QUI A PEUR DES OGM?
Publié : 12/08/2007 - 12:37
Sous la pression de Bruxelles, qui souhaite vivement une levée de moratoire pour l'automne __lorsque les textes européens sur l'étiquetage et la traçabilité des OGM seront adoptés - le gouvernement français est en train de peaufiner sa stratégie, et notre ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard a récemment déclaré que toute nouvelle autorisation de mise sur le marché d'OGM ne pourra être délivrée " qu'après que soit mise en place une traçabilité effective des produits issus d'OGM, condition préalable à un étiquetage complet et clair". En réalité, le débat sur les OGM peut se résumer en deux types de questions : Quel en est l'intérêt? Est-ce dangereux ? Questions qui amènent la communauté scientifique à se prononcer sur lé rapport bénéfice/risque. Qu'en est-il exactement en ce qui concerne les problèmes français?
• Qu'est-ce qu'un OGM?
Un OGM (organisme génétiquement modifié) est un organisme vivant dont le matériel génétique a été modifié de manière non naturelle, soit par addition d'un gène étranger, soit par modification de l'expression d'un de ses propres gènes (transgenèse).
• Les OGM sont-ils de création récente ?
En fait, les premiers OGM ont été fabriqués en laboratoire dès les années 70. Il s'agissait de micro-organismes (bactéries, levures), puis d'animaux (1980) et enfin de plantes (1983).
• Les OGM ne concernent-ils que différentes variétés de plantes transgéniques destinées à l'alimentation humaine ou animale ?
En réalité, les OGM ont un domaine d'application bien plus vaste, notamment en microbiologie, où ils peuvent être utilisés dans certains processus industriels ou dans la production de substances pharmacologiques. Les premiers médicaments obtenus par transgenèse datent des années 80 (insuline et hormone de croissance, notamment).
• Quelles sont les transformations génétiques autorisées en France?
Seulement cinq opérations de transformation sont autorisées dans notre pays . Elles concernent des variétés bien spécifiques de tabac, de colza, de chicorée et de maïs (ainsi que des œillets, dont la coloration peut être modifiée ou la durée de vie plus longue). Dans le domaine des produits d'importation, seules deux plantes transgéniques sont autorisées (spécimens bien définis de soja et de maïs) en vue de leur transformation industrielle.
• Quels sont les produits transformés autorisés?
Pour ce qui concerne les produits transformés issus des OGM, onze ont reçu une autorisation de mise sur le marché entre 1997 et 1999 : ce sont des huiles de colza et des ingrédients obtenus à partir du maïs (farine, semoule, amidon, gluten, glucose, huile).
• Quelles sont les conclusions des Académies françaises quant aux OGM?
En novembre et décembre 2002, les Académies nationales de médecine, de pharmacie et des sciences, après avoir procédé à une analyse conjointe des risques sanitaires pouvant être induits par l'utilisation d'OGM en alimentation (et aussi en thérapeutique), ont rendu un rapport plutôt favorable à leur utilisation dans le domaine nutritionnel.
• Quelle est la législation communautaire en matière d'OGM?
Depuis 1990, plusieurs textes sont intervenus en droit communautaire pour encadrer, et ce même avant leur développement réel (cas du soja et du maïs), les pratiques des États membres concernant les OGM. En particulier un règlement européen, entré en vigueur le 15 mai 1997, prévoit des règles spécifiques d'étiquetage des aliments contenant des OGM, ou qui ne sont plus les équivalents d'un aliment traditionnel, ou encore qui peuvent avoir un effet sur la santé dans certaines catégories de populations, ou même qui pourraient susciter des réserves d'ordre éthique.
• Existe-t-il des recommandations spécifiquement françaises?
En France, la loi du 1er juillet 1998 relative à la sécurité de l'alimentation humaine a créé l'AFSSA (placée sous la triple tutelle des ministères de la Santé, de l'Agriculture et de la Consommation). L'AFSSA a recommandé, avant la mise sur le marché d'un nouvel aliment issu ou composé d'OGM, de dossier de l'aliment (destiné à la consommation humaine ou animale) est une « véritable carte d'identité » où figurent toutes les informations relatives à la nature de la modification génétique, à son pouvoir toxicologique potentiel et à son potentiel allergisant.
• Qu'en est-il de la bonne application de la règlementation?
L'obligation d'étiquetage s'applique aux produits fabriqués ou importés depuis le 2 septembre 1998. La bonne application de la règlementation suppose l'utilisation de deux outils : la traçabilité depuis les matières premières au produit fini; les analyses d'ADN qui permettent d'identifier et de quantifier la présence d'OGM dans les matières premières, les ingrédients et les produits finis.
***
Les Français sont grandement hostiles aux OGM dans l'alimentation, : deux sondages réalisés sur le site "OGM et consommateurs" (en 2000 auprès de 2 014 visiteurs, et en 2001 auprès de 2197 visiteurs), montrent que seulement 16 % des personnes interrogées sont favorables aux OGM alimentaires alors que 72 % y sont défavorables (73 % n'ont pas changé d'opinion en un an). L'information des médias grand public sur les OGM semble "plutôt anti-OGM" à 44 % et "plutôt objective" à 17 %. 71 % des interrogés sont plutôt défavorables à la transgenèse dans le domaine de l'agro-alimentaire végétal, et 81 % dans celui de l'agro-alimentaire animal; par contre, les partisans des OGM dans le domaine médical sont plus nombreux que leurs adversaires (47 % contre 36 %).
En France, la technologie OGM est perçue comme potentiellement dangereuse pour la santé alimentaire et pour l'environnement. Nous voyons là le résultat d'une information insuffisante et d'un manque de recul.
Il faut dire que tout cela a été aggravé par un contexte alimentaire très lourd, après diverses crises récentes allant de la vache folle à la listéria (en passant par la salmonelle, la dioxine et d'autres produits dangereux ou contaminants ).
Le public boude d'autant plus les aliments OGM que ceux actuellement disponibles ne sont ni meilleurs ni moins chers ou plus pratiques que les aliments traditionnels. Il sera donc très difficile de convaincre les consommateurs de prendre des risques en les utilisant, et même quand ces risques seront maîtrisés.
Lucette
Les recommandations des deux Académies
.Les Académies de médecine et de pharmacie, après une analyse approfondie des risques sanitaires pouvant résulter de l'utilisation d'OGM en alimentation et en thérapeutique humaine, ont émis les principaux avis suivants:
• Il n'existe aucun risque particulier lié au mode d'obtention des OGM.
• Les risques éventuels des OGM pour la santé sont contrôlables : les risques toxiques et allergiques potentiels peuvent être détectés avant la mise sur le marché du produit, grâce à des protocoles d'analyse nets, clairs et précis (imposés de toutes façons par la règlementation).
• Les avantages escomptés l'emportent sur les risques: les OGM ouvrent en effet pour l'alimentation des perspectives très intéressantes qui vont vers une amélioration de la qualité des aliments.
L'académie des sciences en particulier souligne que « les contraintes règlementaires qui limitent actuellement la recherche sur les OGM et leurs utilisations mériteraient d'être reconsidérées, car elles mettent la France et l'Union européenne dans une position d'infériorité par rapport à d'autres pays industrialises, et elles risqueraient d'avoir des effets dommageables sur la recherche biologique et agronomique ».
Les OGM officiellement acceptés en France
Ce qui est à ce jour accepté en France (et qui l'est aussi en Europe) :
• La production de tabac tolérant à un herbicide (ITB1000-OX).
• La production de colza mâle stérile, et tolérant à l'herbicide Basta (production des semences hybrides).
• La production de chicorée mâle stérile (aussi pour la production de semences hybrides).
• L'importation de soja tolérant à l'herbicide glyphosate ; ce soja peut être stocké et transformé pour des applications en nourriture animale, mais aussi humaine (lécithine et protéines, qui peuvent se retrouver dans des produits que nous consommons).
• La production et la consommation de maïs résistant aux insectes. Il s'agit des maïs BT-176 (résistant à la pyrale), MON-81O (aussi résistant à la pyrale), T-25 (résistant à un herbicide), et BT-11 (aussi résistant à un herbicide), autorisés seulement à l'importation. Les grains de ces maïs peuvent être utilisés comme nourriture pour les animaux, mais aussi subir des transformations industrielles dont les produits dérivés (fructose, amidon ... ) se retrouvent dans différents aliments.
National Hebdo du 27 mars au 2 avril 2003
• Qu'est-ce qu'un OGM?
Un OGM (organisme génétiquement modifié) est un organisme vivant dont le matériel génétique a été modifié de manière non naturelle, soit par addition d'un gène étranger, soit par modification de l'expression d'un de ses propres gènes (transgenèse).
• Les OGM sont-ils de création récente ?
En fait, les premiers OGM ont été fabriqués en laboratoire dès les années 70. Il s'agissait de micro-organismes (bactéries, levures), puis d'animaux (1980) et enfin de plantes (1983).
• Les OGM ne concernent-ils que différentes variétés de plantes transgéniques destinées à l'alimentation humaine ou animale ?
En réalité, les OGM ont un domaine d'application bien plus vaste, notamment en microbiologie, où ils peuvent être utilisés dans certains processus industriels ou dans la production de substances pharmacologiques. Les premiers médicaments obtenus par transgenèse datent des années 80 (insuline et hormone de croissance, notamment).
• Quelles sont les transformations génétiques autorisées en France?
Seulement cinq opérations de transformation sont autorisées dans notre pays . Elles concernent des variétés bien spécifiques de tabac, de colza, de chicorée et de maïs (ainsi que des œillets, dont la coloration peut être modifiée ou la durée de vie plus longue). Dans le domaine des produits d'importation, seules deux plantes transgéniques sont autorisées (spécimens bien définis de soja et de maïs) en vue de leur transformation industrielle.
• Quels sont les produits transformés autorisés?
Pour ce qui concerne les produits transformés issus des OGM, onze ont reçu une autorisation de mise sur le marché entre 1997 et 1999 : ce sont des huiles de colza et des ingrédients obtenus à partir du maïs (farine, semoule, amidon, gluten, glucose, huile).
• Quelles sont les conclusions des Académies françaises quant aux OGM?
En novembre et décembre 2002, les Académies nationales de médecine, de pharmacie et des sciences, après avoir procédé à une analyse conjointe des risques sanitaires pouvant être induits par l'utilisation d'OGM en alimentation (et aussi en thérapeutique), ont rendu un rapport plutôt favorable à leur utilisation dans le domaine nutritionnel.
• Quelle est la législation communautaire en matière d'OGM?
Depuis 1990, plusieurs textes sont intervenus en droit communautaire pour encadrer, et ce même avant leur développement réel (cas du soja et du maïs), les pratiques des États membres concernant les OGM. En particulier un règlement européen, entré en vigueur le 15 mai 1997, prévoit des règles spécifiques d'étiquetage des aliments contenant des OGM, ou qui ne sont plus les équivalents d'un aliment traditionnel, ou encore qui peuvent avoir un effet sur la santé dans certaines catégories de populations, ou même qui pourraient susciter des réserves d'ordre éthique.
• Existe-t-il des recommandations spécifiquement françaises?
En France, la loi du 1er juillet 1998 relative à la sécurité de l'alimentation humaine a créé l'AFSSA (placée sous la triple tutelle des ministères de la Santé, de l'Agriculture et de la Consommation). L'AFSSA a recommandé, avant la mise sur le marché d'un nouvel aliment issu ou composé d'OGM, de dossier de l'aliment (destiné à la consommation humaine ou animale) est une « véritable carte d'identité » où figurent toutes les informations relatives à la nature de la modification génétique, à son pouvoir toxicologique potentiel et à son potentiel allergisant.
• Qu'en est-il de la bonne application de la règlementation?
L'obligation d'étiquetage s'applique aux produits fabriqués ou importés depuis le 2 septembre 1998. La bonne application de la règlementation suppose l'utilisation de deux outils : la traçabilité depuis les matières premières au produit fini; les analyses d'ADN qui permettent d'identifier et de quantifier la présence d'OGM dans les matières premières, les ingrédients et les produits finis.
***
Les Français sont grandement hostiles aux OGM dans l'alimentation, : deux sondages réalisés sur le site "OGM et consommateurs" (en 2000 auprès de 2 014 visiteurs, et en 2001 auprès de 2197 visiteurs), montrent que seulement 16 % des personnes interrogées sont favorables aux OGM alimentaires alors que 72 % y sont défavorables (73 % n'ont pas changé d'opinion en un an). L'information des médias grand public sur les OGM semble "plutôt anti-OGM" à 44 % et "plutôt objective" à 17 %. 71 % des interrogés sont plutôt défavorables à la transgenèse dans le domaine de l'agro-alimentaire végétal, et 81 % dans celui de l'agro-alimentaire animal; par contre, les partisans des OGM dans le domaine médical sont plus nombreux que leurs adversaires (47 % contre 36 %).
En France, la technologie OGM est perçue comme potentiellement dangereuse pour la santé alimentaire et pour l'environnement. Nous voyons là le résultat d'une information insuffisante et d'un manque de recul.
Il faut dire que tout cela a été aggravé par un contexte alimentaire très lourd, après diverses crises récentes allant de la vache folle à la listéria (en passant par la salmonelle, la dioxine et d'autres produits dangereux ou contaminants ).
Le public boude d'autant plus les aliments OGM que ceux actuellement disponibles ne sont ni meilleurs ni moins chers ou plus pratiques que les aliments traditionnels. Il sera donc très difficile de convaincre les consommateurs de prendre des risques en les utilisant, et même quand ces risques seront maîtrisés.
Lucette
Les recommandations des deux Académies
.Les Académies de médecine et de pharmacie, après une analyse approfondie des risques sanitaires pouvant résulter de l'utilisation d'OGM en alimentation et en thérapeutique humaine, ont émis les principaux avis suivants:
• Il n'existe aucun risque particulier lié au mode d'obtention des OGM.
• Les risques éventuels des OGM pour la santé sont contrôlables : les risques toxiques et allergiques potentiels peuvent être détectés avant la mise sur le marché du produit, grâce à des protocoles d'analyse nets, clairs et précis (imposés de toutes façons par la règlementation).
• Les avantages escomptés l'emportent sur les risques: les OGM ouvrent en effet pour l'alimentation des perspectives très intéressantes qui vont vers une amélioration de la qualité des aliments.
L'académie des sciences en particulier souligne que « les contraintes règlementaires qui limitent actuellement la recherche sur les OGM et leurs utilisations mériteraient d'être reconsidérées, car elles mettent la France et l'Union européenne dans une position d'infériorité par rapport à d'autres pays industrialises, et elles risqueraient d'avoir des effets dommageables sur la recherche biologique et agronomique ».
Les OGM officiellement acceptés en France
Ce qui est à ce jour accepté en France (et qui l'est aussi en Europe) :
• La production de tabac tolérant à un herbicide (ITB1000-OX).
• La production de colza mâle stérile, et tolérant à l'herbicide Basta (production des semences hybrides).
• La production de chicorée mâle stérile (aussi pour la production de semences hybrides).
• L'importation de soja tolérant à l'herbicide glyphosate ; ce soja peut être stocké et transformé pour des applications en nourriture animale, mais aussi humaine (lécithine et protéines, qui peuvent se retrouver dans des produits que nous consommons).
• La production et la consommation de maïs résistant aux insectes. Il s'agit des maïs BT-176 (résistant à la pyrale), MON-81O (aussi résistant à la pyrale), T-25 (résistant à un herbicide), et BT-11 (aussi résistant à un herbicide), autorisés seulement à l'importation. Les grains de ces maïs peuvent être utilisés comme nourriture pour les animaux, mais aussi subir des transformations industrielles dont les produits dérivés (fructose, amidon ... ) se retrouvent dans différents aliments.
National Hebdo du 27 mars au 2 avril 2003