Certaines sont parvenues à s'extraire de la précarité, obtenant un "vrai" logement et un emploi stable. D'autres galèrent encore dans des hôtels miteux, tenaillées par la crainte de ne pas obtenir un titre de séjour. Quel que soit leur sort, ces familles, originaires d'Afrique de l'Ouest et du Maghreb, gardent en mémoire la journée du 17 août 2006, durant laquelle des centaines de policiers les ont délogées manu militari de la résidence universitaire de Cachan (Val-de-Marne) qu'elles squattaient. Un an après leur évacuation, elles habitent aux quatre coins de l'agglomération parisienne - dans la quasi-totalité des cas. Un nouveau chapitre s'est ouvert, en rupture avec la vie collective qui prévalait au bâtiment F de la "cité U".
Ce changement s'est réalisé en très peu de temps pour Sambou Traoré, sa femme Fatoumata et leurs deux enfants. Comme les dizaines de personnes qui s'étaient réfugiées dans le gymnase de Cachan après l'évacuation de la résidence universitaire, cette famille a bénéficié du protocole conclu, en octobre 2006, par le ministère de l'intérieur et les représentants des squatteurs. D'abord hébergés à l'hôtel, les Traoré ont emménagé, le 23 octobre 2006, dans une cité HLM à Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne). Leur relogement a été rapide car Sambou est en situation régulière - condition indispensable pour prétendre à un logement dans le parc social.
Au moment d'entrer dans les lieux, ils n'avaient plus grand-chose, d'après Sambou : "Tout ce que nous possédions au bâtiment F est perdu : le réfrigérateur, les matelas, etc. On a racheté du mobilier petit à petit, à crédit." En s'installant à Bonneuil, le chef de famille s'est éloigné de son lieu de travail, un restaurant à Paris, qui l'emploie, le soir, comme "aide-cuisine". Une fois son service fini, à 2 heures, Sambou prend les bus de nuit et regagne son domicile "vers 3 heures, 3 heures et demi, parfois 4 heures du matin", pour peu qu'il ait raté sa correspondance. Mais il ne se plaint pas. "Ici, c'est mieux qu'à Cachan."
Avoir un logement : c'est le rêve de Halimatou Sangaré, 28 ans, et de son compagnon, Ibrahim Keita, 36 ans. Non pas qu'ils vivent dans un gourbi. Depuis la première quinzaine d'octobre 2006, ils se trouvent à Arcueil (Val-de-Marne) dans une "résidence hôtelière" en excellent état. Mais avec leur enfant, Mohamed, ils ne disposent que d'une seule chambre. Les lieux sont propres, aménagés pour y faire la cuisine, mais pas très spacieux. Halimatou sait que "c'est difficile" de contenter tout le monde car la demande de logement est surabondante et l'offre locative restreinte. Mais elle aimerait tant pouvoir "élever (son) fils dans la dignité". Halimatou et Ibrahim sont en mesure de "payer un loyer" car ils travaillent, l'un et l'autre.
Karim, 39 ans, qui témoigne sous un prénom d'emprunt, nourrit la même espérance : trouver un appartement. Mais en attendant, lui, sa femme et leurs deux enfants occupent une chambre double dans un hôtel de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). Cette famille d'Algériens revient de si loin qu'elle se réjouit presque de son sort. A l'automne 2006, le couple était en situation irrégulière et avait failli être exclu du protocole signé avec le ministère de l'intérieur. Finalement, ils ont été pris en charge (avec notre fric) , puis régularisés à la fin 2006. "Quand j'ai appris qu'ils allaient nous donner des papiers, je me suis dit : "C'est pas vrai, ils se sont trompés de nom."" Ensuite, les événements heureux se sont enchaînés : Karim et sa compagne se sont mariés le 22 janvier ; quelques jours après, elle mettait au monde leur deuxième enfant. Maintenant qu'il est en règle, Karim a l'impression de "respirer un autre oxygène". Il ne marche plus "dans l'ombre" et projette d'aller quelques jours en Algérie (et en plmus, ils s'offent des vacances...) où il n'est pas retourné depuis la fin 2001. "La première chose que je ferai, c'est de me recueillir devant la tombe de ma mère. Je n'ai pas pu assister à ses obsèques."
Régularisé il y a quelques mois, Bakary Bamba Abou, 32 ans, espère, lui aussi, pouvoir se rendre dans son pays natal, la Côte d'Ivoire. Sa femme et leurs deux enfants, âgés de 7 et 11 ans, sont restés là-bas ; il dit ne pas les avoir revus depuis son arrivée en France, en mars 2004 (T'inquiète pas, mon pote, Cécilia va te les ramener). Recueilli dans un foyer à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Bakary Bamba est employé dans une entreprise de nettoyage et se lève vers 5 heures (mais non, c'est trop horrible!) pour se rendre à son travail, en Seine-Saint-Denis. A force de lutter ensemble, les "Cachanais" avaient fini par former une "famille", à ses yeux. Mais il ne regrette pas cette période. "Dans la vie, dit-il, il faut avancer."
Source: Le Monde
Là, c'est trop. La douleur m'égare..C'est décidé, je vais aller chercher là-bas une famille de sans-papier et l'installer chez moi. J'espère que la maison leur plaira. Ah, merde, j'avais oublié...j'ai déjà un chien
France: terre d'accueil...
Un an, déjà...


