Les canulards du Grenelle de l'Environnement
Publié : 03/12/2007 - 15:26
+6% de " Bio ", -50% de Pesticides : Les canulards du Grenelle de l'Environnement
MÉPRISÉE depuis un demi-siècle, notre agriculture, réduite à une peau de chagrin que l'UE s'acharne à faire disparaître, peut-elle survivre au cataclysme qui point? Ce n'est pas leur Grenelle de l'Environnement qui pourrait le faire espérer. Un des rares agriculteurs y ayant participé s'inquiétait d'avoir rencontré si peu de gens de la terre mais tant d'imprécateurs écolos urbains, de polytechniciens, d'agronomes, d'énarques, de scientifiques. Ceux auxquels on doit en somme, idéologie progressiste et vision technoscientiste du monde aidant, une castration rurale sans doute irréversible.
HARO SUR LE BOUSEUX PÉTAINISTE !
Même l'argument alimentaire - redevenu primordial et que RIVAROL avait été l'un des premiers à avancer - ne suffira pas pour réhabiliter les trois cent mille agriculteurs, cibles préférées des néo-racistes. Une vieille manie dont le media aura peine à se défaire, lui qui, depuis les années 1950, confia à la télévision, dès qu'elle apparut, la mission de ridiculiser, d'insulter et de dévaluer le bouseux pétainiste. Grande croisade soutenue sans discontinuer par la clique intellectuelle qui, à l'image de Bernard-Henri Lévy, mâchouille une haine recuite des identités préservées au bout des chemins creux où l'on pense encore, parle et prie comme le faisaient les anciens.
Néanmoins le spectre qui monte est de ceux qui alimentent les grandes frayeurs millénaristes. Aussi nous promet-on qu'en dix ans la production bio va passer de 2 à 6 %. Et que vont en être approvisionnées toutes les cantines scolaires, pourvues aussi en fruits et légumes de saison et de proximité. Fariboles, mais qui ouvrent la voie aux charlatans. Comme ce Kervasdoué, économiste, diplômé d'agronomie, apparatchik des cabinets ministériels socialistes, qui parcourt studios et plateaux pour expliquer que le « bio c'est du pipeau» et que l'agriculture chimique, qui vient à bout des maladies ryptogamiques, c'est tellement plus sain (1).
PRODUIRE BIO ? AVEC QUI?
Comment pourtant parvenir à ce 6 % de bio ? Depuis plusieurs années, non seulement la production ne progresse pas mais elle recule dans un marché demandeur où l'importation esten forte croissance comme vient de s'en aviser Libération. La raison en est simple: dans une société de consommation qui privilégie la quantité sur la qualité, il ne peut tenir la compétition. Des milliers de jeunes agriculteurs naïfs s'y sont depuis quinze ans cassé les dents quand ils n'ont pas pu pratiquer la vente directe"AMAP" et autres -_en fidélisant des clientèles militantes. Les réussites autrichienne et sicilienne sont des cas exceptionnels, pour la seconde liée aux arrangements mafieux de l'ère Mansholt, dans les années 1960. En fait, seul le bio industriel et productiviste peut résister dans un système dominé par la chimie, la technologie et un marché ouvert à toutes les concurrences déloyales. Loin d'une agriculture naturelle, il s'agira alors de monoculture en grandes surfaces, mécanisée, irriguée, avec amendement en composts chimiques "biologisés". Encore les produits seront-ils plus chers qu'en culture chimique, les rendements étant moindres, les intrants à base d'essences de plantes plus onéreux. Pour pallier l'interdiction des désherbants, il faudra multiplier les façons culturales coûteuses. Animaux, œufs, lait requièrent plus de soins et de superficie, donc de frais. Imposer une croissance de 6 % du bio à coup d'aides et de financement c'est obligatoirement introduire les malins et les truqueurs dans la bergerie. Le "bio" est d'abord un état d'esprit. Quand on commence à planter des centaines d'hectares de courgettes ou d'aubergines "labellisées" au Maroc, afin de casser les prix sur le marché européen et d'y mettre le bio au prix du chimique, la corruption n'est jamais très loin.
Enfin, qui va effectuer ce retour forcé vers des pratiques naturelles quand la plupart ont été dressés, comme Kervasdoué, à en ricaner ? Depuis trois générations, dans les collèges agricoles, les instituts agronomiques ou les usines à gaz technologiques de type INRA, on a formé des mécaniciens, des techniciens, des généticiens, des chimistes et éradiqué tout ce qui s'apparentait à un paysan. Lequel lisait dans le ciel et les nuages, écoutait les plantes, parlait aux bœufs et savait comment ne pas brutaliser le sol et le paysage. On ne fabrique pas un paysan en six années d'études mais par une minutieuse initiation qui prend des générations. Celles-là. précisément qui ont été cassées. Sur une montagne d'ignorance, de perversité et d'idées fausses, il faut tout reprendre à zéro. Par l'expérience personnelle de chaque impétrant et contre les vérités fabriquées des hiérarchies dominantes. Il y faudra des décennies.
Aussi peut-on s'effarer d'entendre répéter par Yannick Jadot, le perroquet instructeur de l'Alliance pour la Planète, petit chef local de GreenPeace, que selon l'OMS l'agriculture bio pourrait nourrir toute la planète. Comment peut-on laisser proférer de telles âneries? L'agriculture biologique a fait depuis trente ans de considérables "progrès". Dans les techniques, les façons culturales, les matériels. Grâce aux méthodes de conservation ou d'élevage. Dans la découverte de molécules naturelles nouvelles qui permettent aux essences de plantes de remarquables avancées déjà bien amorcées par un usage étendu du chlorure de magnésium. Mais s'il est une chose que le bio ne devra jamais faire au risque de s'autodétruire c'est d'aller vers ce qui a perdu l'agriculture chimique: le gigantisme, l'hybridation, la mécanisation, le productivisme.
LES LIMITES DE L'AGRICULTURE
En somme l'agriculture biologique ne le restera que pour autant qu'elle ne prétendra pas nourrir la planète. Elle ne produira jamais que ce que peut lui donner la Terre quand la démographie mondiale, artificiellement dilatée, ne peut plus être sauvée que par une alimentation forcée.
On est là dans un paradoxe fondamental.
La surpopulation mondiale a pour cause principale l'essor exponentiel de l'agriculture productiviste chimique. Les Kervasdoué l'assurent non toxique. Mais elle a tué depuis trente ans tant de milliers de nos quinquagénaires ruraux que leurs survivants ont quelque raison de penser autrement. Aussi les farceurs du Grenelle de l'Environnement, s'appuyant sur cette autre farce qu'est la Réglementation Reach, ont fait le projet de supprimer « si possible» 50 % des molécules chimiques les plus dangereuses. Au 31 décembre 2003, déjà 450 pesticides parmi les plus utilisés avaient été retirés sur injonction de l'UE.
En vérité, l'agriculture industrielle ou productiviste, en tout cas mécanisée et de plus en plus biogénétique et bionanotechnologique, ne pourra jamais se passer de , produits chimiques dits phytosanitaires.
Soit désherbants - pour faciliter le travail mécanique. Soit pesticides - pour accroître la productivité. Les uns et les autres étant clients privilégiés de la recherche. L'agriculture scientifique et l'agro-industrie comme l' agro-alimentaire sont, après le tourisme de masse et la conquête aéro-spatiale, le fer de lance de l'économie mondiale. Les remettre en cause menacerait cette économie et l'idéologie planétaire qui la commande. Ici se brise la belle affabulation qu'est la croisade de purification environnementale.
Certes, il est grotesque d'imaginer nourrir 9 milliards d'individus selon les protocoles, rigoureux, mais nécessaires à la préservation du biotope, qu'impose l'agriculture biologique. Toutefois, l'agriculture intensive, qui a besoin comme d'une sève vitale de chimie, d'eau et de carburant, est arrivée aujourd'hui au bout de ses capacités_solaire et hydrogène ou pas. Elle ne pourra à l'avenir que produire de moins en moins dans un marché de plus en plus glouton. N'en déplaise à ceux qui vocifèrent contre les «Prophètes de l'Apocalypse» (1).
Petrus AGRICOLA. RIVAROL 23 novembre 2007
(1) Jean de Kervasdoué : Les Prophètes de l'Apocalypse: pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires. Lattès éditeur.
MÉPRISÉE depuis un demi-siècle, notre agriculture, réduite à une peau de chagrin que l'UE s'acharne à faire disparaître, peut-elle survivre au cataclysme qui point? Ce n'est pas leur Grenelle de l'Environnement qui pourrait le faire espérer. Un des rares agriculteurs y ayant participé s'inquiétait d'avoir rencontré si peu de gens de la terre mais tant d'imprécateurs écolos urbains, de polytechniciens, d'agronomes, d'énarques, de scientifiques. Ceux auxquels on doit en somme, idéologie progressiste et vision technoscientiste du monde aidant, une castration rurale sans doute irréversible.
HARO SUR LE BOUSEUX PÉTAINISTE !
Même l'argument alimentaire - redevenu primordial et que RIVAROL avait été l'un des premiers à avancer - ne suffira pas pour réhabiliter les trois cent mille agriculteurs, cibles préférées des néo-racistes. Une vieille manie dont le media aura peine à se défaire, lui qui, depuis les années 1950, confia à la télévision, dès qu'elle apparut, la mission de ridiculiser, d'insulter et de dévaluer le bouseux pétainiste. Grande croisade soutenue sans discontinuer par la clique intellectuelle qui, à l'image de Bernard-Henri Lévy, mâchouille une haine recuite des identités préservées au bout des chemins creux où l'on pense encore, parle et prie comme le faisaient les anciens.
Néanmoins le spectre qui monte est de ceux qui alimentent les grandes frayeurs millénaristes. Aussi nous promet-on qu'en dix ans la production bio va passer de 2 à 6 %. Et que vont en être approvisionnées toutes les cantines scolaires, pourvues aussi en fruits et légumes de saison et de proximité. Fariboles, mais qui ouvrent la voie aux charlatans. Comme ce Kervasdoué, économiste, diplômé d'agronomie, apparatchik des cabinets ministériels socialistes, qui parcourt studios et plateaux pour expliquer que le « bio c'est du pipeau» et que l'agriculture chimique, qui vient à bout des maladies ryptogamiques, c'est tellement plus sain (1).
PRODUIRE BIO ? AVEC QUI?
Comment pourtant parvenir à ce 6 % de bio ? Depuis plusieurs années, non seulement la production ne progresse pas mais elle recule dans un marché demandeur où l'importation esten forte croissance comme vient de s'en aviser Libération. La raison en est simple: dans une société de consommation qui privilégie la quantité sur la qualité, il ne peut tenir la compétition. Des milliers de jeunes agriculteurs naïfs s'y sont depuis quinze ans cassé les dents quand ils n'ont pas pu pratiquer la vente directe"AMAP" et autres -_en fidélisant des clientèles militantes. Les réussites autrichienne et sicilienne sont des cas exceptionnels, pour la seconde liée aux arrangements mafieux de l'ère Mansholt, dans les années 1960. En fait, seul le bio industriel et productiviste peut résister dans un système dominé par la chimie, la technologie et un marché ouvert à toutes les concurrences déloyales. Loin d'une agriculture naturelle, il s'agira alors de monoculture en grandes surfaces, mécanisée, irriguée, avec amendement en composts chimiques "biologisés". Encore les produits seront-ils plus chers qu'en culture chimique, les rendements étant moindres, les intrants à base d'essences de plantes plus onéreux. Pour pallier l'interdiction des désherbants, il faudra multiplier les façons culturales coûteuses. Animaux, œufs, lait requièrent plus de soins et de superficie, donc de frais. Imposer une croissance de 6 % du bio à coup d'aides et de financement c'est obligatoirement introduire les malins et les truqueurs dans la bergerie. Le "bio" est d'abord un état d'esprit. Quand on commence à planter des centaines d'hectares de courgettes ou d'aubergines "labellisées" au Maroc, afin de casser les prix sur le marché européen et d'y mettre le bio au prix du chimique, la corruption n'est jamais très loin.
Enfin, qui va effectuer ce retour forcé vers des pratiques naturelles quand la plupart ont été dressés, comme Kervasdoué, à en ricaner ? Depuis trois générations, dans les collèges agricoles, les instituts agronomiques ou les usines à gaz technologiques de type INRA, on a formé des mécaniciens, des techniciens, des généticiens, des chimistes et éradiqué tout ce qui s'apparentait à un paysan. Lequel lisait dans le ciel et les nuages, écoutait les plantes, parlait aux bœufs et savait comment ne pas brutaliser le sol et le paysage. On ne fabrique pas un paysan en six années d'études mais par une minutieuse initiation qui prend des générations. Celles-là. précisément qui ont été cassées. Sur une montagne d'ignorance, de perversité et d'idées fausses, il faut tout reprendre à zéro. Par l'expérience personnelle de chaque impétrant et contre les vérités fabriquées des hiérarchies dominantes. Il y faudra des décennies.
Aussi peut-on s'effarer d'entendre répéter par Yannick Jadot, le perroquet instructeur de l'Alliance pour la Planète, petit chef local de GreenPeace, que selon l'OMS l'agriculture bio pourrait nourrir toute la planète. Comment peut-on laisser proférer de telles âneries? L'agriculture biologique a fait depuis trente ans de considérables "progrès". Dans les techniques, les façons culturales, les matériels. Grâce aux méthodes de conservation ou d'élevage. Dans la découverte de molécules naturelles nouvelles qui permettent aux essences de plantes de remarquables avancées déjà bien amorcées par un usage étendu du chlorure de magnésium. Mais s'il est une chose que le bio ne devra jamais faire au risque de s'autodétruire c'est d'aller vers ce qui a perdu l'agriculture chimique: le gigantisme, l'hybridation, la mécanisation, le productivisme.
LES LIMITES DE L'AGRICULTURE
En somme l'agriculture biologique ne le restera que pour autant qu'elle ne prétendra pas nourrir la planète. Elle ne produira jamais que ce que peut lui donner la Terre quand la démographie mondiale, artificiellement dilatée, ne peut plus être sauvée que par une alimentation forcée.
On est là dans un paradoxe fondamental.
La surpopulation mondiale a pour cause principale l'essor exponentiel de l'agriculture productiviste chimique. Les Kervasdoué l'assurent non toxique. Mais elle a tué depuis trente ans tant de milliers de nos quinquagénaires ruraux que leurs survivants ont quelque raison de penser autrement. Aussi les farceurs du Grenelle de l'Environnement, s'appuyant sur cette autre farce qu'est la Réglementation Reach, ont fait le projet de supprimer « si possible» 50 % des molécules chimiques les plus dangereuses. Au 31 décembre 2003, déjà 450 pesticides parmi les plus utilisés avaient été retirés sur injonction de l'UE.
En vérité, l'agriculture industrielle ou productiviste, en tout cas mécanisée et de plus en plus biogénétique et bionanotechnologique, ne pourra jamais se passer de , produits chimiques dits phytosanitaires.
Soit désherbants - pour faciliter le travail mécanique. Soit pesticides - pour accroître la productivité. Les uns et les autres étant clients privilégiés de la recherche. L'agriculture scientifique et l'agro-industrie comme l' agro-alimentaire sont, après le tourisme de masse et la conquête aéro-spatiale, le fer de lance de l'économie mondiale. Les remettre en cause menacerait cette économie et l'idéologie planétaire qui la commande. Ici se brise la belle affabulation qu'est la croisade de purification environnementale.
Certes, il est grotesque d'imaginer nourrir 9 milliards d'individus selon les protocoles, rigoureux, mais nécessaires à la préservation du biotope, qu'impose l'agriculture biologique. Toutefois, l'agriculture intensive, qui a besoin comme d'une sève vitale de chimie, d'eau et de carburant, est arrivée aujourd'hui au bout de ses capacités_solaire et hydrogène ou pas. Elle ne pourra à l'avenir que produire de moins en moins dans un marché de plus en plus glouton. N'en déplaise à ceux qui vocifèrent contre les «Prophètes de l'Apocalypse» (1).
Petrus AGRICOLA. RIVAROL 23 novembre 2007
(1) Jean de Kervasdoué : Les Prophètes de l'Apocalypse: pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires. Lattès éditeur.