En dépit d'une véritable organisation de l'opacité en matière de statistiques relatives à l'immigration - multiplicité des institutions, multiplicité des sources d'information, absence de synthèse d'ensemble, présentation le plus souvent parcellaire et tendancieuse des chiffres - la vérité se fait jour peu à peu, grâce au recoupement des données et aux études indépendantes. On constate alors l'ampleur de la désinformation sur ce sujet, véritable bombe à retardement capable il est vrai de faire imploser tant le système politique que la société française dans son ensemble.
L'immigration légale
1) On nous dit: "Le flux d'entrée des immigrés légaux en France représente 173000 personnes en 2003."
Cette fausse information, appuyée sur une lecture partielle du rapport de l'Observatoire de l'immigration et de l'intégration, publié le 8 novembre 2004, a été relayée par "Le Parisien", "Le Monde" et "Le Figaro". En fait, le chiffre de 173000 personnes ne représente que "l'immigration à caractère permanent" (1), c'est-à-dire celle qui s'appuie sur des titres de séjour d'une durée au moins égale à un an! On a "oublié" d'y ajouter "l'immigration à caractère temporaire" (2), qui elle, repose sur des titres de séjour inférieur à un an, mais reconductibles, et qui nourrit ensuite largement l'immigration illégale permanente. Or "l'immigration temporaire" représentait plus de 169000 personnes en 2002, et l'on peut considérer que le chiffre (non encore révélé pour 2003) est au minimum identique à celui de 2002 (connu). Le chiffre global de l'immigration légale en 2003 est donc d'environ 342000 personnes (173 000 + 169000), chiffre obtenu par la simple addition des catégories ("caractère temporaire", "caractère permanent") élaborées par le ministère de l'Emploi lui-même!
2) On nous dit: "Les flux d'immigration étant à peu près constant d'une année sur l'autre, il n'y a pas d'augmentation significative des entrées."
C'est faux. Là encore, d'après les données fournies par la Direction des Populations et des Migrations du ministère de l'Emploi, l'immigration légale globale en 2001 ("temporaire" + "permanente") s'établit à 289000 personnes (145000 + 141000). En 2002, selon les mêmes sources et les mêmes méthodes de calcul, l'immigration légale globale atteint 326000 personnes (170000 + 156000), soit une augmentation de près de 13 % en un an! Et si l'on prend l'estimation de 2003 mentionnée plus haut (342000 personnes), on arrive à une augmentation de 18 % entre 2001 et 2003! Pis encore,de 1999 à 2003 (5 ans),la seule immigration à caractère permanent est passée de 115000 à 171 000, soit une augmentation de 50 %, essentiellement due aux immigrés extérieurs à l'Europe.
L'immigration illégale
3) On nous dit: "Il y a environ 13 000 immigrés illégaux qui entrent en France chaque année."
C'est dans un numéro spécial du bulletin "Population et Société" paru début 2004 que le directeur de l'INED (3), François Héran, a osé ce chiffre. Selon l'entourage de Chirac lui-même cité par l'AFP (4), les illégaux supplémentaires sont entre 80000 et 100000 par an. Maxime Tandonnet, spécialiste, retient lui aussi le chiffre de 100000, qui nous semble sous-évalué, puisqu'il ne retient que les 80000 déboutés chaque année du droit d'asile (qui restent clandestinement) et l'estimation (?) de 20000 illégaux purs et simples par an (ceux qui tentent le voyage grâce aux filières par mer ou par voie terrestre), en oubliant les faux visas, ceux des saisonniers, des travailleurs temporaires et des étudiants dont le séjour n'est pas renouvelé et qui, restant en France, deviennent clandestins. Ainsi, le chiffre annuel d'entrées illégales est très supérieur à 100000.
4) On nous dit: "Il ne doit pas y avoir plus de 250000 clandestins en France."
Partons simplement de 1998. Il y a déjà les 100000 demandes de régularisation rejetées lors de l'opération de régularisation Chevènement (1997), sans compter les enfants de ces personnes. En outre, selon un rapport confidentiel de l'IGAS (5), les seuls déboutés du droit d'asile toujours présents en France depuis 1998 (et donc désormais clandestins), sont 250000! Là encore, il faut rajouter aussi ceux qui, depuis 1998, utilisent des visas touristiques pour entrer et ne repartent pas: des centaines de milliers de visas sont donnés chaque année, sur la base de 735000 attestations d'accueil (2002), dont beaucoup sont complaisantes, c'est-à-dire complices d'un projet de clandestinité future, à expiration du visa. Enfin, il faut prendre en compte ceux des étudiants, travailleurs saisonniers ou temporaires qui restent à l'expiration de leur titre de séjour, et les "illégaux, purs et simples", (voir plus haut). Le chiffre réel du nombre des illégaux présents en France est donc au minimum supérieur à 500000.
Le solde net de l'immigration
5) On nous dit: "On ne connaît pas le solde net de l'immigration chaque année, c'est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties d'étrangers."
On ne peut pas l'établir avec précision, c'est vrai, puisqu'on ne connaît pas le chiffre exact des entrées d:immigrés illégaux sur notre sol. Mais on peut avoir une estimation minimale pour 2002, en additionnant les entrées légales (325732) et les entrés illégales estimées "officiellement" (100000 personnes, chiffre encore une fois minimal et improbable). On obtient ainsi le chiffre de 425732 personnes entrées en France, auxquelles il faut retrancher les sorties, c'est-à-dire les aides au retour (772 personnes) et les sorties contraintes (6) (20985 personnes). Le solde net annuel de l'immigration est ainsi, au minimum, je le répète, de 404747 personnes.
1) Il s'agit des catégories suivantes: travailleurs salariés permanents, actifs non salariés, réfugiés statutaires, membres de famille de réfugiés, bénéficiaires du regroupement familial et titulaires d'une carte "vie privée et familiale", membres de famille de Français, "visiteurs".
2) Notamment, titulaires d'une autorisation provisoire de travail, étudiants, demandeurs d'asile conventionnel ou territorial, scientifiques, travailleurs saisonniers.
3) Institut national d'études démographiques.
4) Dépêche FRS0437 GP0259 FRA/AFPKC26, 8 nov. 2004, 13 h37
5) Le Figaro, mercredi 15 septembre 2004, p.8.
6) Reconduite à la frontière et interdictions du territoire, expulsions, "réadmissions" (renvois) vers d'autres pays de l'UE, où le clandestin était entré illégalement, avant de venir, toujours clandestinement, en France.
décembre 2004 - N'397 FDA





