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Jean Brière "Ma vision de l'écologie"

Publié : 22/09/2007 - 16:01
par Pat
jean Brière a milité pendant quinze ans au PCF, parti dont il a été exclu à l'occasion des accords d'Evian. Il a repris une activité politique à l'occasion de la candidature à la présidentielle, de René Dumont en 1972. Il participe à la fondation du Mouvement d'écologie politique, devenu Les Verts quelque temps plus tard.
Jusqu'à son exclusion pour s'être opposé à la guerre du Golfe, Jean Brière était porte-parole national de l'organisation dont Dominique Voynet est aujourd'hui la figure de proue. Nous l'avons rencontré. Pour les lecteurs de "Français d'abord", il donne sa vision de l'écologie. Bien que ses positions politiques soient antinomiques avec celles du FN, il nous répond "sans état d'âme, car les écologistes qui ont fondé Les Verts, dont je faisais partie ont toujours affirmé la nécessité d'une pratique non violente. Le Front National étant une organisation légale, je ne vois pas pourquoi je me priverais de faire connaître mon point de vue à vos lecteurs."


Comment jugez-vous la présence de Dominique Voynet dans le gouvernement de Lionel Jospin?
J.B. : La nature a horreur du vide. Après l'inénarrable Brice Lalonde, nous avons aujourd'hui Dominique Voynet au gouvernement. Il faut dire que sur le plan politique et personnel, il n'y a que peu de rapport entre les deux situations.
La politique est l'art du possible. Avec tout au plus 5 % d'électeurs écologistes stables, l'écologie ne peut espérer infléchir d'une manière significative la politique du pays. L'alternative est donc entre un compromis politique pour essayer de faire passer un minimum des options écologistes, et une radicalité pure et dure qui réduit les écologistes à prêcher dans le désert. Ces deux tendances coexistent au sein de la mouvance.
Pour ma part, je crois que les critiques doivent aller au-delà de l'expression d'une déception, eu égard au peu de résultats engrangés.
Ce qui, en fait, est en cause, c'est l'évolution même des Verts. Le prix de la participation au pouvoir a été en fait le renoncement à l'identité de l'écologie.
Les Verts ont décrété que l'écologie était de gauche. A vrai dire, de l'économie dite sociale prônée par certains, à l'écologie de gauche il n'y a qu'un pas. Loin de moi l'idée de nier l'importance de l'économie et de la nécessité pour les écologistes de défendre la plus grande équité sociale possible, mais historiquement, l'écologie, dans sa diversité, n'a rien à voir avec le devenir du mouvement ouvrier et de l'idéologie de la lutte des classes.
L'écologie s'est constituée pour une part sur le refus de la dictature de l'économie, et c'est par incapacité à se défaire de la vulgate marxiste qu'une partie des dirigeants ont repris les slogans de la propagande d'extrême gauche en matière de revendications sociales.
Il faut rappeler que j'ai personnellement toujours critiqué au sein des Verts ce que l'on peut appeler le partage autoritaire du chômage, tel que le préconisait notamment Y. Cochet: imposer par une loi cadre le partage du travail avec abaissement proportionnel des salaires pour résoudre le chômage. Idée simpliste qui ne tient aucun compte ni de laTéalité économique actuelle, dérégulation générale du marché liée à la mondialisation, ni de la réalité sociale. C'est une illusion de croire que l'on peut diriger l'économie par décrets sans consensus des acteurs sociaux. Or c'est cette approche totalement idéaliste de l'économie qui est la clé de voûte de l'union sacrée de la gauche plurielle, le seul point commun entre les Verts, le PCF et l'extrême gauche, en dehors d'une convergence apparente sur certains problèmes de société.

Quel regard portez-vous sur l'alliance Verts-PC au sein de la majorité plurielle?
J.B. : Il faut l'affirmer sans ambiguïté, l'écologie n'a rien à voir avec la démagogie du PCF. Il nous est interdit de laisser entendre que l'on puisse consommer sans produire. A l'heure de la mondialisation de l'économie, le "partage" doit être envisagé également avec les plus pauvres du globe. Lutter contre les effets néfastes de cette mondialisation, c'est faire comprendre à la population qu'elle doit concrètement envisager de payer 3 ou 4 fois plus cher son kilo de bananes ou de café.
De plus, les Verts sont incapables de dire le coût réel d'une internalisation des coûts écologiques. Respecter les contraintes écologiques sur le plan économique, c'est par exemple tout recycler, ce qui revient à diminuer la productivité actuelle du travail. En pratique, dans une économie écologiste, même après résorption du chômage, on risque de devoir travailler plus et gagner moins. Ceci en dehors de toute considération sur l'inégalité de partage des richesses produites.
Reste des critiques graves; il est indiscutable que l'alliance, commandée par la mathématique électorale, avec un PCF productiviste et pronucléaire pose un problème éthique fondamental. Comment les Verts peuvent-ils s'abstenir d'un jugement de valeur sur le PCF ?
En tant qu'ancien membre du PCF, je ne crains pas d'affirmer que le communisme a été la plus criminelle escroquerie idéologique de tous les temps, ainsi que le régime totalitaire le plus sanglant et le plus terroriste de l'histoire de l'humanité avec son jumeau national-socialiste. Ce qu'il est convenu d'appeler la gauche et les Verts refusent d'analyser avec objectivité le monstre communiste. La situation est particulièrement schizophrénique en France, où pour des raisons historiques, héritage antifasciste datant de la guerre d'Espagne et de la résistance, le PCF continue de bénéficier de la part de nos moralistes de gauche d'une indulgence proprement scandaleuse. De tous les partis communistes, le PCF a été le plus servilement inconditionnel de Moscou et le thuriféraire le plus imbécile des crimes du camp socialiste. Ceux qui se réclament de la morale en politique doivent lui demander des comptes.
Au total, le ralliement des Verts à la gauche, outre l'aspect opportuniste de la démarche, est en contradiction avec la nouvelle problématique politique née de l'irruption de la crise écologiste globale que nous vivons.
Par ailleurs, il est totalement absurde de faire assumer au mouvement écologiste le passif historique de la gauche.
Pourquoi un écologiste aurait-il à répondre des errements colonialistes de la social-démocratie française ("l'Algérie c'est la France, la négociation c'est la guerre", F. Mitterrand) et des crimes du communisme?

Les Verts sont-ils devenus des alibis ...
J.B. : Toutes les tendances politiques traditionnelles, dans la mesure ou la crise écologique est une réalité incontournable sont amenées à essayer de récupérer l'écologie. Au-delà des péripéties de l'écologie politique, je crois que l'écologie n'est pas récupérable. A terme, les contradictions actuelles de la majorité plurielle deviendront patentes. Il est difficile aux Verts par leur histoire et le contenu de leur programme de suivre la trajectoire d'un PSU, ou de devenir un simple vivier de personnalités dans lequel puise le PS. Les Verts ne sont pas la LCR, l'écologie n'est pas soluble dans le socialisme.

Pour vous, quelles sont les limites de l'écologie politique?
J.B. : L'écologie, comme la démocratie ne vaut que par les hommes qui la portent. Mais la crise écologique est actuellement le problème fondamental auquel se trouve affrontée l'humanité, et toutes les familles politiques devront essayer de trouver une réponse à cette crise. C'est-à-dire qu'il est absurde de fixer des limites à l'écologie politique, qui sera inévitablement diverse.

Les scandales liés à l'environnement et à l'alimentation se multiplient. Pour vous, qui est responsable : les dirigeants politiques, les dirigeants économiques ou les deux?
.J.B. : Il existe une vraie criminalité économique totalement ignorée par la loi. Au-delà de la responsabilité conjointe et indissociable des responsables économiques et politiques, il faut dénoncer le lobby technoscientifique, sans lequel rien ne serait possible. En France, notre prix Nobel Charpak est un vrai VRP du nucléaire, et comment oublier l'appel d'Heidelberg?

Comment expliquer le retour de Cohn-Bendit?
J.B. : Comme pour le général De Gaulle, l'heure était propice. Les européennes offraient une opportunité d'un "come back" depuis longtemps espéré, Cohn-Bendit a su saisir l'occasion et convaincre les Verts.

Sans la présence de "Dany le rouge", tête de liste aux européennes, pensez-vous que les Verts auraient pu faire le score qu'ils ont obtenu ?

J.B. : Bien qu'aux précédentes européennes les Verts conduits par A. Waechter aient atteint les 10 %,je crois que la réponse est non. Pour expliquer ce score, il faut dire d'abord que "Dany le rouge" n'a rien d'un rouge. En 68, il n'a jamais participé au délire marxo-trotsko-lénino-stalino-maoïste. Il a été la bête noire du PCF qui à cette époque le dénonçait comme juif allemand ... Pour les élections européennes, il a bénéficié du réseau d'ex-soixante-huitards, réseau de copains branchés intéressés par les problèmes de société, séduits par la prestation plutôt ludique de Cohn-Bendit malgré les contraintes de l'alliance plurielle, et qui sont actuellement bien implantés dans l'establishment. Je crois que c'est "Le Point" qui a traité Cohn-Bendit de candidat des médias. Européen bon teint, plutôt libertaire, n'ayant aucune illusion économique, autrement dit plutôt blairiste, il a séduit au-delà des écologistes.
Propos recueillis par François Delancourt, Français d'abord! - 2'quinzaine juin 2000 -

Publié : 22/09/2007 - 22:31
par Saucisson
Entendra-t-on sa voix lors du 'Grenelle de l'Environnement' ?

Son point de vue sera à écouter par tout le monde (surtout les gauchistes, ici, il y a longtemps que l'on sait que l'écologie est une valeur conservatrice, à l'inverse du progrès à tout-va).