Génération décervelée / PISA : une enquête biaisée (archive)
Publié : 28/04/2011 - 17:17
Génération décervelée / PISA : une enquête biaisée (archive)
Les résultats médiocres de la France au test PISA organisé par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ont déjà fait couler beaucoup d'encre et fait annoncer des orientations nouvelles. Et c'est bien le but de ces évaluations réalisées tous les trois ans dans 65 pays membres ou partenaires de l'organisation internationale : modifier les politiques et donc, peu ou prou, augmenter l'emprise étatique sur la manière d'enseigner et son contenu. On notera donc d'emblée l'insistance des analystes de l'enquête sur le rôle néfaste joué par le libre choix de l'école, l'assouplissement des cartes scolaires et toutes autres mesures qui reconnaissent les libertés et les droits des parents en ces matières. Ils seraient facteurs de régression. Mais il faut savoir ce qui est mesuré et comment. Une épaisse publication de l'OCDE - 292 pages ! - accompagne l'enquête pour répondre à ces questions, montrant que les « compétences » que l'on cherche à évaluer sont aussi celles que l'on cherche à promouvoir. Dans une certaine mesure, c'est une histoire de serpent qui se mord la queue.
Cette insistance socialisante rend d'elle-même les méthodes et les résultats de l'enquête suspects, non dans leur matérialité (on mesure bien ce que l'on mesure) mais, au moins dans certains domaines, dans la nature des épreuves, et à travers les conclusions qui sont tirées des enquêtes sociologiques qui accompagnent les tests.
Est-ce vraiment le libre choix des parents plus fortunés ou plus cultivés de mettre leurs enfants dans des écoles meilleures qui « plombe » le niveau des moins bons ? Il serait plus exact de dire que la volonté d'échapper à un système jugé médiocre est proportionnelle à la médiocrité du système, et il est donc normal que le niveau général dans ces pays-là soit plus bas !
La Suède, qui fut longtemps championne aux enquêtes PISA, déplore aujourd'hui sa « chute » vers le milieu du tableau. Mais une double raison en est donnée : la libéralisation de la carte scolaire, et la hausse des phénomènes migratoires, soulignent les analystes, étant entendu que les immigrés de première génération ont deux fois moins de chances de réussir à l'école que ceux de deuxième génération, qui se rapprochent un peu plus des autochtones. Ceux-ci sont 17 % à stagner au niveau un, contre 35 % des enfants d'immigrés de deuxième génération et 42 % des enfants d'immigrés de première génération. Même chose en Irlande et dans plusieurs pays européens... En France, pas moins de 13 % des jeunes participant aux tests étaient issus de l'immigration. Le test PISA confirme que leurs résultats sont moins bons ; ils font donc baisser le niveau moyen.
La Corée-du-Sud et la Finlande sont en tête. La Corée ne brille pas par une approche laxiste de l'éducation : elle est même effroyablement élitiste, seuls les meilleurs pouvant espérer un avenir confortable. La Finlande est toujours vantée comme le pays dont le système éducatif est le plus remarquable et le plus excellent - mais qu'est-ce que cela signifie au juste ? Faute de savoir le finlandais, je ne puis dire si les Finlandais apprennent réellement à devenir intelligents à l'école. Ce qu'on peut souligner, c'est que l'école n'est obligatoire qu'à partir de sept ans...
L'enquête PISA 2009, dont nous apprenons les résultats, était particulièrement axée sur la lecture, ou plus exactement la reading literas qu'on pourrait traduire par la « lecture lettrée », tautologie volontaire destinée à faire comprendre qu'on n'évaluait pas tant la capacité à lire, à lire à voix haute par exemple, que le degré de compréhension des textes. Il s'agit de savoir si les jeunes sont capables de lire pour leur plaisir (et là, on est dans le domaine de l'enquête d'opinion), pour appliquer leur connaissance de la lecture à la vie de tous les jours, pour rechercher des informations, dans les rapports sociaux, dans le monde du travail.
Les deux autres domaines évalués, les mathématiques et les sciences, avaient respectivement été mis en exergue en 2003 et 2006.
Dans ces domaines comme dans celui de la lecture, ce ne sont pas des connaissances qui sont évaluées, mais des « compétences » et une capacité à utiliser (plus ou moins intelligemment) les connaissances et l'expérience acquises. Sans surprise, les thèmes du réchauffement global, de la pollution... sont assez présents dans l'ensemble des épreuves.
Depuis 2000, les tests de lecture ont été profondément révisés et remaniés et incluaient pour la première fois, dans 19 des 65 pays participants, des épreuves de lecture électronique. Toutes catégories confondues : depuis les longs textes informatifs avec des liens hypertexte à explorer, jusqu'aux messages sur les forums et les SMS. La conséquence de cette inclusion est simple : elle accentuera la volonté des différents ministères de l'Education de multiplier les travaux sur Internet. C'est bien dans l'air du temps mais plus cela se fait tôt, et plus cela se fait de manière généralisée, plus le lien entre la parole et la lecture est rompu.
Les tests de lecture « sur papier » utilisés dans le cadre de l'enquête PISA évaluent très peu la compréhension fine dans un texte littéraire, et beaucoup la capacité à lire un plan, un schéma, ou des avertissements sur des paquets de biscuits contenant des arachides...
Un plan de métro imaginaire mérite une mention spéciale. La « compétence » vérifiée est celle de savoir repérer un itinéraire en tenant compte d'une légende. Il faut par exemple dessiner sur le plan le chemin le plus court que l'on peut prendre pour aller d'une station à une autre. Piège : le chemin théoriquement le plus court emprunte un tronçon de ligne en construction indiqué en pointillé sur le plan, comme le précise la légende. Seul un tiers des jeunes de 15 ans testés ont donné la bonne réponse : le trajet un peu plus long, mais effectivement accessible. La moitié qui donna la réponse fausse mais passant par le tronçon en construction eut néanmoins une partie des points...
Au fil des analyses, on s'aperçoit que les jeunes peuvent assez facilement être classés « bons lecteurs » s'ils savent rechercher et retrouver une information dans un texte ou sur un « support » quelconque, même si parfois cela demande de reformuler ce qui est demandé. Quelques exercices exigent une compréhension plus fine. Par exemple : il faut choisir parmi une série d'opinions sur les recherches dans l'espace. Et dire celle qu'on préfère, en expliquant pourquoi, c'est-à-dire en donnant l'idée principale, à peine reformulée. Ce n'est pas sorcier.
De l'avis des concepteurs des « items », il y a en a un qui dépasse en difficulté tous les autres. C'est une présentation historique de Thucydide, suivi d'un discours imaginaire que cet auteur attribua à Périclès. Les élèves doivent donner l'idée générale de ce texte : une défense et illustration de la démocratie athénienne, même quand Athènes n'est pas victorieuse à la guerre. On acceptait pour cela des réponses assez succinctes (du genre « l'auteur cherchait à rendre les Athéniens fiers de leur ville ») : un quart seulement des jeunes testés, pour la plupart ceux classés parmi les « excellents », en furent capables. Un cinquième supplémentaire obtint une partie des points pour avoir parlé de « démocratie ».
En somme, on peut très bien être classé « bon » ou « excellent lecteur » par PISA et ne pas aller beaucoup plus loin que le sens tout de même évident d'un texte.
Mais l'étude nous dit tout de même quelque chose de très précis sur ceux qui ne comprennent quasiment rien à ce qu'ils lisent.
À cette aune, apprendre que les jeunes Français sont 20 %, contre 15 % en 2000, à se situer dans le bas du tableau des lecteurs, tableau dont le niveau moyen n'est pas particulièrement reluisant, est une pierre de plus dans le jardin de nos ministres et experts successifs de l'Education. Toutes tendances politiques confondues.
Jeanne Smits PRESENT du 10 décembre 2010
Les résultats médiocres de la France au test PISA organisé par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) ont déjà fait couler beaucoup d'encre et fait annoncer des orientations nouvelles. Et c'est bien le but de ces évaluations réalisées tous les trois ans dans 65 pays membres ou partenaires de l'organisation internationale : modifier les politiques et donc, peu ou prou, augmenter l'emprise étatique sur la manière d'enseigner et son contenu. On notera donc d'emblée l'insistance des analystes de l'enquête sur le rôle néfaste joué par le libre choix de l'école, l'assouplissement des cartes scolaires et toutes autres mesures qui reconnaissent les libertés et les droits des parents en ces matières. Ils seraient facteurs de régression. Mais il faut savoir ce qui est mesuré et comment. Une épaisse publication de l'OCDE - 292 pages ! - accompagne l'enquête pour répondre à ces questions, montrant que les « compétences » que l'on cherche à évaluer sont aussi celles que l'on cherche à promouvoir. Dans une certaine mesure, c'est une histoire de serpent qui se mord la queue.
Cette insistance socialisante rend d'elle-même les méthodes et les résultats de l'enquête suspects, non dans leur matérialité (on mesure bien ce que l'on mesure) mais, au moins dans certains domaines, dans la nature des épreuves, et à travers les conclusions qui sont tirées des enquêtes sociologiques qui accompagnent les tests.
Est-ce vraiment le libre choix des parents plus fortunés ou plus cultivés de mettre leurs enfants dans des écoles meilleures qui « plombe » le niveau des moins bons ? Il serait plus exact de dire que la volonté d'échapper à un système jugé médiocre est proportionnelle à la médiocrité du système, et il est donc normal que le niveau général dans ces pays-là soit plus bas !
La Suède, qui fut longtemps championne aux enquêtes PISA, déplore aujourd'hui sa « chute » vers le milieu du tableau. Mais une double raison en est donnée : la libéralisation de la carte scolaire, et la hausse des phénomènes migratoires, soulignent les analystes, étant entendu que les immigrés de première génération ont deux fois moins de chances de réussir à l'école que ceux de deuxième génération, qui se rapprochent un peu plus des autochtones. Ceux-ci sont 17 % à stagner au niveau un, contre 35 % des enfants d'immigrés de deuxième génération et 42 % des enfants d'immigrés de première génération. Même chose en Irlande et dans plusieurs pays européens... En France, pas moins de 13 % des jeunes participant aux tests étaient issus de l'immigration. Le test PISA confirme que leurs résultats sont moins bons ; ils font donc baisser le niveau moyen.
La Corée-du-Sud et la Finlande sont en tête. La Corée ne brille pas par une approche laxiste de l'éducation : elle est même effroyablement élitiste, seuls les meilleurs pouvant espérer un avenir confortable. La Finlande est toujours vantée comme le pays dont le système éducatif est le plus remarquable et le plus excellent - mais qu'est-ce que cela signifie au juste ? Faute de savoir le finlandais, je ne puis dire si les Finlandais apprennent réellement à devenir intelligents à l'école. Ce qu'on peut souligner, c'est que l'école n'est obligatoire qu'à partir de sept ans...
L'enquête PISA 2009, dont nous apprenons les résultats, était particulièrement axée sur la lecture, ou plus exactement la reading literas qu'on pourrait traduire par la « lecture lettrée », tautologie volontaire destinée à faire comprendre qu'on n'évaluait pas tant la capacité à lire, à lire à voix haute par exemple, que le degré de compréhension des textes. Il s'agit de savoir si les jeunes sont capables de lire pour leur plaisir (et là, on est dans le domaine de l'enquête d'opinion), pour appliquer leur connaissance de la lecture à la vie de tous les jours, pour rechercher des informations, dans les rapports sociaux, dans le monde du travail.
Les deux autres domaines évalués, les mathématiques et les sciences, avaient respectivement été mis en exergue en 2003 et 2006.
Dans ces domaines comme dans celui de la lecture, ce ne sont pas des connaissances qui sont évaluées, mais des « compétences » et une capacité à utiliser (plus ou moins intelligemment) les connaissances et l'expérience acquises. Sans surprise, les thèmes du réchauffement global, de la pollution... sont assez présents dans l'ensemble des épreuves.
Depuis 2000, les tests de lecture ont été profondément révisés et remaniés et incluaient pour la première fois, dans 19 des 65 pays participants, des épreuves de lecture électronique. Toutes catégories confondues : depuis les longs textes informatifs avec des liens hypertexte à explorer, jusqu'aux messages sur les forums et les SMS. La conséquence de cette inclusion est simple : elle accentuera la volonté des différents ministères de l'Education de multiplier les travaux sur Internet. C'est bien dans l'air du temps mais plus cela se fait tôt, et plus cela se fait de manière généralisée, plus le lien entre la parole et la lecture est rompu.
Les tests de lecture « sur papier » utilisés dans le cadre de l'enquête PISA évaluent très peu la compréhension fine dans un texte littéraire, et beaucoup la capacité à lire un plan, un schéma, ou des avertissements sur des paquets de biscuits contenant des arachides...
Un plan de métro imaginaire mérite une mention spéciale. La « compétence » vérifiée est celle de savoir repérer un itinéraire en tenant compte d'une légende. Il faut par exemple dessiner sur le plan le chemin le plus court que l'on peut prendre pour aller d'une station à une autre. Piège : le chemin théoriquement le plus court emprunte un tronçon de ligne en construction indiqué en pointillé sur le plan, comme le précise la légende. Seul un tiers des jeunes de 15 ans testés ont donné la bonne réponse : le trajet un peu plus long, mais effectivement accessible. La moitié qui donna la réponse fausse mais passant par le tronçon en construction eut néanmoins une partie des points...
Au fil des analyses, on s'aperçoit que les jeunes peuvent assez facilement être classés « bons lecteurs » s'ils savent rechercher et retrouver une information dans un texte ou sur un « support » quelconque, même si parfois cela demande de reformuler ce qui est demandé. Quelques exercices exigent une compréhension plus fine. Par exemple : il faut choisir parmi une série d'opinions sur les recherches dans l'espace. Et dire celle qu'on préfère, en expliquant pourquoi, c'est-à-dire en donnant l'idée principale, à peine reformulée. Ce n'est pas sorcier.
De l'avis des concepteurs des « items », il y a en a un qui dépasse en difficulté tous les autres. C'est une présentation historique de Thucydide, suivi d'un discours imaginaire que cet auteur attribua à Périclès. Les élèves doivent donner l'idée générale de ce texte : une défense et illustration de la démocratie athénienne, même quand Athènes n'est pas victorieuse à la guerre. On acceptait pour cela des réponses assez succinctes (du genre « l'auteur cherchait à rendre les Athéniens fiers de leur ville ») : un quart seulement des jeunes testés, pour la plupart ceux classés parmi les « excellents », en furent capables. Un cinquième supplémentaire obtint une partie des points pour avoir parlé de « démocratie ».
En somme, on peut très bien être classé « bon » ou « excellent lecteur » par PISA et ne pas aller beaucoup plus loin que le sens tout de même évident d'un texte.
Mais l'étude nous dit tout de même quelque chose de très précis sur ceux qui ne comprennent quasiment rien à ce qu'ils lisent.
À cette aune, apprendre que les jeunes Français sont 20 %, contre 15 % en 2000, à se situer dans le bas du tableau des lecteurs, tableau dont le niveau moyen n'est pas particulièrement reluisant, est une pierre de plus dans le jardin de nos ministres et experts successifs de l'Education. Toutes tendances politiques confondues.
Jeanne Smits PRESENT du 10 décembre 2010