Photovoltaïque subventionné et spéculation pseudo-agricole
Publié : 02/06/2010 - 17:16
Les énergies alternatives promues à grands effets de manches sur le réchauffement climatique n'ont d'autre but que de relancer la croissance par l'hyper-consommation. Comme il fut fait avec les portables ou les écrans plats. Comme, sous prétexte de prime à la casse, les États ont subventionné l'automobile. Importent peu les protestations des écologistes qui se découvrent soudain bernés par des multinationales que, fiérots, ils prétendaient avoir matées. Après l'avoir été par le Grenelle de l'Environnement ou la taxe carbone. Photovoltaïque, éolien, agro-carburants, ne sont que des fantasmes nés dans des cerveaux de techniciens urbains et récupérés par les poids lourds de l'économie mondiale de marché.
Après avoir depuis une dizaine d'années couvert les toits des pays du Nord de panneaux au silicium aux rendements très moyens, les industriels les plus futés comprirent qu'ils avaient à portée un gisement considérable : les terres agricoles en cours de désertification de l'Europe méridionale que leurs propriétaires, pris à la gorge par la Politique Agricole Commune, étaient tout disposés à céder ou louer à des tarifs sans équivalent dans les zones urbanisées. En France EDF tira aussitôt parti de la nouvelle vogue en multipliant les conditions d'achat alléchantes. Tandis que proliféraient les sociétés de sous-traitance. Beaucoup sont allemandes. BP, Shell et Total ont créé des filiales ce qui tempère sérieusement les accusations du GIECC selon lesquelles leurs adversaires seraient payés par les pétroliers.
En 20 ans la France a perdu 2,5 millions d'hectares de terres agricoles et gravement obéré sa vocation alimentaire. Avec l'explosion de l'immigration - plus d'un million de "néo-Français" chaque année - on voit mal ce processus s'interrompre au cours des prochaines décennies : 75 millions d'habitants ne sont-ils pas prévus pour 2040 ?
Chaque année, selon un rapport d'avril 2009 du ministère de l'Agriculture et de la Pêche quelque 120 000 hectares cultivés sont abandonnés : 66 000 ha pris sur les meilleures plaines vont à l'urbanisation. 15 000 ha à des non-ruraux. 8 000 ha au reboisement. 30 000 ha aux friches. Aujourd'hui chaque Français dispose de moins d'un 1/2 hectare de Surface Agricole Utile contre 0,83 en 1955.
Les commerciaux du photovoltaïque n'ont pas été longs à remarquer qu'environ 2,5 millions d'hectares, augmentés chaque année de 30 000, représentaient des terres incultes, landes non pacagées, exploitations abandonnées etc. Et qu'une dérogation exceptionnelle autorisait les bâtiments agricoles seuls à s'implanter en zone rurale non constructible. Depuis quelques mois, le Gers, premier département agricole de France et de ce fait le plus durement frappé, de surcroît sinistré depuis que le député fabiusien Philippe Martin s'y est taillé un fief associatif, prenait forme d'Eldorado pour les chasseurs de primes photovoltaïques. Si entre 2000 et 2007 on a enregistré en moyenne une trentaine de permis de construire par an, en 2009 le chiffre a bondi à 200. Surtout, la taille des projets a doublé, de 2 000 m2 en moyenne à 4 000 depuis le 1er janvier 2009. A l'échelle de la France, l'embellie sur le photovoltaïque subventionné a pris une telle ampleur, passant de 5 000 demandes par mois à 3 000 par jour que comme en Allemagne il a fallu mettre le holà.
Au risque de provoquer une soudaine augmentation de 10 à 11 %, de la facture électrique des Français, l'État a publié début janvier les nouveaux tarifs payés par EDF pour le solaire, alors qu'elle facture son électricité entre 0,05 et 0,08 cent € le Kw/h. Au lieu de 60,2 cent € le Kw/h, auxquels elle s'était engagée contractuellement sur vingt ans, le nouveau tarif passe à 58 cent € pour les habitations, écoles et services de santé, 50 cent € pour les installations agricoles, 42 cent € (au lieu de 45 cent €) lorsque les panneaux sont simplement fixés sur la toiture et 31,4 (au lieu de 32,8) pour les installations au sol. Encore, à partir de 2013, les prix baisseront-ils de 8 % par an. Coup dur pour des milliers d'agriculteurs que ce bol d'air inespéré avait incités à effectuer les premières démarches que les nouveaux tarifs ne justifient plus.
Ni le photovoltaïque ni l'éolien ne seraient rentables s'ils n'étaient ainsi subventionnés par EDF. Sauf pour les sociétés aux moyens semble-t-il illimités qui achètent tout ce qui se vend pour y installer des centrales voltaïques, camouflées, pour y attirer les primes, en élevages de moutons ou en ce qu'on appelle sans vergogne « le maraîchage bio intensif ». Il s'agit en effet de "parcelles" de 8 hectares sur lesquelles seraient dressées une quarantaine de serres-chapelles de 50 mètres sur 7 et 4 mètres de haut. On imagine la joie des voisins soudain confrontés à une superbe marée plastique s'étendant à perte de vue. Mais surtout chaque unité ainsi construite est une véritable entreprise en rase campagne avec noria de camions et nuisances inévitables dans des chantiers de cette taille. Les communes sont, elles, alléchées par les retombées en taxes et main-d'œuvre. Or, dans ces bourgades dépeuplées on serait bien en peine de trouver plusieurs dizaines d'ouvriers agricoles. Comme cela s'est passé en Espagne - et plus récemment en Italie - on sait bien que c'est d'Afrique que viendront ces gens, ce qui promet de graves tensions "sociales" dans les années à venir. Reproduire sous nos climats la catastrophe écologique d'El Ejido, près d'Almeria, avec ses 17000 hectares de serres serait aberrant.
Dans le sud de la France, chauffer les serres est une nécessité. D'où l'intérêt du photovoltaïque. Sauf que celui-ci n'est pas opérationnel plusieurs mois par an et exige des relais électriques. De surcroît la culture en serre dépend de la luminosité. Tous les projets en cours, pour des raisons économiques et pratiques, fixent les panneaux sur la pente des installations exposée au sud. Réduisant ainsi notablement la lumière. L'astuce reposerait dans l'utilisation d'un revêtement au sol fait de filets métalliques composés de fibres brillantes... issues d'alliages aéronautiques recyclés. Cette seule innovation qui fait la fierté des industriels concernés suffit à montrer le peu de crédit que cette opération aura en matière d'agriculture biologique. La présence de panneaux photovoltaïques qui, dans leur principe et dans leur mécanisme, n'ont rien d'écologique augure mal des pratiques proposées, alors que la nouvelle législation de l'UE ne cesse de dénaturer la culture biologique.
Dans de nombreux endroits du Gers, et en particulier dans le Val d'Arros, ces projets nourrissent de fortes controverses, y sont favorables, outre les bénéficiaires directs, les élus intercommunaux ou cantonaux, beaucoup moins concernés par les nuisances et souvent eux-mêmes citadins, très ouverts aux nouvelles technologies. Les opposants sont les « petites gens » qui ont bien compris ce que ces projets ont de pervers et à quel point l'écologie industrielle n'est qu'une immense mystification.
Les Verts en revanche observent un silence gêné... En attendant, à leur habitude, de récupérer la colère de ceux qu'on a trompés.
Petrus AGRICOLA. Rivarol du 23 avril 2010
Après avoir depuis une dizaine d'années couvert les toits des pays du Nord de panneaux au silicium aux rendements très moyens, les industriels les plus futés comprirent qu'ils avaient à portée un gisement considérable : les terres agricoles en cours de désertification de l'Europe méridionale que leurs propriétaires, pris à la gorge par la Politique Agricole Commune, étaient tout disposés à céder ou louer à des tarifs sans équivalent dans les zones urbanisées. En France EDF tira aussitôt parti de la nouvelle vogue en multipliant les conditions d'achat alléchantes. Tandis que proliféraient les sociétés de sous-traitance. Beaucoup sont allemandes. BP, Shell et Total ont créé des filiales ce qui tempère sérieusement les accusations du GIECC selon lesquelles leurs adversaires seraient payés par les pétroliers.
En 20 ans la France a perdu 2,5 millions d'hectares de terres agricoles et gravement obéré sa vocation alimentaire. Avec l'explosion de l'immigration - plus d'un million de "néo-Français" chaque année - on voit mal ce processus s'interrompre au cours des prochaines décennies : 75 millions d'habitants ne sont-ils pas prévus pour 2040 ?
Chaque année, selon un rapport d'avril 2009 du ministère de l'Agriculture et de la Pêche quelque 120 000 hectares cultivés sont abandonnés : 66 000 ha pris sur les meilleures plaines vont à l'urbanisation. 15 000 ha à des non-ruraux. 8 000 ha au reboisement. 30 000 ha aux friches. Aujourd'hui chaque Français dispose de moins d'un 1/2 hectare de Surface Agricole Utile contre 0,83 en 1955.
Les commerciaux du photovoltaïque n'ont pas été longs à remarquer qu'environ 2,5 millions d'hectares, augmentés chaque année de 30 000, représentaient des terres incultes, landes non pacagées, exploitations abandonnées etc. Et qu'une dérogation exceptionnelle autorisait les bâtiments agricoles seuls à s'implanter en zone rurale non constructible. Depuis quelques mois, le Gers, premier département agricole de France et de ce fait le plus durement frappé, de surcroît sinistré depuis que le député fabiusien Philippe Martin s'y est taillé un fief associatif, prenait forme d'Eldorado pour les chasseurs de primes photovoltaïques. Si entre 2000 et 2007 on a enregistré en moyenne une trentaine de permis de construire par an, en 2009 le chiffre a bondi à 200. Surtout, la taille des projets a doublé, de 2 000 m2 en moyenne à 4 000 depuis le 1er janvier 2009. A l'échelle de la France, l'embellie sur le photovoltaïque subventionné a pris une telle ampleur, passant de 5 000 demandes par mois à 3 000 par jour que comme en Allemagne il a fallu mettre le holà.
Au risque de provoquer une soudaine augmentation de 10 à 11 %, de la facture électrique des Français, l'État a publié début janvier les nouveaux tarifs payés par EDF pour le solaire, alors qu'elle facture son électricité entre 0,05 et 0,08 cent € le Kw/h. Au lieu de 60,2 cent € le Kw/h, auxquels elle s'était engagée contractuellement sur vingt ans, le nouveau tarif passe à 58 cent € pour les habitations, écoles et services de santé, 50 cent € pour les installations agricoles, 42 cent € (au lieu de 45 cent €) lorsque les panneaux sont simplement fixés sur la toiture et 31,4 (au lieu de 32,8) pour les installations au sol. Encore, à partir de 2013, les prix baisseront-ils de 8 % par an. Coup dur pour des milliers d'agriculteurs que ce bol d'air inespéré avait incités à effectuer les premières démarches que les nouveaux tarifs ne justifient plus.
Ni le photovoltaïque ni l'éolien ne seraient rentables s'ils n'étaient ainsi subventionnés par EDF. Sauf pour les sociétés aux moyens semble-t-il illimités qui achètent tout ce qui se vend pour y installer des centrales voltaïques, camouflées, pour y attirer les primes, en élevages de moutons ou en ce qu'on appelle sans vergogne « le maraîchage bio intensif ». Il s'agit en effet de "parcelles" de 8 hectares sur lesquelles seraient dressées une quarantaine de serres-chapelles de 50 mètres sur 7 et 4 mètres de haut. On imagine la joie des voisins soudain confrontés à une superbe marée plastique s'étendant à perte de vue. Mais surtout chaque unité ainsi construite est une véritable entreprise en rase campagne avec noria de camions et nuisances inévitables dans des chantiers de cette taille. Les communes sont, elles, alléchées par les retombées en taxes et main-d'œuvre. Or, dans ces bourgades dépeuplées on serait bien en peine de trouver plusieurs dizaines d'ouvriers agricoles. Comme cela s'est passé en Espagne - et plus récemment en Italie - on sait bien que c'est d'Afrique que viendront ces gens, ce qui promet de graves tensions "sociales" dans les années à venir. Reproduire sous nos climats la catastrophe écologique d'El Ejido, près d'Almeria, avec ses 17000 hectares de serres serait aberrant.
Dans le sud de la France, chauffer les serres est une nécessité. D'où l'intérêt du photovoltaïque. Sauf que celui-ci n'est pas opérationnel plusieurs mois par an et exige des relais électriques. De surcroît la culture en serre dépend de la luminosité. Tous les projets en cours, pour des raisons économiques et pratiques, fixent les panneaux sur la pente des installations exposée au sud. Réduisant ainsi notablement la lumière. L'astuce reposerait dans l'utilisation d'un revêtement au sol fait de filets métalliques composés de fibres brillantes... issues d'alliages aéronautiques recyclés. Cette seule innovation qui fait la fierté des industriels concernés suffit à montrer le peu de crédit que cette opération aura en matière d'agriculture biologique. La présence de panneaux photovoltaïques qui, dans leur principe et dans leur mécanisme, n'ont rien d'écologique augure mal des pratiques proposées, alors que la nouvelle législation de l'UE ne cesse de dénaturer la culture biologique.
Dans de nombreux endroits du Gers, et en particulier dans le Val d'Arros, ces projets nourrissent de fortes controverses, y sont favorables, outre les bénéficiaires directs, les élus intercommunaux ou cantonaux, beaucoup moins concernés par les nuisances et souvent eux-mêmes citadins, très ouverts aux nouvelles technologies. Les opposants sont les « petites gens » qui ont bien compris ce que ces projets ont de pervers et à quel point l'écologie industrielle n'est qu'une immense mystification.
Les Verts en revanche observent un silence gêné... En attendant, à leur habitude, de récupérer la colère de ceux qu'on a trompés.
Petrus AGRICOLA. Rivarol du 23 avril 2010