’était une sélection à posteriori. Cette sélection variétale n’agit pas sur des gènes, mais sur des propriétés, des couleurs, des formes, des longueurs de tige. Il y a continuité.
Cette pratique n’est pas assimilable à la création à priori d’une plante par adjonction d’un autre gêne. Dans ce cas il y a rupture et un saut qualitatif que la nature n’a pas créé. Alors que le paysan, qui utilise des insecticides biologiques (le BT) n’en fait que quelques aspersions, si c’est nécessaire, et évite la toxicité.
Pour défendre leur théorie, les chercheurs expliquent que les OGM (maïs…) manipulés, produiront eux-mêmes le même insecticide (BT), ce qui évitera au paysan d’en utiliser. Or d’après une évaluation récente, un maïs OGM synthétise plus de 2.000 fois la quantité de toxine utilisée, car elle synthétise toute l’année, toute la plante. A terme, l’insecte finira par résister et survivre au maïs OGM. Il faudra à nouveau inventer d’autres insecticides.
Une autre catégorie concerne les herbicides. Comme certaines plantes sont résistantes au glyphosate (marque Roundup), des chercheurs ont résolu le problème en extrayant un gêne, issu d’une protéine résistante à l’herbicide, et en l’insérant dans l’ADN de plantes. Il suffit alors de multiplier les graines pour avoir des semences résistantes au Roundup(RR). Certains avantages sont avancés : moins de pollution, moins de main d’œuvre et moins de manipulations de produits polluants. Mais d’autres herbes résistent et il faut reemployer d’autres herbicides, les additifs ajoutés au Roundup sont aussi polluants, l’aspersion mécanisée par avion profite aux plus puissants et élimine la petite paysannerie.
La généralisation des OGM entraîne la perte d’autonomie des paysans, contraints par contrats de s’approvisionner en semences au fournisseur de variétés imposées, lesquels en retour subissent les variations souvent catastrophiques des cours à la vente de la récolte. Au Ghana par exemple des paysans ont tout perdu : la qualité de leurs terres, sur-saliniséees par les fertilisants imposés, leurs variétés locales et leur stock de graines. Ce fut aussi le cas du coton BT en Inde.
Les OGM résolvent-ils la faim dans le monde ? En réalité les pays du Sud ont abandonné leur culture vivrière au profit d’une culture de rente pour exporter vers le Nord, sans gain réel, car si l’on ajoute les coûts externalisés (subventions, dépollution… payés par l’acheteur ou le contribuable) : ils sont perdants au bout du compte. Le problème de la faim est un problème, non de production, mais de répartition, de distribution, de natalité…et de politique qui résulte surtout d’une économie qui privilégie la culture de céréales exportables au détriment des cultures vivrières.
Il s’agit bien en fin de compte au nom de la science de stériliser la vie ( l’expression Terminator est évocatrice ) de certaines variétés jugées obsolètes, pour des variétés plus récentes,qui produisent plus en rendement, mais font perdre leur autonomie aux paysans au profit de firmes internationales dominant le Marché et contrôlant la chaîne alimentaire mondiale industrialisée, où les intérêts des plus gros tirent les plus gros profits..
Le système des brevets qui à l’origine protégeait (à échelle nationale) le petit inventeur contre le gros prédateur, devient obsolète, dès lors que le même brevet peut être copié sans risque au plan mondial, à moins de le déposer à ce niveau. Il devient une arme à double tranchant quand ce sont les grandes firmes qui bloquent leur recherche. Tout devient objet de brevet et de monopole (plantes, procédés médicamenteux….) ce qui aboutit à interdire leur usage et leur exploitation à des populations autochtones qui vivaient de productions locales. Ainsi le vivant devient appropriable. La propriété paysanne, fondatrice de la vie est transformée en « privilège », que ne peuvent exploiter que ceux qu’octroie la directive des détenteurs de brevets.
OGM et Brevets se rejoignent et épaulent la logique industrielle dans une guerre au vivant. Exemple d’un agriculteur mexicain qui a vu bloquées ses exportations de haricot jaune, car un semencier américain avait déposé une demande de brevet et s’en était approprié l’exclusivité.
De cette situation ressortent 3 enjeux :
- politique : la complexification de l’alimentation entraîne le consommateur à s’en remettre à un biologiste moléculaire pour savoir ce qu’il peut manger, sans connaître l’influence des OGM sur la flore intestinale, les bactéries du sol, les insectes. Il entraîne la perte d’autonomie des paysans.
- économique : l’agriculture transgénique contamine toute autre agriculture. Nos sociétés industrielles ont créé les grands monopoles, qu’elles critiquaient dans les économies soviétiques.
- alimentaire : la position catégorique des scientifiques est-elle crédible ? Sont-ils vraiment libres ?
- philosophique : quelle place prend la science dans la société industrielle ? Hamilton Smith, prix Nobel de physiologie, n’hésitait pas à affirmer qu’il travaillait au projet « de fabriquer la vie à partir de rien. », comme Descartes assignait déjà à la science de « se rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature. »
SUBVENTIONS AGRICOLES ET SOUVERAINETE ALIMENTAIRE. Thierry Laureys. Altermondialiste. Conseiller du ministre de l’Energie wallone.
EFFETS DEVASTATEURS DES SUBVENTIONS.
Les subventions ont pour effet d’enrichir une partie des paysans et d’éliminer les autres des circuits économiques, de supprimer des emplois et de maintenir des prix bas en favorisant les bas prix à l’exportation.
La souveraineté alimentaire, qui est le droit d’un peuple à maîtriser son agriculture, consiste à atteindre les objectifs du développement durable, à déterminer son niveau d’autosuffisance, à éliminer le dumping de produits étrangers. La course aux subventions les oblige à toujours produire plus et à agrandir leurs exploitations.
Telles qu’elle fonctionnent aujourd’hui, elle faussent le jeu du marché et favorisent le libre-échange. D’un côté il sert les gros propriétaires du Brésil, de Nelle Zélande …inondent le monde entier de produits à bas prix et envahissent les marchés locaux, grâce à l’oligopole de la grande distribution. Tous sont victimes de l’idéologie du bas prix. Pour contraindre les producteurs à ces échanges internationaux, des subventions sont attribuée s aux transports et à leur infrastructures ( ports, aéroports, routes…) et indirectement activent le libre-échangisme au détriment des échanges locaux.
REGULER LES MARCHES DE PRODUITS AGRICOLES ;
Une politique de régulation des marchés devrait : 1) Imposer des règles contraignantes pour la grande distribution. 2) Réprimer les abus de position monopolistique des centrales d’achat. 3) Multiplier les labels de qualité (AOC…), permettant des prix fixes. 4) une politique permettant aux agriculteurs des prix rémunérateurs 5) Démanteler les exploitations gigantesques. 6) Activer les marchés locaux et relocaliser les échanges. 7) Obliger les grandes surfaces à acheter des quotas de produits locaux.
En un mot encadrer les pratiques commerciales de la grande distribution.
LE TRAITE DE LIBRE ECHANGE EN AMERIQUE LATINE ET LA PETITE AGRICULTURE ANDINE ; Antonio Garcia Velasquez
Le processus de globalisation a poussé dans ces régions à soutenir et favoriser les exportations par des subventions, des mesures phytosanitaires, des tarifs douaniers et des quotas, en vue d’accroître les revenus des agriculteurs. Au regard des effets positifs, les effets négatifs s’avèrent plus importants.
Seuls quelques grands producteurs arrivent à entrer dans ce jeu. De plus les pays andins ont eu tendance à se spécialiser dans des productions avantageuses, négligeant ainsi les productions locales et obligeant ainsi les petits producteurs à s’intégrer dans ce circuit ou à les abandonner pour aller grossir les cités urbaines.
Le marché global préfère les aliments conditionnés, faciles à préparer et à consommer
C’est l’éclatement des communautés rurales en osmose avec la nature, reposant sur la variété des productions, l’extrême subdivision de surfaces cultivées, la sagesse ancestrale, qui permettait de prédire le temps, les rôles respectifs de chaque membre de la famille, qui se trouve désintégrée.
Ainsi 3 types d’agriculture se présentent : celle qui approvisionne le marché local, la plus riche en valeurs d’intégration et de convivialité, celle destinée au marché global, celle destinée aux masses urbaines, en concurrence avec l’alimentation importée.
L’EXPANSION DE LA PALME AFRICAINE – François Houtart , prêtre, Docteur en sociologie (Louvain)
Pour satisfaire les énormes besoins en énergie, le recours aux biocarburants représente un appoint où la palme africaine peut produire 200 millions de t. et procure déjà 20% des huiles végétales dans le monde. La culture extensive de la palme requiert peu de main d’œuvre, mais beaucoup de fertilisants chimiques et beaucoup de terres. Ces traitements offrent de hauts rendements, mais sont concentrés aux mains de grands propriétaires terriens qui expulsent les petits paysans et éliminent l’agriculture paysanne. Cette culture extensive a des effets très négatifs sur l’écologie, notamment la destruction de forêts existantes et les effets négatifs habituels de la monoculture.
L’intérêt des multinationales est de contrôler cette production pour maintenir des prix bas qui exigent des salaires bas et entraîne une diminution de la qualité de la vie. Par ailleurs la disparition de la forêt tropicale fait disparaître un réservoir unique de la biodiversité.
Benjamin Guillemaind http://www.alliance-sociale.org
P.Gevaert m’a adressé un Essai de 100 p., comportant les contributions de 6 auteurs émérites sur ce sujet. L’expression « développement durable » est apparue vers 1988 de milieux écologiques, soucieux de préserver les ressources de la nature qui risquent de disparaître sous l’effet d’une économie de compétition. Des milieux conservateurs, faisant chorus avec les libéraux, y ont vu l’amorce d’une régression de la croissance, impératif incontournable de notre société de consommation. Comme la langue d’Esope……..
Mais leurs analyses économiques et sociales s’appliquent aussi à l’artisanat, qui est liée à l’agriculture, tant elle subit un système économique pervers.
DECROISSANCE ET DEVELOPPEMENT DURABLE – Ricardo Petrella (Université de Louvain)
Nous sommes dans un système de production de biens qui se fonde sur la désacralisation de la vie. La mondialisation favorise 3 pouvoirs :
1) le mécanisme exclusif du Marché, qui optimise l’accès aux biens. Tout prend une valeur marchande où l’idée de gratuité est exclue.
2) La valeur se détermine au marché mondial. Tout ce qui ne contribue pas à créer de la plus value pour le capital est mauvais. Seul le capital est créateur de richesses et non plus le travail humain. En raison du coût, il doit aller ailleurs.
3) L’économie capitaliste du marché. La valeur est le capital lui-même, par l’investissement et l’entreprise.
Ces 3 mondialisations de l’entreprise, du capital et des marchés sont à combattre. Alors que 13% de la population mondiale consomme 88% des réserves mondiales, la définition du développement consiste à consommer toujours plus selon un mode de vie occidentalisé, en s’appuyant sur la propriété privée absolue de biens communs, comme l’eau, la forêt, les semences, les molécules… . Appropriation qui entraîne rivalité et exclusion. Toute l’agriculture s’est marchandisée. La connaissance même de la nature qui permettait aux civilisations ancestrales de s’auto-suffire, est même devenue objet de brevets, que des firmes internationales exploitent à des fins industrielles, en éliminant les variétés. L’appropriation de la connaissance se fait aujourd’hui dans des laboratoires qui contrôlent toute une production : poisson, fruits, lait, viande … destinée à l’exportation. L’agriculture aujourd’hui est faite pour l’exportation.
Il faut donc réinventer une agriculture coopérative locale dans le cadre d’un système coopératif entre régions développées et régions sous-développées.
REHABILITER L’AGRICULTURE NATURELLE, UNE QUESTION DE SURVIE – Pierre Gevaert, leader de produits bio dès 1957.
Face à la société industrielle urbanisée, acceptée pour son confort de vie, il convient de proposer un modèle inspiré des sociétés passées, où les traditions possédaient une base scientifique forgée par le temps. Les concepts de création de richesse et de croissance économique sont dévastateurs.
Ce système sociétal passé avait un souci permanent de préservation de la nature, une volonté d’enrichir la biodiversité, une recherche du beau et de l’utile par un art populaire.
Pourquoi nos contemporains ne donnent-ils plus d’autre sens à la vie que d’être compétitif et performant ? Ce système industriel urbain n’est pas réformable, car il est bâti sur le principe de la concurrence « à mort », sur la primauté de l’industriel sur le naturel, sur la production de masse et des prix toujours plus bas, une agriculture chimique, très mécanisée et dévoreuse d’eau. Il faut le remplacer par un système fondé sur l’agro-écologie, l’auto-production des semences, des services assumés par l’entraide et la solidarité, l’abandon de la monoculture chimique qui ruine le producteur et la région où il vit, le démantèlement des grandes exploitations pour des fermes à taille humaine, réhabiliter la polyculture, l’élevage et les engrais verts.
LES OGM ET LE BREVETAGE DU VIVANT - Hervé Le Meur, conseiller scientifique.
L’agriculture est tombée sous l’influence de l’OMC, qui considère que toute activité humaine est à priori du commerce. Au prétexte que les biotechnologies ont amélioré les techniques traditionnelles de sélection variétale, on s’est mis à pratiquer la transgenèse (transfert de gênes), qui existe depuis le début de l’histoire, mais par une méthode beaucoup plus précise. C’est une technique très proche de l’hybridation (sélection naturelle). Ainsi s’est créée une confusion entre deux techniques et deux appellations (« génétiquement modifié » et « transgenèse »), qui ont le même principe, mais aboutissent à des résultats différents. Pour mieux brouiller les cartes on emploie le terme « biotechnologie » alors que le sujet de préoccupation est la transgenèse.
Les paysans ont toujours infléchi la sélection (plantes, animaux, champignons…) en ne gardant que ceux qui s’adaptaient à leur terroir, qui résistaient à un insecte….C’était une sélection à posteriori. Cette sélection variétale n’agit pas sur des gènes, mais sur des propriétés, des couleurs, des formes, des longueurs de tige. Il y a continuité.
Cette pratique n’est pas assimilable à la création à priori d’une plante par adjonction d’un autre gêne. Dans ce cas il y a rupture et un saut qualitatif que la nature n’a pas créé. Alors que le paysan, qui utilise des insecticides biologiques (le BT) n’en fait que quelques aspersions, si c’est nécessaire, et évite la toxicité.
Pour défendre leur théorie, les chercheurs expliquent que les OGM (maïs…) manipulés, produiront eux-mêmes le même insecticide (BT), ce qui évitera au paysan d’en utiliser. Or d’après une évaluation récente, un maïs OGM synthétise plus de 2.000 fois la quantité de toxine utilisée, car elle synthétise toute l’année, toute la plante. A terme, l’insecte finira par résister et survivre au maïs OGM. Il faudra à nouveau inventer d’autres insecticides.
Une autre catégorie concerne les herbicides. Comme certaines plantes sont résistantes au glyphosate (marque Roundup), des chercheurs ont résolu le problème en extrayant un gêne, issu d’une protéine résistante à l’herbicide, et en l’insérant dans l’ADN de plantes. Il suffit alors de multiplier les graines pour avoir des semences résistantes au Roundup(RR). Certains avantages sont avancés : moins de pollution, moins de main d’œuvre et moins de manipulations de produits polluants. Mais d’autres herbes résistent et il faut reemployer d’autres herbicides, les additifs ajoutés au Roundup sont aussi polluants, l’aspersion mécanisée par avion profite aux plus puissants et élimine la petite paysannerie.
La généralisation des OGM entraîne la perte d’autonomie des paysans, contraints par contrats de s’approvisionner en semences au fournisseur de variétés imposées, lesquels en retour subissent les variations souvent catastrophiques des cours à la vente de la récolte. Au Ghana par exemple des paysans ont tout perdu : la qualité de leurs terres, sur-saliniséees par les fertilisants imposés, leurs variétés locales et leur stock de graines. Ce fut aussi le cas du coton BT en Inde.
Les OGM résolvent-ils la faim dans le monde ? En réalité les pays du Sud ont abandonné leur culture vivrière au profit d’une culture de rente pour exporter vers le Nord, sans gain réel, car si l’on ajoute les coûts externalisés (subventions, dépollution… payés par l’acheteur ou le contribuable) : ils sont perdants au bout du compte. Le problème de la faim est un problème, non de production, mais de répartition, de distribution, de natalité…et de politique qui résulte surtout d’une économie qui privilégie la culture de céréales exportables au détriment des cultures vivrières.
Il s’agit bien en fin de compte au nom de la science de stériliser la vie ( l’expression Terminator est évocatrice ) de certaines variétés jugées obsolètes, pour des variétés plus récentes,qui produisent plus en rendement, mais font perdre leur autonomie aux paysans au profit de firmes internationales dominant le Marché et contrôlant la chaîne alimentaire mondiale industrialisée, où les intérêts des plus gros tirent les plus gros profits..
Le système des brevets qui à l’origine protégeait (à échelle nationale) le petit inventeur contre le gros prédateur, devient obsolète, dès lors que le même brevet peut être copié sans risque au plan mondial, à moins de le déposer à ce niveau. Il devient une arme à double tranchant quand ce sont les grandes firmes qui bloquent leur recherche. Tout devient objet de brevet et de monopole (plantes, procédés médicamenteux….) ce qui aboutit à interdire leur usage et leur exploitation à des populations autochtones qui vivaient de productions locales. Ainsi le vivant devient appropriable. La propriété paysanne, fondatrice de la vie est transformée en « privilège », que ne peuvent exploiter que ceux qu’octroie la directive des détenteurs de brevets.
OGM et Brevets se rejoignent et épaulent la logique industrielle dans une guerre au vivant. Exemple d’un agriculteur mexicain qui a vu bloquées ses exportations de haricot jaune, car un semencier américain avait déposé une demande de brevet et s’en était approprié l’exclusivité.
De cette situation ressortent 3 enjeux :
- politique : la complexification de l’alimentation entraîne le consommateur à s’en remettre à un biologiste moléculaire pour savoir ce qu’il peut manger, sans connaître l’influence des OGM sur la flore intestinale, les bactéries du sol, les insectes. Il entraîne la perte d’autonomie des paysans.
- économique : l’agriculture transgénique contamine toute autre agriculture. Nos sociétés industrielles ont créé les grands monopoles, qu’elles critiquaient dans les économies soviétiques.
- alimentaire : la position catégorique des scientifiques est-elle crédible ? Sont-ils vraiment libres ?
- philosophique : quelle place prend la science dans la société industrielle ? Hamilton Smith, prix Nobel de physiologie, n’hésitait pas à affirmer qu’il travaillait au projet « de fabriquer la vie à partir de rien. », comme Descartes assignait déjà à la science de « se rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature. »
SUBVENTIONS AGRICOLES ET SOUVERAINETE ALIMENTAIRE. Thierry Laureys. Altermondialiste. Conseiller du ministre de l’Energie wallone.
EFFETS DEVASTATEURS DES SUBVENTIONS.
Les subventions ont pour effet d’enrichir une partie des paysans et d’éliminer les autres des circuits économiques, de supprimer des emplois et de maintenir des prix bas en favorisant les bas prix à l’exportation.
La souveraineté alimentaire, qui est le droit d’un peuple à maîtriser son agriculture, consiste à atteindre les objectifs du développement durable, à déterminer son niveau d’autosuffisance, à éliminer le dumping de produits étrangers. La course aux subventions les oblige à toujours produire plus et à agrandir leurs exploitations.
Telles qu’elle fonctionnent aujourd’hui, elle faussent le jeu du marché et favorisent le libre-échange. D’un côté il sert les gros propriétaires du Brésil, de Nelle Zélande …inondent le monde entier de produits à bas prix et envahissent les marchés locaux, grâce à l’oligopole de la grande distribution. Tous sont victimes de l’idéologie du bas prix. Pour contraindre les producteurs à ces échanges internationaux, des subventions sont attribuée s aux transports et à leur infrastructures ( ports, aéroports, routes…) et indirectement activent le libre-échangisme au détriment des échanges locaux.
REGULER LES MARCHES DE PRODUITS AGRICOLES ;
Une politique de régulation des marchés devrait : 1) Imposer des règles contraignantes pour la grande distribution. 2) Réprimer les abus de position monopolistique des centrales d’achat. 3) Multiplier les labels de qualité (AOC…), permettant des prix fixes. 4) une politique permettant aux agriculteurs des prix rémunérateurs 5) Démanteler les exploitations gigantesques. 6) Activer les marchés locaux et relocaliser les échanges. 7) Obliger les grandes surfaces à acheter des quotas de produits locaux.
En un mot encadrer les pratiques commerciales de la grande distribution.
LE TRAITE DE LIBRE ECHANGE EN AMERIQUE LATINE ET LA PETITE AGRICULTURE ANDINE ; Antonio Garcia Velasquez
Le processus de globalisation a poussé dans ces régions à soutenir et favoriser les exportations par des subventions, des mesures phytosanitaires, des tarifs douaniers et des quotas, en vue d’accroître les revenus des agriculteurs. Au regard des effets positifs, les effets négatifs s’avèrent plus importants.
Seuls quelques grands producteurs arrivent à entrer dans ce jeu. De plus les pays andins ont eu tendance à se spécialiser dans des productions avantageuses, négligeant ainsi les productions locales et obligeant ainsi les petits producteurs à s’intégrer dans ce circuit ou à les abandonner pour aller grossir les cités urbaines.
Le marché global préfère les aliments conditionnés, faciles à préparer et à consommer
C’est l’éclatement des communautés rurales en osmose avec la nature, reposant sur la variété des productions, l’extrême subdivision de surfaces cultivées, la sagesse ancestrale, qui permettait de prédire le temps, les rôles respectifs de chaque membre de la famille, qui se trouve désintégrée.
Ainsi 3 types d’agriculture se présentent : celle qui approvisionne le marché local, la plus riche en valeurs d’intégration et de convivialité, celle destinée au marché global, celle destinée aux masses urbaines, en concurrence avec l’alimentation importée.
L’EXPANSION DE LA PALME AFRICAINE – François Houtart , prêtre, Docteur en sociologie (Louvain)
Pour satisfaire les énormes besoins en énergie, le recours aux biocarburants représente un appoint où la palme africaine peut produire 200 millions de t. et procure déjà 20% des huiles végétales dans le monde. La culture extensive de la palme requiert peu de main d’œuvre, mais beaucoup de fertilisants chimiques et beaucoup de terres. Ces traitements offrent de hauts rendements, mais sont concentrés aux mains de grands propriétaires terriens qui expulsent les petits paysans et éliminent l’agriculture paysanne. Cette culture extensive a des effets très négatifs sur l’écologie, notamment la destruction de forêts existantes et les effets négatifs habituels de la monoculture.
L’intérêt des multinationales est de contrôler cette production pour maintenir des prix bas qui exigent des salaires bas et entraîne une diminution de la qualité de la vie. Par ailleurs la disparition de la forêt tropicale fait disparaître un réservoir unique de la biodiversité.
Benjamin Guillemaind http://www.alliance-sociale.org