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On achève bien les profs !

Publié : 10/12/2009 - 1:03
par Pat
Chronique d’Eleonore B.

Ce matin j’ai vu sur France 2 un Luc Chatel nettement habité par le spectre de Xavier Darcos, dire que les historiens et profs d’histoire-géo avaient « mal compris la réforme », ce qui revient à verser une nouvelle louche de mépris à l’encontre de personnes qui me semblent pourtant totalement capables de comprendre les choses. C’est marrant ce gouvernement qui dit tout le temps que les gens ne « comprennent pas », qu’il « faut ré-expliquer », « être pédagogique », comme si les Français étaient les derniers des débiles… On reconnaît bien là les techniques de marketing de l’ancien directeur de L’Oréal !

Ce qui m’a marquée également, c’est l’utilisation que fait Chatel des classes technologiques, complètement oubliées de la réforme, à croire que personne n’en a rien à foutre de nos STG, STI ou de nos ST2S… oui, sauf quand il s’agit d’utiliser le fait, comme Chatel l’a fait ce matin, que les ST2S n’ont pas d’histoire-géo en Terminale (ils passent l’oral en fin de Première), pour démontrer que finalement ce n’est pas bien grave pour les S. La démarche était à vomir…

Bizarrement, je trouve les profs d’Histoire-Géographie de mon bahut très passifs, à croire qu’ils se sont déjà résignés. C’est sans doute la profession publique la plus déprimée que j’ai rencontrée. Pas étonnant le nombre de suicides, de dépressions dont d’ailleurs personne ne parle. C’est la black list complète. Silence circulez y a rien à voir.

Côté programmes, c’est le flou total. Chatel parle d’aligner toutes les sections, mais comment faire vu qu’il faudra obligatoirement condenser en S ? Où placer des morceaux aussi énormes que la Seconde Guerre Mondiale ?

De plus, le ministre disait que cela permettrait aux S de se concentrer davantage sur leurs spécialités. C’est en partie faux car lorsque l’on regarde les chiffres réels, on se rend compte qu’il y aura moins d’heures de maths et de sciences. Même chose ailleurs : en L, finies les maths obligatoires, et baisse des heures de français et de langues vivantes. En ES, baisse des heures de SES. C’est un progrès ça ???

Toujours en S, on parle de « sas » permettant de réorienter les élèves en cours d’année. Cela veut dire rattraper tout un pan de programme pendant les vacances… la bonne blague. Blague qui va profiter aux cours privés, et pas forcément les plus sérieux.

Quand on se penche sur les textes, on remarque aussi qu’il y aura très peu de mobilité de ES ou L (la L, vouée à disparaître ?) vers S. La seule mobilité se fera de S vers les deux autres voies, et encore, elle sera un moyen pour la « voie d’excellence » de se débarrasser de ses moins bons éléments. Bonjour l’hypocrisie…

La réforme, c’est aussi la fin annoncée des COP-psy, car les profs multi usages pour le même salaire que nous sommes, devront à l’avenir s’occuper encore en plus de l’orientation, alors que nous ne sommes pas du tout formés à cela. Et plus des tâches administratives sans cesse croissantes et des mails qu’il faut lire le soir chez vous (Compte rendu de réunion, informations grippe A…) Qui d’entre vous accepterez que sous couvert de communication et d’information, votre patron vous adresse chaque soir entre 3 et 4 mails ???

Parlons des « groupes de compétences », expression très jolie pour camoufler le très laid « groupes de niveaux », à savoir les nuls avec les nuls, les moyens avec les moyens et les forts avec les forts. Déjà, il y a le côté anti-pédagogique de la chose : imaginez que malgré tous vos efforts, vous vous retrouvez classé chez les nuls, moi personnellement ça ne me donnerait pas envie de progresser, mais plutôt de régresser. Les différentes expériences montrent que l’hétérogénéité fait aussi la richesse d’une classe, que les plus faibles peuvent être motivés par les autres (quand l’ambiance est bonne dans la classe, of course). A ceux qui objectent que les mauvais plombent une classe, sachez que nous faisons tout notre possible pour stimuler les meilleurs en leur donnant du travail supplémentaire (qui est souvent refusé, d’ailleurs, par pure paresse, par les mêmes qui se plaignent ensuite du niveau), et sachez faire la distinction entre élèves faibles et trublions, ces quelques gamins qui pourrissent des classes mais qu’il nous est quasi-impossible de sanctionner efficacement ou de virer, en cette époque de règne de l’enfant-roi et de chefs d’établissement stressés par l’évolution de la carte scolaire et cherchant à maintenir leurs effectifs à tout prix, même si cela implique pour les profs des heures de cours infernales, et pour les autres élèves de ne pas pouvoir progresser davantage.

Ensuite, on va globaliser les heures, et ce sera donc un micmac pas possible pour se les diviser entre matières, entre collègues. D’où concurrence entre les filières, les matières, les collègues, à savoir qui est le plus attractif/démago. Ça a déjà commencé avec les réunions où chacun fait sa promo, d’où tensions entre maths et littéraire par exemple. Va-t-on comme on le craint, faire appel à de petits chefs pour gérer tout cela ? Là aussi, sur quels critères ? Quant à l’alignement des emplois du temps sur le tronc commun qui est prévu, il va permettre aux chefs de regrouper un maximum d’élèves de classes différentes (cela existe déjà) pour former des groupes blindés à 30-35. Toujours dans l’optique des économies, des 16.000 postes à abattre.

La multiplication des enseignants sur plusieurs établissements qui « font les bouche-trou » pour atteindre les 18 heures hebdomadaire et dont les heures de déplacement et le coût financier ne sont pas pris en charge (et je ne parle pas des « repas sautés » pour être ponctuel entre deux établissement distants de 40 mn de routes vallonnées pour arriver à 12 h 50 quand vous terminez à 12 !!). A l’heure où on nous bassine avec le développement durable, on est très crédible ! On nage en pleine schizophrénie et en particulier dans les zones rurales.

Quant à l’aide personnalisée, c’est le flou artistique là aussi en ce qui concerne ces deux heures semaine par élève. Qui ? Comment ? Avec des effectifs de combien ? On ne sait toujours rien.

Mon avis est que l’ambiance va vite se dégrader entre nous tous. Le but : nous diviser pour mieux nous casser. J’en vois déjà qui doivent se frotter les mains, mais réalisent-ils à quel point il est important de travailler dans une ambiance sereine et- qui l’est de moins en moins- pour être efficace dans ce métier ?

Le Syndicat National des lycées et collèges déclarait « les entreprises (de soutien scolaire) profitent des renoncements successifs de l’Etat en matière d’éducation. Selon leurs calculs la réforme du lycée priverait un élève de S de 160 heures de cours ».

A quand la réaction des parents ?

Eléonore B http://www.nationspresse.info/