« Principe de précaution » ? C’est Prométhée qu’on enchaîne
Publié : 22/08/2008 - 23:18
Voulu par le président de la République, la constitutionnalisation du principe de précaution dans la charte de l’environnement a soulevé de vives polémiques - intellectuelles, scientifiques, économiques - qui ont trouvé un écho jusqu’au sein de l’UMP.
Pour faire aboutir son projet, malgré l’opposition des libéraux (Madelin/Novelli), des souverainistes (Myard), des hommes libres (Garrigue), Jacques Chirac a fait donner sa garde. Non pas sa garde de fer, mais sa garde de soie : deux femmes députés, issues des meilleures écoles, jeunes, belles, intelligentes, médiatiques : Nathalie Kosciusko-Morizet et Valérie Pécresse. L’intelligence au service de la « frilosité ». La jeunesse au profit d’une vision troisième âge de la société. Quel dommage !
Reconnaissons toutefois que le débat - celui qui a eu lieu à l’Assemblée nationale à l’intérieur même de l’UMP - a abordé les vraies questions.
Au-delà des risques bien réels de dérives judiciaires, au-delà d’une vision « Ligne Maginot » du progrès scientifique, un vrai « choix de civilisation » a été posé. Le terme avait été employé - à juste titre - par Jacques Chirac. Le rapporteur du texte, Nathalie Kosciusko-Morizet l’a explicité dans un entretien accordé au Monde daté du 26 mai 2004 en expliquant qu’ « à travers le principe de précaution, principe de sagesse et d’action, nous voulons découvrir une voie qui ne cherche pas à transformer le monde mais à l’épargner ».
Ainsi, c’est Prométhée qu’on enchaîne.
Ainsi, c’est une rupture avec la conception multimillénaire de la civilisation européenne faite d’audaces, de découvertes, d’innovations avec leur part de risque accepté et voulu.
Car le risque, c’est la vie !
Faire du « principe de précaution » un principe de civilisation, c’est une rupture avec « le génie de l’occident », selon l’expression de Louis Rougier ; « génie de l’occident » fondé sur l’idéal prométhéen alliance de volonté de dépassement et de recherche de progrès, d’esprit de révolte et d’esprit de curiosité, de soif de connaître et de sens critique ».
Le principe de précaution, c’est une idéologie du troisième âge pour société déclinante à la recherche illusoire d’une utopique stabilité et du risque zéro. Une étape de plus dans le déclin.
C’est pourtant dans leur mémoire la plus longue que les Français de civilisation européenne trouveront la force de renaître.
Dans le chant qu’Eschyle prête à Prométhée devant le chœur des Océanides : « Jadis les humains avaient des yeux pour ne pas voir, ils étaient sourds à la vie des choses ; et pareils aux fantasmes des songes, ils agitaient au hasard la longueur de leur existence dans le désordre du monde. Ils ne bâtissaient pas des maisons au soleil, ils ignoraient les briques, les poutres et les planches, et comme des fourmis, ils se terraient dans le sol, ils s’enfermaient dans l’obscurité des cavernes. Ils ne prévoyaient pas le retour des saisons, ne sachant pas lire dans le ciel les signes prémonitoires de l’hiver, du printemps fleuri, de l’été qui mûrit les fruits. Ils faisaient tout sans calcul, jusqu’au moment où j’inventai pour eux la science difficile du lever et du coucher des astres, puis celle des nombres, reine de toute connaissance, et, l’art d’assembler les lettres pour fixer la mémoire des choses, condition de toute industrie, mère des arts. Puis, pour soulager les travaux les plus rudes, je leur appris à lier au harnais les animaux sauvages – le bœuf plia la nuque. Le cheval, attelé au char, devint docile au frein… Et pour courir les mers, je leur donnais des esquifs aux voiles de toile…
Autre merveille. Contre la maladie, les hommes n’avaient aucun remède ; ils n’avaient qu’à mourir. Je mélangeais les philtres, je préparais les baumes : leur vie dépérissait, elle s’affermit et dura.
Enfin j’ouvris pour eux les trésors de la terre : il eurent l’or et l’argent, ils eurent le bronze, ils eurent le fer… ils eurent l’industrie et les arts.»
Là où le poète grec chantait le souffle de la vie, les partisans du principe de précaution ne trouveraient plus aujourd’hui qu’incendies, naufrages, guerres, épidémies, accidents ! Et condamneraient, eux aussi comme des Dieux jaloux, l’imprudent Prométhée à être enchaîné.
Guillaume Bénec’h
3/07/2004
POLEMIA
Pour faire aboutir son projet, malgré l’opposition des libéraux (Madelin/Novelli), des souverainistes (Myard), des hommes libres (Garrigue), Jacques Chirac a fait donner sa garde. Non pas sa garde de fer, mais sa garde de soie : deux femmes députés, issues des meilleures écoles, jeunes, belles, intelligentes, médiatiques : Nathalie Kosciusko-Morizet et Valérie Pécresse. L’intelligence au service de la « frilosité ». La jeunesse au profit d’une vision troisième âge de la société. Quel dommage !
Reconnaissons toutefois que le débat - celui qui a eu lieu à l’Assemblée nationale à l’intérieur même de l’UMP - a abordé les vraies questions.
Au-delà des risques bien réels de dérives judiciaires, au-delà d’une vision « Ligne Maginot » du progrès scientifique, un vrai « choix de civilisation » a été posé. Le terme avait été employé - à juste titre - par Jacques Chirac. Le rapporteur du texte, Nathalie Kosciusko-Morizet l’a explicité dans un entretien accordé au Monde daté du 26 mai 2004 en expliquant qu’ « à travers le principe de précaution, principe de sagesse et d’action, nous voulons découvrir une voie qui ne cherche pas à transformer le monde mais à l’épargner ».
Ainsi, c’est Prométhée qu’on enchaîne.
Ainsi, c’est une rupture avec la conception multimillénaire de la civilisation européenne faite d’audaces, de découvertes, d’innovations avec leur part de risque accepté et voulu.
Car le risque, c’est la vie !
Faire du « principe de précaution » un principe de civilisation, c’est une rupture avec « le génie de l’occident », selon l’expression de Louis Rougier ; « génie de l’occident » fondé sur l’idéal prométhéen alliance de volonté de dépassement et de recherche de progrès, d’esprit de révolte et d’esprit de curiosité, de soif de connaître et de sens critique ».
Le principe de précaution, c’est une idéologie du troisième âge pour société déclinante à la recherche illusoire d’une utopique stabilité et du risque zéro. Une étape de plus dans le déclin.
C’est pourtant dans leur mémoire la plus longue que les Français de civilisation européenne trouveront la force de renaître.
Dans le chant qu’Eschyle prête à Prométhée devant le chœur des Océanides : « Jadis les humains avaient des yeux pour ne pas voir, ils étaient sourds à la vie des choses ; et pareils aux fantasmes des songes, ils agitaient au hasard la longueur de leur existence dans le désordre du monde. Ils ne bâtissaient pas des maisons au soleil, ils ignoraient les briques, les poutres et les planches, et comme des fourmis, ils se terraient dans le sol, ils s’enfermaient dans l’obscurité des cavernes. Ils ne prévoyaient pas le retour des saisons, ne sachant pas lire dans le ciel les signes prémonitoires de l’hiver, du printemps fleuri, de l’été qui mûrit les fruits. Ils faisaient tout sans calcul, jusqu’au moment où j’inventai pour eux la science difficile du lever et du coucher des astres, puis celle des nombres, reine de toute connaissance, et, l’art d’assembler les lettres pour fixer la mémoire des choses, condition de toute industrie, mère des arts. Puis, pour soulager les travaux les plus rudes, je leur appris à lier au harnais les animaux sauvages – le bœuf plia la nuque. Le cheval, attelé au char, devint docile au frein… Et pour courir les mers, je leur donnais des esquifs aux voiles de toile…
Autre merveille. Contre la maladie, les hommes n’avaient aucun remède ; ils n’avaient qu’à mourir. Je mélangeais les philtres, je préparais les baumes : leur vie dépérissait, elle s’affermit et dura.
Enfin j’ouvris pour eux les trésors de la terre : il eurent l’or et l’argent, ils eurent le bronze, ils eurent le fer… ils eurent l’industrie et les arts.»
Là où le poète grec chantait le souffle de la vie, les partisans du principe de précaution ne trouveraient plus aujourd’hui qu’incendies, naufrages, guerres, épidémies, accidents ! Et condamneraient, eux aussi comme des Dieux jaloux, l’imprudent Prométhée à être enchaîné.
Guillaume Bénec’h
3/07/2004
POLEMIA
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