D'après David Martinon, porte-parole du gouvernement Fillon, 30 à 40 % de ces rapprochements seraient abusifs (Europe l, 2 octobre 2007). En moins de 4 ans, la procédure de regroupement familial a été modifiée par deux réformes législatives (lois du 26 novembre 2003 et du 24 juillet 2006), deux décrets (décrets du 17 mars 2005 et du 8 décembre 2006), trois circulaires (circulaires du 17 janvier 2006, du 27 décembre 2006 et du 22 février 2007) et un arrêté (arrêté du 28 septembre 2006).
C'est un défi budgétaire, puisque toute personne acceptée au titre du regroupement familial bénéficie aussitôt d'un ensemble d'avantages: l'Aide médicale de l'Etat (AME) est ainsi accessible à tout résident en France depuis plus de 3 mois, sans ressources ... L'immigration spécifiquement dite "de travail" ne représente du reste que 5 % de l'ensemble des entrées à caractère permanent. Selon l'Insee, 13 % des immigrés ont moins de 25 ans. La moitié des immigrés est arrivés avant 1974. 39,3 % viennent d'Afrique noire, 12,7 % d'Asie. La part des immigrés nés au Maghreb a doublé depuis 1962 (30 % des immigrés). Le nombre de naturalisations s'élève à environ 150000 chaque année, toujours selon l'Insee. En 2004, sur 10 nouveaux Français, 50 % sont originaires du Maghreb, 11 % d'un autre pays africain et 15 % d'Asie. Un autre aspect de cette immigration est le calcul des conséquences à terme en matière de population. Les projections démographiques découlant d'une telle situation sont par définition difficiles à prévoir et à maîtriser. Deux chercheurs en démographie, MM. Dupâquier et Laulan, qui furent stoppés dans leurs travaux après la publication de leurs analyses, affirment néanmoins: « Des projections effectuées à partir des statistiques de l'Insee permettent de voir que, si les comportements des communautés immigrées ne devaient pas évoluer en matière de fécondité, dans 25 ans environ, en 2030, leur masse (avec leurs descendants) pourrait représenter quelque 24 % de la population totale française, soit 15,7 millions de personnes, 23 % de la population active (soit 5,7 millions de personnes) et 42 % des naissances (soit 273000). » Le travail assimile, le rapprochement familial désassimile.
Mais si cette immigration souscrit à un islamisme incompatible avec, par exemple, l'égalité des femmes et des hommes en Occident, elle crée également un problème là où elle s'est installée. Citons le Monde (novembre 2006): « Indéniablement, l'islam a imposé sa marque dans le paysage de certains quartiers du "9-3", la Seine-Saint-Denis. Les non musulmans sont frappés par les tenues vestimentaires. Voile sous toutes ses variantes, laissant apparaître, au choix, le visage ou seulement les yeux. Pour les hommes, c'est le genre "BCBG": barbe, chapelet, bâton de siwak (pour se curer les dents), gandoura.»
Par ailleurs la fondation Polémia souligne à juste titre que les causes de la poursuite de l'immigration en France n'ont pas été bien comprises. Car la véritable cause est l'explosion des regroupements familiaux (multipliés par 10 ces trois dernières années) liée à la multiplication des mariages entre Français et étrangers. Statistiquement ce phénomène concerne le mariage de jeunes filles ou de jeunes hommes franco-maghrébins franco-turcs ou franco-africains avec des ressortissants du pays d'origine de leurs parents. Ce qui veut dire que la vraie tendance consiste à aller chercher au pays le futur ou la future. A l'évidence: la nouvelle immigration se nourrit de l'échec de l'immigration d'hier. C'est la principale leçon que l'on peut tirer des chiffres de la fondation Polémia < www.polemia.com > cet échec, c'est celui de l'intégration dont tant de commentateurs approximatifs se font les chantres. Mais, les voilà démentis par un comportement culturel de ré-identification qui, pour le compte, s'applique à lui-même le jus sanguinis, un droit du sang à l'envers.
l'islam contre la nation
Une étude américaine de 2006, menée au niveau mondial, sur un échantillon de population très important, a montré ceci: 16 % des musulmans français interrogés ont approuvé les attentats suicides de 200l, et 46 % des mêmes musulmans se sont déclarés identifiés d'abord par leur religion, avant leur nationalité française. Ce dernier chiffre, issu d'une étude de grande ampleur et dont le sérieux ne peut être contesté, signifie que la quasi-moitié des musulmans installés en France ne se sent pas concernée au premier chef par la nationalité qu'on leur a donnée.
La radicalisation de l'islam contrevient sur de nombreux plans à l'environnement historique et culturel français. Anne-Marie Delcambre, docteur en droit, docteur en civilisation islamique et professeur d'arabe littéraire le rappelle: « Beaucoup de musulmans sont persuadés que le Coran est la seule vérité. Or, dans ce texte sacré, il n'y a pas égalité entre musulmans et non musulmans. Un statut inférieur de "protégés" est même prévu dans la loi islamique pour ces derniers. »
En outre, la transformation sociétale induite par un pourcentage supérieur à 10 % d'étrangers de culture radicalement différente (africaine et nord-africaine, en majorité musulmans) importé en un laps de temps très rapide - moins de trente ans - est un défi qu'aucun autre pays Européen ne connaît, et qui n'a pas de précédent connu.
Grégoire Duhamel duhamelinvest@yahoo.fr : monde&vie 24 novembre 2007







