Les lycéens dans la rue
Publié : 18/04/2008 - 23:56
2008-04-17
Quand on sait que les critères d’évaluation sont révisés afin d’obtenir 80 % de réussite à un examen de moins en moins préparé, on a du mal à garder son calme à l’écoute de ces lycéens qui viennent faire la leçon au ministre de l’éducation. Mais comment reprocher à la jeunesse les égarements de leurs aînés, qu’ils soient parents ou pédagogues ? Ils sont le pur produit de cette tyrannie de la spontanéité démagogique qui veut qu’il convient d’apprendre toutes choses sans effort, en s’amusant, sans contrainte, sans traumatisme, sans mettre de notes pour ne pas pénaliser les plus faibles, sans donner de devoirs pour ne pas pénaliser ceux qui ne révisent pas chez eux parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir des parents attentifs ou responsables. Aujourd’hui, un étudiant préfère refuser un emploi que prendre un travail sous prétexte qu’il est rémunéré à seulement 1200 euros par mois. Ce qui est indécent, c’est que les étudiants se donnent aujourd’hui un niveau de vie digne d’un cadre supérieur alors qu’ils n’ont pratiquement jamais travaillé de leur vie.
Dans les collèges, on libère des adolescents durant des après-midi entières pour s’occuper des élèves en difficulté. Et les autres, qui s’occupent d’eux ? Le résultat : ils sont de plus en plus nombreux à « être en difficulté » car c’est de cette façon que l’on s’intéresse à eux, qu’ils deviennent des gens importants. Hier, ils se cachaient, ils risquaient le bonnet d’âne et l’exil dans le coin humiliant de la classe. Aujourd’hui, ce sont eux qui nous expliquent comment il convient d’être et de penser. Ils sont les nouveaux leaders d’une société en perdition.
Celui qui travaille n’intéresse personne. Il n’a aucun mérite, il est doué pardi ! Il n’y est pour rien, il a la « chance » d’être intelligent et bien éduqué. Combien de fois ai-je entendu cette niaiserie ? Telle est bien la marque de la pensée collectiviste où l’action individuelle est purement niée. L’individu n’est pour rien dans sa vie : soit il est victime d’un système et ledit système se doit de l’aider, soit il a la chance d’avoir réussi dans le système et il doit rendre à la société une partie de cette réussite qui lui est tombée dessus comme par un enchantement céleste. Aujourd’hui, on ne cherche plus à s’insérer dans la société, à se rendre utile ou indispensable, c’est comme si la société était redevable, débitrice voire coupable de quelque chose. Et les individus réclament tout en toutes choses. Pourquoi les jeunes agiraient-ils différemment ? Pourtant, la société est le résultat de ce qu'on lui donne, pas de ce qu'on lui prend.
Espérant éteindre le conflit en cours, le ministre propose de généraliser les cours de soutien, qui se font désormais dans le primaire, au lycée. Je pense affectueusement à ma mère, orpheline élevée par sa grande sœur, qui a dû s’arrêter au certificat d’étude. Il a toujours maîtrisé l’écriture et le calcul mental. Elle a élevé ses quatre enfants et pour compléter la retraite de son mari, elle a pris un travail dans une maison de retraite, en remplacement d’un jeune qui trouvait la fonction trop difficile et dévalorisante (puisqu’il fallait s’occuper de personnes âgées en perte d’autonomie). A son époque, le certificat d’étude permettait d’orienter les jeunes, sélectionnant ceux qui avaient les capacités et la volonté de poursuivre des études au lycée. Mais ceux qui n’avaient pas le certificat d’études n’étaient pas des bons à rien, loin de là. Telle est d’ailleurs la fonction d’un vrai diplôme : il ne s’agit pas de marquer négativement celui qui ne l’a pas, mais de distinguer positivement celui qui le décroche.
Le concept même de « lycéens en difficulté » est bien ambigu. Soit on a le niveau pour suivre des études et l’on travaille pour ne pas décevoir ceux qui ont cru en vous, soit on n’a pas le niveau et l’on n’a rien à faire au lycée (et on a sans doute mieux à faire ailleurs !). Aujourd’hui, certains lycéens se laissent porter par la démagogie et la facilité ambiante, notamment en ne révisant jamais. Et plus on se laisse aller sur une telle pente, plus on trouvera que le monde est dure et la mondialisation sauvage. Mais l’on a été si peu préparé au monde réel… Encore une fois, entendons-nous bien, je ne me réjouis pas qu’il y ait des lycéens en difficulté et c’est bien par rapport à l’intérêt du jeune en difficulté que je me place. Personnellement, je n’ai pas eu un parcours au collège des plus brillants et certains de mes anciens professeurs n’ont certainement pas un meilleur souvenir de moi, m’ayant prédit les pires abominations. Mais des professeurs ont justement su me remettre en place et, avec le recul, ils m’ont sauvé en me secouant. Je leur serais éternellement reconnaissant… sans parler des « recadrages » de mon paternel.
Pour être aujourd’hui père de deux collégiens, je prends conscience qu’un collégien décroche rapidement s’il ne maintient pas un effort régulier de révision de ses devoirs. Dans cet effort, le soutien des parents s’avère crucial en effet. C’est lourd en effet, mais quand on est parent, on assume ses responsabilités ou alors on ne fait pas d’enfant. Sans surprise, ils obtiennent des résultats mauvais s'ils se laissent aller à leur penchant naturel (j’observe le même phénomène à l’université où l’on a vite fait de se laisser dépasser si on s’avère incapable de se prendre en charge) alors ils se proclament « élèves en difficulté », pour recevoir ainsi toutes les attentions et pourquoi pas tous les honneurs. Ils en viennent même à accuser les autres : s’ils sont en difficulté, c’est à cause de l’insuffisance de moyens, c’est à cause du gouvernement. La belle affaire !
C’est peine perdue que de semer de précieuses semences dans un désert aride. Le gaspillage commence quand les gens ne sont pas à leur place.
http://caccomo.blogspot.com/
Quand on sait que les critères d’évaluation sont révisés afin d’obtenir 80 % de réussite à un examen de moins en moins préparé, on a du mal à garder son calme à l’écoute de ces lycéens qui viennent faire la leçon au ministre de l’éducation. Mais comment reprocher à la jeunesse les égarements de leurs aînés, qu’ils soient parents ou pédagogues ? Ils sont le pur produit de cette tyrannie de la spontanéité démagogique qui veut qu’il convient d’apprendre toutes choses sans effort, en s’amusant, sans contrainte, sans traumatisme, sans mettre de notes pour ne pas pénaliser les plus faibles, sans donner de devoirs pour ne pas pénaliser ceux qui ne révisent pas chez eux parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir des parents attentifs ou responsables. Aujourd’hui, un étudiant préfère refuser un emploi que prendre un travail sous prétexte qu’il est rémunéré à seulement 1200 euros par mois. Ce qui est indécent, c’est que les étudiants se donnent aujourd’hui un niveau de vie digne d’un cadre supérieur alors qu’ils n’ont pratiquement jamais travaillé de leur vie.
Dans les collèges, on libère des adolescents durant des après-midi entières pour s’occuper des élèves en difficulté. Et les autres, qui s’occupent d’eux ? Le résultat : ils sont de plus en plus nombreux à « être en difficulté » car c’est de cette façon que l’on s’intéresse à eux, qu’ils deviennent des gens importants. Hier, ils se cachaient, ils risquaient le bonnet d’âne et l’exil dans le coin humiliant de la classe. Aujourd’hui, ce sont eux qui nous expliquent comment il convient d’être et de penser. Ils sont les nouveaux leaders d’une société en perdition.
Celui qui travaille n’intéresse personne. Il n’a aucun mérite, il est doué pardi ! Il n’y est pour rien, il a la « chance » d’être intelligent et bien éduqué. Combien de fois ai-je entendu cette niaiserie ? Telle est bien la marque de la pensée collectiviste où l’action individuelle est purement niée. L’individu n’est pour rien dans sa vie : soit il est victime d’un système et ledit système se doit de l’aider, soit il a la chance d’avoir réussi dans le système et il doit rendre à la société une partie de cette réussite qui lui est tombée dessus comme par un enchantement céleste. Aujourd’hui, on ne cherche plus à s’insérer dans la société, à se rendre utile ou indispensable, c’est comme si la société était redevable, débitrice voire coupable de quelque chose. Et les individus réclament tout en toutes choses. Pourquoi les jeunes agiraient-ils différemment ? Pourtant, la société est le résultat de ce qu'on lui donne, pas de ce qu'on lui prend.
Espérant éteindre le conflit en cours, le ministre propose de généraliser les cours de soutien, qui se font désormais dans le primaire, au lycée. Je pense affectueusement à ma mère, orpheline élevée par sa grande sœur, qui a dû s’arrêter au certificat d’étude. Il a toujours maîtrisé l’écriture et le calcul mental. Elle a élevé ses quatre enfants et pour compléter la retraite de son mari, elle a pris un travail dans une maison de retraite, en remplacement d’un jeune qui trouvait la fonction trop difficile et dévalorisante (puisqu’il fallait s’occuper de personnes âgées en perte d’autonomie). A son époque, le certificat d’étude permettait d’orienter les jeunes, sélectionnant ceux qui avaient les capacités et la volonté de poursuivre des études au lycée. Mais ceux qui n’avaient pas le certificat d’études n’étaient pas des bons à rien, loin de là. Telle est d’ailleurs la fonction d’un vrai diplôme : il ne s’agit pas de marquer négativement celui qui ne l’a pas, mais de distinguer positivement celui qui le décroche.
Le concept même de « lycéens en difficulté » est bien ambigu. Soit on a le niveau pour suivre des études et l’on travaille pour ne pas décevoir ceux qui ont cru en vous, soit on n’a pas le niveau et l’on n’a rien à faire au lycée (et on a sans doute mieux à faire ailleurs !). Aujourd’hui, certains lycéens se laissent porter par la démagogie et la facilité ambiante, notamment en ne révisant jamais. Et plus on se laisse aller sur une telle pente, plus on trouvera que le monde est dure et la mondialisation sauvage. Mais l’on a été si peu préparé au monde réel… Encore une fois, entendons-nous bien, je ne me réjouis pas qu’il y ait des lycéens en difficulté et c’est bien par rapport à l’intérêt du jeune en difficulté que je me place. Personnellement, je n’ai pas eu un parcours au collège des plus brillants et certains de mes anciens professeurs n’ont certainement pas un meilleur souvenir de moi, m’ayant prédit les pires abominations. Mais des professeurs ont justement su me remettre en place et, avec le recul, ils m’ont sauvé en me secouant. Je leur serais éternellement reconnaissant… sans parler des « recadrages » de mon paternel.
Pour être aujourd’hui père de deux collégiens, je prends conscience qu’un collégien décroche rapidement s’il ne maintient pas un effort régulier de révision de ses devoirs. Dans cet effort, le soutien des parents s’avère crucial en effet. C’est lourd en effet, mais quand on est parent, on assume ses responsabilités ou alors on ne fait pas d’enfant. Sans surprise, ils obtiennent des résultats mauvais s'ils se laissent aller à leur penchant naturel (j’observe le même phénomène à l’université où l’on a vite fait de se laisser dépasser si on s’avère incapable de se prendre en charge) alors ils se proclament « élèves en difficulté », pour recevoir ainsi toutes les attentions et pourquoi pas tous les honneurs. Ils en viennent même à accuser les autres : s’ils sont en difficulté, c’est à cause de l’insuffisance de moyens, c’est à cause du gouvernement. La belle affaire !
C’est peine perdue que de semer de précieuses semences dans un désert aride. Le gaspillage commence quand les gens ne sont pas à leur place.
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